ARTICLE VI. — APPAREIL DE LA CIRCULATION
La syphilis ne porte pas son action avec une égale fréquence sur tous les organes circulatoires, et cela sans doute en raison des différences de structure qui leur sont propres. Le cœur et ses enveloppes sont le plus fréquemment affectés; viennent ensuite les artères, car il n’est pas douteux que certaines lésions artérielles ne soient tributaires de la syphilis. Quant aux veines, aucuti lait positif ne démontre qu’elles aient jamais subi les atteintes de cette maladie,
On ne peut songer à contester l'existence déjà ancienne de ces affections, bien qu’elles aient jusque dans ces derniers temps à peu près complétement échappé à l’attention des observateurs. Sans nul doute, une étude rétrospective" un peu attentive les ferait reconnaitre, dans quelques observations, sous les noms d'induration cardiaque, de tubercules ou de cancer du cœur. Parmi les observations rassemblées par le professeur Bouillaud (1), quelques-unes pré” sentent avec les nôtres une si grande ressemblance anatomique, qu'il y a lieu
de croire à une identité dans la nature du mal. Le péricarde et le cœur peuvent étre isolément ou simultanément affectés. |
$ 4. — Péricardite syphilitique. R
Wilks et Virchow admettent l'existence d’une péricardite syphilitique, Le: dernier de ces auteurs rapporte un fait dans lequel des cordons membraneux. unissaient le cœur au péricarde ; il y avait en même temps une myocardite.… Aucun autre observateur, à ma Connaissance, n’a parlé de cette manifestation
(1) Bouillaud, Traité des maladies du cœur, Paris, 1835,t, II
» art, Tubercules et Cancer du cœur.
le la syphilis. Néanmoins, malgré ce silence qui témoigne de la rareté des. “sions syphilitiques du péricarde (1), je ne puis hésiter à rattacher à la syphilis es altérations que présente cette toile fibro-séreuse dans deux des observaons qui me sont personnelles.
. Dans un de ces faits, l’épaississement du péricarde rappelle jusqu’à un cerrain point la phlegmasie interstitielle des organes parenchymateux ; dans l’aure, l'existence d’une tumeur saillante à la surface interne de cette membrane jémanque évidemment pas d’analogie avec les gommes de ces mêmes orgaes. Cette tumeur, grosse comme une petite noisette, de coloration jaunâtre, Jeconsistance un peu molle, coïncidait avec d’autres altérations syphilitiques présentait tous les caractères objectifs des gommes en même temps qu’elle »mavait la composition histologique (obs. XXVÏT).
“Aucun trouble fonctionnel ne fut ici la conséquence du désordre anatomique; Mais on conçoit très-bien qu'il puisse en être autrement, et qu'une tumeur zommeuse faisant saillie dans la cavité du péricarde puisse gêner les mouvements du cœur, déterminer un bruit de frottement, et quelquefois même devenir le point de départ d’une péricardite secondaire.
“Ainsi, dépôts gommeux diffus ou circonscrits et péricardite membraneuse chronique, telles sont les altérations qui, dans des cas très-rares, se montrent du côté du péricarde; mais tandis que le dépôt gommeux peut étre indépendant de toute lésion cardiaque, la péricardite simple est, comme nous allons le voir, le plus ordinairement liée à un désordre anatomique du tissu musculaire du cœur,
$ 2. — Myocardite syphilitique.
Bigriocrarmie. — Ricorp, Clinique iconographique de l'Hôpital des vénériens, planche xxx, et Gazette des hôpitaux, août 1845, n°101. — Legerr, dans Atlas
anatomie pathologique, t. 1, pl. Lxvir. — Lronneur, dans Bulletin de la Société anut., äinée 1856, p. 12. — R. Vincuow, La syphilis constitutionnelle, Paris, 1870, p. 108. —S. Wiixs, On the syphilitic affections of internal organs, p. HA. — Rutx. HALDANE, dans Edinburgh Med. Journal, t. NI, p. 435, septemb. 1862. —- LaNCEREAUX, Etudes sur les lésions viscérales syphilitiques, Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1864, — E. Wacxer, Das Syphilom der Herzens und der Gefässe in speciellem, Archiv d. Heilkunde, 518, 1866. — M. MorGax, The Dublin Quartely Journ., t. Li, p.42, et Archiv. de Méd,, t. 11, p. 99, 1872. — J. HorcmiNson, London Hospital Reports, II, p. 382, 1866.
L'un des premiers (2), Gorvisart chercha à établir une relation étiologique
(1) Dans une observation de Wagner il est bien question d’un dépôt gommeux du péricarde ; mais l'existence de la syphilis n’y est pas suffisamment démontrée. , D (2) Portal (Anat. médicale, Paris, 1803) dit que le virus vénérien peut produire l'érosion du cœur et en affaiblir les parois. Ne pouvant résister à l'effort du sang, celles-ci se relàchent, ét les cavités du cœur sont agrandies et dilatées. Cela est prouvé, ajoute-t-il, par de nombreuses observations de Morgagni, de Sénac, Lieutaud, etc.; mais ces observations sont peu concluantes. “… Le cas suivant, qui se trouve cité dans les Mémoires de la Société royale de médecine, année 1775, n’est peut-être pas sans quelque valeur à ce point de vue : ë ; à Une fille de vingt-deux ans, renfermée dans l'hôpital de Perpignan, mourut après avoir présenté les symptômes les plus graves de la syphilis constitutionnelle, et de plus des accidents du côté du cœur avec une douleur pongitive dans cette région. L'autopsie cadavérique montra üne large ulcération qui occupait la face postérieure du cœur dans toute l'étendue des deux
entre la syphilis et les affections cardiaques. De la ressemblance des végéta tions valvulaires du cœur avec les excroissances vénériennes des parties géni: tales, il conclut à l'identité d'origine de ces productions morbides (1).
Sans doute, l'idée était bonne, mais elle ne reposait que sur une analogit srossière et toute défectueuse. Aussi Laennec (2) crut-il devoir mettre en doute l'option de son illustre prédécesseur. Plus tard, le professeur Bouillaud, for: mulant la remarquable loi de coïncidence des affections cardiaques et du rh matisme articulaire aigu (3), montra qu'il fallait, dans les faits rapportés pa Lorvisart, reconnaître plutôt l'influence de la maladie rhumatismale que cell de la syphilis. Julia essaya (4) de remettre en honneur les idées de Corvisar en s'appuyant sur la même comparaison ; mais ce qu’il dit des ulcérations dt cœur n'est pas fait pour entraîner la conviction. D'ailleurs, comme la plupar des altérations syphilitiques des viscères, celles du cœur ne peuvent être con: parées qu'aux lésions tertiaires de la vérole ; elles se présentent sous les mêmes lormes anatomiques diffuse et circonscrite que nous avons déjà rencontrées dans les muscles de la vie animale.
Étude anatomique. — La myocardite syphilitique diffuse accompagne presqut toujours les dépôts gommeux du cœur. Un cas observé par Virchow présente à la fois une myocardite gommeuse du cœur droit et une myocardite sim ple du ventricule gauche. Ce ventricule tout entier était dilaté, et vers le pointe existait un diverticule capable de recevoir une noix muscade dans & cavité tapissée par un endocarde épaissi, scléreux, et en partie remplie pa un thrombus adhérent aux parois. Les deux muscles papillaires de la val vule mitrale étaient presque complétement ratatinés et transformés en cor dons durs et aplatis, constitués par un tissu blanchâtre, analogue au tissu de cicatrice ; à leur sommet les fibres musculaires existaient encore. Les fibres tendineuses, celles du muscle papillaire postérieur particulièrement, étaient raccourcies et un peu épaissies. La lame antérieure de la valvule mitralé était aussi épaissie. Sur presque toute l'étendue du ventricule, l’endocarde était blanc bleuâtre ou jaunâtre, d’un aspect terne ; 11 était épaissi, inégal, mamelonné, et ne présentait de caractères normaux qu'à la base du ventricule et au niveau de la cloison. Au-dessous de l’'endocarde, le tissu musculaire du cœur avait disparu et était remplacé par un tissu fibreux relati vement très-vasculaire, comme œdématié et très-différent de l’endocarde dur et rigide; en plusieurs points de ce tissu existaient des tubérosités aplaties ou arrondies, d’un blanc Jjaunâtre, de consistance sèche, ferme, résis lante, caséeuse (5).
ventricules., Au fond de cet ulcère on ne trouvait formaient une toile très-mince et qui fure substance cardiaque environnante ét
8 lignes de circonférence au-dessous demie.
(4) Essai sur les maladies du cœur, p. 89, édit. de l'Encyclopédie des scienc. méd. (2) Traité de ? auscullation, t. [11, édit. Meriadec Laennec, Paris, 14831.
(3) Traité des maladies du cœur. Paris, 1835. ( (
plus que quelques fibres musculaires qui nt rompues par une légère pression du doigt. La ait notablement indurée : le cœur avait 41 pouces
des oreillettes, et l’ulcère avait 9 pouces 2 lignes et
4) Gazette médicale de Paris, 1845,
9) Loc, cit., p. 411 et suiv.
Cette altération s’est une lois présentée à mon examen en l'absence de dépôts OMMEUX ; elle occupait également le ventricule gauche. Moins étendue que ans le fait de Virchow, elle se trouvait caractérisée par la présence d’un tissu breux blanchâtre, parsemé sur quelques points de taches jaunàtres. Ce tissu rmait dans la paroi ventriculaire des intersections (1) jusqu’à un certain oint comparables à celles qu’on voit normalement dans certains muscles de imvie animale, dans les muscles grands droits en particulier; le cœur était ugmenté de volume. Dans un cas rapporté par Hutchinson, semblable ltération se rencontrait à une période moins avancée de son évolution. La urface du cœur était semée de taches ecchymotiques et la substance musüulaire présentait dans son épaisseur, principalement à gauche, des taches lun gris jaunâtre. À l'examen microscopique, on voyait entre les fibres nusculaires des cellules semblables aux leucocvtes et de nombreux globules ‘aisseux .
Lorsqu'on suit cette altération dans ses diverses phases d'évolution, et est chose facile, parce que l’âge des différents points lésés est d'ordinaire rès différent. Voici ce que l’on observe : d’abord, vascularisation et apparijon de noyaux et de petites cellules arrondies sur le sarcolemme ou dans amtrame connective, et apparence ecchymotique du tissu affecté; puis for- “ation de fibres de tissu conjonctif sur quelques points; en d'autres enloits, au contraire, métamorphose graisseuse des éléments nucléaires et “llulaires, d’où la coloration jaunâtre ci-dessus indiquée; en même temps, el écondairement à la formation de substance conjonctive, dégénération granulo-graisseuse des fibres musculaires dont le contenu peut être complétement résorbé. |
“Ainsi caractérisée, cette forme de la syphilis cardiaque, qui ne diffère pas de lmyosite syphilitique diffuse, doit être distinguée de la myocardite du rhu- Matisme et de celle que produit quelquefois l'abus prolongé des boissons alcooliques. À ne considérer que leurs caractères objectifs, ces diverses altérations sont difficilement séparables ; d’autres caractères heureusement permettent de les différencier : c’est, dans le cas d'affection rhumatismale, la lésion presque constante des orifices et des valvules du cœur ; dans le cas d’une infoxication alcoolique, la surcharge adipeuse de la base du cœur, la coloration jaunâtre et la dégénérescence graisseuse des fibres musculaires en dehors de la région envahie par la phlegmasie.
La myocardite gommeuse difière tellement des lésions cardiaques non SYphilitiques, qu'il est permis d'avancer avec certitude qu’elle présente un cachet de spécificité incontestable (2). La description que nous allons en don-
(1) En suivant sous le champ du microscope les fibres musculaires qui venaient aboutir à ces sortes d’intersections fibreuses, nous avons pu constater la disparition progressive des contours du myolemme et nous assurer que celui-ci était le point de départ de la nouvelle formation. La multiplication nucléaire que l'on y constatait nous porte à penser qu’au moins dans quelques cas les fibres musculaires du cœur sont susceptibles de subir une véritable transformation fibreuse. à
{21 On se convaincra de la vérité de cette assertion en comparant les figures de l’/conograbhie de Ricord et de l'Atlas de Lebert avec celles qui font partie de ce travail.
ner repose sur l'analyse de neuf faits rapportés par divers auteurs (1) et par nous-même. Dans ces faits, l’altération cardiaque a pour siége :
Les deux ventricules. . . . . . .. 2 fois.
Le ventriculé gauche." . CAN OR IDE He ventriculé OFOIT.. "4, 0 CT:
La closion interventriculaire. . . . . . 1 fois. L'Orentiétte 0roite . ". . 4 CONTRIPTE
Les parois des cavités du cœur sont ainsi le siége habituel de l’altérationk les valvules et les orifices restent le plus souvent intacts ; telle est la première donnée que nous fournit cette analyse qui n’est pas sans intérêt puisqu'elle peut servir à différencier les affections syphilitiques du cœur des lésions rh: matismales, Est-ce à dire cependant que les orifices du cœur avec leur strue: ture fibro-séreuse échappent complétement à l’action de la syphilis ? Je n'ose rais l’aflirmer, car chez un homme à l'autopsie duquel je trouvai des exostoses, une perforation des os du crâne, un foie parsemé de dépressions et de sillons cicatriciels, 11 existait un épaississement circonscrit du bord libre de la val vule mitrale, et la valvule tricuspide, siége d’un semblable épaississement, pré: sentait à sa partie moyenne une perforation large de près de 1 centimètre: Les cordages tendineux aboutissant à cette valvule étaient atrophiés, les colons nes charnues, fermes et de coloration blanchâtre, étaiént abondamment pouts vues de tissu fibreux. |
La myocardite gommeuse, surtout quand il S'y ajoute une myocardité diffuse, contribue à l'augmentation de volume du cœur par l’épaississement de la paroi ventriculaire et par la dilatation consécutive du ventricule lésé. Dans ces conditions, la forme de l’organe est modifiée par le fait de la prédomi= nance relative d'une cavité sur l'autre. La -consistance du tissu cardiaque affecté est ferme, sa résistance est grande partout où des éléments museu* laires sont remplacés par du tissu fibreux. La surface externe de l'or= gane, blanchâtre ou légèrement décolorée, conserve son état lisse et égal; mais quelquefois de petites tumeurs jaunâtres font saillie à la surface interne, L'endocarde est épaissi, blanchâtre, dur, comme cartilagineux dans certains cas, et toujours intimement adhérent au tissu sous-jacent. C’est au sein de cé tissu, dans l'épaisseur des muscles ou de la trame fibreuse qui les rem place, que siégent les dépôts gommeux. Ceux-ci sont arrondis, plus où moins réguliers et du volume d’un pois ; quelquefois ils ont le volume et 4 lorme d’un haricot (voyez pl. II, fig. 1), d’un noyau de cerise ou même d’un œuf de pigeon. Ils sont le plus souvent multiples, quelquefois solitaires, petits, ou bien encore placés l’un à côté de l’autre, en amas ou en groupes. De consistance ferme ou caséeuse, de coloration grisètre où jaune blanchâtre, les lumeurs gommeuses sont enveloppées d’une sorte d’atmosphère fibreuse gr satre vasculaire, elles sont homogènes à Ja coupe, sèches plutôt qu'humides, et ne diffèrent pas, quant à leurs caractères microscopiques, des gommes des autres organes ; elles sont composées des mêmes éléments de tissu conjonctif, tantôt à la période d'évolution progressive, tantôt à la période de régression, Les
(1) Ricord, Lebert, Lhonneur, Virchow, Wilks, Haldane, Morgan.
res musculaires comprises au sein d’une semblable altération sont touurs plus ou moins profondément modifiées. Elles peuvent présenter tous s degrés de l’altération graisseuse, depuis l’état à peine granulé jusqu’à la sparition complète du contenu du sarcolemme ; leur coloration est en raprt.avec la plus ou moins grande abondance des granulations qui s’y trou-, mt déposées. | k
Les dépôts syphilitiques du cœur sont soumis à la même évolution pathogique que les gommes du tissu cellulaire et des muscles, c’est-à-dire que, ile fait de la métamorphose régressive qu'ils sont appelés à subir, ils se mollissent peu à peu, et, s'ils ne sont pas résorbés, ils peuvent déterminer ilcération des parties voisines; de là issue possible de la substance qui Scompose dans les cavités cardiaques, embolies et infection générale, nsi que semble le démontrer le fait observé par Oppolzer. Un homme teur de syphilis est tout à coup frappé d’hémiplégie, et succombe au jut de quelques jours. On constate à l’autopsie un ramollissement du lobe oyen de l’hémisphère droit avec oblitération de l'artère de Sylvius. Au- Ssous des valvules aortiques existent deux petits orifices conduisant dans ne, cavité capable de contenir un haricot, et qui paraît avoir été produite une tumeur gommeuse ramollie {1}. Gardons-nous de conclure d’après Seul fait que les gommes peuvent fréquemment se vider {dans les cavités Lcœur, car l'endocarde, le plus souvent épaissi, s'oppose à cette fächeuse fMINnaIsOn.
Notons, pour compléter l'étude des lésions cardiaques d’origine syphilitique, ie deux fois, dans les faits qui nous sont personnels, les parois ventriculaires iuches, très-notablement épaissies, présentaient à la coupe une surface lisse, illante, d'aspect lardacé, de coloration gris jaunâtre et d’une consistance éèrement onctueuse. La cavité ventriculaire était en même temps dilatée. lle altération, caractérisée histologiquement par la transformation de la fibre üsculaire en une masse homogène et brillante, peut être rapprochée de la Sgénérescence amyloïde, que nous avons vue dans le foie, d’où un certain gré de ressemblance entre les lésions syphilitiques des organes de l'abdomen “celles du cœur. Celles-ci sont en résumé la myocardite simple et la myocarfe gommeuse, accompagnée ou non d’endocardite ou de péricardite, et enfin dégénérescence lardacée, qui, comme nous le: savons, n’a qu'une relation directe avec la syphilis. Il m'est impossible d'admettre avec Morgan une affec- On cardiaque sans lésion matérielle, surtout en l'absence de faits sûrement émonstratifs ; de même, je ne puis rattacher à la syphilis un cas dans lequel ineway (2) trouva les valvules aortiques racornies, épaissies et couvertes de évétalions. Dans ce cas, où rien ne prouve l'influence de la syphilis, pas plus caractères anatomo-pathologiques que le traitement, je ne vois qu'une iple coïncidence de syphilis et d'affection cardiaque. |
Je ne ferais que répéter ce que j'ai déjà dit plus haut, si je voulais énumérer S caractères qui distinguent les gommes du cœur des néoplasmes tubercu-
(1) Voyez dans Schmidts Jahresb., 1860, p. 89 et suiv., l'art. de Meissner. . (2) Janeway, Syphilis, cause de maladie cardiaque, The medical Recorder, feuillet 15, 822 ct Gaz. hebd, 1872.
leux et cancéreux. Ces dernières lésions, toujours secondaires lorsqu'ell envahissent le cœur, ne subissent pas la prompte dégénérescence graisseuseéd
tumeurs £0MMmeUuses.
Étude symptomatique. — La plupart des faits qui servent à notre analy: ne fournissent, il faut bien le reconnaître, que des données symptomatiqu fort incomplètes, car une mort inattendue ou subite est venue le plus souvel emporter les malades. Les symptômes observés sont les uns fonctionnels autres physiques. Les palpitations ont rarement fait défaut, elles étaient éne giques, violentes, accompagnées d’une impulsion forte à la région précordial et d’un désordre manifeste des battements du cœur, désordre qui se traduisa au pouls par l'irrégularité et un sentiment de faiblesse plus ou moins grand avec de la dyspnée et de l'oppression. À ces symptômes s’ajoutaient, dans les d& niers temps de la vie surtout, une douleur vive et une sensation pénibl de gène à la région précordiale. On observait la décoloration de la peaud visage, un léger degré de cyanose aux lèvres et aux extrémités, un œdèm en général peu marqué. Les vaisseaux veineux du cou et des extrémités étaiet le plus souvent distendus et, en fin de compte, survenaient tous les symptc mes de l’asystolie. |
La matité du cœur, mesurée par la percussion, a paru plus étendue qu dans l'état physiologique. L'auscultation à révélé des bruits plus sourds deux fois un souffle très-léger accompagnait le premier bruit normal et ava son maximum à la pointe. Je me contente de rappeler ici les symptômes d'i fection secondaire mentionnés dans le fait d'Oppolzer.
La marche des affections que je viens de décrire a toujours été lente, pro gressive et insidieuse. Leur durée, généralement longue, est presque impos Sible à déterminer, justement à cause de la difficulté qu’on éprouve à précise le début. La mort a été la terminaison constante dans les faits que J'ai cités Survenue lentement et peu à peu dans trois cas, elle a été une fois rapide € brusque, quatre fois presque subite, et la suite très-probable d’un arrêt primi tif des battements du cœur. Cette issue ne doit pas surprendre quand nou Savons que les parois ventriculaires sont le siége spécial de l’altération, Ce pendant, il faut savoir que celle-ci n’a pas la mort pour conséquence forcée et que la guérison peut avoir lieu avec ou sans dilatation partielle du cœur.
Un malade observé pendant près de six mois nous a fourni la preuve de € que nous avançons. Il s’agit d’un homme jeune, bien constitué, d’une bonm santé habituelle, et qui présentait, au moment de son entrée à l’'Hôtel-Dieu en même temps qu'un léger œædème des extrémités une augmentation consi dérable du volume du foie, Cet organe descendait jusqu’à l'ombilic; sa sur face ne paraissait pas lisse, mais légèrement bosselée ; le cœur, à peine plu: volumineux, ne présentait aucun bruit anormal, mais ses battements étaient lrès-irréguliers, et le malade accusait une oppression qui datait de plusieur. MOIS : les autres organes étaient sains. Malgré l'absence d’antécédents avoués le malade, en raison de l’état de son loie, fut soumis à un traitement spéei fique, et pendant plusieurs mois il prit de l’iodure de potassium. Or, sous l'influence de ce médicament, nous vimes l'oppression disparaître, le cœu reprendre sa régularité, et le foie diminuer de volume au point de ne plus
NOSOGRAPHIK. | 301
épasser que de un à deux travers de doigt le rebord costal. La cachexie, en ème temps, fit place à un certain embonpoint.
Diagnostic. — Dans le cœur pas plus que dans les autres viscères, les affecions syphilitiques n'ont de signes véritablement pathognomoniques. Aussi, our les reconnaître, faut-il avant tout diagnostiquer l'infection générale. Ceendant je ferai remarquer que ces affections constituent dans la classe des Sjons cardiaques un groupe distinct et qu'il est le plus souvent possible de “fférencier des affections rhumatismales. Effectivement, vu leur localisation ans l'épaisseur des parois musculaires, les affections syphilitiques du cœur manifestent à peu près uniquement par de l’oppression, de la dyspnée, de ïrrégularité dans Îles battements du cœur et de l'inégalité dans le pouls; andis que les affections rhumatismales, qui ont pour siége spécial les valvules li cœur gauche et particulièrement la valvule mitrale, produisent en général un Ouffle intense et sont accompagnées d’un œdème accusé au bout d’un certain emps (1). La myocardite rhumatismale, la myocardite alcoolique et les latations secondaires des cavités cardiaques, ne donnant parfois lieu à lucun bruit de souffle, se rapprochent davantage des affections syphiliiques du cœur, d'autant mieux que, comme ces dernières, elles se manifesht à une certaine période par des phénomènes d’asystolie. Dans ces condijons, les antécédents du malade, l'existence où l'absence de la cachexie seront Lun grand secours pour le diagnostic (2). Le fait suivant peut donner une dée des difficultés du diagnostic en pareil cas et de la possibilité de les surmonter. | “Une femme âgée de trente-sept ans entre à l’Hôtel-Dieu pour se faire traiter lérostoses situées à la partie antérieure des tibias. Cette femme, d'une force et dune constitution ordinaires, n’a jamais fait de maladie sérieuse ; il y a six ans énviron qu’elle a contracté une syphilis. Cest à cette maladie que se rattachent évidemment les exostoses dont elle est affectée aujourd’hui. Mais cette femme est en outre pâle, décolorée, amaigrie, elle a un foie qui déborde de deux à trois travers de doigt le rebord costal. Elle accuse de l’essoufflement, une sensation de gène précordiale, des palpitations violentes. La percussion montre que le cœur est augmenté de volume, et l'auscultation y révèle un souffle doux. Les battements de cet organe sont irréguliers, le pouls est faible et dépressible. Ne
(A) C’est en tenant compte de ces symptômes que nous sommes parvenus à éloigner l’idée d'une affection syphilitique du cœur chez un malade que nous avons soigné récemment et qui avait tout à la fois une syphilide circonscrite du cuir chevelu, une double orchite syphilitique etune affection cardiaque, Cette affection, qui se traduisait par un souffle présystolique se prolongeant vers la pointe, nous fit diagnostiquer une endocardite rhumatismale ; il y avait eu antérieurement d’ailleurs une attaque de rhumatisme articulaire. Le loie, volumineux mais lisse, douloureux à la pression, nous parut simplement hyperémié. La mort, survenue plus tard, vint confirmer ce diagnostic, en dévoilant l'existence d’une endocardite scléreuse avec rétrécissement mitral.
. (2) On me permettra de faire remarquer que j'ai, le premier, sie ne me trompe, cherché à montrer que les affections du cœur présentaient des différences anatomiques et symptomatique en rapport avec leur provenance. De même, je crois avoir établi des distinctions impor tantes dans cet état anatomique du foie connu depuis Laennec sous le nom de cirrhose, et j'avoue sincèrement que j'ai été quelque peu surpris de voir reproduire quelquefois textueljément ce que j’ai écrit à ce sujet, sans qu’on se soit donné la peine de citer la source.
voyant aucune Cause qui vint expliquer les désordres du cœur el du foie, soupçonnai que les lésions de ces organes pouvaient se rattacher à la syphil et c'est en ellet ce que vint prouver un traitement par l’iodure de potassiu
Si nous voulions nous en rapporter uniquement aux faits qui ont servi notre analyse, il en résulterait que la syphilis cardiaque ferait courir les ph grands dangers, et qu'ainsi son pronostic serait des plus graves. Mais unit jugement risquerait d’être inexact. Il faut observer, en eflet, que nous n’avor examiné ici que des cas qui ont eu la mort pour terminaison. Il y a tout li de croire qu'à côté de ces faits il en existe d’autres dont l'origine reste méconnu par cela seul qu'ils sont moins sérieux et qu'ils se terminent par la guériso les deux faits qui précèdent sont du moins favorables à cette supposition, -
Quoi qu'il en soit, les désordres syphilitiques du cœur sont toujours à douter à cause des importantes fonctions de cet organe. Les deux observation suivantes font connaître ces désordres et leur gravité. |
Oppression violente, asystolie, accés épileptiforme et mort. Autopsie : cicatrices @ surface des circonvolutions ét dans l'épaisseur de la substance blanche cérébrale amas de globules de graisse dans le corps strié. Tumeurs gommeuses multiple sous l'endocarde et dans l'épaisseur de la paroi ventriculaire gauche. Atrophi et dégénérescence des fibres musculaires. Dépressions et sillons cicatriciels à la surfac du foie. Double sarcocéle syphilitique. [A
O8s. XL. — D..., peintre, âgé de vingt-neuf ans, bien constitué, est depuis plu sieurs mois fatigué, et peu apte au travail ; Sa peau est décolorée, terreuse ; mai ces symptômes attirent peu son attention, il croit surtout devoir les rattacher à 4 profession, Depuis trois jours il s’est vu dans la nécessité de cesser son travail éprouve des étourdissements, des vertiges, ressent des palpitations violentes, w malaise général et une dyspnée considérable, phénomènes qui l’amènent à l’hôpital. Quelques instants après son entrée, il est pris d’un accès épileptiforme, et perd entièrement connaissance ; il est en proie à une dyspnée excessive, Les extrémités sont cyanosées ct légèrement œdémateuses, le pouls est très-petit et à peine perceptible. L'examen de la poitrine ne révèle l'existence d’aucun bruit anormal à la région du cœur; mais cet organe parait augmenté de volume, et il est manifeste qu’il doit être lésé, Quelques râles disséminés sont entendus dans la poitrine. Peu de temps après le malade succombe tout à coup. de
Autopsie. — Deux cicatrices blanches, arrondies, de petite dimension, s’observent sur l'un des tibias; une autre cicatrice existe sur le prépuce; œdème nul ouà peine marqué aux malléoles. Au premier abord, le cerveau parait sain ; mais à l'aide d’un examen attentif, on y trouve des altérations manifestes. La corne postérieure gauche est ferne et plus résistante à la pression, et l’on remarque, après avoir enlevé la pie-mère qui la recouvre, qu’il existe, à la surface de deux circonvolutions, plusieurs petites dépressions étoilées assez peu profondes, mais rappelant néanmoins les sillons si fréquents de la surface du foie dans les cas de syphilis viscérale. Une section est faite à ce niveau, et plus profondément, dans la substance blanche à peu de distance de la substance grise, on trouve une traînée linéaire légèrement Saillante, d’une teinte grisâtre qui tranche sur la coloration de la substance voisine ; cette traînée ou cloison membraneuse offre de h à 5 centimètres de longueur sur 4 centimètre de profondeur : e, elle parait se terminer par une membrane Mince,
0 ‘oscopique, cette lésion est. constituée par une matière grenue, un tissu fibroide, des cellules embryoplastiques avec OYAUX apparents, surtout après l'addition de l'acide acétique. (PI. Il, fig. 8 et fig. 8’.) Au YoiStuage de cette bande fibreuse la substance cér
Jans le corps strié, on aperçoit à la coupe des points d’une coloration jaune, qui, à ‘examen microscopique, sont constitués à peu près uniquement de globules de raisse disposés en amas. Quelques-unes des parties du bulbe présentaient la nème coloration; mais ilm'a été impossible de m’assurer qu’elles fussent atteintes lé la même altération.
“La substance grise des circonvolutions se fait remarquer en quelques endroits Jar sa fermeté, la diversité de ses couleurs, et principalement par une coloration aunâtre médiane. Parmi les capillaires de cette substance, les plus petits sont ouverts de fines granulations pigmentaires ; sur le trajet des plus gros se voient les grains d'hématine et des granulations graisseuses; quelques-uns des capilaires du corps strié sont dans un état de dégénérescence graisseuse avancée. Wbsence de tubercules dans les poumons ; vers la base, congestion hypertrophique fquelques points de broncho-pneumonie.
Le cœur, augmenté de volume, recouvert d’une légère couche de graisse, offre ja surface interne une injection manifeste. Incisées, les parois de cet organe ’estent béantes. Dans les deux tiers supérieurs du ventricule gauche, immédiatement au-dessous de la valvule mitrale, on aperçoit sur toute la circonférence de la favité des saillies lenticulaires et jaunâtres, situées au-dessous de l'endocarde, à Jéine épaissi ; entre ces saillies disséminées se rencontre un tissu fibreux et gritre. Les colonnes charnues de second et de troisième ordre sont indurées et itrophiées; l’un des deux muscles papillaires est tuméfié et de coloration jaune foncé. A côté des petites tumeurs qui font saillie sous l’endocarde, on trouve dans lépaisseur de la paroi, au niveau de l’infundibulum aortique, des tumeurs jaunâtres ou grisàtres, les unes arrondies, les autres en forme de croissant. Ces lumeurs sont en général entourées d’un cercle rosé et d’une couche plus ou moins épaisse de tissu fibreux ; du volume d'un pois ou d’une grosse lentille, elles sont difficilement décorticables. La cavité ventriculaire est dilatée. La pari ventricu- Rire, épaissie dans les deux tiers supérieurs, est amincie dans le tiers inférieur ; une incision faite à l'union de ces deux parties permet de constater du dedans au dehors : 4° L’intégrité de l’endocarde; 2° une première couche mince, jaunâtre ou rosée, assez friable ; 3° une couche moyenne résistante, blanchätre ou grisâtre ; 4° une couche de coloration bronzée el composée en grande partie dé fibres musculaires plus où moins altérées; 5° la couche extérieure de graisse, ét enfin le péricarde qui est sain. (PI. I, fig. 4 et fig. 1.)
Les nodules situés sous l'endocarde, comme ceux qui se rencontrent dans la paroi ventriculaire, sont composés de noyaux, de cellules et de fibres de tissu conjonctif, Chacun de ces éléments, fortement chargé de granulations, est devenu presque méconnaissable, et, sur quelques points, on ne rencontre guère qu'une matière amorphe très-granuleuse. Dans la partie grisâtre qui entoure les tumeurs, On ne trouve que du tissu fibreux et quelques vaisseaux comme dans toute la zone moyenne grise blanchâtre. Dans les parties jaunes, il se trouve de la graisse en plus ou moins grande abondance. Les fibres musculaires, comprimées par le néoplasme, sont manifestement atrophiées, sans striation apparente, el infiltrées de granulations graisseuses abondantes ; elles sont sur quelques points comme réunies aide d’une substance finement grenue, de cellules et de noyaux plus ou moins granuleux et de globules gras. Ge que nous constatons, c'est, en résumé, un néoplasme conjonctif, dans un état de développement ou de dégénération plus ou moins avancé, formant à gauche, tantôt de petites tumeurs, tantôt des cloisons fibreuses plus ou moins épaisses et résistantes.
Le foie se fait remarquer par des dépressions profondes qui occupent sa face antérieure, et qui, avant tout aulre examen, mettent sur la voie de l’infection syphilitique. Le lobe droit, d'un volume ordinaire, d’une coloration café au lait tachetée de brun, d'une consistance un peu molle, offre, à quelques centimètres du ligament suspenseur, une dépression de forme circulaire assez profonde pour cacher l'extrémité du petit doigt. De cette dépression part un sillon sinueux et profond verticalement dirigé, qui va gagner le bord inférieur, tandis qu'en haut il s'arrête à quelques centimètres du bord supérieur. Un autre sillon prove-
nant de la mème dépression va se perdre suivant une direction transversale, L fond de la dépression et celui des sillons sont constitués par une couche pe
, épaisse de tissu fibreux résistant et jaunâtre. La surfae de section de ce lobe présente une coloration peu différente de celle de la surface extérieure. On n'y renc aucune tumeur. Le lobe gauche est atrophié et méconnaissable ; il a au plus 3 centimètres de hauteur 8m 2 centimètres d'épaisseur ; il est labouré de sillons profonds réunis par des tractus fibreux et des fausses mem branes adhérentes aux parties voisines. Des sillons analo. gues se retrouvent à la face postérieure de ce même lobe. Les cellules sont petites et granuleuses au niveau des sillons cicatriciels, et le tissu conjonctif est plus abondant dans ces mêmes endroits ; partout ailleurs, les cellules hépatiques sont riches en granulations graisseuses.
Une portion de la muqueuse de l'intestin grêle est rougeûtre et parsemée de points blanchâtres, qui rap: Fig. 7.— Foie syphilitique. pellent la psorentérie. Les reins sont d’une coloration un
(Un cinquième du volume peu jaune ; l’épithélium des tubuli est altéré ; la trame
normal.) — A, moitiégau- Ge la substance conjonctive semble épaissie, et quelques:
SO AN Eee lobe uns des corpuscules de Malpighi sont atrophiés.
ne an dite . La rate est volumineuse; sa longueur est de 18 cens
baire.—, dépressions i- timètres ; son parenchyme est peu altéré, simplement catricielles occupant la hypertrophié ; sa déchirure est granuleuse, Les ganglions moitié environ de la hau- Îymphatiques prévertébraux, ceux qui siégent sur le tra= teur de l'organe.— e, au- jet des vaisseaux iliaques (voyez ici la figure 8 tirée dé tres cicatricesavec fausses notre Aflas d'Anatom. pathol.) et quelques-uns de ceux qui membranes. sont compris dans le mésentère, sont remarquables pa
leur augmentation de volume, leur coloration violacée où
brunâtre, leur mollesse sans (riabilité, enfin leur allongement extraordinaire.
Les testicules sont un peu diminués de volume ; au lieu de fuir sous la main qui les presse, ils restent immobiles et adhérents à la tunique vaginale.
Ils sont le siége d’une dureté anormale ; ils ont perdu leur élasticité habituelle, et sous les doigts on sent des plaques indurées, de petites tu= meurs et une sorte d'empâtement qui parait avoir pour siége la tunique albuginée. Le scrotum incisé, on constate : l’état d’intégrité parfaite des deux épididymes; l'union in= time et complète des deux feuillets de la tunique vaginale et l’épais= sissement de la tunique albuginée.
De cette dernière membrane pars tent, dans le testicule droit, des cloisons blanchâtres très-apparentes qui pénètrent dans son épaisseur, et le divisent ainsi en plusieurs lobules; entre ces cloisons la sub= slance sécrétante est d’une colo F6. 8. — Adénite syphilitiqué profonde. £ vol. A, ration jaunâtre due à l'infltration:
artèreiliaque externe, G G, ganglions lymphat, srasseuse des épithéliums des ca"
naux spermatiques. Le testicule gauche offre des adhérences de la tunique vaginale à la tunique albuginée; les cloisons fibreuses sont peu apparentes, mais on y trouve plusieurs tumeurs
NOSOGRAPRLE. 305
isiftormes dures et jaunâtres. Un tissu entièrement fibreux et vasculaire, analogue au tissu érectile, se rencontre au voisinage du bord épididymaire. L’altération des “ubes séminifères est très-avancée (atrophie et dégénération épithéliale). Un tissu ibreux ou fibroïde plus ou moins chargé de granulations compose à peu près “xclusivement les nodules gommeux (Voy. pl. 1, fig. 9).
Palpitations, dyspnée excessive, cyanose des extrémités, asystolie et mort. Tumeurs “jommeuses et transformation fibreuse des parois du ventricule droit. Grommes et cicatrices du foie ; cicatrices de la rate et des reins.
O8s. XLI. — Mt F..., ägée de quarante-quatre ans, est une femme bien con- Stituée, mais amaigrie ; elle accuse de violentes palpitations, qui auraient débuté jy a six mois environ, À ces palpitations s'ajoutent de temps en temps des “icces de suffocation, et tous ces accidents lui rendent le travail impossible. La peau est un peu jaunâtre, non œdématiée, l'abdomen est volumineux et légèrement douloureux ; toux quinteuse, dyspnée parfois extrêmement pénible, quelques rales dans la poitrine ; impulsion cardiaque énergique, appréciable à la vue, bruit Me souffle assez léger au premier temps, battements sourds, matité étendue, pouls petit et fréquent. L’appétit se perd, la dyspnée s’accroit, les palpitations sont plus fortes, la gêne est plus grande ; la malade, presque toujours appuyée sur sa table de nuit, demande de l'air à grands cris. Surviennent des vomissements muqueux et biliaires, le pouls devient presque insensible, les extrémités se refroidissent, elles sont violacées. La face est pâle : le pouls cesse d’être perceptible aux radiales. Les battements du cœur sont tumultueux, sourds, irréguliers, à peine distincts.
Ma tête, inclinée à droite, repose toujours sur la table de nuit; les veines du cou, gorgées de sang, sont soulevées par les artères placées sur leur trajet. L'impulsion est manifeste à la région précordiale pendant la systole ventriculaire ; les vomis- Sements continuent ; la dyspnée s’accroit, et la mort arrive, le 3 octobre au Matin, dans une sorte de coma.
» La digitale, l’acétate d’ammoniaque furent sans effet comme le chloroforme auquel on crut devoir recourir en dernier lieu.
Autopsie. — Les os du crâne sont le siége d’une hyperostose tres-marquée ; ils présentent une épaisseur double de l'épaisseur normale. L'encéphale ne parait pas ältéré. Les poumons sont le siége d'œdème et de congestion passive, mais sans autre altération appréciable.
> Le cœur est recouvert d’une légère couche de graisse partout d’égale épaisseur ; il est augmenté de volume. Le ventricule droit et l'artère pulmonaire sont distendus par un sang noir coagulé. Après une incision longitudinale suivant la direction de l'infundibulum, les parois ventriculaires, au lieu de s’affaisser, restent béantes: elles sont fermes, indurées, surtout au niveau de la cloison, où leur épaisseur est considérable (3 centimètres, tandis qu'elles n’en ont que 2 dans le reste de leur étendue). Ces parois ont une apparence fibreuse. La pointe du ventricule est normale ; c’est un peu au-dessus que commence l’altération, qui de là étend sur tout l'infundibulum. La face interne de toute cette portion du cœur droit présente un grand nombre de petites saillies lenticulaires, de coloration blanche ou jaunâtre, assez semblables à des pustules de variole. Situées sous l'endocarde, ces petites tumeurs offrent des bords légèrement sinueux; elles sont Séparées par des espaces d’un brun grisâtre; d’une fermeté assez considérable, elles résistent sous le couteau, comme une grande partie de la paroi du cœur droit. La coloration rouge du tissu musculaire a fait place à une teinte grisâtre ; les fibres contractiles, atrophiées ou détruites, sont remplacées par des fibres de tissu conjonctif, une matière amorphe plus ou moins granuleuse, des cellules et des noyaux ronds en petite quantité. La cavité ventriculaire est augmentée de capacité ; l’orifice auriculo-ventriculaire et la valvule tricuspide ne sont pas altérés.
L'oreillette est dilatée, mais ses parois sont intacles. L’orifice de l'artère pulmo- . naire est sain ainsi que le vaisseau tout entier. Légère dilatation de la cavité ven- LANCEREAUX. — Syphilis, 2° édit. 20
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triculaire gauche et épaississement de la paroi Beer Li de ce CÔTÉ ; coloratio jaunâtre de cette paroi, qui est intacte dans la plus grande partie de son étendu Les orifices et les valvules sont sains. A part quelques caillots fibrineux, mous récemment formés, qui se rencontrent dans le cœur droit, le sang contenu da les cavités cardiaques est noir et fluide. Concrétions sanguines légèrement adhé rentes à la partie supérieure des veines fémorales ; concrétions analogues, mai libres et flottantes, dans l'artère pulmonaire. ,
Le foie est augmenté de volume, d’une coloration brunâtre, d’une consistance plu ferme qu'à l’état normal ; sa face antérieure ou convexe a perdu son aspect lisse, ell est labourée de sillons foncés sur leurs bords et semblables à des cicatrices. Ce sillons, au fond desquels existent de petites tumeurs grisätres ou blanchâtres, son situés tout près des bords supérieur et inférieur, ils abondent surtout au voisinagt du ligament suspenseur, et là ils sont plus profonds. En sectionnant le foie, © reconnait à la partie supérieure du lobe droit, à 2 ou 3 centimètres de la surface la présence d’une petite tumeur blanchâtre dure et résistante à la pression ;u tissu grisâtre légèrement rosé et fibreux occupe la circonférence de cette tumeur La substance hépatique du voisinage est comme rétractée et d’une coloration brunâtre plus foncée. Des fibres de tissu conjonctif, une matière amorphee granuleuse, des noyaux et des cellules embryoplasliques, tels sont les élément constitutifs de la tumeur.
La rate, volumineuse, présente de 18 à 20 centimètres dans son diamètre ver tical, elle offre à sa surface des dépressions analogues à celles du foie et d’où par tent des trainces fibreuses qui pénètrent dans l'épaisseur du parenchyme. L surface des reins est parsemée de sillons et de dépressions sous forme de cica trices, la substance rénale paraît intacte. L’utérus est sain, les ovaires son petits, ridés, atrophiés, Ces organes ont contracté des adhérences avec les parties voisines.
$ 2. — Artérite syphilitique.
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Les auteurs des derniers siècles ne nous ont laissé sur les affections syphi= litiques du système artérioso-veineux que des données fort incomplètes, et jusqu'ici les faits certains de modifications artérielles pouvant être rattachées à la syphilis sont peu nombreux. Lancisi (1) rapporte deux cas d'anévrysme; l’un de l'artère sous-clavière gauche, l’autre de la sous-clavière droite, tous les deux produits par la cachexie vénérienne consécutivement à l’altération des parties voisines des vaisseaux malades.
Un marchand de poisson, de mœurs dissolues, fidèle au culte de Bacchus, de Diane, de Neptune et de Vénus, n'oppose aux blessures qu'il reçoit de cetté
(i) Marc-Aurèie Séverin à vu des faits semblables, De À bcessium recondita natura, ps 206, Lugduni Batavorum. 1724, |
ernière que la vigueur insuffisante de sa robuste constitution. À la suite de sombreux chagrins, il est pris de douleurs de la clavicule gauche, bientôt suivies de la tuméfaction de cet os; enfin, des pulsations artérielles s’établissent au-dessous de la tumeur et sont accompagnées de souffrance dans l'épaule et ans le cou. Les purgations et les saignées, loin d'améliorer cet état, l'exaspè- ‘ent. Non-seulement l'artère est comprimée par le gonflement des parties qui entourent, mais ces parties elles-mêmes sont corrodées par la suppuration. M traitement par les mercuriaux et les sudorifiques triomphe d’une manière mnespérée. L'artère dilatée n’y perd que sa primitive élasticité. Au bout de cinq années, 1l n'était pas survenu de récidive. La seconde observation est peu différente et non moins surprenante.
…« On reconnait, dit Lancisi, qu’un anévrysme est de nature syphilitique, nonseulement parce qu'un coït impur à précédé son développement, ou parce que desaccidents syphilitiques évidents se sont montrés sur une autre partie du corps, mais encore et surtout d’après les phénomènes qui se sont passés dans le point où siége la dilatation artérielle. En effet, les pulsations de l'artère ne se mon- ‘rent pas d'emblée. Des douleurs, le plus souvent nocturnes, se déclarent dans quelque ligament ou dans quelque os, bientôt suivies d’une tumeur qui a commencé par comprimer l'artère, et qui ensuite, par la suppuration virulente à laquelle elle a donné lieu, a attaqué les tuniques du vaisseau artériel et, occasionnant leur amincissement et leur dilatation, y à fait naître des pulsations anévrysmatiques. »
Plancus, cité par Morgagni (1), remarque que des ulcérations et des excrois- Sañces comme pustuleuses des artères surviennent souvent chez les sujets qui ont été affectés de maladie vénérienne :
« Arteriam magnam veluti ulcerosarn et corrosam, variisque pustulis scaléntem sæpe observavi in cadaveribus eorum præsertim qui syphilide laborarunt, et ad aneurysma aortæ, vel ad pectoris hydropem sunt dispositi. »
Les successeurs de Morgagni, ceux-là même qui se sont le plus occupés de l'étude des maladies vénériennes, ont entièrement négligé de parler des lésions SYphilitiques des vaisseaux, et si quelques auteurs ont pu regarder la syphilis tômme une cause efficiente ou déterminante des altérations du système cireulätoire, ils n’ont apporté aucun fait certain à l'appui de leur opinion. Cependant, quand nous voyons, dans plusieurs observations de syphilis viscérale, lé$ artères cérébrales et carotides altérées ou oblitérées par le fait d’un travail tout local, il nous est difficile de ne pas reconnaître l’action de la svphilis sur ces Vaisseaux.
Dittrich, Gildemeester et Hoyack, Virchow (2), Meyer (3), ont rapporté des ts d’oblitération des carotides cérébrales chez des individus attemts de SYphilis viscérale. Un homme de trente-quatre ans avait des vertiges, de la
(1) Epistola de monstris citata in Morgagni Épist. anat. medica., XXVU, art. 30. — Morgagni lui-même n'hésite pas à rattacher à la syphilis certaines altérations de l’aorte et en particulier quelques tumeurs anévrysmales de ce vaisseau. Mais lorsqu'on vient à examiner les fäits invoqués par cet auteur, on trouve qu’ils ne sont pas suffisamment concluants pour faire admettre cette relation étiologique.
(2) Syphilis constitutionnelle, tr. fr., 1859.
(3) Voy. Schmidt’s Jahrbücher, t. CXIV, p. 312, 1862;
céphalalgie et des accès épileptiformes ; les mouvements étaient faibles à gau: che, la vue moins distincte, la parole difficile ; 1] survint du coma et la mort La dure-mère épaissie adhérait, à l’aide d’un tissu fibroïde, à la substance cérébrale, qui était ramollie au point de l’adhérence et contenait plusieurs tumeurs d’un blanc opaque et du volume d’une noisette. À la partie anté: rieure du corps strié existait un kyste ayant le même volume. Le reste du cer veau était sain, mais l'artère carotide droite et ses branches étaient oblitérée: par des cordons fibreux adhérents à la paroi vasculaire. Le foie, parsemé dt cicatrices, contenait plusieurs petites tumeurs noueuses (knofty tumours) (4) Semblable altération se retrouve dans notre observation XLIX et dans le fai suivant que nous avons eu OCCASION d'observer en 1863, avec notre amik docteur Hemey.
Un jeune homme de vingt-cinq ans, depuis cinq mois en traitement d’um éruption syphilitique qu'il ne pouvait guérir, succomba rapidement après avol présenté des phénomènes d’encéphalite. À lautopsie nous constatèämes, en mêmt temps que des tumeurs de petit volume, existence d’une encéphalite partiellee une oblitération presque complète des deux artères carotides internes à leur ter minaison. Les parois artérielles lésées étaient le siége d’un néoplasme qui le rendait plus épaisses et rétrécissait notablement leur calibre. Il ne s’agissai pas, dans ce cas, d’une lésion athéromateuse, mais d’un produit circonscrite constitué par des cellules et des noyaux arrondis.
Steenberg et Wilks ont rapporté des faits analogues. Le dernier a vu chez uit femme syphilitique âgée de trente-huit ans un dépôt de nouvelle formation situ dans l'épaisseur des parois des artères carotides et vertébrales. On doit au do teur Weber une observation qui trouve sa place à côté des précédentes, € elle n’en diffère que par le siége de l’altération, qui est l'artère pulmonaire.Ml s'agit d'une tumeur (gomme) du volume d’un haricot, qui, développée dan: l’épaisseur de la funique moyenne, faisait saillie à l’intérieur du vaisseau M existait en même temps des noyaux gommeux sur le crâne et dans le foie Chez une jeune fille syphilitique atteinte de néphrite interstitielle, Virchow& trouvé l'aorte garnie de plaques sclérotiques et athéromateuses. Plus récemment. Moxon et Heubner ont observé des désordres du même genre dans les artèré carotides et cérébrales, |
Tous ces faits conduisent à admettre l'existence d’une artérite syphilitique. altération qui a pour siége plus spécial les artères carotides et cérébrales, mais qui peut affecter aussi l'aorte et l'artère pulmonaire. Une ou plusieurs artères, quelquefois deux artères symétriques, ont leurs parois épaissies dans un point limité, car ces lésions, comme toutes celles qui font partie de la période tertiaire de la syphilis, ont pour caractère principal d’être peu étendues où clrconscrites. Cet épaississement, qui paraît débuter en général par la tuni: que externe, mais qui peut envahir les luniques moyenne et interne, a pou effet habituel de rétrécir le calibre du vaisseau et d’en produire l’obstruction par la formation d’un caillot fibrineux. A cette obstruction, lorsque le vaisseau malade est un peu important, succèdent l’altération d’une portion plus ou moins étendue de lorgane correspondant et des désordres variés.
(1) Bristowe, Transactions of pathol. Society of London, &. X, p. 21
Un autre mode de terminaison de la syphilis artérielle, est la formation l'un anévrysme, et sous ce rapport on peut se demander si les tumeurs zasculaires dont parle Lancisi ne reconnaissaient pas cette origine. Wilks vu un cas d’anévrysme de l'aorte auquel il n'hésite pas à donner une igine syphilitique, et Richet semble tout disposé à admettre cette même orisine à propos d'un fait que nous avons communiqué à la Société de chirurgie in septembre 1863. Un anévrysme de la sous-clavière, dont j'ai pu suivre le raitement, fut amélioré sous l'influence de l’iodure de potassium, et un anévrysme du tronc basilaire, présenté à la Société anatomique par Blachez reconjait, selon toute vraisemblance, une origine syphilitique. Un officier d’artillérie, àgé de quarante-deux ans, atteint de syphilis tertiaire, est emporté par une hémorrhagie méningée consécutive à la rupture de l'artère basilaire. Ce Vaisseau est renflé à sa partie moyenne et terminale, de manière à présenter le volume d’une grosse plume d’oie. Ses parois sont épaissies et comme infiltrées d'une matière granuleuse, blanchâtre et d’aspect fibreux. Vers sa partie latérale droite il existe une petite ouverture à bords irréguliers de 2 ou 3 millimètres (le diamètre. Une large cicatrice se rencontre à la surface du foie (1). Je rappellérai encore un cas d’anévrysme du même vaisseau rapporté par Russell, et je pense qu'en présence de tous ces faits l'existence de la syphilis artérielle ne restera pas douteuse.
Les symptômes qui se rattachent à ces diverses manifestations sont peu caractéristiques. Cependant le siége assez spécial de ces lésions donne lieu à des phénomènes particuliers, en rapport avec les fonctions de l'organe ou de la portion d'organe correspondant au vaisseau lésé. C’est ainsi qu’on observe le plus souvent, lorsqu'il y a oblitération d’une artère cérébrale, des troubles encéphaliques et surtout des hémiplégies du genre de celles que produit le ramollissement cérébral. Pour arriver à reconnaître ces hémiplégies, il importe d’être renseigné sur les antécédents spécifiques du malade; maIs, il faut de plus l'absence des signes révélateurs d’une affection qui aurait pu être la source d’une embolie. Les symptômes qui se rattachent aux lésions anévrysmales varient nécessairement avec le siége du vaisseau lésé, sa capacité, Sa fragilité, ete. Quant aux lésions aortiques, elles produisent aussi des sYmpfômes fort différents. L’altération de l’artère pulmonaire (obs. Weber) s’est traduite par de la dyspnée et une apoplexie pulmonaire. Le pronostic en pareil cas est évidemment subordonné au siège de l’altéraion et à l'importance fonctionnelle de l'organe secondairement affecté. Aucun fait ne donne jusqu'ici la démonstration certaine d’une lésion quelconque des veines qui soit tributaire de la syphilis acquise; et Si, dans une période avancée de la vérole, ces vaisseaux deviennent le siége de concrétions fibrineuses (thrombose), il faut y voir bien plutôt un effet des désordres cachectiques engendrés par la syphilis que la syphilis elle-même. Il est permis de croire, cependant, que les veines n’échappent pas complétement à l'action modificatrice du virus syphilitique ; mais ces modifications Sont encore à chercher pour la syphilis acquise.
id., Lancereaux, Note relative à
1) Bulletins de la Société anatomique, 1863, p- 33. — Ib ) q HAE de la syphilis viscérale.
la valeur des cicatrices du foie dans le diagnostic anatomique
Quant aux capillaires, tout ce que l'on en peut dire, c’est qu’ils ne manifes. tent aucune altération spéciale qui paraisse devoir se rattacher à la syphilis. Rappelons que c’est leur tunique externe ou adventice qui est le point de départ habituel des productions gommeuses ; ajoutons aussi que la dégénérescence graisseuse de ces vaisseaux est un phénomène très-fréquent dans la dernière période de la syphilis (cachexie syphilitique).