‹ Traité historique et pratique de la syphilisChapitre 39 sur 98 · ARTICLE V. — APPAREIL DE L'HÉMOPOIÈSE · texte numérisé non relu

ARTICLE V. — APPAREIL DE L'HÉMOPOIÈSE

Nous réunissons sous ce chef lés lésions syphilitiques des organes qui cote courent à la formation du liquide sanguin. Cette communauté de fonction suffirait déjà pour légitimer ce groupement ; mais ce qui a surtout contribué notre décision, c'est l’altération en général simultanée de plusieurs de ces organes, altération qui est toujours suivie d’anémie, ou plutôt du syndrome connu sous le nom de cacherie. Le foie et les glandes vasculaires sanguines sont du reste particulièrement prédisposés à subir influence de la syphilis tertaire, et pour ce motif il convient d'étudier dans un même chapitre les désots dres qui s’y rencontrent.

S 1. — Hépatite syphilitique.

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ï L'idée que le foie peut prendre part aux désordres qu’apporte dans l’organisme “a présence du virus syphilitique n’est certainement pas neuve. Elle régnait “léjà parmi les premiers syphiligraphes, mais tous étaient loin d'être d'accord sur les changements que subit dans ces conditions la glande hépatique. Les “ns voyaient dans la syphilis du foie un accident consécutif, et de ce nombre “étaient Jac. Cataneus, G. Vella, À. Ferro (1). Les autres, au contraire, faisaient du foie le foyer principal de la maladie, par exemple Ant. Musa Brassavole, et plus tard Montanus, Ant. Gallus (2), Fallope (3), Ranchin (4), G. Keil (5). Cette dernière opinion était peu soutenable, et elle s’évanouit le jour où l'on se livra avec soin à l'étude de l'anatomie pathologique ; dès lors les hypothèses durent tomber devant les faits.

Dans le siècle dernier et même dans les premières années de celui-ci, quelques observateurs, et particulièrement Bonnet (6), Astruc (7), Baader (8), Van Swieten (9), Cirillo (10), Portal (11), rapportèrent des faits assez peu complets

- (4) Voy. Aloys. Luisini Aphrodis., p. 151, 207, 133. (2) Voyez Aphrodisiacus, p. 455, 554, 658.

(3) Fallope, Tractatus de morbo Gallico, cap. xi-xur. h (4) Ranchin, An hepar sit in lue venerea pars vitio affecta, 1604. (5) G. Keil, Dissertatio inauguralis de lue venerea, Marpurgi, 4614. ) Bonnet, Sepulchretum.

) Astruc, Loc. cit., p. 96, t. LV.

8) Baader, Observat. med. incisionibus cadav. anatom, illustr., p. 181. ) Van Swieten, Comment. in Boerhaav. Aphorism., Ÿ. Vip: 37E4Paris, 1778: 0) Cirillo, Traité complet des maladies ménériennes. Paris, 1803, p. 136. 4) Portal, Maladies du foie. Paris, 1813.

d’affections hépatiques liées à la syphilis : AUSSI Ces faits étaient-ils tombés dans l'oubli, lorsque Ricord et Rayer attirèrent de nouveau I attention des médecins sur les lésions syphilitiques du foie. Plus récéRhhent, Dittrich de Prague et Gubler étudièrent avec soin ces altérations, lun chez l'adulte, l'autre chez l'enfant. Dans ces dernières années enfin, plusieurs observations nmtéressantes ont été produites sur le même sujet, en Angleterre par Wilks (1) et ristowe (2); en Allemagne par Virchow, Frerichs ( 3); Oppolzer ; en France par Dufour (4), Leudet, Hérard, Proust (5) ; en Suisse par Biermer. Le moment est venu de réunir les faits épars, de les grouper, de les coordonner, et de chercher à en tirer des déductions générales au point de vue du diagnostic et du pronostic. Pour accomplir cette tâche diffieile, nous ajoutez rons aux travaux de nos devanciers les recherches qui nous sont personnelles: Étude anatomique. — Les affections syphilitiques du foie présentent des: modalités ou formes anatomiques qu'il importe de bien connaître pour come prendre la variété de leurs symptômes. Ces formes distinctes, souvent coexistantes, ont, de l’analogie, les unes avec la cirrhose du foie (hépatiten syphilitique diffuse), les autres avec les tumeurs du même organe Chépatités circonscrite Où gommeuse). | LA L'hépatite syphilitique diffuse ou cirrhose syphilitique, beaucoup plus rare que l’altération gommeuse, n’attemt, en général, qu'une partie de la glande, hépatique. Comme lorchite syphilitique, elle est caractérisée à son début par une vascularisation plus où moins marquée et l'apparition d’un tissu conjonctif" embryonnaire dont la plus grande partie se transforme peu à peu en tissu. fibreux. Un premier effet de cette nouvelle formation, qui a son point de départ. dans la trame conjonctive et la paroi des capillaires, consiste dans un épais. sissement de cette trame et conséquemment dans une augmentation pluss ou moins grande, mais généralement assez peu considérable, du volume du foie. Après un certain temps, quand les jeunes éléments ont acquis un dé veloppement complet, les choses changent de face en vertu des propriétés: rétractiles mhérentes à ce tissu nouveau comme à tous les tissus de cicatrice" La surface du foie présente en plusieurs points des sillons de plus en plus” profonds, et qui, par leur disposition et la déformation qu'ils provoquent, ne manquent pas de donner à la glande un certain cachet de spécificités Celle-c1 adhère à l’aide de brides résistantes ou de cordons ligamenteux au diaphragme, plus rarement aux organes de voisinage, à la capsule surrénale et au rein, en sorte qu'il est parfois difficile de l’extraire de la cavité abdominale” Ses bords sont anfractueux, irréguliers, méconnaissables ; ses faces, bosselées inégales, sont labourées de nombreux sillons qui, le plus souvent, irradients du ligament suspenseur, et au fond desquels existe un tissu fibreux résistant"

(4) Wilks, Transact. of the pathological Society, t. VII et Loc, cit. (2) Bristowe, Transact. of the path. Soc., t, X. À LS Fe Traité des malad, du foie, 1e édit., 1862 ; 9e édit., traduct, française. ; :

(4) Ch. Dufour, Bull. de la Soc. anat., 1854. (5) Proust, Bull, de la Soc. anat., p. 459, 4862,

(voyez pl. I, fig. 1 et fig. 1’). Par suite de cette disposition, la surface de la glande hépatique présente un aspect lobulé et une certaine ressemblance avec celle du rein des jeunes veaux. À la coupe, on voit partir du fond’ des sillons des prolongements qui circonscrivent des îlots plus ou moins étendus, mais en général de plusieurs centimètres de diamètre, ce qui donne à l’intérieur de la #lande une apparence mamelonnée analogue à celle de sa surface. La substance hépatique comprise entre les cloisons fibreuses est plus ou moins modifiée ; sa consistance est ordinairement ferme ; sa coloration est foncée, ou jaunâtre. Acôté de cette forme d’altération il en est une autre beaucoup plus rare et qui sétraduit par une induration plus générale du parenchyme hépatique. Cette dernière, qui se rapproche davantage de la cirrhose ordinaire, s’observe peu de temps après les accidents secondaires. | La capsule de Glisson et les cloisons qui s’en échappentsont lesiége tout particulierdel’hépatite syphilitique,et c’est leur rétraction surtout qui fournitau foie sa forme spéciale. L'examen microscopique de cette altération donne des résultats Variables : d'abord on trouve, à la circonférence et dans l'épaisseur du lobule hépatique, de petites cellules arrondies ou fusiformes ; plus tard on rencontre ces mêmes éléments atrophiés et graisseux, ou organisés, Les cellules hépatiques, presque toujours simultanément altérées, conservent rarement leurs dimen- Sions normales ; elles sont plus volumineuses et remplies de graisse, ou bien ëlles ont subi, en même temps que les parois des capillaires, la dégénérescence amyloide. En général, elles sont atrophiées dans le voisinage des cloisons fibreuses, tandis qu'ailleurs elles sont ou normales ou augmentées de volume. Peu distincte à son début, l'hépatite syphilitique diffuse présente plus tard des Caractères qui permettent peu de la méconnaître. La cirrhose alcoolique, Malgré un certain degré de ressemblance, n'offre pas les énormes lobules qui donnent à la cirrhose syphilitique l'aspect des reins des jeunes animaux , et ne présente jamais les vastes îlots séparés par des cloisons fibreuses de cette dermère. Elle est constituée par des granulations petites et souvent égales formant dla surface et dans l'épaisseur du parenchyme de petits grains jaunes ou brutres saillants et du volume d’un grain de raisin. Cette disposition est en rapport avec le siége de la prolifération, qui, chez les ivrognes, affecte plus. Spécialement le tissu conjonetif interlobulaire et les vaisseaux-portes. Aussi la capsule est-elle en général très-peu épaissie ; jamais, du reste, elle n’est labourée de sillons profonds, et rarement elle adhère aux organes voisins. Ajoutons que la cirrhose syphilitique s'étend au lobule, qu'elle est le plus souvent partielle, tandis que l'hépatite alcoolique est toujours générale, et l'on comprendra que HR différence entre ces deux affections est des plus manifestes (1). La cirrhose qui s’observe quelquefois chez les fondeurs en cuivre se distingue également bien des deux variétés précédentes (2). Dans l’altération hépatique consécutive à la gêne circulatoire produite par les affections cardiaques, le foie, induré, ferme, lisse à sa surface, d’une teinte jaunâtre pointillée de brun (foie noix

. (1) Planche I, fig, 2, se trouve dessinée une portion de foie atteint de cirrhose alcoolique.

Comparez ce dessin avec celui de l'hépatite syphilitique représentée, fig. 1. (2) Voyez sur cette lésion l’article ALCOOLISME du Dictionn. encyclopédique des Sciences mé-

dicales, t. 11, p. 635, et notre Aflas d'anat. pathologique.

262 LA SYPHILIS, muscade), n'offre jamais les épaississements fibreux de la cirrhose syphi= litique. | Les faits qui servent de base à cette description sont déjà nombreux ; mais comme il serait trop long de les rapporter avec tous leurs détails, nous nous contenterons de donner un court résumé, ou simplement l'indication des prime cipaux d’entre eux, nous réservant de ne publier èn extenso que l'observation: suivante :

Cachexie syphilitique, pneumonie et phlegmon du bras ; érysipèle et mort. — Altération des poumons et dégénérescence cireuse de la paroi ventriculaire du cœur ‘gaucheÿ hépatite diffuse ; lésions rénale et splénique ; hypertrophie de la glande thyroide.

OBs. XXIX. — F...., âgée de quarante-sept ans, marchande ambulante, admise l'hôpital de la Pitié, le 15 avril 1861, est une femme amaigrie ct depuis longtemps souffrante, elle se plaint d’une douleur violente dans le côté droit de la poitrine et vers l’épine de l'omoplate du même côté. On constate à l’auscultation tous les signes d'une pneumonie récente. Le 16 avril, saignée de 250 grammes ; vésicatoire volant entre les deux épaules. Le 20, les crachats perdent leur viscosité et leur coloration; l'ex pectoration est abondante ; il existe des ràles de retour. Malgré cette amélioration apparente, le-teint cachectique de la malade, le refroidissement de ses extrémités, la petitesse de son pouls, phénomènes qui paraissent fort peu en rapport avec l'état local de l'appareil respiratoire, ne laissent pas que d’inquiéter. Le 27, les räles ont en partie disparu; le pouls conserve sa petitesse et sa fréquence, et là peau reste froide, Un phlegmon développé à la suite de la saignée du bras est aussi presque complétement disparu, mais il survient un érysipèle qui gagne le seins envahit le tronc et amène la mort en trois jours. |

Autopsie. — ŒEdème des jambes sans thrombose. À 3 centimètres de la vulve, sur la partie supérieure et interne de la cuisse gauche, existe une cicatrice circulaire large, de 2 à 3 centimètres d’étendue. Entre l'anus et la vulve, existent plu= sieurs autres cicatrices, dures, blanchâtres et légèrement saillantes. Elles sont froncées et de forme circulaire, ce qui indique assez leur origine, Le cerveau ct ses enveloppes ne sont pas sensiblement altérés. Le corps thyroïde a le volume d'un œuf d'oie et une apparence cireuse, L

Léger épanchement de sérosité dans la plèvre droite. Hépatisation du sommet du poumon du même côté. Adhérence du sommet du poumon gauche, dont la base, comme celle du poumon droit, offre sur quelques points des trainées ‘blanchâtres dues à l’épaississement des cloisons interlobulaires.

Le péricarde est sain ; la cavité ventriculaire gauche est dilatée ; ses parois offrent une épaisseur de 2 centimètres ; sa surface de section est lisse et polie, d'aspect lardacé, comme cireux. D'une coloration Jaune brunâtre, cette paroi résiste à la pression et laisse voir sur quelques points des taches blanchâtres au niveau desquelles on ne trouve que des fibres de tissu conjonctif. Le cœur droit paraît sain: Recouvert d’une légère couche de graisse, il contient un coagulum fibrineux;, mou et de formation récente. Les valvules sont intactes à droite ; à gauche, les valvules aortiques sont épaissies et indurées à leur base, plusieurs végétations se ren= contrent à la surface de la valvule mitrale, La crosse de l'aorte, dilatée, présente plusieurs plaques jaunes disséminées. Quelques-unes des fibres musculaires sont lisses, homogènes et très-réfringentes; d’autres offrent une altération granuleuse; surtout à leur partie centrale; un certain nombre d’entre elles sont intactes. Mae Eten dE Le ET partie de son étendue, et il est intimes, Ces adhérences tent en Lot rs jan Purisaens sont HUE TESS c cile que de séparer ces deux or &s R tiré je n ro PAR sas a est parcourue par des A pp on : fo d Rs 2 JA EHRUR hépalqiE MONO les Ale IX el prolonds, qui la divisenten un grand nom

$ el lui donnent un aspect assez semblable aux reins des jeunes ani-

maux. Ces sillons, qui ont de 1 à 2 centimètres de profondeur, occupent le voisinage du ligament supérieur et le lobe droit. Ils se trouvent sur les deux faces de l'organe et principalement sur la face concave. Le lobe gauche est diminué de volume, et tellement labouré par ces sillons qu’il est méconnaissable, Le foie tout entier a 22 centimètres de hauteur, et une largeur de 23 centimètres; sa forme est profondément modifiée, et il est assez difficile de distinguer ses différentes parties (pl. L, fig. 1 et fig. 1"). Les bords présentent, ainsi que les faces, des-scissures très-profondes dont quelques-unes sont comblées par du tissu fibreux. Les vaisseaux du foie sont libres et intacts. La section laisse voir un épaississement tellement considérable, qu'il atteint 1 centimètre d'épaisseur environ (pl. I, fig. 1’); ces cloisons circonscrivent et atrophient un plus ou moins grand nombre de lobules, et c’est à leur rétraction qu'est dû lPaspect tout particulier du foie. La substance hépatique comprise entre ces cloisons uniquement formées de fibres onjonctives et de granulations graisseuses, est d’une coloration légèrement jaunâtre. Les cellules hépatiques sont les unes normales, les autres atrophiées et granuleuses ; quelques-unes enfin sont plus volumineuses et renferment d’abondantes granulations graisseuses. Le tissu conjonctif qui accompagne les ramifications de la veine porte ne paraît pas être altéré, et cette circonstance rend compte de l'absence d'ascite.

La rate a 29 centimètres de long et 12 de large ; moins intimement unie que le

foie au diaphragme, elle adhère aussi au rein correspondant ; la tunique extérieure est épaissie vers sa partie moyenne, où existe une large plaque blanche. Plusieurs taches brunâtres, infarctus hémorrhagiques, se voient à la surface. La Coloration du parenchyme est jaunâtre. Les glandes Ilymphatiques offrent deux aspects différents; dans laine gauche, au voisinage de la cicatrice dont il a été question, elles sont doublées ou triplées de volume etcomme purulente ; ilen est de Même dans l’aine droite. Les ganglions situés en avant de la colonne vertébrale Sont un peu moins volumineux et de coloration jaunâtre ou brunâtre. “ Les reins sont jaunâtres et marqués de dépressions à fond induré, analogues à des cicatrices, plus ou moins profondes et étendues. Plus volumineux et moins déprimé que le rein droit, le rein gauche présente à la coupe une surface lisse non granuleuse, parcourue de vaisseaux corgés de sang. A l'examen microsco pique, la trame de substance conjonctive est épaissie (hyperplasie), surtout au voisinage des corpuscules de Malpighi, qui pour la plupart sont petits et atrophiés. Quelques-uns des tubuli sont aussi atrophiés, les autres renferment des cellules “épithéliales altérées et chargées de granulations graisseuses (I

Observé à une époque où les manifestations syphilitiques des viscères préoceupaient fort peu le clinicien, ce cas né fait point mention des antécédents pathologiques de la malade, et ne permet pas de suivre la filiation des accidents Syphilitiques. Deux circonstances cependant conduisent à admettre Ici ExIS: tence de la syphilis : la présence de cicatrices particulières à la région du périnée et un état de cachexie que rien ne parvenait à expliquer. Ge premier point accepté, c’est bien à la syphilis que doivent se rattacher les lésions anatomiques constatées à l’autopsie, si l'on tient compte des observations sui- ““antes, tout à fait démonstratives à cet égard. ,

Une femme gée de quarante-deux ans se plaignait de douleurs vagues dans l’abdomen, de mauvaises digestions, de perte d’appétit et de constipation. Elle offrait en même temps un ictère peu marqué à la peau, mais manifeste aux sclérotiques ; le foie, augmenté de volume, présentait des bosselures distinctes à la palpation. Plus tard on vit survenir de la céphalalgie, une amaurose, des convulsions, du

(4) Cette observation a été publiée dans la Gaz. hebdom. de méd. et de chirurgie, p. 547, 1864,

délire et du coma, accidents qui furent bientôt suivis de la mort. L'autopsie: révéla l'existence d’une altération des os du crâne et un tubercule gommeux du corps pituitaire. Le foie, volumineux, adhère au diaphragme et présente un aspect lobulé tout particulier; sa surface est semée de sillons nombreux et de bosselures produites par la rétraction de cloisons fibreuses que projette la capsule épaissie dans l'épaisseur du parenchyme légèrement jaunâtre. Le pé= ritoine contient peu de liquide ; la plupart des glandes vasculaires sanguines sont augmentées de volume (1).

Les observations LX, LXI et LXXI du traité de Frerichs sur les maladies du foie signalent l'existence d’adhérences multiples au diaphragme et aux Orga= nes voisins, la déformation, l’état lobulé et l'augmentation ou la diminution de volume du foie syphilitique. L'observation IX du mémoire de Leudet (2) est un autre exemple de ce genre d’altération. Le foie, réduit au moins d’un tiers de son volume normal, jaune fauve, très-irrégulier à sa surface, est. coupé de nombreuses dépressions cicatricielles qui interceptent des mame=} lons irréguliers de substance hépatique, principalement au niveau du liga=t ment suspenseur. Ces dépressions correspondent, à la coupe, à d’épaisses: bandes de tissu cellulo-fibreux suivant le trajet des vaisseaux et interceptant des portions étendues du parenchyme hépatique. Partout, même dans les points: où ces dépressions n'existent pas, de larges bandes fibreuses suivent la diree= tion des vaisseaux, mais là beaucoup moins épaisses que dans les endroits dé" primés. Dufour à rapporté un fait où se retrouvent les mêmes altérations. Un loie recueilli par Gallard (3) sur un adulte syphilitique était irrégulièrement bos= selé, maintenu, par des adhérences sous forme de brides fibreuses solides, au diaphragme et à la face antérieure de l'estomac ; des tractus blanchâtres paraient de ces brides pour pénétrer dans l'épaisseur du parenchyme.

L'hépatite circonscrite où gommeuse, peu connue des médecins des siècles précédents, à été étudiée avec soin dans ces derniers temps. Cirillo paraît. avoir entrevu cette affection : « Si le foie, dit-il, s’endurcit et acquiert un volume démesuré, la substance qui le compose paraît ordinairement comme recouverte de petits grains ronds et distincts les uns des autres, elle est jaune et très-dure intérieurement; en l’ouvrant on sent sous le bistouri de petits. corps solides analogues à des grains de sable fin. » Ricord fixe l'attention d’une façon plus spéciale sur ces productions qu’il compare au tubercule gommeux du tissu cellulaire et qu’il décrit comme il suit dans un fait de sa Clinique iconographique : « Le foie, d’un volume moyen, d’une coloration et d’une consistance ordinaires, présente à la surface convexe de son lobe: droit une tumeur assez irrégulièrement arrondie, de la grosseur d’une noix, un peu saillante, mais presque entièrement plongée dans la substance de l'or-. gane. Cette tumeur, divisée en deux parties, semble entourée d’une espèce de kyste ; elle est formée du reste par un tissu dur et dense, assez homogène, criant un peu sous le scalpel et n’offrant aucune race de vaisseaux. Elle paraît

À (1) L. Gros et Lancereaux, Affections nerveuses Syphilitiques, 1861, p. 246, observaion CXXIY.

(2) Voyez encore l’observ. xx.

(3) Gallard, Bull, de la Soc. anat.,t. XXVII, p. 282.

ésenter beaucoup d’analogie avec certains tubercules du tissu cellulaire qu'on ncontre fréquemment dans la syphilis tertiaire. »

Dans un paragraphe servant d’appendice au cancer du foie et intitulé : £nysted knotty tumors of the liver, Budd (1) a donné sans le vouloir une excelnte description des gommes du foie. Les caractères de l'altération hépatique, nkystement, l'aspect, la consistance caséeuse, comme aussi la constitution atomique des tumeurs qu’il décrit, sont autant de conditions qui, même en bsence de la mention des antécédents syphilitiques, ne peuvent laisser de: sute sur la véritable origine d’une affection que l’auteur lui-même a grand nbarras à faire entrer dans le cadre des maladies connues. Aussi, voulant donemune explication de cette altération, a-t-il été conduit à l’attribuer à la latation des conduits hépatiques par la présence de la matière colorante lire trouvée au centre des nodus. Mais, comme nous le verrons bientôt, tte particularité, assez commune aux tubercules svphilitiques du foie, ouve son explication dans ce fait, que les conduits hépatiques, sinon le ssu de leur voisinage, sont quelquefois le siége primitif, le point de épart de l’altération gommeuse. Dittrich de Prague et Wilks (2) firent conaître la liaison causale existant entre les nodosités étudiées par Budd et la fphbilis constitutionnelle. Dans quelques faits personnels à ces auteurs, le foie, dhérent au diaphragme, présente des tumeurs plus ou moins nombreuses de olume variable, constituées par une substance d’un blanc jaunâtre, opaque au entre et enveloppée d’un tissu récent et transparent composé de fibres de Ssu conjonctif et de cellules fusiformes. Virchow a rencontré des tuberles ou nodosités blanchâtres, sèches et entourées d’un tissu cicaciel calleux ou tendineux, dans l'épaisseur de la glande hépatique chez és individus affectés de syphilis. Frerichs a vu ce genre d’altération avec rofondes dépressions à la surface du foie. Bristowe (3), Meyer (4), Biermer {Wagner ont observé ces mêmes lésions, que, de notre côté, nous n’hésions pas à rattacher à la syphilis dès l’année 1859, où déjà nous entretenions. Société de biologie de nos recherches à cet égard.

Dans la moitié au moins des cas connus, la glande hépatique, siége des Odus gommeux, a contracté, surtout au niveau des produits de nouvelle forltion, des adhérences solides et résistantes avec les organes du voisinage et particulier avec le diaphragme, contrairement à ce qui a lieu pour les proüctions cancéreuses, dans lesquelles ces adhérences sont exceptionnelles. Sa urface est en général parcourue par des sillons cicatriciels, des dépressions lus ou moins profondes ; son volume, normal dans quelques cas, est d’autres is diminué, plus souvent augmenté, et ces changements tiennent d’une part Jà rétraction qu'amènent la fonte et la résorption des gommes, d’autre part à accumulation plus ou moins considérable de substances grasses ou amyloïdes u sein du parenchyme hépatique, dans l'épaisseur des cellules et des parois dsculaires. Les tumeurs ou nodus sont multiples et profondément situées ;

(1) Rudd, Diseases of the liver, p. 426, 2° édit. London, 1857. | RAI (2) Transact. of patholog. Society of London, t. VILL et IX. — Med. Tim., 3 juillet 1858, 0 janvier 4857. — Gazette hebd., p. 142, 1859.

(8) Transact. of the patholog. Society of London, t. X.

(4) Meyer, dans Schmidl’s Jahresb., t. CXIV.

plus rarement superficielles, elles font saillie sa la capsule: ARONES d'un volume qui varieentre la grosseur d’un grain de millet, d’un pois, d u noisette, d’une noix où même d’un œuf, elles présentent dans certains cas forme d’une lentille ou d’un haricot ; leur coloration est blanchâtre, srisàt ou jaunàtre, leur consistance ferme où un peu molle, suivant la proportio relative des éléments qui les constituent et leur degré plus ou moins avant d'évolution. Ainsi, tantôt elles offrent une surface de section sèche, élastiqu saillante au-dessus du tissu voisin, tantôt elles ont l'aspect d’une sorte“ magma, d'où s'échappe parfois un liquide d'apparence laiteuse. Dispersés la surface ou dans la profondeur du foie, agglomérés sur un ou plusiet points, ces néoplasmes sont plongés au sein d’un tissu très-rétractile, toujour moins saillant à la coupe que la nodosité elle-même, Grisâtre et vasculairt ce tissu, en cas d'agglomération des tumeurs, forme pour ainsi dire autant‘ loges à parois résistantes dans lesquelles est comprise la masse phymatoïd qu'il est parfois possible d’énucléer. Ce n’est pas une simple condensation la trame du foie produite par le refoulement des cellules hépatiques, ma une nouvelle formation de vaisseaux, de noyaux, de corpuscules et de fibr de tissu conjonctif. La substance jaune centrale, au contraire, est peu war culaire, el composée de cellules petites et de noyaux ronds, agglomérés'à sein d’une trame fibrillaire. À mesure qu’on examine des portions plus rappr chées du centre de la tumeur, on observe des éléments plus fortement infiltré de granulations graisseuses, et dans un état de destruction moléculaire pl avancée ; au centre même, souvent, il n°y a plus que des granulations qui, d quelques cas, constituent une sorte d’émulsion dans laquelle nous avon constaté la présence de cristaux de cholestérine (pl. I, fig. 5 En résumé, les tumeurs gommeuses du foie sont composées de deux parties lune centrale, blanchâtre ou jaunâtre, mort-née en quelque sorte, et dont métamorphose plus où moins prompte est fatalei l'autre, périphérique, gi sitre, résistante, fibreuse, vivace, qui, se comportant à la facon des tissus cicatrice, favorise sans aucun doute la résorption des éléments dégénérés. Ains s’expliquent les nombreuses variétés de ces tumeurs, la possibilité de leur dis parition, la rétraction et enfin la dépression si caractéristique du foie au nivea du point où elles ont primitivement existé. À In vérité, 1l est difficile de précise le temps que mettent ces produits à parcourir les diverses phases de leur évolu tion ; mais ce temps ne semble pas devoir être très-long, car, d’après quelque: faits que j'ai observés, il ne dépasserait pas toujours une année. Dans quelque: cas rares, Ces néoplasmes sont envahis par des sels calcaires et subissent unt véritable pétrification comme le montre une observation rapportée plus lom La résorption n’est plus possible alors, et le produit calcifié peut séjourne indéfiniment dans l'organe affecté. Telle est sans doute l’origine de formation d’un certain nombre de concrétions pierreuses trouvées dans le foie (1), e qui, au dire de Mérat, sont enveloppées d’un kyste fibreux. Longtemps l’altération qui nous oc et le cancer du foie dont elle diffèr

cupe à été confondue avec le tubercule e et par son évolution et par ses caractères

(1) Morgagni, Epist. xxxvin, n° 52, — Bianchi,

| Historia hepatica, p. 55, Genevæ, 1795.

— Mérat, Dict, des sciences méd., t. XVI, p. 195, À di À

stologiques. OUppolzer et Bockdalek considérèrent comme des cancers guéris s nodosités gommeuses et les dépressions cicatricielles qui leur succèdent, squ'au moment où Dittrich de Prague parvint à démontrer leur origine svphiique en se servant des préparations anatomiques et des observations de ces émes auteurs. Des caractères tranchés séparent ces deux ordres. d’altétion : le foie cancéreux n’a pas, avec les organes voisins, des adhérences mme le foie syphilitique. S'il est déformé par les bosselures dues à la ullie des tumeurs cancéreuses, il n'offre de cicatrices ni dans sa profondeur ba,sa surface. La tumeur cancéreuse, enveloppée par le tissu même de l’orane, n’est pas, comme la gomme, circonscrite par une zone fibreuse, épaisse, risâtre; elle affecte une forme marronnée avec dépression centrale, et non lobuleuse comme la tumeur syphilitique ; de plus, elle est très-vasculaire, uand cette dernière l’est à peine. Ces différences appartiennent d'une façon lus spéciale aux carcinomes mixtes ou encéphaloïdes. Quant au cancer épijélial, même lorsqu'il se présente sous forme de masses arrondies, lobuleuses, un peu molles ou enkystées, il se reconnait facilement par la äture des éléments qui entrent dans sa composition (épithéliums cylimdriues).

Les tubercules du foie, qu'ils revêtent l'aspect de granulations miliaires risâtres et transparentes, ou de noyaux jaunâtres du volume d’une lentille ou lun pois, sont faciles à distinguer des tumeurs gommeuses par leur coexistence dbituelle avec des lésions de même nature dans d’autres viscères et principaéent dans les poumons. Pour ce qui est des masses tuberculeuses non syphitiques que l’on à voulu voir dans le foie, il faut avouer que leur existence Stau moins fort douteuse. Parmi les rares observations que nous connaissons Wée sujet, il en est une que rapportent Rilliet et Barthez (1), où, en l'absence ième des antécédents syphilitiques, les bosselures du foie, la réduction du flume de cet organe, les lésions celluleuses de sa surface, sont autant de caracères qui nous paraissent plaider en faveur d’une affection plutôt syphilitique que tuberculeuse. C’est à plus forte raison à une affection de même origine ju'il faut encore rapporter un fait publié par la Gazette des hôpitaux (2), sous titre de tuberculisation avec ratatinement cirrhotique du foie : les irrégulatités, les brides, les bandes fibreuses, les bosselures signalées à la surface de l'organe, les masses tuberculeuses groupées en un point, sont, en effet, autant dé caractères que nous retrouvons dans la plupart de nos observations, où une origine syphilitique est à l'abri de toute contestation. Resterait à séparer des sommes syphilitiques les tumeurs fibreuses du foie ; mais ces tumeurs sont en réalité fort rares : dans le seul fait qui ait passé sous nos Yeux, il existait dans l'épaisseur de l'organe une énorme masse fibreuse encroûtée de sels calcires, et, dans le voisinage, des tumeurs plus petites, mais néanmoins différentes des gommes par leur coloration uniforme, grisàtre ou rosée, par leur Yascularité et le développement partout égal de leurs éléments.

Quelques observations mettront en lumière les caractères des gommes du foie.

= (1) Traité des maladies des enfants, t. I, 2° édit., 1853, p. 846. * (2) Gazette des hôpitaux, n° 17, 10 février 1863.

Chancre, ü y a huit ans ; amaurose, accès épileptiformes , contracture avec Semi=par lysie du bras et de la jambe gauches. Mort, dans un accés épileptiforme. Autops: Kyste séreux du lobe antérieur droit. Atrcphie des corps genouillés et des bandelett optiques. Atrophie du pédoncule cérébral gauche et de la pyramide Correspondant même lésion du faisceau médulluire du côté opposé. Cicatrices à la surface q foie, tumeurs gommeuses de cet organe.

Os. XXX. — B..., âgé de trente-huit ans, journalier, admis le 44 novemby 1861 dans le service de M. Triboulet, est un homme d'apparence na maigre, de teinte bronzée, un peu terreuse. II eut, il ya environ huit an à la rainure du gland et du prépuce, un chancre dont on voit encore la cicatrice On ignore s’il a eu des accidents secondaires ; mais un an environ après l'acciden primitif, ce malade paraît avoir été pris presque en même temps d amaurose, À contracture, et aussi très-probablement de convulsions. Il fut alors placé au dépo de mendicité de Saint-Denis, où on le considéra comme épileptique, ce qui veu dire qu'il a eu plusieurs fois des symptômes épileptiformes. J

Lors de son entrée à l'hôpital, ce malade a l’avant-bras fléchi sur le bras, par unt contracture marquée du biceps; cette contracture, qu'il est possible de vaincre. se reproduit aussitôt. Le pied gauche est étendu et renversé en dehors, le tendot d'Achille fait relief en corde ; pas de contracture des doigts ni des orteils ; ailleurs, pas de paralysie complète ; le malade peut remuer et porter en divers sens le bras, les doigts et même le membre inférieur; la contracture l'empêche seulement d'en faire usage. Les membres ont conservé leur aspect normal, à part peut-être une légère atrophie ; la sensibilité y est intacte, l'exploration à la pression des nerfs de ces membres reste indolente. Les sens sont normaux, sauf la vue ; le malade ne distingue pas le jour de la nuit, il a les veux fixes de l’amaurose, les pupilles dilatées ; par moments ses yeux sont agités d’un nystagmus violent , et en général ils ont de la tendance à se porter tous deux à gauche ; les deux axes visuels restent parallèles ; il n’y a par conséquent pas de strabisme. Intelligence absolument saine, le malade entend, comprend, répond à propos ; il ne fait aucun acte extravagant, seulement son moral est chagrin, et il parle de sa mort comme d'un débarras prochain ; il accuse une céphalée frontale, mais peu intense et n'ayant rien de spécial. Inappétence depuis dix ou quinze jours, urines volontaires ét faciles, mais sédimenteuses. Mouvement fébrile avec redoublement nocturne sueurs au matin. Aucun autre trouble fonctionnel. Ainsi, symptômes anciens consistant en des accès épileptiformes, une amaurose complète et une contracture avec semi-paralysie du bras et de la jambe gauches ; puis, accidents fébriles aigus à redoublement le soir, datant de dix à quinze jours. 4

On constate de plus, au niveau de l'articulation cléido-sternale, une ulcération cutanée à bords abrupts, à fond grisâtre, ayant toute l'apparence d’une gomme syphilitique ulcérée, et une alopécie très-marquée. Le 17 novembre, le malade, pour la première fois depuis son arrivée, dit avoir souffert de la tête ; il a éprouvé du côté gauche des douleurs qu'il compare à une sensation de bêtes qui le rongeraient. Il est moins souffrant le Jour suivant, il a la peau chaude et suante;, le pouls ample, à 400 pulsations, la langue chargée d'un épais enduit jaunâtre et tremblotante. Emétique. Le 19, le malade souffre moins la nuit qu'hiers ses voisins remarquent qu'il parle haut dans son sommeil. Le matin, coma avec trismus, face vultueuse, nystagmus violent ; il est probable qu'il est survenu une attaque d’épilepsie avant notre arrivée. Le 21, attaques multiples d’épilepsie reve= nant Coup sur coup, allant jusqu'à une asphyxie presque complète; le malade demeure ainsi plus de quarante-huit heures sans Connaissance, et il succombe.

Autopsie. — À l'ouverture du crâne, on voit se répandre avec une sorte de jet une certaine quantité de liquide séreux. La partie antérieure de l'hémisphère droit: est affaissée, fortement déprimée, et tellement adhérente à l'arachnoïde et à la dure-mère, qu’elle ne peut en être décollée. Une incision pratiquée d’arrière en avant montre que ce lobe à été remplacé par une sorte d'excavation formée d'un tissu conjonctif aréolaire, Cette excavation a pour limite supérieure anté-

ure interne et externe la dure-mère doublée à peine d’une mince couche de bstance grise ; en bas, il reste une plus grande quantité de pulpe nerveuse; en rière, il semble qu il my ait aucune cloison de séparation avec le ventricule, ais comme celui- cin était ni dilaté ni rempli de liquide, il est évident qu'il deit y avoir une cloison intermédiaire. Du reste, une partie de la paroi postérieure 1 foyer est fermée par la substance de l'hémisphère, qui n’est altérée ni dans sa ruleur, ni dans sa consistance, etsemble seulement luisante, comme si une sorte de reuse kystique la revêtait. IL est d’ailleurs facile de voir que le foyer ainsi ibstitue au lobe antérieur était un kyste séreux ; il y a encore un endroit où il ste de la sérosité enveloppée dans un feuillet séreux transparent ; ce liquide est {rin et a toutes les apparences de la sérosité limpide ordinaire; aucune trace échinocoques. Sur la limite mterne et supérieure du foyer, il y à au dedans et dessous du ventricule une sorte d'enfoncement qui semble former une arrièreivité en kyste; cet enfoncement, également doublé de substance cérébrale, est vétu d'une sorte de feuillet séreux ; il semble qu'on ait là une idée élémentaire à manière dont le foyer a dû se développer en refoulant, en écartant, en atrohiant la substance encéphalique sans l’éroder. Le ventricule est sain, indépendant foyer ; le corps strié, la couche optique du côté droit, sont intacts. Le chiasma les bandelettes optiques sont réduits à une espèce de bandelette étroite, griitre, mince, ressemblant au premier abord à un vaisseau vide et affaissé ; il y a Mophie évidente de ces bandelettes et du chiasma. Les tubercules quadrijuleaux sont petits, les corps genouillés ont à peu près le même aspect, de part et autre ils sont peu saillants. On est frappé d’une atrophie relative du pédoncule érébral droit, qui a près d’un tiers de volume de moins que le gauche ; la protuérance est moins saillante à droite, la pyramide du même côté est très-manifestelent plus petite que celle de gauche. Le faisceau médullaire antérieur du côté auche parait plus petit que son congénère. Le reste de l’encéphale est sain, la 1bstance grise est partout rouge violacé, ce qui résulte de l'asphyxie ultime. insi, kyste séreux du lobe antérieur, atrophie des bandelettes optiques, des corps enouillés, du pédoncule et de la pyramide du côté droit et de la partie supérieure faisceau médullaire gauche. La membrane grisàtre rosée qui occupe le lobe ntérieur droit du cerveau est constituée par un tissu conjonctif vasculaire à fibres “e-fines, au milieu desquelles se rencontrent quelques éléments cellulaires ou ücléaires, des granulations protéiques el graisseuses sans la moindre trace d'héfatine ; dans le voisinage existent des fragments de fibres et des cellules nerveuses ltérées. La substance grise des circonvolutions enveloppant une grande partie de êtte production, il y a lieu de supposer que son siége primitif a été la substance lanche, et probablement la partie centrale du lobe antérieur. Les fibres nerveuses Wniveau des pyramides sont atrophiées et grisâtres. Globes granuleux, atrophie Pbrisure des fibres nerveuses dans les bandelettes optiques; épaississement de la rame conjonctive des nerfs optiques, altération des fibres nerveuses.

Les poumons ont seulement quelques adhérences ; on trouve un grand nombre léwpetits points hémorrhagiques disséminés dans leur parenchyme, surtout au liveau des lobes inférieurs. Le cœur est sain ainsi que les vaisseaux ; On trouve sur äorte plusieurs taches jaunes. Dans le cœur droit il y a un caillot fibrineux mince. es testicules, la vessie, le pancréas sont sains. La rate a de 42 à 14 centimètres lelongueur ; son épaisseur est augmentée dans la même proportion ; à la coupe, le ne paraît pas sensiblement altérée. Son tissu est brunâtre, d’une consistance iormale. Quelques ganglions mésentériques sont volumineux et altérés. Dans les ‘éins on trouve des kystes du volume d’un pois.

Le foie est l'organe qui offre la lésion la plus caractéristique : Sa largeur est de )5 centimètres, sa hauteur de 16 centimètres à droite, de 14 centimetres à gauhe ; sa coloration est d’un rouge assez intense, avec taches violacées en avant. La ace concave présente de nombreuses scissures longitudinales ou étoilées. La face onvexe est parcourue par des scissures semblables à droite. À gauche, il existe, à côté du ligament suspenseur, une dépression qui lui adhère à l’aide d’une fausse membrane ; on y voit, en outre, une tache bleuâtre violacée, et une coupe faite à

son niveau découvre, dans l'épaisseur du parenchyme hépatique, trois tume blanches, du volume d’un noyau de cerise ou d'une noisette, de la consistance | fromage mou (pl. I, fig. 3). Ces tumeurs sont séparées du parenchyme bépatiq par un tissu conjonctif grisâtre ; ce même tissu se trouve interposé entre chacu d'elles, où il est d'une coloration légèrement jaunâtre, tres-résistant et criant. s0 le scalpel. Les tumeurs sont dans un état de ramollissement avancé, la moind pression à l’aide d’une pince les pénètre facilement ; assez molles vers leur par! centrale, elles sont composées presque exclusivement de granulations albun noides ou graisseuses, de cellules ou de noyaux granuleux, les uns sphériques, ] autres ovoïdes ou elliptiques; à leur périphérie existent une trame fibroïde, de matière amorphe et des granulations peu abondantes. Ces productions sont Sép rées et circonscrites par un tissu conjonctif assez fin au milieu duquel se retro vent des granulations graisseuses. Parmi les cellules hépatiques du voisinage; h unes sont atrophiées, les autres sont augmentées de volume et remplies de gram lations graisseuses. Ailleurs, les cellules hépatiques sont infiltrées de graiss partout la trame fibreuse est épaissie (1). £ La nature syphilitique des tumeurs du foie n’est pas douteuse dans ce ca et il y a lieu de croire que c’est à des tumeurs semblables qui auraient él résorbées qu'est due l’altération du lobe antérieur droit du cerveau. Les gom mes hépatiques sont ici de moyen volume ; dans certains cas elles sont beau coup plus grosses (voyez pl. I, fig. 4). Par contre, d’autres lois, elles mn dépassent pas le volume d’un grain de millet. Chez une femme syphilitiqu observée par Dittrich, il y avait dans toute l'étendue des deux lobes du foi vers la surface et dans la profondeur, en partie au voisinage des ramification de la veine porte, en partie loin d’elles, des nœuds ou noyaux du volume d'u grain de millet ou d’un pois, ronds, gris, non énucléables. Les plus volumineu de ces noyaux avaient au centre une consistance molle, quelques-uns présen taient la métamorphose purulente (2). Nous savons maintenant ce qu'il fau penser de cette prétendue métamorphose des gommes en pus ; mutile dù insister de nouveau. L'observation suivante, qui vient encore nous renseigne sur les caractères propres à ces tumeurs, nous montre leur coexistence ave une orchite gommeuse et une altération des reins. "

. L< { Tumeurs jommeuses du foie et des testicules. Lésions des reins et albuminurie.

O8s. XXXI. — Le nommé B..., âgé de cinquante-neuf ans, Opticien, anciel Militaire, habita autrefois l'Afrique, où il contracta un chancre et une fièvre intermittente. Admis à l'Hôtel-Dieu Je h avril 1863, il présente de l'œdèmt aux membres inférieurs et accuse une faiblesse et un amaigrissement progressifss ses urines sont fortement albumineuses; une ascite se développe qui prend des proportions considérables, sans que le foie paraisse sensiblement modifié dans son volume, D'abord inappétence, puis diarrhée et vomissements liquides brunâtres, peu différents des vomissements noirs propres au cancer de l'estomac. L’œdème des membres inférieurs augmente et la peau distendue se gangrène par places. L'amaigrissement continue, le marasme succède à la faiblesse, et la mort arrive le 25 mai. "fe

Autopsie. — Le cerveau et ses membranes sont sains.

é Les poumons présentent à leurs sommets quelques masses tuberculeuses d

u volume d’une petite

(1) Ce fait est publié dans notre Mémoire sur l’Amauwrose liée à la dégénération secondaire des nerfs optiques, Archives de médecine, janvier 4864.

(2) Comparez E, Wagner, dans Archiv der Heilkunde, 1863.

rise. Le cœur est intact: Plusieurs litres de sérosité s’échappent de la cavité périméale. Le foie adhère en plusieurs points au diaphragme à l’aide de fausses memranes épaisses et résistantes, son volume est un peu exagéré; à quelques centi- \ètres du bord inférieur, à droite du ligament suspenseur, existent deux cicatrices oncées, infundibaliformes, et vers la moitié supérieure du lobe droit un léger enflement. À ce niveau, après le décollement du diaphragme, on aperçoit de elites tumeurs jaunàtres, légèrement saillantes. À la coupe, on découvre un plus rand nombre de tumeurs semblables qui sont les unes isolées, les autres agglo- Gérées : les premières sont manifestement enveloppées d’une coque fibreuse risatre, de laquelle elles sont susceptibles d’être énucléées; les secondes sont Jongées au milieu d’un tissu fibreux dur, résistant, légèrement blanchâtre. régulièrement arrondies, du volume d’un noyau de cerise ou d’une noix, ces meurs sont fermes, légèrement saillantes au-dessus du tissu qui les environne; lépressibles sous le doigt, élastiques, peu friables, de coloration blanchâtre achetée de jaune (pl. 1, fig. 4). Elles sont composées par de petites cellules ondes et des noyaux disposés au sein d’une trame fibreuse. La rate est volumijeuse, d'une longueur de 24 centimètres; elle a sa capsule épaissie, et à la “oupe elle offre une apparence charnue. Les ganglions mésentériques sont volu- Hineux, indurés et d’une teinte bleuâtre (dégénérescence amyloide).

“Les reins, volumineux, ont leur surface régulière et d’un bleu jaunâtre. État zranuleux et destruction d’un certain nombre de cellules épithéliales ; dégénéréscence amyloïde légère. Des adhérences fibreuses et difficiles à rompre unissent Atunique albuginée avec la tunique vaginale ; les testicules ont un volume nor- Mal; le gauche est un peu plus petit que le droit. A la coupe, ces organes résistent el crient sous le scalpel. Ils ressemblent à des tumeurs fibreuses, tant par leur consistance que par leur structure, puisqu'on y trouve à peine quelques éanalicules spermatiques. Au milieu de la masse fibreuse du testicule droit sont deux petits nodules très-fermes, légèrement jaunâtres et d'apparence gommeuse.

IA côté des observations précédentes, exemples de tumeurs gommeuses à Pétat de crudité ou de ramollissement, nous rapporterons quelques faits destinés à faire connaître ces mêmes altérations en voie de résorption ou déjà résorbées.

Cicatrices et tumeurs gommeuses du foie. Lésions de la rate et des reins.

Os. XXXII. — Meyer, âgée de trente ans, piqueuse de bottines, entre à l'hôpital de la Pitié, Le 29 octobre 1860. Elle porte quelques cicatrices blanches au niveau des clavicules, et convient d'avoir eu autrefois la syphilis ; elle dépérit depuis un dn, elle est amaigrie et cachectique. Venue à l'hôpital à la suite d’une chute qui durait été précédée de vertiges, elle est prise de vomissements qui font penser à Un cancer de l'estomac, et meurt au bout de quelques jours. Autopsie.—Le cerveau n’est pas examiné, les poumons sont œædématiés, ganglions thoraciques sont volumineux et non tuberculeux, le cœur n’est pas Altéré. Le lobe droit du foieest petit, déformé surtout vers sa partie moyenne et vers Son bord inférieur au voisinage de la vésicule biliaire. il existe en ce point des dépressions cicatricielles très-profondes, et la substance hépatique se trouve remplacée par du tissu fibreux ; à quelques millimètres du fond de ces dépressions existent plusieurs tumeurs d’une coloration blanche ou jaunâtre, du volume d'un noyau de cerise ou d’une noisette, assez facilement énucléables et enveloppées d'un tissu fibreux grisâtre et vasculaire. Chacune de ces tumeurs est composce d’une trame fibroide, de nombreuses granulations protéiques et graisseuses, et de novaux ronds granuleux et déformés. Les cellules hépatiques qui avoisinent les tumeurs

ont disparu ; sinon, elles sont petites et granuleuses ; la plupart des autres sont

dans un état de dégénération graisseuse avancée. La rate est doublée de volume, sa

capsule fibreuse est très-épaissie. Les reins sont petits, on y remarque tinô

plusieurs

trame fibroïde abondante et granuleuse qui pâlit sous l'influence de l'acide ace tique. Les épithéliums des canalicules sont dégénérés sur plusieurs points. L'un des capsules surrénales estaugmentée de volume et indurée. Plusieurs desganglior prévertébraux sont altérés, le tube digestif est sain, les organes génitaux sont pe

Lé Lé à | altérés.

7. ) (rarie al à lOT à Pay à 4 L'observation LXIX de l'ouvrage de Frerichs fait mention del] existence d un lésion hépatique ayant avec celle qui précède la plus grande analogie. Le à suivant offre une altération pour ainsi dire identique et que nous n’hésitons pa à rattacher à la syphilis, malgré l’absence positive d’antécédents syphilitiques mais il est vrai de dire que le malade ne fut point interrogé à ce point de vue . se à Phôni ü et qu'il succomba le lendemain de son entrée à ] hôpital. 4 Dépôt gommeux avec déformation considérable du lobe droit du foie, et dégénérescene cireuse du lobe gauche. Cicatrices pulmonaires et tumeurs gommeuses du diaphragme.

Fer

Ogs. XXXIIT. — Le nommé C..., âgé de cinquante-six ans, tisserand, se voit dé. périr depuis un an; il est Inâaigre, cachectique et très-faible ; sa physionormie manque d'expression ; sa peau est terreuse, jaunâtre, ses jambes sont œdématiées, Il offre un souffle limité au sommet du poumon droit. Le lobe droit de son foie descend très-bas et atteint la ligne ombilicale ; le lobe gauche ne peut être senti pat la palpation, il semble que cet organe ait perdu en largeur ce qu'il a gagné en longueur ; on cesse, en effet, de le suivre à partir du bord droit du muscle grand droit abdominal, comme s’il avait subi à ce niveau une section dans le sens de $à hauteur. Les autres organes paraissent être sains. Cependant ce malade succombe très-rapidement le lendemain, accusant une sensation de gêne et de constriction épigastriques. À

Autopsie. — Les os du crâne, d'une épaisseur normale, adhèrent au péricrâne. La dure-mère et le cerveau ne sont pas altérés. Au sommet du poumon droit 8 vers la partie moyenne et inférieure de ce même organe, on constate à 1@ surface de petites dépressions, les unes éloilées, les autres rayonnées, dues not pas à une solution de continuité, mais à Ja résorption d'un produit superficiellement situé au niveau de la dépression cicatricielle du sommet. Le parenchyme pulmonaire est ferme, il présente, au milieu d'un tissu erisätre induré, une substance blanche analogue à du fromage ou à du mastic, et une petite excavation. Nulle part il n'existe la moindre trace de granulations tuberculeuses. Une adhérence intime ‘unit la base du lobe droit à la fac supérieure correspondante du diaphragme. Ce muscle est le siége d’un épaississe= ment qui tient non à une production pseudo-membraneuse, mais bien à la pré= sence dans son épaisseur de tumeurs pisiformes. blanchâtres et ramollies ; il a de plus une structure presque entièrement fibreuse dans des points où normalement existe un fissu musculaire, il adhère aussi à la face convexe du foie, et de cette disposition résultaient sans doute la gêne épigastrique et la dyspnée accusées: durant la vie du malade.

Le foie est presque méconnaissable : son lobe droit existe à peine, et ce qu'il en reste est presque entièrement Composé de cicatrices profondes et fibreuses, le parenchyme glandulaire a disparu au point que la vésicule occupe le bord droit de” ‘cet organe. Au-dessus de cette vésicule et au voisinage du sillon de la veine cave inférieure, vers la partie moyenne du foie, on constate la présence d’une tumeur intimement adhérente au diaphragme, et constituée par une substance d'un blanc Jaunâtre, analogue à du lard rance ou à du suif. Le lobe de Spiegel, augmenté de volume, contient une {umeur arrondie et plus petite, ramollie à son centre et en= tourée 4 un Ussu fibreux grisâtre. Plus volumineuse, l’éminence porte inférieure” présente à sa surface une tumeur analogue semée cà et 1à de petites vacuoles. Danse sillon du canal veineux on trouve encore, au milieu d’un tissu fibreux abon-

ant, une nodosité ayant le même aspect. Le lobe gauche est considérablement ugmenté de volume, il offre une pointe très-allongée qui descend à droite juswau niveau de l’ombilic.

La rate est hypertrophiée, ferme. Les ganglions mésentériques et ceux de face inférieure du foie sont volumineux, un peu jaunâtres ;: les testicules ontpetits, atrophiés ; le tube digestif n’est pas altéré ; le cerveau et la moelle sont ains, Le rein droit est petit et réduit d'un tiers environ, la substance corticale trophiée, se confond avec la substance tubuleuse; le rein gauche, d’un an ssez normal, présente à sa superficie, ainsi que son congénère, de petits bike “volume d’un pois et quelques dépressions cicatricielles. Un certain nombre de ubuli ont leurs épithéliums granuleux. Le stroma conjonctif est épaissi et pluieurs des corpuscules de Malpighi sont atrophiés. ï

L'incertitude qui règne dans quelques-uns des derniers faits, relativement jux antécédents des malades, pourrait peut-être laisser du doute sur la naure des lésions trouvées à l’autopsie ; mais si on tient compte de l’état cachecique et des caractères particuliers des altérations du foie et des autres >rganes, on est bien vite convaincu que les renseignements obtenus ont été incomplets ou mensongers. Ajoutons que Dittrich, observant de semblables altérations, n’a pas manqué de leur attribuer une origine syphilitique. Un des faits qu'il rapporte montre l’énormité de la déformation que peut subir le foie sous l'influence de la syphilis, puisque toute la portion située à droite du Sillon de la vésicule était entièrement détruite et remplacée par des cicatrices fibreuses. Le lobe gauche, hypertrophié, avait pris le volume d’un foie ordiaire, il présentait à la surface de profonds sillons cicatriciels et remplissait Lhypochondre droit.

“ L'un des premiers, Dittrich sut rattacher à leur véritable cause les vestiges de lsyphilis hépatique. Depuis lors, les cicatrices syphilitiques du foie ont été, de fotre part, l'objet d’une étude qui avait pour but principal de montrer le parti qu'il était possible d'en tirer dans le diagnostic anatomique de la syphilis des Viscères. Ces cicatrices, rencontrées par nous 14 fois sur 22 cas de syphilis viscé- Tale, se divisent en deux groupes : cicatrices résultant de la résorption de produits gommeux, cicatrices reconnaissant pour cause une hépatite partielle. Lorsqu'elles succèdent aux dépôts gommeux, elles se montrent sous forme de dépressions profondes, irrégulières, au fond desquelles existent un tissu fibreux abondant, des détritus de produits gommeux d’où s’échappent des toiles memraneuses résistantes formant adhérence avec les parties voisines. Elles siégent habituellement vers la partie moyenne du lobedroit, qui peut se trouver comme divisé en deux moitiés; quelquefois on les rencontre au milieu du lobe gauche, Qui est réduit à une mince languette fibreuse. Notons que la destruction d’une partie du foie a pour conséquence l’hypertrophie de la portion restée saine, et on éoncevra toute l'importance des déformations de cet organe au point de vue du diagnostic de la syphilis hépatique en particulier et de la syphilis viscérale en général.

Lorsqu’elles sont le fait d’une hépatite chronique, les cicatrices syphilitiques du foie occupent l’une ou l'autre des deux faces de la glande, mais surtout la face convexe au voisinage du ligament suspenseur, beaucoup plus rarement l'épaisseur du parenchyme. Ce sont des tractus fibreux, linéaires ou étoilés, au niveau desquels la surface de section présente une légère rétraction,

LANCEREAUX, Syphilis, 2° édit. 18

97h LA SYPHILIS.

des dépressions loncées infundibuliformes, plus où moins run: qu'il est difficile de distinguer des cicatrices provenant de a résorption des tumeurs gommeuses ; ou encore des sillons obliques plutôt que paral lèles, par rapport au grand axe de l'organe, curvilignes plutôt que rectilignes dont les lèvres sont fréquemment réunies par des tractus libreux et dam: le fond desquels se rencontrent une trame fibreuse, des canaux à peu prè vides, des détritus de cellules, des granulations et des globules Braisseux: L foie, dans ces circonstances, est généralement diminué de volume, à moin: d’une dégénérescence amyloïde ou graisseuse.

Les cicatrices syphilitiques du foie ne seront pas confondues avec la dépres sion transversale qui, chez la femme, résulte de l’usage abusif du corset. Le: dépressions qui succèdent à l’oblitération d’une branche vasculaire, le. cicatrices consécutives à un traumatisme, et celles qui résultent de la ré. sorption d’un foyer purulent, ont avec les cicatrices syphilitiques une plu grande analogie. Toutefois l’atrophie par lésion vasculaire présente un disposition en rapport avec la direction des Vaisseaux, et la capsule libreus. n’est pas épaissie à son niveau. Les cicatrices traumatiques sont tout au moins rares, en raison de la gravité des déchirures du foie. On peut en dire autant des cicatrices tconsécutives aux abcès du foie. Cambay (1), chez un mt lade mort de tubercules pulmonaires, deux mois après la rétrocession dés symptômes d’une hépatite confirmée, a trouvé une dépression de l’étendtt d'une pièce d'un demi-franc sur -la face convexe du foie: en ce point, le tissu parenchymateux était blanc et fibreux ; plus profondément, il existait un petit dépôt purulent, entouré de substance granulaire, sans la présence duquel il eùt peut-être été difficile de différencier cette altération d’une cicas trice syphilitique. Haspel a vu, à plusieurs reprises, des cordons blancs étoilé, libreux, qui lui ont paru représenter le résidu d’abcès dont pendant la vie on avait pu suivre la marche ascendante, puis rétrograde. Mais, dans la supposie tion d’une interprétation exacte de la part de ces auteurs, disons que ces lésions sont en général peu nombreuses, et que, contrairement aux cicatrices syphilitiques, elles siégent plutôt dans la profondeur qu'à la surface de l'organe. Il est des cas, et le fait suivant en est un exemple, où le diagnostic serait véritas blement difficile, du moins dans une contrée chaude.

Accidents syphilitiques antérieurs; carie de l'un des os du pubis ; dépression cicatricielle infundibuliforme à la surface convexe du foie.

Ogs. XXXIV. — La femmé H..…., àgée de trente-neuf ans, anciennement mariée à un garde de Paris, avait présenté antérieurement des accidents syphilitiques, lorsqu'elle fut admise à l'Hôtel-Dieu (1859). Elle était alors affaiblie et cachec= tique, et accusait à la région du foie et dans l'abdomen des douleurs qui s’accrois saient par la pression. Bientôt après elle fut prise de vomissements verdâtres,

de fièvre avec accélération du pouls, et de douleurs violentes dans l'abdomen. Elle succomba quelques jours plus tard.

Autopsie. — Adhérences péritonéales dans la fosse ilia l'os pubis, suppuration peu abondante dans la gaîne du m foie, de volume normal, est décoloré, jaune et gras ; à quelques centimètres du bord inférieur

que gauche, carie de uscle psoas iliaque. Le son lobe droit présente, > Nine ouverture circulaire, ayant environ

(4) Cambay, Maladies des Pays chauds, p. 123, Paris, 1847.

un centimètre de diamètre, avec bords froncés, plissés et rétractés. Cette ouverture communique avec une excavation large, profonde d’environ 2 centimètres et creusée dans le parenchyme hépatique ; les parois de cette excavation sont constituées par un tissu fibreux ou fibroïde, dur et résistant, comme lardacé. et qui, à la coupe, offre des points jaunâtres, formés en grande partie de granulations graisseuses; une matière molle et grisâtre se trouve appliquée aux parois de cette caverne, qui fait corps avec le tissu du foie; on y trouve en grande abondance des aranulations graisseuses et protéiques. Les autres organes sont sains; le cœur est chargé d’une épaisse couche de graisse.

Les diverses lésions dont nous venons de faire l'étude intéressent uniquewent la trame de substance conjonctive. Cependant les vaisseaux et les éléments propres qui entrent dans la composition du foie sont loin d’être toujours exempts d'altération. Outre la compression vasculaire qui résulte de larétraction de certains produits syphilitiques, les branches de la veine porte Sont quelquefois obstruées par des productions pseudo-membraneuses ou par des concrétions fibrineuses. (Voy obs. XXVIIT, p. 256.) De plus, indépendamment de l’altération qu’elles subissent par suite de la présence des productions Syphilitiques, les cellules hépatiques sont fréquemment le siége d’une dégénérescence amyloïde ou graisseuse que plusieurs observateurs ont cru à tort devoir rattacher à la syphilis.

L'état adipeux du foie a été constaté à un degré plus où moins marqué dans 18 cas de syphilis constitutionnelle par Frerichs, qui trouva la dégénérescence amyloïde deux fois seulement. Dans nos faits, ces dégénérescences sont notées avec une fréquence presque égale; elles n’y sont pas rares. Accu- Mmulation de substances grasses sous forme de granulations et de globules réfrmgents au sein des cellules hépatiques, et par suite augmentation de volume, Cest en quoi consiste l’altération graisseuse du foie. La surface de cet organe ést légèrement granulée, sa coloration jaunâtre, son poids spécifique est diminué. Le foie, lardacé, est également plus volumineux qu’à l’état normal ; dès le début de l’altération, on aperçoit au milieu des acini des taches “ont la coloration transparente tranche très-nettement avec la teinte gris hat des bords ; aussi la structure acineuse apparaït-elle beaucoup plus évi- ‘dente. Plus tard, le parenchyme glandulaire présente une surface unie, plate, dun gris jaunâtre, un peu brillante ; coupé par tranches, il offre un aspect assez semblable à celui du saumon fumé. Mouillés avec la solution iodée, les points brillants et transparents se colorent en un rouge intense qui passe au violet, si l’on ajoute de l'acide sulfurique, tandis que le liséré qui les entoure prend seul une teinte jaune pâle.

Portal d’abord, plus tard Rayer, et dans ces derniers temps Rokitansky, Dittrich, H. Meckel, S. Wilks, Virchow, ‘et plusieurs autres auteurs ont rapporté des exemples de la coexistence, avec la syphilis, de cette dégénérescence, encore appelée dégénérescence, lardacée, cérumineuse, cholestérique, cireuse, amylacée; mais la plupart de ces auteurs ne voient dans ce fait qu'une coïncidence simple, ou l’action directe du mercure sur le foie. Graves et Budd attribuent le foie cérumineux à une combinaison de la vérole #t de l’hydrargyrie, tandis que Frerichs fait à tort de cette altération une forme particulière de la syphilis hépatique. Le mercure et la svphilis ne

jouent qu'un rôle indirect dans la pathogénie de cette affection d'un

part, la dégénérescence amyloïde ‘se rencontre dans le Joie des malades affectés de syphilis sans qu'il y ait eu de traitement mercuriel mis en usage

et elle ne se trouve pas habituellement dans les cas d'intoxication | rielle chronique; d'autre part, comme, loin d’être spéciale à la syphilis, celte dégénérescence fait partie du cortége d'un grand nombre de maladies chroniques avec marasme et cachexie, il y a lieu de croire qu'elle a Sa Cause, non dans une maladie spéciale, mais dans le trouble nutritif qui accompagne tout un groupe de maladies, et par conséquent eile ne peut être regardée comme une manifestation de la syphilis constitutionnelle au même titre que les productions gommeuses.

Nous signalerons enfin, parmi les nombreuses altérations qui coexistént généralement avec les lésions syphilitiques du foie : l’hypertrophie de la rate, celle des ganglions prévertébraux et illaques, certaines modifications du paren chyme rénal, et la présence dans la cavité du péritoine d’une sérosité claire, trans parente et albumineuse.

Etude symptomatique. — Les désordres fonctionnels produits par la syphilis hépatique ne comportent pas nécessairement les divisions que nous avons adoptées dans l'étude des lésions anatomiques, et par conséquent nous notés contenterons, dans le cours d’une exposition collective, de faire remarquer Îles particularités symptomatiques plus spéciales à chaque mode anatomique. Ces symptômes sont les uns physiques, les autres fonctionnels.

Les symptômes physiques, que donnent la palpation et la percussion, conslituent les principaux signes de la’syphilis hépatique. Le volume du foie, dans les faits connus, est très-variable, rarement normal, le plus souvent augmenté ou diminué. Dans certains cas, où il a été possible de suivre les changements divers subis par cet organe pendant le cours de la Maladie, on a constaté qu'à une période d’accroissement avait succédé une période d’atrophie, phénomène lacile à expliquer après l'étude anatomique que nous avons faite, et qui appars tient plus particulièrement à l'hépatite scléreuse. Cependant, loin de diminuer de volume à une certaine période, le foie continue quelquefois de s’accroître par le dépôt d’une plus grande quantité de matières grasses ou de substance amyloïde. Outre l'augmentation de volume, la palpation, dans un certain nom bre de cas, donne lieu à la sensation de saillies, de nodosités ou de bossé lures à la surface du foie, et cette sensation, très-analogue à celle que déter= mine la présence des masses cancéreuses, se distingue, pour le doigt qui explore, par ce caractère que la dureté est plus grande et la tumeur mieux circonscrite. Malgré l’hypertrophie et les irrégularités de la surface, la glande hépatique peut conserver sa forme; mais en général, à une période avancée de l'évolution morbide, le foie est notablement déformé, Tantôt le gros lobe hypertrophié descend jusqu'à l'ombilic, et donne à la percussion une matité dans tout l’'hypochondre, à droite de la ligne blanche, tandis qu’à gauche le petit lobe se trouve réduit à une mince languette; tantôt le lobe droit en partie détruit descend moins bas que le gauche ; tantôt enfin on sent au des dépressions profondes qui re irrégulier. Toutes ces nuances,

niveau (du bord libre des scissures où ndent ce bord inégal, bosselé et tout à fait qu'une percussion bien entendue et la pal-

pation surtout permettent d'apprécier le plus souvent avec exactitude, sont pour ainsi dire spéciales à la syphilis. Il est peu de maladies où se reneohtre une déformation aussi prononcée de l’organe hépatique, puisque, même dans la cirrhose non syphilitique et le cancer, le foie atrophié ou hypertrophié conserve toujours une proportion à peu près égale entre ses lobes. Gette déformation nous a toujours utilement servi pour le diagnostic; elle est véritablement caractéristique dans l’espèce. Notons encore la possibilité de reconnaître que le mouvement de glissement de la paroi abdominale sur le foie n'a plus lieu pendant la respiration; la main qui palpe sent immédiatement la glande sous cette paroi immobile, et peut même avoir la sensation des adhérences par lesquelles celle-ci est accolée au foie. “Les symptômes fonctionnels sont, dans quelques cas, si peu accusés que si on néglige l'exploration physique on est parfois tout étonné, à la mort, de trouér des lésions anatomiques dont on était loin de se douter pendant la vie. D'autres fois cependant les lésions syphilitiques du foie déterminent des troubles qui, pris isolément ou considérés dans leur ensemble, ne diffèrent pas d’une facon notable de ceux qui appartiennent à la plupart des affections hépatiques. Ja douleur est un de ces symptômes, elle consiste en une simple sensation de “cône, de malaise ou de pesanteur ; rarement elle est vive, continue, exacerbante, Mais presque toujours elle est exagérée par la palpation et la percussion. Un Malade observé par Frerichs souffrit d’une manière Imcessante pendant trois Mois ; un autre eut des intermissions qui durèrent environ une semaine, après Jésquelles survinrent des exacerbations accompagnées d’une fièvrelégère. Assez facile à provoquer quand il existe des gommes hépatiques, la douleur est un SYmptôme inconstant, et qui n’a pas la même intensité dans tout le cours de la inaladie. Elle fait généralement défaut dans la derniere période et n’a jamais, que ljous sachions, d'irradiation du côté de l'épaule ou de toute autre partie du corps. L’ascite est un symptôme non moins important, elle appartient aux deux formes de la syphilis du foie et parait plus intimement liée à l'hépatite diffuse. Sans vouloir prétendre, avec Cirillo et Schrant (1), que les malades atteints de syphilis hépatique meurent en général d'hydropisie, je dois reconnaitre qu'ils sont fréquemment atteints d’ascite. Noté par Schutzenberger (2), Virchow, Leudet, et beaucoup d’autres observateurs, ce symptôme à été observé cinq fois par nous, et, fait digne de remarque, il a été trois fois suivi d’une guérison fadicale. En général son développement est lent et progressif, mais sans que Cette circonstance, sur laquelle Gubler et Leudet ont déjà fixé l'attention, puisse beaucoup servir au diagnostic de la maladie, puisqu'il est arrivé dans quelques cas de voir cette hydropisie prendre en peu de jours un accroissement considérable, ce qu'il est facile d'expliquer dans l'hypothèse d'une compression de la veine porte par une tumeur £0mImneuse. Avec l’ascite coexislent fréquemment des dépôts pseudo -membraneux à la surface du pé- Yitoine, et plus particulièrement sur cette portion qui tapisse le foie ou qui occupe la région de lhypochondre droit. C’est là une circonstance sur

(1) Tidjsch. Nederl. Maasch. 1851, et Canstails Jahrbuch. für Medice., 1851, t. Il,

… (2) Schutzenberger, dans Gaz. hebdomadaire, 1857, p. 27h.

laquelle je ne pourrais trop insister, car en la méconnaissant on risquerai de commettre une erreur, et surtout de croire à une péritonite tuberculeuse

L’ictère, phénomène relativement rare dans le cours des lésions syphili tiques du foie, n’est mentionné que dans quelques faits. Dans deux cas ra | portés par Frerichs, il est la conséquence de la COMpPression des canaux biliaires, une fois par la tuméfaction des glandes lvmphatiques, une autre fois par une cicatrice étendue. Dans un troisième cas il se lie à une ne | patite; Biermer et nous-même l’avons observé dans les mêmes conditions. Ce symptôme est remarquable par une marche lentement progressive, une longue durée et parfois aussi une grande intensité. Quoique sous la dépendance d’une lésion matérielle, il peut se montrer, suivant Gubler, Leudet, Virchow et Lebert, plusieurs années avant l'apparition d'accidents sérieux du côté de l'organe hépatique. Le fait que voici en est une preuve :

Deux chancres à läge de vingt-quatre ans, absence de Manifestations cutanées à douleurs ostéocopes, exostoses et ictére ; périhépatite Syphilitique probable; orchite syphilitique.

Os. XXXV. — B..., quarante-quatre ans, entré à l’hôpital de la Pitié le 16 février 1861, contracta, à l'âge de vingt-quatre ans, une blennorrhagie et deux chancres qui eurent environ quinze jours de durée ; ilne s’est jamais aperçu de la moindre éruption cutanée. |

Après un malaise survenu le 4 janvier et dont il s'était rétabli, ce malade est atteint d’un ictère, et peu de temps après il s’aperçoit du gonflement de l’un des testicules; puis des douleurs intenses qu’il éprouve dans la tête l’'amènent à l'hôpital. La peau est d’une teinte ictérique légèrement verdâtre. L’appétit est presque nul, faiblesse et malaise général ; le foie déborde le rebord costal, il semble adhérer intimement au diaphragme; la rate a un volume normal ; absence de diarrhée et d'albuminurie ; respiration douteuse au sommet droit; cœur sain : exostose du sommet de la tête; céphalalgie violente avec exacerbations nocturnes: ganglions durs, isolés, petits et résistants, dans les aines ; l’un des testicules est augmenté de volume, il est piriforme, très-ferme, résistant, élastique sous les doigts qui le pressent ; absence de liquide dans la tunique vaginale, légère irrégularité à la surface de l'organe ; épididyme sain. Cet état persista jusqu’à ce qu'un traitement spécifique ayant été employé, chacun de ces accidents s’améliora et le malade put quitter l'hôpital.

Un peut se demander quelle à été, dans ce cas, la c c'est là une question assez peu importante et à ] de donner une réponse positive.

ause de lictère ; mais aquelle il n’est guère possiblé Il Y a toutefois lieu de croire à une des altérations qui viennent d’être signalées, Ces faits et quelques autres semblas bles, dans lesquels l’ictère est Pour ainsi dire accidentel, nous permettent d'établir la rareté et le peu d'importance de ce phénomène dans l'étude SYM= Ptomatique de la syphilis hépatique.

Des hémorrhagies diverses coexistent parfois avec l’ascite ou l’ictère, et ner Sont, comme ces derniers accidents, qu’un effet de l’altération hépatique. On: sait qu'Hippocrate a parlé très-savamment de l’hémorrhagie nasale qui arrives dans le cas d’obstruction du foie et de la rate; cette hémorrhagie s’observe: aussi dans le cours des affections spécifiques du foie. Cirillo déclare que les: malades qui ont des obstructions au foie sont fréquemment surpris par un,

ux hémorrhoïdal, une hémorrhagie de la narine droite, et quelquefois même ar un crachement de sang. Plusieurs des observations rapportées plus loin s“moignent de la valeur et de l'importance de ce symptôme.

» Certains désordres des fonctions digestives peuvent se lier aux affections “philitiques du foie, et dans quelques cas celles-ci n’ont pas. d’autres symtômes. Généralement peu marqués au début de la lésion hépatique, ces troubles rviennent peu à peu au furet à mesure de son développement, l'appétit dimi- “ue et se perd, la digestion est lente, les malades ont des éructations, des omissements muqueux, et surtout des évacuations diarrhéiques irrégulières. ursept cas que contient le mémoire de Leudet, la diarrhée est notée cinq fois; plus souvent séreuses et blanchâtres, les matières rendues sont quelquefois runatres ou noirâtres, assez analogues au marc de café, ou même dysentéri- >rmes, ainsi que l’a signalé Léonard Botal (1). Assez commun dans le cours es affections hépatiques ordinaires, ce symptôme peut dépendre d’une modiation du liquide sanguin ; il n’indique pas nécessairement l'existence d’une &sion matérielle de l'intestin, ear il est rare que ce viscère soit ulcéré dans ces onditions.

En même temps que ces désordres, il existe fréquemment un météorisme jus ou moins prononcé, dû en partie sans doute au dérangement de la foncfon biliaire. La dilatation des veines sous-eutanées de l'abdomen n’est manieste que dans quelques cas où il y a gêne à la circulation de la veine porte. Ïn amaigrissement progressif et un certain degré d’atrophie musculaire, parbis même un léger abaissement de température, sont des symptômes sur lesjuels on ne peut trop insister, et qui souvent se terminent par le marasme et 4 mort. Plus fréquents avec l'hépatite interstitielle, ils ont leur raison d’être Ans laltération de la sécrétion biliaire et plus encore dans le trouble le la fonction giycogénique du foie. |

Les fonctions nerveuses et cireulatoires continuent à s’accomplir normalenent, à moins de manifestations morbides du côté des organes qui président lces fonctions. Les phénomènes respiratoires, au contraire, sont quelquefois rénés à la suite des adhérences que contracte le diaphragme avec le foie, et Même avec la base des poumons. La percussion fait connaître le degré de thypertrophie concomitante de Ja rate, et la palpation peut arriver à reconjaitre l'augmentation de volume des ganglions viscéraux. Les urines sont Souvent albumineuses, et ce symptôme venant s’ajouter à la déformation du foie et au trouble des fonctions hépatiques ne manque pas, nous le savons, d'une certaine valeur diagnostique. Rarement les urates sont en excès.

L’ædème des membres inférieurs s’observe ici comme dans la plupart des Cachexies, et l'on voit quelquefois se produire spontanément des coagulations sanguines dans les veines. La peau, dans ces conditions, subit fréquemment des modifications profondes ; sans parler des gommes, des ulcérations ou des cicatrices que l’on peut y rencontrer, disons qu’elle est en général sèche, ridée, remarquable par une teinte plombée un peu jaunâtre, ou par une coloration bronzée et uniforme. Les manifestations les plus communes avec les lésions hépatiques sont des ulcérations ou des cicatrices de la gorge, des gommes du

| (1) L, Botal, Luis venereæ curandæ ratio, dans Luisini Aphrodisiacus, p. 891.

üissu cellulaire sous-cutané, des cicatrices de la peau, des exostoses des 05q crâne et de la partie antérieure des tibias.

La marche de la syphilis hépatique est lente, progressive, insidieuse"o même cachée. Effectivement, dans quelques cas, cette maladie parcourt toute ses phases sans donner lieu à des phénomènes bien appréciables. Le défax de réaction, le petit nombre de troubles fonctionnels sont autant de circon stances dont il importe de tenir compte pour le diagnostic des affections syphi litiques du foie. Ces affections ont généralement une longue durée, , moins que l'extension de l’ascite où une complication ne vienne termine la vie. Elles peuvent exister pendant des mois ou même des années sans Jete une perturbation considérable au sein de l'organisme. Plus souvent elles finis sent par engendrer le marasme et la cachexie. Leur terminaison est variable leur guérison n’est pas très-rare, elle est quelquefois spontanée, c’est-à-dire qu'i peut Y avoir cessation des troubles fonctionnels sans l'intervention d'aucun traitement, et cela plus souvent peut-être qu’on n’est tenté de le supposer. Un observation rapportée ailleurs (obs. XXXIX, page 284) mettra hors de doute ci fait devenu pour nous Imcontestable. Dans d’autres circonstances, c’est à 4 suite de l'emploi d’un traitement par les préparations mercurielles ou iodurée qu'on voit se produire une amélioration ou même une guérison définitive Les faits suivants en sont des exemples authentiques (1).

Blennorrhagie et chancre à vingt-deux ans; à quarante-deux ans, douleurs ostéocopes el exostoses ; à quarante-cinq «ns, affection hépatique, ascite. — Paracentése et iodii de potassium, guérison. ;

Ops, XML... âgé de quarante-cinq ans, imprimeur, est un homnie d’une force et d’une santé moyennes. Il contracta à vingt-deux ans une blennot: rhagie et un chancre. Depuis cette époque il s’est bien porté, et il ne se souvient pas d’avoir eu le moindre accident syphilitique. À quarante-deux ans, il éprouve des douleurs dans l'épaule et le côté droit de la poitrine, puis dans le côté gauche et dans le dos; ces douleurs, accompagnées d’élancements, sont plus intenses la nuit que le jour. Deux mois plus tard, il ressent dans la tête des battements et des douleurs avec exacerbations nocturnes ; ces douleurs disparaissent et reéparaissent à plusieurs reprises après un, deux ou trois mois. C... s’aperçoit enfin de l'existence de plusieurs tumeurs crâäniennes ; il consulté, et on lui prescrit un traitement avec iodure de potassium ; mais ce médicament n’est jamais continué au delà de douze jours. Après lrois jours d’excès, survient une diarrhée séreuse et blanchâtre, qui disparaît au bout de quelque temps. Mais l'appétit reste faible, les forces se perdent, et, l’abdomen prenant chaque jour de l'accroissement, ce malade est admis à l'hôpital de la Pitié, le 24 août 1860. Teinte jaunâtre ou bronzée de la peau, ascite évidente; impossibilité de limiter le foie. Rate assez normale; absence d’albumine dans les urines ; oppression, respiration saccadée et rude au sommet droit. Cœur sain, Absence de fièvre ; pouls régulier et normal ; parfois légères épistaxis ; absence de trouble des fonctions cérébrales; œdème aux membres inférieurs. On diagnostique une cirrhose hépatique et on administre plusieurs purgatifs. Néanmoins l’ascite prend un tel développement que, le 40 août, il est A ee Tres . SA la paracentèse. Je relirai immédiatement de NEA A PRE € séreux JRanAue précipitant abondamment par ne à ni D L on je pus constater que le foie débordait de un à

's de doigt le rebord costal, et il me parut manifeste qu'il existait quel-

(1) Schutzenberge

r, dins un cas du même genre, à u vérifier L : MO Par lautopsie, : genre, à pu vérifier l'exactitude du diagnostic

ques nodosités un peu au-dessus de son bord libre. Convaincu que l’ascite ne tarlerait pas à se reproduire, et qu’au bout de peu de jours il me faudrait recommencer une nouvelle opération, j’examinai mon malade avec le plus grand soin ftje reconnus qu'il présentait dans laine une cicatrice de bubon et plusieurs >xostoses à la région du crâne. La connaissance de ces nouveaux symptômes fut une lueur d’espérance, et dès le lendemain de l'opération j'administrai un gramme d'iodure de potassium. Ce médicament fut parfaitement supporté, et la Jose fut bientôt portée à 3 grammes. L'épanchement reparut en même temps qu'un peu de météorisme, mais bientôt il resta stationnaire.

Dix jours après l'opération, le malade prenait 3 grammes d'iodure de potassium, on pouvait constaier une diminution manifeste de l’ascite et du météorisme. Le traitement fut continué jusqu'au 1° octobre. A cette époque il ne restait presque plus de sérosité dans l'abdomen ; le malade avait recouvré l'appétit, une partie de ses forces et de son embonpoint ; il commençait à se lever et à se promener. L'iodure de potassium, suspendu le 4% octobre, fut repris le 4, à la dose de 15,50. Le 19 octobre, l'abdomen était normal ; le malade n’éprouvait qu'un peu d’essoufflément en montant les escaliers. Le traitement spécifique fut continué jusqu'au 4% novembre. Le 13, jour de la sortie, le foie débordait à peine le rebord costal, ilMne paraissait pas offrir d’inégalités à sa surface. On ne constatait plus qu'un Souf£e doux très-limité au sommet du poumon gauche; le malade avait craché un peu de sang.

Chancre induré et syphilides. Affection du foie, de la rute el du péritoine. Étisie des plus avancées. Traitement par les préparations merecurielles el iodurées, guérison.

Ops. XXXVII. — B..., employé de commerce, âgé de trente- quatre ans, contracte, à l’âge de vingt-trois ans, un chancre qui perfore le frein et qui est suivi d'une éruption cutanée (roséole), d'alopécie et de la chute de quelques cils, {pommade au calomel, salsepareille, sirop de Cuisinier) ; à vingt-six ans, nouvelle éruption syphilitique, angine et céphalalgie (sirop de salsepareille, pilules de proto-iodure pendant deux mois). À vingt-neuf ans, digestions difficiles, douleurs à la région épigastrique et parfois dans tout l'abdomen; météorisme par instants, en même temps toux quinteuse suivie d’expectoration et quelquefois de vomissements. Les médecins consultés ordonnent l’huile de foie de morue, etc., et s'il est per- Mis de s’en rapporter au dire du malade, dès ce moment aurait été constatée Paugmentation du volume du foie. B.. continue de maigrir, ses digestions sont toujours difficiles, et, de temps en temps, il est pris de vomissements ; la vie lui devient un dégoñt. Dans ces conditions apparaît une tuméfaction au niveau du mollet droit , sorte de tumeur qui ne tarde pas à disparaître. Le dépérissement progresse, et le malade, traité depuis longtemps comme atteint de phthisie, nous est présenté le 4 juillet 1863. Il a les apparences d’un homme bien constitué (cheveux noirs), il est profondément eachectique et d’une maigreur squelettique. Voix un peu altérée; toux et dyspnée légère. Le thorax est aplati; cependant il existe de lésion évidente en aucun point des poumons. Les battements du cœur sont réguliers, le pouls est faible. Alternatives de diarrhée; météorisme, inégalités et bosselures intestinales, comme si les intestins étaient unis à l’aide de fausses membranes. Matité légère due probablement à des produits pseudo-membraneux au niveau de l’une des fosses iliaques. Le lobe droit du foie descend jusqu à la ligne ombilicale, il parait inégal à sa surface et comme soudé à la paroi abdominale; le lobe gauche est diminué de volume. La rate déborde le rebord £ostal de trois travers de doigt, elle mesure environ 16 centimetres ; l'abdomen est météorisé, l'appétit nul, la digestion lente ; les désirs vénériens sont trèsaffaiblis. Depuis quelque temps le malade perd la mémoire, C est à peine s’il peut écrire une lettre.

Convaincu qu'il ne s'agissait pas d’une affection tuberculeuse des poumons, et renseigné sur les antécédents du malade, je n’hésitai pas, malgré l'absence de lésions syphilitiques extérieures, à attribuer à une origine spécifique les alté-

rations manifestes du foie, de la rate, et peut-être du péritoine. Je Prescrivi une pilule de Sédillot matin et soir, et j ordonnai des onctions sur l’abdome avec une pommade iodurée. Comme je l'avais prévu, la diarrhée ne tarda pas reparaître ; la préparation mercurielle fut remplacée par le sirop d iodure de fer En même temps, les onctions furent continuées sur l'abdomen, et j'engageaile malade à faire usage d’une alimentation réparatrice. Sous l'influence de ces moyens, l'appétit revint, les forces parurent meilleures. Le 8 octobre, je pres: crivis : pilules de Sédillot, sirop d’iodure de fer, deux bains sulfureux p semaine. Ce traitement fut continué sans changement notable Jusqu'au mois d janvier, À ce moment, le malade se trouvait mieux, il y avait une diminution manifeste du volume du foie et de la rate; les fonctions digestives étaient presque normales, et de jour en jour le malade s’apercevait qu'il reprenait des forces. La voix, depuis quelque temps déjà, était tout à fait normale et la toux avait complétement disparu. Après un léger repos, comme les organes abdominaux étaient loin d’avoir repris leurs fonctions physiologiques, la liqueur de Fowler fut administrée à faibles doses. Le 11 mai 1864, ce malade, qui après un an de traitement avait recouvré à peu près sa santé et son embonpoint primitif, vit apparaître à la région frontale, à la suite d’un excès de boisson, une exostose du volume d’un œuf de pigeon, accompagnée de douleurs nocturnes. Je fis prendre 2 grammes d’iodure de potässium par jour dans une tasse de tisane de houblon, et après trois semaines cette exostose avait disparu. En juin, il survint une tumeur semblable qui dispa= rut de la même façon. Trouvant le foie toujours volumineux, j'engageai ce malade à faire usage d’une limonade nitrique. Le 26 octobre, les douleurs frontales repa* rurent, et le malade prit de nouveau pendant un mois liodure de potassium. Depuis ce moment, décembre 186%, sa santé est bonne et continue à s'améliorer de jour en jour; il a un embonpoint ordinaire et se trouve très-bien. La rate et le foie débordent toujours quelque peu le rebord costal. Ajoutons que le malade æ depuis longtemps repris ses occupations habituelles, et que sa femme devenue enceinte put arriver au terme de sa srossesse. Antérieurement elle avait eu deux avortements à 5 et 6 mois. Deux ans plus tard ce malade, qui avait quitté la France; m'écrivait de Lima, qu’il éprouvait de nouveau une céphalée intense. Ainsi on" peut juger de la ténacité de la syphilis tertiaire.

Dans ces faits, où l’on pouvait sentir des bosselures à la surface du foie, il est fort probable qu’on avait affaire, ainsi que dans la plupart des cas de gué» rison avérée, à la forme sommeuse de la syphilis hépatique. Cette forme serait ainsi moins rebelle aux moyens thérapeutiques que l'hépatite interstitielle. Nous Savons d’ailleurs que dans cette dernicre le développement des jeunes cellules de tissu conjonctif est souvent complet, tandis qu'avec les tumeurs gommeuses. ces mêmes éléments, en vertu de leur nombre et de leur disposition, s'arrêtent à un moment donné de leur évolution, s’altèrent et sont résorbés. "+

La terminaison fatale, à part les cas où l’ascite prend des proportions consi= dérables et amène l’asphyxie, est rarement la conséquence directe de l'hépatite syphilitique, affection toujours partielle : Je plus souvent la mort est causée

par des lésions concomitantes ou par des complications en tête desquelles il faut citer l'érysipèle et la pneumonie.

Diagnostic. — Les désordres fonctionnels qui correspondent aux affections" syphilitiques du foie diffèrent peu de ceux que déterminent la plupart des altérations de cet organe; en sorte que les données diagnostiques les plus positives se tirent de l'étude des signes physiques et des caractères de l'ins lection syphilitique. Ainsi, les antécédents du malade, la présence des manifestations cutanées ou osseuses de la période tertiaire, sont des circonstances

hi, dans le cas d’une affection hépatique de nature douteuse, donnent une rande probabilité à l'hypothèse d’une origine syphilitique. Rappelons la scoloration et la teinte bronzée de la peau; ajoutons qu’en labsence ême de ces circonstances, c'est là un point qu'il ne faut pas oublier; un “agnostic certain est encore possible quand, dans une affection hépatique marche lente, le foie présente à la palpation des bosselures arrondies induses, ou cette déformation sur laquelle nous avons insisté plus haut, si sursut il y a en même temps de l’albumine dans l'urine et un état de cachexie “nérale.

Mbärrégularité de la forme du foie, l’albuminurie et la cachexie composent me triade symptomatique qui nous a souvent permis de poser sûrement le jagnostic de la syphilis hépatique, en l'absence de toute manifestation extéieure ; l'observation XXVI, p. 237, est un exemple de ce fait. Chez le malade ui fait l’objet de l'observation suivante, la sensation d’inégalités fermes, ures, résistantes, à la surface de la glande hépatique, avec une ascite déjà Néienne et très-considérable, nous fit croire à l'existence d’une lésion matéiélle d’origine syphilitique, et plus tard le diagnostic se trouva confirmé par “succès d’un traitement spécifique.

Gmostose du tibia, laryngite, tumeur avec hypertrophie du foie. Diarrhée dysentéri= forme. Guérison de tous ces accidents par l'emploi prolongé de l’iodure de potassium.

Os. XXX VIII. — Le nommé M..., âgé de trente-cinq ans, fondeur en cuivre, ébradmis le 23 janvier 4861 à l'hôpital de la Pitié, où il fait un séjour de pluleurs mois. Il croit que son père a été atteint de syphilis, et il nie pour son ompte tout accident de ce genre. Cependant il prétend que M. Ricord l’a autreois traité pour les troubles dont il se plaint. Maigreur prononcée, peau sèche, idée, teinte bronzée un peu jaunûtre ; douleurs nocturnes ostéocopes dans le bia du côté droit affecté d’une hyperostose considérable. La voix est presque “einte, la parole est gênée ; mais l'affection principale occupe la glande hépaique. Celle-ci présente une augmentation de volume considérable, elle déborde le plusieurs travers de doigt le rebord costal, et soulève manifestement la paroi 1bdominale antérieure, au niveau des régions épigastriques et de l’hypochondre droit ; elle est le siége de bosselures fermes. et très-résistantes. Douleurs sponfanées et sensation de gêne et de pesanteur à l’hypochondre droit, ascite légère. Appétit faible, puis, en février, diarrhée sanguinolente dysentériforme pendant éhviron douze jours. Sous l'influence du traitement, d'abord mercuriel (pilules de proto-iodure), et plus tard ioduré (iodure de potassium porté jusqu’à la dose de 25,50), on put constater une amélioration, elle fut lente; les douleurs disparurent rapidement; mais l'hyperostose, la tuméfaction du foie persistèrent durant longtemps. Le traitement fut continué pendant plusieurs mois à hôpital, et, lors de sa sortie, le malade avait tres-certainement une grande amélioration. Se foie était encore volumineux et quelque peu irrégulier, le gonflement du tibia avait presque entièrement disparu. ue

Je vis de nouveau ce malade en mars 1862, et je pus constater la disparition complète et de l’hyperostose et de la tuméfaction du foie ; ce dernier organe .ne dépassait plus le rebord costal, et il me fut impossible de sentir des inégalités à sa surface. M... avait repris son embonpoint, il continuait son traitement. Un an plus tard, sa santé générale était tout à fait bonne.

Les principales affections qu'il arrive de confondre avec les altérations syphi-

litiques du foie sont : le carcinome hépatique, la cirrhose des ivrognes, plu

rarement la péritonite tuberculeuse et l'affection hydatique. . Le cas suivant, dans lequel on diagnostiqua tout d’abord an cancer du foi

et plus tard une péritonite tuberculeuse, est un exemple trop frappant dé]

difficulté qui peut se rencontrer en pareille occurrence et des avantages qu’

1 ] ? Mis à ? À nr * est possible de tirer d’un examen complet du malade, pour n'être pas rapport avec les réflexions qu'il nous a suggérées.

Tumeurs gommeuses du cuir chevelu et des os du crâne, traitement par l’iodure“q potassium. Plus tard, tumeur hépatique, ascite, hémoptysies. Guérison spontanée tous ces accidents.

Os. XXXIX. — H..., âgé de quarante-trois ans, eut une gonorrhée et un bubor à l’âge de dix-huit ans, et bien qu'il ne se souvienne pas d’avoir eu un chancre est fort probable que le bubon se liait à l'existence d’une ulcération spécifiques] prétend qu'il n'a jamais eu ni taches ni boutons sur la peau. Il y a cinq ans. l'ap parition de tumeurs multiples sur le cuir chevelu l’obligea à consulter un méde cin de Lyon, qui diagnostiqua des tumeurs gommeuses, et ordonna un traitemen spécifique. Ce traitement fut continué pendant quinze jours; six semaines plu tard, les tumeurs et les douleurs violentes qui les accompagnaient avaient entière: ment disparu. Des dépressions plus ou moins profondes restèrent à la place de cé tumeurs ; l’une d'elles occupe le sommet de la tête, plusieurs autres se r'encontrent à la racine des cheveux.

Le 7 janvier 1860, ce malade entrait à l'hôpital de la Pitié. Il accusait ut céphalée violente et la perte de ses forces. D'ailleurs, il est amaigri, sa peau offrt une teinte sale, un peu bronzée ; ses jambes ne sont pas œdématiées, mais 1e veines sous-cutanées abdominales sont dilatées et la cavité du péritoine contient une cerlaine quantité de liquide. Le foie déborde le rebord des côtes, surtout à l'épigastre, au niveau de son petit lobe, et en ce point il est facile de sentir une ot plusieurs saillies dures et résistantes, Le lobc droit ne présente rien de particuliel à la palpation., La rate est volumineuse. Les digestions sont lentes et difficiles ; il à de la diarrhée depuis quelques jours. On diagnostique une affection cancéreuse du foie et peut-être aussi de l'estomac; un traitement est institué en conséquence.

Vers la fin de janvier, les veines sous-cutanées de l'abdomen deviennent plus apparentes, l'ascite augmente et s'accompagne de météorisme ; survient de l’œdème des jambes et l'amaigrissement progresse. Le malade a des épistaxis mul: tipliées ; il tousse et expectore parfois des crachats sanguinolents. Néanmoins, il est impossible de rencontrer aux sommets des poumons des signes positifs d'une lésion tuberculeuse. L'appétit est en partie conservé ; la diarrhée disparaît et revient; il n’y a pas de vomissements. L'amaigrissement et l’état de cachexie du malade semblent confirmer de plus en plus le pronostic. | À cette époque, un médecin diagnostique une péritonite tuberculeuse (la tumeur hépatique ne pouvant plus être explorée depuis le développement de l'abdomen): L'état de notre malade s'aggrave de plus en plus, bientôt iltombe dans le marasmië le plus absolu; il est en outre menacé d'asphyxie par le développement disproporüonné de son abdomen, et vers la fin de mars on s'attend à le voir succomber d'un jour à l’autre. Le 6 avril, à notre grand étonnement, le ventre commence à diminuer de volume, et, trois semaines plus tard, il avait peu à peu repris son état normal, sans que la moindre médication active eût été employée ; on s’était borné, pour satisfaire au désir du malade, à lui prescrire des frictions avec l'huile de camomille camphrée, Après la disparition de l’ascite, on put encore sentir la tumeur hépatique ; Mais elle était beaucoup moins saillante et moins dure, et peu de temps après elle devint inappréciable. A partir de cette époque, l'appétit devient meilleur, la physionomie du malade n'indique plus la souffrance, et l’embonpoint

»parait peu à peu. L'amélioration est rapide et bientôt très-manifeste. L’abdomen ste toujours un peu développé ; néanmoins le malade se lève, et il est envoyé à asile de convalescence de Vincennes, où il reste jusqu’au 5 juin.

frappé d’une guérison aussi inattendue, je voulus faire un nouvel examen de ce alade avant son départ, et je reconnus l’altération des os du crâne, quime mit nla véritable voie de la maladie. Avec une perspicacité plus grande, je serais rrivé sans doute plus tôt à ce diagnostic, puisque le malade s’était plaint d’une éphalée intense qui avait eu plusieurs jours de durée. La maladie syphilitique une is admise, la lésion hépatique devait nécessairement lui être rattachée, et l’indiation thérapeutique était formelle. Aidé de ces nouveaux renseignements, je dus bandonner le diagnostic que j'avais porté tout d’abord, car le fait d'un cancer ruéri serait peut-être unique. D'un autre côté, il n'y avait pas lieu de penser à une \éritonite tubereuleuse en présence de la tuméfaction du foie et de la dilatation les veines abdominales ; et puis, la péritonite tuberculeuse ne disparait pas ainsi. n’en est pas de même des affections syphilitiques celles-ci guérissent très-bien Qùs l'influence d'une médication appropriée, et ce fait prouve, ce nous semble, que leur guérison peut être spontanée.

Le 24 juin suivant, H... se présenta de nouveau à l'hôpital, où nous pûmes "examiner. Les dépressions des os du crâne existaient toujours. Le foie débordait rès-peu le rebord costal ; il offrait manifestement quelques irrégularités à la région pigastrique, et il semblait toujours qu'il y eût un léger relief au niveau de l’anfenne tumeur ; l'ascite avait entièrement disparu; la tainte bronzée de la peau persistait encore ; la toux n'existait plus ; le malade avait repris de l'embonpoint, et a santé générale était bonne. Il avait alors le sein gauche tuméfié et douloureux, ébbientôt tout disparut. À son tour le sein droit présenta les mêmes phénomènes. Le malade sortit le 18 août. Le 21 septembre il rentraït à l'hôpital, accusant de violentes douleurs de tête avec exacerbations nocturnes, el se plaignant de l'appafition d’une exostose au sommet de la tête. Gette tumeur, qui finit par acquérir le volume d'un œuf de pigeon, fut combattue cette fois par l’iodure de potassium (de 2 à 3 grammes). Dix jours plus tard, les douleurs de tête avaient disparu, et la fumeur osseuse commençait à diminuer de volume. Le malade reprenait son embonpoint ; son foie ne débordait plus le rebord des fausses côtes, il n’était plus bosselé lorsqu'il nous quitta en novembre. Depuis lors, j’ai complétement perdu de

vue ce malade.

“1 sensation d’une tumeur à la région épigastrique, au niveau du petit lobe du foie, était chez ce malade une circonstance qui, jointe à un état de maigreur avancé, portait à diagnostiquer un carcinome. Toutefois, comme l’altération paraissait occuper un seul lobe, il y avait lieu de poser la question d’une affection différente. À une certaine époque, pour qui n'avait pas vu le malade avant l'apparition de l’ascite, le diagnostic d’une péritonite tuberculeuse était d'autant plus admissible qu'il Y avait de temps à autre des hémoptysies. Mais une étude attentive des antécédents du malade et surtout l'examen du crâne auraient pu mettre sur la voie de la véritable altération, et modifier le diagnostic et le traitement.

* Les affections carcinomateuses du foie envahissent simultanément les deux lobes de cet organe, elles apparaissent à un âge déjà avancé, évoluent rapidement, donnent souvent lieu à de l'ictère et produisent une cachexie spéciale différente-de la cachexie syphilitique. La péritonite tuberculeuse se manifeste à son début par des douleurs abdominales, des vomissements et de la diarrhée. Elle n’est jamais accompagnée de la coloration bronzée de la peau qui se lie parfois à l'hépatite svphilitique. Gette affection, enfin, coexiste fréquemment avec des lésions tuberculeuses des poumons ot des plèvres. Au

palper abdominal, elle donne lieu à une sensation d'emptement, à une ati diffuse, ce qui n'existe pas avec le simple épanchement ascitique de ] hépatit syphilitique. “a mn Re

La cirrhose alcoolique, d’un autre côté, est ordinairement précédée 0 accompagnée de troubles variés, tels que dyspepsie, anorexie, fourmille ments, crampes aux extrémités, hallucinations, ete, qui ne permettent guèr de méconnaitre l’intoxication par l'abus des spiritueux ; de plus, en raison q sa généralisation et de sa localisation spéciale à la circonférence des lobules elle produit le plus souvent une ascite considérable , exceptionnellemen l'ictère. La marche de cette affection est en outre plus prompte que celle del cirrhose syphilitique.

Les altérations syphilitiques du foie sont des affections sérieuses qui metten en danger la vie du malade, et qui, lorsqu'elles sont méconnues, entraînen quelquefois la mort. L’ascite, les hémorrhagies, et surtout la diarrhée, son autant de symptômes indicateurs d’un état grave et susceptible de deveni mortel. Cependant ces symptômes sont ici moins redoutables que dans tottt autre maladie, et le pronostic est loin d’être toujours défavorable, puisqu'i existe aujourd’hui un nombre déjà raisonnable de cas certains de guérison Tant que le foie est volumineux, le pronostic doit paraître moins grave ; mais des deux formes anatomiques signalées, la forme gommeuse est celle qui offre le moins de danger.

$ 2. — Affections syphilitiques des glandes vasculaires sanguines. V

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Formées sur un même type, douées de fonctions analogues, sinon identiques, susceptibles de désordres anatomiques très-semblables, les glandes vasculaïs res Sanguines, influencées par la Syphilis, concourent d’une façon synergiqueà l’altération du liquide sanguin et à Ja production de ces états particuliers dé l'organisme connus sous le nom de chloro-anémie et de cachexte. C'est pourquoi il importe de grouper dans un seul Paragraphe l'étude de leurs altérations spécifiques. #

Des vésicules closes, une trame de tissu conjonctif, des vaisseaux et déf

nerfs : telle est la constitution élémentaire des glandes vasculaires sanguines: Deux sortes d'éléments, par conséquent, les uns Spéciaux, les autres cofnmuns à tous les organes, entrent dans la Composition des &

j Slandes comme dans celle de la plupart des organes. Mais tandis que la substance Conjonctive interstitielle

est dans ces dernières le siége unique de la localisation morbide syphilitique,

e virus exerce ici une action spéciale sur chacun des deux éléments et les ltère, tantôt isolément, tantôt simultanément.

Étude anatomique. — Les altérations qui portent sur la trame fibreuse ne

liffèrent pas de celles que nous connaissons; elles présentent les mêmes nodes anatomiques, et consistent toujours dans une formation conjoncive, diffuse ou circonscrite. L'altération diffuse est partielle ou générale, a glande malade s’injecte, augmente de volume dans une partie ou dans atotalité; plus tard elle s’atrophie sous l'influence des propriétés rétraciles du tissu nouveau. Les follicules diminuent de volume, s’altèrent et perdent leurs fonctions. Toutes les glandes vasculaires sanguines <ont sus- “ptibles de cette altération, qui est plus fréquente dans la rate et les gansions lymphatiques. Les dépôts circonscrits constituent de petites tumeurs blus ou moins fermes, arrondies et jaunâtres, n’offrant aucune différence ranchée avec les gommes des autres viscères. La rate, le corps pituitaire, le hymus, sont le siége le plus ordinaire de ces productions dont la présence à Blé rarement signalée dans les autres glandes sanguines. “La modification anatomique spéciale qui porte sur l’élément propre des olandes sanguines a été décrite dans les glandes lymphatiques par Virchow, qui lui reconnaît trois stades : l’état fluxionnaire ou hyperémique, l’état médul- Rire et l’état caséeux. L’injection et l'imbibition séreuse commencent le pre- Mier de ces états, puis arrivent l'agrandissement des cellules Iymphatiques et léur multiplication. Les follicules des ganglions deviennent plus volumieux et prennent l'aspect de points blancs ou grisâtres que séparent des inlerstices solides. Le ganglion, ramolli, cède à la pression et glisse entre les doigts; mais en même temps, s’il y à prolifération des éléments de tissu conjonctif, il prend un aspect uniforme, rougeàtre, ou blanc grisâtre, et dans és conditions il diffère par un aspect plus clair et plus humide des ganglions de la fièvre typhoïde, de la leucémie, des scrofules et de la tuberculose. Les caractères appartiennent au second stade, et celui-ci, si altération à un développement rapide, conduit au ramollissement aigu ou à la suppuration ; si, Au contraire, ce développement est lent, les jeunes cellules formées par la prolifération du tissu ganglionnaire s’altèrent, régressent, se transforment, et la Métamorphose graisseuse devient le dernier terme de cette évolution pathologique. La transformation caséeuse est rare en pareil cas, ainsi que Fon Peut s’en assurer par la lecture de nos observations.

Les glandes lymphatiques ne sont pas seules soumises à ce mode d’altération; il y a tout lieu de croire que la rate et le corps thyroïde n’en sont pas précisément exempts. Il est de fait que l'augmentation de volume de ces derniers organes est fréquente dans le dernier stade de la syphilis, puisqu'elle se trouve notée dans la plupart de nos faits. Ces altérations, par leurs caracères particuliers et leur apparition fréquente à une certaine époque de D Syphilis, mettent en évidence une relation étiologique avec cette maladie. Ajoutons que dans certains cas, la rate est atteinte d'une dégénérescence amyloïde ou lardacée analogue à celle que nous avons déja observée dans le foie, et,comme cette dernière, non directement liée à la syphilis.

Ces données anatomiques générales une fois établies, entrons dans les détails

et faisons voir ce que présente de particulier chacune des glandes dont ;

s'agit.

CORPS OU GLANDE PITUITAIRE. — Meyer fait mention, dans un cas de Svphilis. de l'existence, sur la selle turcique, d’une tumeur pâteuse, élastique, du volume d’une noisette, fusionnée avec l'os et dont le corps pituitaire était vraisem. blablement le point de départ. Dans un cas rapporté par Virchow, cette glande augmentée de volume, présentait çà et là des saillies d'apparence caséeuse de teinte jaune verdâtre, disséminées dans un tissu jaune grisâtre (obs. X p. 141). Une lésion gommeuse du corps pituitaire nous a paru certaine dans un fait que nous avons observé et publié ailleurs (1). Bien des fois, du reste, nous avons vu la glande pituitaire modifiée et plus volumineuse dans le cours de la syphilis viscérale.

CORPS OU GLANDE THYROÏDE. — L’altération de cette glande se rencontre dans plusieurs de nos observations. Une augmentation de volume très-manifeste etle plus souvent généralisée, une consistance plus ou moins ferme avec colo: ration jaunâtre par places, tel est l’aspect sous lequel s’est le plus souvent montré cet organe à la simple vue. L'examen microscopique nous a révélé l’accroissement en nombre des éléments glandulaires, et dans quelques cas leur métamorphose graisseuse plus ou moins complète. Nous ne connais: sons aucun fait qui donne l'indication d’un dépôt gommeux au sein de cette glande; mais c’est là peut-être une conséquence de la négligence avec l& quelle on fait trop souvent les autopsies, Le corps thyroïde n’en est pas moins fréquemment volumineux chez les femmes qui sont affectées de syphilis an: cienne (2).

UAPSULES SURRÉNALES. — De mème que le corps thyroïde, les capsules surrénales sont, en général, augmentées de volume chez les individus qui succombent aux atteintes de la syphilis viscérale ; c’est du moins un fait qui résulte des observations de Virchow, de Moxon (3) (obs. V et VIT), aussi bien que des nôtres. Outre l’augmentation de volume, le professeur de Berlin (4) "a observé, dans un cas, une dégénérescence graisseuse complète de ces glandes: que d’autres auteurs ont trouvées occupées par des tumeurs qui pouvaient bien n'être que des dépôts gommeux. | |

RATE. — Les altérations syphilitiques constatées dans cet organe sont tantôt une splénite diffuse, tantôt des dépôts gommeux, enfin une hypertrophié par augmentation du contenu cellulaire ou de la pulpe. La splénite diffuse est le plus souvent partielle, elle débute par l’hypergénèse et la tuméfaction du parenchyme splénique : il se forme ainsi des foyers lobulaires plus où moins nombreux et disséminés. Les points affectés sont durs à la coupe, ils

(1) L. Gros et Lancereaux, Des affect. nerv. Syphilitiques, 1861 ,obsery. Cxx1V, p. 124: (2) Voyez plus loin à Syphilis héréditaire, pour l’étude des altérations syphilitiques du thymus.. (3) W. Moxon, dans Guy's Hosptal Reports, vol, XIII, P. 339, London, 1868 (4) Wurzburg Verhand, vol. IL, p. 368. < :

spparaissent plus foncés, plus secs, plus consistants. Quelquefois ils sont coloés en rouge noir, ils ressemblent à des fovers hémorrhagiques (voyez obs. XIX, etc.). Plus tard la rougeur disparaît, surtout au centre , le tissu de l’orane, en devenant plus sec et plus dur, prend une coloration plus pale ; quel- | quefois il revêt une teinte d’un rouge grisâtre. À ce moment l'augmentation es éléments du tissu conjonctif est évidente, et, dans les points où l’altération est faite sous forme de foyer, on remarque un épaississement de ce tissu, puis me rétraction et une dépression cicatricielle, comme nous l'avons vu dans les “sions syphilitiques du foie, du testicule et de l'iris. Blanche et épaissie, la sapsule fibreuse de la rate adhère généralement au diaphragme (périsplénite) Les dépôts gommeux se montrent dans la rate avec leurs caractères habi- “els, c'est-à-dire sous forme de nodosités arrondies, blanchâtres ou Jaunâtres, wiques ou multiples, et plus ou moins profondément situées. Ces manifestaions sont relativement rares, quelques faits seulement attestent leur existence. alks a donné un dessin qui représente une de ces tumeurs siégeant dans l’éaisseur du parenchyme splénique, au voisinage de la capsule fibreuse. Huthinson et Jackson rapportent deux faits où semblable altération existe; un utre cas a été vu par Gregorié (1), et peut-être serait-il possible de rapproher de ces faits une observation de Mever, dans laquelle la rate, déveoppée et augmentée de volume, offrait des dépôts blanchâtres sur sa capsule obs. VI (2).

L'augmentation pure et simple du volume de la rate est, par contre, fréquente lans les faits qui nous sont personnels. Or, comme dans ces faits aucun désdre matériel ne s’opposait à la circulation hépatique, et qu'aucune cause ne nait expliquer lexistence de lhyperplasie splénique, nous somines bien brcé de rattacher cette hyperplasie à la diathèse syphilitique. La dimension en ongueur que mesurait la rate était en général de 15 à 20 centimètres ; la conistance de ce viscère était presque toujours un peu molle, sa coloration unâtre, violacée, d’un blanc grisâtre sur quelques points. Le microscope v nontrait par places des éléments granuleux et en voie d'évolution rétrograde.

LANDES LYMPHATIQUES PROFONDES. — L'étude des altérations syphilitiques de es glandes ne date que de ces dernières années. Swediaur avoue qu'il n’exisditde son temps aucune observation authentique de ces lésions. Aujourd'hui ädénopathie lymphatique tertiaire profonde est mieux connue anatomiquenent que l’adénopathie superficielle ou sous-cutanée. La raison est qu'on a us souvent l’occasion d’en faire l'examen nécroscopique.

Les ganglions de l'abdomen, et en particulier les ganglions prévertébraux et ombaires, les ganglions iliaques et fémoraux, sont le plus habituellement atéints (3). Viennent ensuite les ganglions bronchiques et des médiastins ; les anglions mésentériques sont beaucoup plus rarement affectés ; il en est de ème des ganglions des membres. Ÿ a-t-il une relation constante entre cette ltération ganglionnaire et les lésions viscérales? Cest à quoi il nous est lifficile de répondre; mais nous avons fréquemment constaté l’altération ter-

(À) Voy. Memorabil, XV, 1870, et SchmidPs Jahrb., t. CLI, p, 291, 1871,

(2) Voy. Schmidt's Jahrbücher, t. CXIV, p. 312, 1862.

(3) Voyez nos observations et principalement celles qui ont trait à la syphilis hépatique.

290 A LA SYPHILIS. | iaire des glandes Iymphatiques, sans qu'il y eùt de manifestations morbide dans les organes correspondants. HS

Les caractères anatomo-pathologiques de ces glandes sont en général très variables, ce qu'il faut attribuer au mode et à l’âge de l’altération. Dans l’adénit diffuse, le ganglion primitivement volumineux revient peu à peu surlui même, il est grisätre, arrondi, induré et presque uniquement constitué pardi tissu conjonctif. L’adénite gommeuse est caractérisée par l’augmentationMdt volume des glandes Iymphatiques qui d’abord fermes, élastiques, d’une temt blanchâtre ou rose, sont plus tard molles, Jaunâtres, caséeuses et même flue tuantes. Superficiellement placées, les glandes ainsi altérées peuvent ulcére la peau et se faire jour au dehors {obs. XXII). S'il s’agit d’une simple hyper plasie des éléments ganglionnaires {ce qui est peut-être le cas le plus fré quent), le ganglion revêt une apparence particulière : 1l s'accroît surtout damk le sens de son plus grand diamètre, c’est-à-dire en longueur plutôt qu’en épais: seur, à un tel point qu'il peut acquérir jusqu'à 3, 4, 5 et 6 centimètres comme le montre la figure 8, p. 304. Friable, de consistance un peu molle*i présente une surface injectée, de coloration rose, rougeûtre ou d’un gfis jaunâtre. À la coupe, on observe la même coloration; mais au toucher" a la sensation d'une substance médullaire ou caséiforme, suivant le degré plus ou moins avancé d’altération des éléments constitutifs {obs. XXIX et suiws}

En outre, les caractères que nous venons de signaler, les lésions syphilitiques des glandes lymphatiques se distinguent des lésions qu’engendrent la fièvr Lyphoïde, la tuberculose et la maladie scrofuleuse, par leur siége, par leu forme particulière et enfin par l'absence constante de suppuration. Ajoutons que, dans les altérations ganglionnaires tuberculeuse et scrofuleuse, la dégéné: rescence amyloïde s’observe plus souvent que dans la syphilis. |

Les lésions ganglionnaires doivent être rangées parmi les plus fréquentes et les plus constantes altérations de la période tertiaire; elles sont à syphilis des viscères ce que les adénopathies lymphatiques sous-cutanées sont à la syphilis de la peau, c’est-à-dire un accompagnement pour ain$l dire obligé. Toujours, en effet, elles se rencontrent lorsqu'il existe une affection viscérale, et quelquefois on les observe dans des cas où cette dernière fait défaut. Les amygdales, dont l’altération accompagne si souvent l’angine syphilitique secondaire, peuvent être affectées de lésions tertiaires, surtout de dépôts. gommeux auxquels succèdent des ulcérations plus ou moins pro= fondes, susceptibles d’être prises pour des lésions d’une tout autre nature, et d’inspirer les plus vives inquiétudes. La connaissance de ces altération: est par conséquent des plus importantes, et nous devions les signaler. À

SANG. — Les désordres anatomiques des glandes vasculaires sanguines EN=

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trainent le plus souvent à leur suite une modification du liquide sanguin que 2 Le A 7100 . 0 - . , * .

l on a regardée à tort comme l'effet d’une action directe du virus. Les individus qui succombent à cette période avancée de la Syphilis ont un sang peu aboñ= dant, manifestement diminué de quantité et altéré dans sa composition, Ce sang est plutôt fluide qu’épais, rarement il contient des coagulums fibrineux;, et parfois il colore les parois du cœur ou des vaisseaux. Les globules rouges; diminués de nombre, apparaissent avec leur forme et leur volume ordis

maires ; les globules blanes sont relativement plus nombreux, et, si l’on en croit Virchow, il existerait en pareil cas une véritable leucocytose. Nous avons pour notre compte plusieurs fois constaté, à cette période de la syphilis, un nombre plus considérable de globules blancs, trop rarement toutefois ROUE pouvoir accorder à ce fait un degré d'importance véritable ; Car, d’un autre “côté, nous avons vu les leucocytes conserver leur propor

“les cas où l’altération relativement peu avancée des gl

tion normale dans | andes sanguines pou- “ait faire présumer l'existence d’une leucocytose. Les hémorrhagies qui observent lorsque le foie est lésé sembleraient indiquer qu'il Y a une diminution de la fibrine ; mais ce n’est là qu'une simple présomption. L'apparition d'une anasarque conduit à une supposition analogue, relativement à l’albu- “nine du sang; disons que ce symptôme se lie assez généralement à une dégénérescence amyloïde des reins. | Cependant, il y à lieu de se demander si le sang n’est pas primitivement affecté par le virus syphilitique. Ce qui porterait à le croire, c’est le pouvoir ‘que possède ce liquide de transmettre la syphilis; mais nous ignorons es modifications qui lui sont imprimées. La syphilis, du reste, a cela “de commun avec la plupart des maladies, que les modifications intimes du sang et les substances étrangères qu'il peut renfermer sont encore à chercher. Un médecin allemand eut la prétention, il y a quellque temps, d'avoir avancé cette question; mais sa découverte, qui ne fut pas sans faire grand bruit de l’autre côté du Rhin, était à peine éclose que déjà elle tombait dans le discrédit. Si on examine au microscope le sang dé malades atteints de syphilis, on voit apparaître du quatrième au cinquième jour, tout d’abord dans les parties non coagulables du sérum, de petits noyaux clairs, extrêmement ténus, auxquels est généralement attaché un filament court et fin. Les jours suivants, c’est-à-dire entre le cinquième et le dixième Jour, ces petits noyaux augmentent de nombre et de grosseur, et quelques-uns Wentre eux seulement atteignent le volume des leucocytes du sang; ils sont tantôt arrondis, tantôt, ce qui est plus fréquent, irréguliers, brillants d’an if éclat, contournés, et semblables au protoplasma des leucoeytes frais. MIS restent décolorés, lors même que le sérum du sang est teinté par la Matière colorante ; finalement, ils apparaissent entre les cellules du sang. Hostorfer (1), qui fit la découverte de ces corpuscules, fut conduit à supposer, Où qu'ils existaient normalement dans le sang des sujets syphilitiques, ou qu’ils Sy développaient en vertu d’une propriété spéciale, et, pour ce motif, il les désigna sous le nom de corpuseules de la syphilis. Ses observations n’ont alheureusement pas été confirmées par les recherches ultérieures. Biesiadecki a rencontré ces mêmes corpuscules dans d’autres maladies que la Svphilis, et Kobner tend à les considérer comme des débris de globules rouges, une production purement cadavérique.

: (1) Ad. Lostorfer, Ueber die Ergebnisse der mukroskop. Blutuntersuch. bei Syphilis, Archit f> Dermat. und Syphil., IV, p. 115, 1872.— Comparez : $. Stricker, même journal, p. 123, 432. — C. Wedl, même journal, p. 124. — Biesiadecki, Wien. med. Wochenschr., KXIT, 8; 1872.— Vadja, même journal, 8, 9, 1872. —H. Kobner, Berlin, klin. Wochenschr., TX, 18, 4872, = Voir Schmidt’s Jahrb., t: CLIV, p. 170.

ÉTUDE SYMPTOMATIQUE. — Nous passerons successivement en revue les signes physiques fournis par les altérations des glandes vasculaires sanguines, et les troubles fonctionnels de voisinage qui peuvent en être la conséquence; puis nous porterons notre attention sur les désordres généraux qui résultent des modifications anatomiques diverses apportées par la syphilis au sein de ces slandes. LA

Les signes physiques ne sont guère appréciables que dans les cas d’altéation de la rate. La percussion révèle ordinairement alors l'existence d’une matité dans une étendue plus grande qu’à l’état normal. Souvent mêmeha palpation permet d'apprécier le volume de l'organe s’il vient à dépasserle rebord des fausses côtes. Ce dernier mode d'exploration peut aussi nous faire connaître l’état des ganglions lymphatiques profonds, ceux du moins des régions iliaques et fémorales supérieures. |

Outre l'influence qu'une rate volumineuse peut exercer sur les fonctions de l’estomoc et sur la respiration, et la possibilité d’une compression des tubes aériens par des ganglions bronchiques plus volumineux, on observe des symptômes de voisinage lorsque le corps pituitaire vient à s’altérer. Alors peuvent apparaitre des troubles cérébraux résultant d’une compression où même d’une altération secondaire de la substance nerveuse. Ces troubles, variables, consistent le plus souvent, dans des accès convulsifs et un dérans gement de la vue (1). | |

Des désordres sans localisation spéciale, et qui intéressent l’économie tout entière, accompagnent généralement les altérations des glandes sans guines, ils sont connus et décrits sous le nom de cachexie. La cachexie syphis litique n’est donc qu'un syndrôme dépendant de ces altérations. Tous les auteurs, Je le sais, ne s'accordent pas sur ce point et ne partagent pas cette manière de voir. Cependant les faits publiés, et d'ailleurs notre observation personnelle, nous ont convaincu de l'existence d’un rapport nécessaire entrele désordre anatomique des glandes sanguines d’une part, et letrouble cachectique de l'organisme d'autre part. Le malade, qui jusque-là n’avait manifesté que des symptômes en rapport avec les lésions locales, voit survenir peu à peule dérangement de toutes ses fonctions et le dépérissement général de tout son organisme. Cest que le principe qui entretient la vie des organes et qui mains üent l’harmonie des fonctions, le sang, se trouve vicié dans son essences altéré dans sa composition. L'appétit se perd, des troubles notables surviens nent dans la digestion, l’haleine devient fétide, même en l'absence d’ulcères de la bouche ou de la gorge; il y a des nausées, parfois des vomissements une diarrhée, qui tout d’abord n’est pas constante, revient par intervalles plus ou moins éloignés, et constitue dans quelques cas un véritable flux lier térique ou même dysentérique. Des douleurs vagues erratiques, plus 0% moins vives, se font sentir en différents points du corps, tout particulières ment dans la tête, et quelquefois il existe une insomnie opiniâtre.

Non-seulement le malade maigrit (2), mais son système musculaire s’atro®

\ dr où \nras ù 174 c y ÿ PE 22 TV (4) L. Gros et Lancereaux, Traité des affections syphilitiques, observation CXXIV, p. 246,

(2) Faisons remarquer que certains syphilitiques, apres avoir manifesté pendant un temps plus ou moins long un état de maigreur considérable, prennent un embonpoint exagéré:

phie notablement, ses forces l’abandonnent ; le teint perd son éclat, la peau des membres se dessèche, se couvre d’une poussière épidermique, prend un aspect mat et terreux ; celle du visage devient terne et plombée, bistre ou jaunâtre. Cette coloration, toutefois, varie quelque peu suivant le viscère qui est plus spécialement affecté. Les traits expriment la souffrance, un état de “malaise, d’anxiété et d’abattement tout particulier. Le moindre exercice est “une fatigue, il est accompagné d’essoufflement, de palpitations. Ace degré, il est assez ordinaire de constater l’existence d’un bruit de souffle au cœur et dans les vaisseaux du cou, et de voir, chez la femme, la menstruation se supprimer. “Puis à ces symptômes, déjà signalés par les anciens auteurs, s'ajoute, dans “certains cas, une anasarque plus ou moins généralisée. Arrive enfin un léger “état fébrile, d’abord erratique et caractérisé par des frissons revenant à des intervalles irréguliers, puis continu, avec un pouls petit et fréquent, des muqueuses sèches, non humectées, une peau sudorale. La fièvre est toutelois un symptôme rare, même dans le dernier terme de la maladie, à moins d’une “complication, une pneumonie ou un érysipèle, affections sur lesquelles nous saurons à revenir plus loin, parce qu’elles sont souvent, dans ces conditions, “a cause immédiate de la mort.

Diagnostic. —Les signes fournis par l'exploration des organes et les désordres Monctionnels qui les accompagnent sont les éléments nécessaires au diagnostic de l’altération syphilitique des glandes sanguines. Les signes physiques serviont à reconnaître l'existence de la modification anatomique; les troubles

généraux contribueront à en déterminer la nature : ainsi on pourra tirer des indications utiles de l’état de la peau, de sa finesse, de sa sécheresse, et Surtout de sa coloration; de la maigreur du malade, de l'absence habi- Muelle d’un état fébrile, etc. Comme ces indications seront rarement suffisantes, il conviendra d'interroger les antécédents et de rechercher avec soin Sil n'existe pas quelques manifestations cutanées ou viscérales susceptibles être rattachées à la syphilis.

» Les lésions viscérales qui offrent le plus d’analogie avec les états pathologiques qui nous occupent sont celles qui s’observent dans lintoxication palustre chronique et dans la scrofulose. Dans le paludisme, comme dans la Syphilis, -il y a altération et augmentation de volume des glandes sanguines, mais les conditions hygiéniques et les antécédents morbides des malades sont “rès-différents : dans la cachexie palustre, d’ailleurs, la peau revêt ordinaireent une teinte plus jaunâtre (feuille morte), l’anasarque et la fièvre sont des Symptômes beaucoup plus fréquents que dans la cachexie syphilitique. De même que la syphilis, la scrofulose produit à une certaine période de son évolution un élargissement du foie et des glandes sanguines avec cachexie ; mais là encore, les antécédents morbides diffèrent, et des lésions osseuses particulières et suppuratives se rencontrent presque toujours. La fièvre et les

C'est un fait qui n’a pas entièrement échappé aux anciens observateurs, Noté dans l'Aphrodisiacus de Luisinus (voy. p. 1221), il semble avoir été indiqué par l’auteur anonyme du Triumphe de très-huulte et très-puissante dame Vérolle dans la phrase suivante : « Les uns » boutonnants, les autres refondus et engraissés, les autres pleins de fistules lachrymantes, les b autres sont courbés de gouttes nouées. »

sueurs qui accompagnent la tuberculose un peu avancée ne permettront pas de confondre cette maladie avec la cachexie syphilitique. Celle-ci se différenciera de la cachexie cancéreuse, dans laquelle la peau, douce , mince, fine et satinée, revêt une coloration jaunâtre plutôt que bronzée, L'œdème des membres est au reste moins commun dans Ja syphilis que dans la tuberculose et le cancer, où il est ordinairement lié à une thrombose veineuse. 4

Le pronostic des affections syphilitiques tertiaires des glandes hémopoiés tiques est généralement très-grave. Les fonctions de ces glandes une fois troublées, l'organisme se trouve dans les plus facheuses conditions; Ia modification subie par le liquide destiné à entretenir la vie des organes et le jeu des rouages de l'organisme place l'individu dans une sorte de cercle vicieux dont il lui est difficile de sortir, Les spécifiques doivent être employés concurremment avec l’hydrothérapie: mais lorsque les lésions ganglion» naires sont étendues, l’action des agents thérapeutiques est douteuse. S'il m'est arrivé parfois de ramener à la santé des malades profondément, amaigris et cachectiques, souvent aussi la médication spécifique est uné sorte de contre-sens. Le dépérissement fait des progrès; puis survient le marasme, l’état cachectique se prononce de plus en plus, et trop souvent il finit par la mort.

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