ARTICLE VIT. — APPAREIL DE LA RESPIRATION
La différence de texture et de fonctions des organes qui entrent dans là composition de cet appareil nous engage à étudier séparément les affections du larynx, de la trachée, des bronches et du parenchyme pulmonaire,
S. 4. — Laryngite syphilitique,
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“Les lésions syphilitiques du larynx survenant dans le cours de la période d'éruption générale ont la membrane muqueuse pour siége exclusif, et, comme nous le savons, elles s'étendent en surface plutôt qu’en profondeur. C'est le Contraire qui arrive dans les affections de la période tertiaire ; les modifications Anatomiques que l’on y observe sont profondes et circonscrites. Aussi, tandis que les désordres fonctionnels étaient tout à l'heure légers et transitoires, on est frappé du degré de gravité que ces mêmes désordres acquièrent dans cette dernière phase de la syphilis, et de leur persistance parfois indéfinie.
Étude anatomique. — Ves laryngopathies syphilitiques ne diffèrent pas, quant à leur nature, des manifestations déjà connues ; mais elles varient avec létissu au sein duquel elles se développent. Muqueuse et tissu conjonctif sousmuqueux, cartilages et fibro-cartilages, muscles, vaisseaux et nerfs, telles Sont les diverses parties constituantes du larynx qui, chacune en particulier, peuvent être le siége du processus syphilitique.
Nous chercherons plus loin quelle peut être l'influence de la syphilis sur les nerfs du larynx. Nous savons que Bouisson (4) a signalé la présence de dépôts gommeux dans les muscles de cet organe. Maintenant étudions les Altérations les plus communes de la syphilis laryngée tertiaire, celles du tissu sous-muqueux et des fibro-cartilages.
À une époque déjà avancée de l’évolution syphilitique, qui est la période de fransition de quelques auteurs, mais qui nous paraît rentrer plutôt dans la Période des productions gommeuses, la muqueuse du larynx devient quelquefois le siége d’une éruption jusqu'à un certain point comparable à la syphilide tüberculeuse. Cette éruption, plusieurs fois observée par Cusco qui lui a donné lënom de papulo-tuberculeuse, était caractérisée dans deux cas par la présence, à la surface des cordes vocales inférieures, de tubercules saillants, grisâtres, du volume d’un grain de chènevis ou de millet, par un gonflement Simultané des cordes vocales supérieures, et une injection ancienne de la portion sus-glottique de la membrane muqueuse. C’est dans cette même période que Türek a constaté l'existence d’ulcérations plus ou moins nombreuses, ayant
(4) Gaz. médie., 1816, p. 595.
leur siége de prédilection et leurs caractères les plus accusés sur l’épiglotte. Pour peu qu’elles se prolongent, ces ulcérations manifestent de la tendance à creuser en profondeur, et elles finissent par perforer l’épiglotte de part en part, Tout autour de l’ulcération ou même sur tout le reste de l’épiglotte, la muqueuse est injectée et présente habituellement une tuméfaction considérable qui peut survivre à la cicatrisation. Les replis aryténo-épiglottiques, le rev& tement muqueux des cartilages arvténoïdes, les cordes vocales inférieures, sont autant de parties où s’observent ces mêmes lésions. Lorsqu'ils occupent les -cordes vocales inférieures, les ulcères peuvent s'étendre suivant la diret tion antéro-postérieure et atteindre simultanément ces deux replis. De dimens sions variables, ils sont entourés d’une auréole inflammatoire et accOMpPAgnés souvent d'excroissances irrégulières ou d’érosions de la muqueuse delà paroi postérieure du larynx. S'ils sont profonds, ils laissent à leur suite une déformation des cordes vocales, le rétrécissement du larynx, des adhérences* mais il y à lieu de croire qu'ils succèdent alors à de petits dépôts gom: meux. Les lésions les plus avancées qui s’observent dans le tissu sous muqueux où dans l'épaisseur des tissus fibreux du larynx, se montrent, tantôt sous la forme de traînées jaunâtres, plus ou moins étendues et sails lantes, tantôt sous la forme de dépôts circonscrits. Dans le premier cas, l’épi glotte ou la partie supérieure de la glotte est tout particulièrement affees tée; mais quelquefois la trachée et les bronches participent à l’altération, comme dans un fait rapporté par Wagner. Au début on voit de petites élevures arrondies (Gerhardt et Roth) ou une saillie jaunâtre de consistance un peu molle et qui souvent a été décrite comme un simple épaississement de la ment brane muqueuse ou des parties sous-jacentes (1). Dans le second cas, la modi: lication anatomique peut apparaître sous forme de végétations (Hansen); le plus souvent elle est représentée par des tumeurs arrondies (2), petites, fermes, du volume d’un pois ou d’une lentille, suivant les mêmes phases que les tumeurs gommeuses des autres organes, c’est-à-dire qu'après s'être ramol: lies elles se terminent par des ulcérations profondes, plus ou moins irrégulières, à fond induré et grisâtre, à bords déchiquetés, différentes, par consé= quent, des ulcérations superficielles qui appartiennent à la période secondaire: Les cicatrices qui leur suécèdent sont dures, blanchâtres, épaisses, et fré: quemment, par le retrait qu’elles subissent, elles produisent des rétrécissements et des déformations plus ou moins considérables du conduit laryngien. S'il y a ulcération du corps de l’épiglotte, ou de la région des cartilages aryté= noïdes, il en résulte une incontinence de la glotte qui favorise la pénétration des aliments et des boissons dans le tube aérien et amène le danger de la suffocation où tout au moins de la pneumonie. Quand l’ulcère est plus profond, il peut en résulter la destruction des cordes vocales. Quelquefois il se développe autour de l’ulcère des états inflammatoires aigus qui déterminent l’œdème de a glotte, si bien étudié par Sestier. Dans un tableau que nous a laissé cet auteur,
Fa les observations de Barth, Sur a laryngite syphilitique (Société anatomique, t. X et ?
(2) Wilks, The syphilitic affections of the internal organs, donne une figure qui représente une tumeur de cette nature située à la partie supérieure du larynx. — Comparez Lewin, Beilrige zur Las Yngoscopie, Deutsche Klinik, 1862. |
Ja laryngite chronique syphilitique figure 14 fois, sur 157 cas, comme point de départ de lœd ème glottique. Plus rarement il se produit au voisinage des ulcères syphilitiques, des hyperplasies papillaires indépendantes de la syphilis.
L’altération syphilitique, à la suite d’une irritation prolongée, du larynx ne borne pas son action aux tissus fibreux; dans certains cas, elle envahit les cartilages. Ceux-ci sont-ils influencés primitivement ou secondairement par suite d'une modification de la muqueuse? La question est difficile à résoudre. {y à lieu de croire cependant à l'existence d’une périchondrite syphilitique primitive, Quoi qu'il en soit, les ulcérations dans ces conditions sont étendues, irrégulières ; leurs bords sont mous, grisätres, décollés et, dans sa pro: fondeur, le cartilage est plus ou moins dénudé et altéré, souvent nécrosé ; parfois luxé et encroûté de sels calcaires, il a pu tomber dans la cavité du Maryvnx et produire une suffocation rapide.
Ces diverses déterminations morbides ne sont pas toujours faciles à spécifier, él, s’il est permis de distinguer, à l’aide du microscope, les ulcères syphilitiques des ulcérations épithéliales qui le plus souvent sont uniques et dont les bords Sont toujours saillants et indurés, il n’est quelquefois pas possible de les différencier des ulcérations scrofuleuses et tuberculeuses. Toutefois les ulcérations Svphilitiques, selon le docteur Barth (1), se développent de haut en bas, occupent de préférence la face antérieure, se cicatrisent pour se reproduire sur différents points de l'organe, tandis que les ulcères tuberculeux marchent de la partie inféfieure, ou même de la trachée, vers l'ouverture pharyngienne, ne se cicatrisent guère et envahissent principalement la face postérieure de l’épiglotte. Cette remarque, très-juste en ce qui concerne les ulcérations concomitantes de la pneu- Monie dite caséeuse, ne l’est plus autant quand il s’agit des tubercules proprement dits. Ceux-ci ont, en effet, comme l’altération syphilitique, une sorte de prédilection pour les parties supérieures de la glotte, et notamment l’épiglotte. Facilement reconnaissables avant leur destruction, ils se distinguent plus tard par l’exiguïté des ulcères et l'étendue du processus morbide. Les eranulations fuberculeuses sont toujours nombreuses et très-pelites, et les ulcères ne sont étendus que par suite de la réunion de plusieurs d'entre eux.
Étude symptomatique. — Les symptômes propres à la syphilis laryngée sont objectifs ou fonctionnels.
Les symptômes objectifs ou physiques, que révèle l'examen par le larynsoscope, ont les mêmes caractères que les lésions ci-dessus décrites. Ainsi, on constate l'existence d’ulcérations plus ou moins profondes, souvent multiples, avec ou sans nécrose des cartilages correspondants; mais il n'esl pas toujours facile de se rendre un compte exact de l’état des différents pots du larynx. Türck rencontra dans un cas une impossibilité absolue de voir les parties situées au-dessous de la glotte, à cause d’une inflammation secondaire des cordes vocales supérieures et inférieures. À part les caractères propres à cette inflammation, on constatait, sur la moitié extérieure des deux cordes vocales inférieures, un liséré longitudinal fortement dentelé, que l'on ne pouvait considérer que comme le bord supérieur d'une ulcération située
(4) Barth, Soc, anat., t. X et XVI.
sur la paroi postérieure du larynx, et cette présomption fut confirmée pa
l’autopsie.
Les symptômes fonctionnels consistent en des troubles de la phonationet
de la respiration. L’altération de la voix est généralement manifeste et persis: tante. Qu'il y ait gonflement ou destruction des cordes vocales, obstruction de la glotte par de petites tumeurs, ce phénomène existe toujours, mais à des! degrés divers de timbre et d'intensité. Un caractère de cette altération qui peut varier depuis la simple raucilé jusqu’à la perte totale de la voix, c’est l’inters mittence. Les malades éprouvent une sensation de gêne ou de picotement, parfois une douleur véritable à la région du larynx. Dans des cas où l’on avait pu songer à l’existence d’une périchondrite, ce dernier phénomène s’est mas nifesté avec une intensité plus grande la nuit que le jour.
Les troubles respiratoires, plus ou moins pénibles, sont subordonnés aux désordres anatomiques. Les malades éprouvent une sensation de dyspnée, uné toux courte, accompagnée ou non d’expectoration. Les crachats sont muqueux ou purulents, parsemés de stries sanguines, et si le périchondre est lésé, ils peuvent contenir des débris de membrane muqueuse ou des fragments dé cartilage, ainsi qu'il est arrivé dans un cas rapporté par le docteur Gibb: Ajoutons que parfois, si on n’y'prend garde, les bruits laryngiens retentis= sent jusque dans la poitrine et peuvent faire croire à l'existence d’une exCavation dans un poumon sain. Quand la laryngite syphilitique vient à se compliquer d’un ædème de la glotte, l'oppression est plus vive, la respiration est sifflante, l'inspiration est pénible, plus difficile que l'expiration, puis surs viennent des accès de suffocation qui peuvent emporter les malades. Dans certains cas, on voit apparaître tous les signes d’une asphyxie rapidement mortelle, comme, par exemple, lorsqu'un fragment de cartilage vient à s’introduire dans les voies aériennes.
Avec ces différents phénomènes, on observe parfois une difficulté plus ou moins grande de la déglutition tenant soit au rétrécissement de la partie inférieure du pharynx par le larynx augmenté de volume, ou bien à l’irritation spasmodique des muscles de cet organe, ou encore à l’altération de l'épiglotte. Il faut savoir que, d’après les expériences de Magendie, la destruction de cet opercule ne gêne pas toujours d’une facon notable le passage des aliments dans l'estomac. Le fait suivant en est un exemple.
Cachexie trés-avancée, ulcérations Syphilitiques, destruction de l'épiglotte, Sans gêne notable de la déglutition.
O8s. XLIT.— M... (Joséphine), âgée de trente-cinq ans, journalière, entre à l’hôpital Beaujon, le 6 octobre 1856, dans un état de faiblesse et de marasme qui lui permet à peine de parler. Cette malade, légèrement bouffie, offre une décoloration complète des téguments. Elle est atteinte de diarrhée depuis plusieurs jours ; on constate sur la lèvre inférieure une ulcération profonde, taillée à pic ‘et vers la pointe de la langue il existe une autre ulcération plus large et moins profonde, d fond grisâtre et sanieux. Toux rarement suivie d'expectoration, gène très-grande de la respiration, sonorité à la percussion du thorax, faiblesse du murmure vésicu=
laire, quelques râles à la base du poumon : pas d'accès de suffocation, altération prononcée de la voix, |
Malgré des efforts considérables, la malade se fait à peine entendre ; la dégluhtion s’accomplit facilement, parfois cependant surviennent des accès de foux qui | haraissent tenir au passage de substances étrangères dans le larynx. Proto-iodure Me mercure 0%',02, puis 05,05, opium 05,02. Cautérisation avec le nitrate acide He mercure. Sous l'influence de ce traitement, on constate une grande améliora- Mon dans l’état des ulcérations de la lèvre et de la langue, et une tendance à la Micatrisation. Toutelois, la faiblesse résultant de l’état de cachexie avancée et aussi hagène de la respiration rendant toujours fort grave l’état de cette malade la mnort eut lieu le 14 octobre.
…Autopsie. — Les ulcérations de la bouche sont en voie de cicatrisation. L'épi- “lotte à totalement disparu, et c'est à peine si on rencontre à la place qu'elle ocbupait quelques détritus gangréneux, grisâtres ou blanchâtres ; l’un de ces détritus st recourbé et appliqué sur la face antérieure du pharynx. Les replis aryténo- “piglottiques, en partie détruits, ne sont pas œdématiés ; les cordes vocales supé- Mieures sont aussi en partie détruites, les cordes vocales inférieures sont inactes ; les autres organes n’ont malheureusement pas été examinés.
mul marche des affections syphilitiques du larynx est lente, continue, prodressive, mais elle peut prendre rapidement une grande acuïté par suite de complications, l’ædème de la glotte particulièrement. La plupart de ces affec- Mions ont trois périodes : une période de formation, une période d’ulcération ktune période de réparation, ‘ayant chacune leurs phénomènes spéciaux. Leur Mlurée varie avec l'étendue et la profondeur de la lésion organique ; mais il est Mreriains désordres qui parfois persistent indéfiniment.
[a terminaison peut être heureuse lorsque la muqueuse seule est atteinte “ou que la résorption des dépôts syphilitiques se trouve favorisée à temps par «in traitement spécifique. Trop souvent la guérison n’a lieu qu'au prix d’une ‘iphonie complète, conséquence de la destruction des cartilages, des cordes “ocales inférieures, ou d’un rétrécissement plus ou moins considérable du irynx. À l’inconvénient de laisser à sa suite une cicatrice et un rétrécisse- “ment manifeste, la périchondrite ajoute encore le danger d’un œædème de la lotte, complication grave et souvent suivie de mort. Mais ce qu'il faut le plus rédouter en pareil cas, c’est la nécrose des cartilages, affection sérieuse, ‘pouvant produire une mort instantanée lorsque le séquestre vient à s’en- ‘gager dans les voies aériennes (obs. Labbé). La mort n’est pas seulement la conséquence d’une asphyxie rapide, elle succède quelquefois aussi à une as- “phyxie lente, ou bien elle peut être amenée par les lésions concomitantes des viscères et la cachexie qui les accompagne. Enfin l'abondante sécrétion purulente qui découle des ulcères est une cause d’affaiblissement graduel qui aboutit à la consomption, si elle n’est une cause de pneumonie. Les malades Süccombent alors comme s'ils étaient atteints de phthisie laryngée. Dans un cas de périchondrite la mort m'a paru avoir été le résultat de la formation de foyers gangréneux métastatiques dans les organes, foyers qui avaient eu Dour point de départ une gangrène développée au pourtour des cartilages nécrosés.
Diagnostic. — Au rapport même des auteurs les plus autorisés, les altérations syphilitiques du larynx, vues au larÿyngoscope, n'ont aucun caractere ans chement spécifique, et conséquemment les désordres fonctionnels qu'elles déterminent ne présentent pas non plus de caractères particuliers. Il ne faut
18 oublier, toutefois, que les manifestations laryngées de la syphilis tertiair marchent habituellement des parties supérieures vers les parties inférieures, Les individus qui en sont affectés ont la voix altérée; ils souffrent pendant l’act de la déglutition, ou par le fait d’une pression exercée sur le larynx. Ils son le plus souvent atteints d’ulcérations ou tout au moins de cicatrices ayant pour siége les amygdales, le voile du palais ou ses piliers, la base de la langu ou la paroi postérieure du pharynx, et quand ces diverses lésions viennent manquer, la persistance d’une affection du larynx sans cause déterminée doit encore éveiller l’idée de la syphilis. Notons que le laryngoscope a du moins l'avantage de faire connaître le siége précis de l’alteration, et que le diagnostie de la cause sera aidé d’ailleurs par les antécédents et les commémoratifs dt malade. L'absence de toute lésion pulmonaire aux sommets des poumons est une circonstance dont on doit savoir profiter, elle peut servir à éliminer dà tuberculose. ;
Les laryngites syphilitiques peuvent guérir complétement tant qu'il ny a ni ulcération ni nécrose des cartilages. Il est rare cependant que même alors la voix ne reste pas voilée. Leur pronostic est grave toutes les fois quil existe des ulcérations profondes. Non-seulement les malades sont exposés perdre la voix d’une façon définitive, mais ils sont menacés d’une asphyxie plus ou moins rapide, épuisés par des ulcérations prolongées véritables lovers d'infection. Enfin, lorsque le médecin est assez heureux pour obte nir la réparation, le tissu cicatriciel amène peu à peu un retrait du calibre de l’organe, qui, dans certains cas, nécessite une opération, le débridement, où plus souvent la trachéotomie. Cette dernière opération est d’une utilité incontestable dans la laryngite syphilitique quelle que soit sa phase d’évolus tion, dès qu'il y a accès de suffocation et menace d’asphyxie. Sur vingt cas rassemblés à ce point de vue par Trélat, trois fois l'opération, parfaitement indiquée, n’a pu être faite à temps, les malades sont morts dans des accès de suflocation. Sur les dix-sept autres cas, la trachéotomie a donné treize succès et quatre morts. Une fois la canule a déterminé la formation d’abcès et de clapiers ; une autre fois le malade a succombé à une pneumonie; les deux autres malades étaient cachectiques débilités; c’étaient des opérations désespérées. D'autre part, sur vingt-six cas de rétrécissement syphilitique du larynx réunis par W. Berger, six fois la mort fut la terminaison, mais sur Ce chiffre cinq fois la trachéotomie n'avait pas été faite; dans le seul cas où cette opération fut pratiquée, la terminaison malheureuse survenue plus tard eut pour cause la perforation de l’œsophage vraisemblablement produite par la canule. Dans dix-huit cas où la trachéotomie eut lieu, le succès, aidé le plus souvent par un traitement spécifique, fut aussi complet que possible. Cepen® dant plusieurs fois on fut obligé de laisser la canule à demeure. Dans deux cas enfin, la trachéotomie dut être renouvelée une seconde fois.
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On peut rencontrer dans les auteurs anciens, et dans Morgagni surtout, des cas de lésions syphilitiques de la trachée. La plupart de ces cas se trou- Vent rassemblés dans l'excellente dissertation inaugurale de J. B. Cayol (1). Jé me dispenserai de les rappeler, et me contenterai de citer Laurent Joubert : @Novi ego plures quibus ex variola magna, non solum trachea, sed et pulmo ipse fuit exulceratus » (2).
Étude anatomique. — TracnéE. — Au point de vue anatomique, les affections Syphilitiques de la trachée ont la plus grande analogie avec les lésions du larynx, ce qu'explique d’ailleurs facilement une certaine conformité de structure. La partie inférieure de la trachée est leur siége le plus habituel; sur sept Gas où l’origine de l’altération n’était pas douteuse, celle-ci fut rencontrée six fois (3) au niveau des derniers anneaux de la trachée, d’où elle se continuait dans l’une des bronches. Dans deux cas où lautopsie ne fut pas faite, mais Où la trachéotomie fut pratiquée sans soulagement pour le malade (4), 1 ÿ a lieu de penser que la lésion morbide n'avait pas d'autre siége. Trois fois (5) pourtant elle a été observée à la partie supérieure de la trachée, immédiatenent au-dessous du cartilage cricoïde ; deux fois seulement elle existait, sous forme d’ulcères ou de cicatrices, dans la plus grande étendue de ce canal (6). Quel que soit leur siége primitif, les altérations tertiaires de la trachée paraissent se développer primitivement dans le tissu sous-muqueux plutôt que dans l'épaisseur même de la muqueuse. Les faits déjà connus permettent en effet de suivre leurs phases successives. Dans un certain nombre de cas, on à observé un épaississement plus où moins étendu du tissu sous-muqueux (altération
(1) Recherches sur la phthisie trachéale. Thèse de Paris, 1810. (2) Laurent Joubert, Lib. de Variola Magna, etc., cap. f, 1645. (3) Observ. de Moissenet, Vigla, Virchow, Wilks, Verneuil et Lancereaux (obs. XXIT). (4) Cas de Trousseau et Bourdon.
(5) Cas de Worthington, de Wilks, de Moxon.
(6) Cas de Huttenbrenner, Moxon.
diffuse) ; d’autres fois c’est une lésion locale, circonscrite, une tumeur arrondie qu’on a pu comparer, avec juste raison, aux tumeurs gommeuses.
Dans un cas de syphilis avec tumeurs gommeuses du foie et des poumons, Wilks trouva le tissu sous-muqueux de la trachée très-épaissi par des dépôts fibrineux {gommeux) récents, analogues à l’induration chancreuse. Ces dépôts sont en général mal circonserits; les petites tumeurs sont, au contraire, bien limitées. Du volume d’une lentille ou d’un pois, ces tumeurs peuvent avoir les dimensions d’une pièce de 50 centimes. Dans l'observation de Moissenet il existait, à 2 centimètres au-dessus du rétrécissement, trois plaques irréguliè= rement arrondies: et de la dimension d’une pièce de 50 centimes, légèrement élevées au-dessus de la surface ambiante, d’une couleur jaune pàle, d’une consistance molle au centre, à surface inégale et mamelonnée. Ce premier degré de laltération syphilitique de la trachée, n’entraïnant pas la mort par lui même, se présente peu à l'examen de l'observateur. Dans quelques cas seule= ment il arrive de constater son existence à côté de lésions plus avancées, ulcères où cicatrices. Plus fréquemment, on observe des ulcérations : celles-ci, arrondies et plus ou moins profondes, ont leur fond constitué par les anneaux cartilagineux, ou par les tissus ambiants, lorsque ces anneaux usés ou ulcérés se sont (rouvés complétement détruits. Dans un cas qui nous est personnel, l’ulcère reposait sur une gangue fibreuse contenant dans son épaisseur un ou plusieurs ganglions lymphatiques (obs. XXI, p. 250). Les cicatrices qui succèdent caractérisent la troisième phase d'évolution du travail morbide : souvent C'est l'unique lésion que dévoile l’'autopsie. Constituées par un tissu blanchâtre ou rosé, au sein duquel on retrouve les anneaux cartilagineux plus ou moins altérés, fracturés et fragmentés, ces cicatrices plissées ou radiées, sous forme de brides, occupent une partie ou la totalité de la circon= lérence de la trachée ; elles tiennent, dans certains as, la place de plusieurs anneaux Cartilagineux ; d’où la possibilité de l’affaissement des parois de Ja trachée dans l'inspiration. Mais le grand inconvénient de cette altération est de rétrécir le canal aérien, qui permet plus ou moins facilement l'introduction d’une sonde de femme, où même d’un tuyau de plume, ou encore de produire un raccourcissement du tube trachéai qui peut être de plusieurs centimètres. Signalons en terminant, comme effet secondaire, la dilatation de ce tube au= dessus et au-dessous du rétrécissement et l’hypertrophie des fibres élastiques longitudinales.
BRONCHES, — Les diverses altérations que nous venons de décrire se retrou= vent avec leurs phases successives à la surface ou dans l'épaisseur des tuyaux bronchiques, mais principalement au niveau de leurs divisions principales: De petits nodules gommeux ont été vus par Wagner dans l'épaisseur des parois des bronches, Dittrich a trouvé une lois, au-dessous de la bifurcation des grosses bronches, des ulcérations profondes d’un pouce de diamètre, recouvertes d’une exsudation purulente ; le tissu sSous-muqueux environnant et la paroi de la bronche droite étaient épaissis et lardacés. Plusieurs des faits rapportés par Virchow font mention de l'existence de cicatrices dures, ridées, à la surface des tuyaux bronchiques, disposition qui se rencontre dans l’une de nos observations. De mêtne que les cicatrices de la trachée, celles des
bronches donnent lieu à un rétrécissement plus où moins considérable, au voisinage duquel on observe parfois la dilatation des tubes aériens. Dans
S . 7 at 2 ser s . A : à inLCas Où nous avons constaté l'oblitération de plusieurs ramifications bronchiques, le parenchyme pulmonaire était en même temps altéré par une production nouvelle de tissu fibreux qui avait donné lieu à un retrait tout particulier. Ajoutons que, dans les cas cités, il n’y eut pas d’altération tuberculeuse des poumons.
En résumé, nous retrouvons dans la trachée et les bronches les mêmes altérations que dans les autres organes, et comme ces altérations se sont montrées tantôt peu de temps après la période secondaire, tantôt dix et douze ans plus tard, il serait peut-être possible de trouver dans cette circonstance une raison suffisante pour comparer les unes aux éruptions syphilitiques tardives, les autres aux dépôts gommeux. Cette manière de voir parait du reste légitimée par ce fait que les ulcérations ont été plus nombreuses toutes les fois que la manifestation est survenue peu après la période d'éruption générale. L'observation suivante est un exemple de bron-
chite syphilitique.
Un jeune homme avait contracté une syphilis pour laquelle il prit du mercure. Dans l'automne de 1838, il fut pris d’un mal de gorge auquel se joignirent de Venrouement, une ulcération au voile du palais, une éruption de couleur cuivrée sur la peau, des nodus, des douleurs nocturnes et de fortes transpirations. Cet état empira graduellement, et, au mois d'août 1839, ce malade, confiné dans son lit, était excessivement émacié et affaibli ; il avait une toux fréquente et très-incommode, une copieuse expectoration purulente, en même temps que des sympfômes qui ne laissaient pas de doutes sur l'existence d’une maladie laryngée. Sa Poitrine était parfaitement sonore, mais un ronchus muqueux, épais, était évident dans toute l'étendue des deux poumons. On donna la quinine et l’iodure de potas- Sum, mais le malade s’éteignit complétement épuisé, le 15 septembre.
De petites ulcérations existent.sur la muqueuse du larynx et sur celle des grosses bronches; elles sont de plus en plus nombreuses dans les petites ramiticafions, et dans les petites divisions des bronches elles forment une suite continue dulcères. Les bronches sont remplies d’une matière purulente, et les lobes inférieurs des poumons sont légèrement congestionnés (Ti
Étude symptomatique. — L'étude qui précède conduit à penser que les SYmptômes correspondant aux lésions syphilitiques de la trachée doivent varier avec le degré d'évolution anatomique; c’est en eflet ce qui à lieu. Le début de l'affection, en général insidieux, préoccupe fort peu les malades ; ils s’aper- (oivent à peine d’une gêne légère de la respiration, ils toussent peu, mais ils ont la sensation d’un léger chatouillement, d’une sorte de corps étranger, sur un point quelconque de l’arbre aérien, et principalement vers la partie supérieure du sternum. À ces symptômes il s'ajoute parfois unerespiration bruyante, Sifflante pendant l'inspiration, de l'oppression quand le malade monte, des äccès de suffocation revenant plus particulièrement la nuit et accompagnés de (cas de Bourdon). Plus tard, sans doute quand déjà il
toux sans expectoration la toux est plus fréquente; sèche jusque-
existe une ou plusieurs ulcérations,
(4) Sadowski de Prague, cité par G. Lagneau: Thèse de Paris, 1851.
là, elle est suivie de crachats mucoso-purulents semnés parfois de stries sansuines (cas de Vigla), ou nummulaires jaunes verdâtres (cas de Bourdon). La voix est peu ou pas modifiée, l’auscultation ne révèle aucun bruit anormal. Les désordres de la respiration peuvent persister, mais il arrive de les voir diminuer, surtout à la suite d’un traitement approprié. Cette amélioration il faut se garder de la considérer toujours comme le début d’une guérison défini: tive; le plus souvent, elle n’est qu'un temps d'arrêt, pendant lequel s’opère la cicatrisation. Celle-ci une fois effectuée, les accidents reparaissent souvent au fur et à mesure que se produit le retrait du tissu cicatriciel, et cette fois il se produit des désordres plus accusés, plus sérieux, plus permanents, en même temps moins accessibles aux moyens internes. La dyspnée, qui se fait de nouveau sentir, est progressive; la (oux est quinteuse, le sifflement inspiratoire est tellement marqué qu'il constitue un véritable cornage. Maisde phénomène le plus important, et à la fois le plus pénible pour les malades, consiste en des accès de suffocation qui souvent apparaissent sans cause bien déterminée. Ces accès, dans l'intervalle desquels persiste une oppression plis ou moins vive, se renouvellent d'ordinaire au point de mettre la vie du malade en danger. À cette même période, on observe de plus, dans certains cas, deux symptômes auxquels Demarquay attache avec raison une grande importance, l’abaissement du larynx et l’immobilité de cet organe pendant la déglutis tion et pendant l'exercice de la parole.
Tels sont, en somme, les principaux désordres fonctionnels qui appartiert: nent aux altérations syphilitiques de la trachée. À ces désordres, ajoutons une sensation toute particulière de dureté de la trachée, une mobilité moins grande de cet organe sur les tissus environnants, puis enfin la possibi= té de voir, à l’aide du laryngoscope, soit les ulcérations, soit le rétrécisses ment lui-même. C’est ainsi que, dans un cas de rétrécissement de la trachée situé il est vrai dans un point élevé du canal aérien, Türck parvint à porter un diagnostic entièrement positif; il constata, au moment où son malade poussait un cri perçant sur une note très-élevée, que le son était produit dans l'expiration par la vibration de toute la longueur des bords du rétrécissement, qui jouaient le rôle des cordes vocales, celles-ci demeurant tout à fait immo biles et largement béantes. |
Lorsque l’altération syphilitique intéresse seulement les tuyaux bronchiques, les symptômes diffèrent quelque peu de ceux que nous venons d'analyser. Au rapport de W. Munk (1), ces symptômes n'apparaîitraient qu'après des désor= dres du côté de la gorge et comme si le mal gagnait le larynx, puis la trachée et enfin les bronches ; mais cette marche est loin d’être constante. Dans les premiers temps, les phénomènes sont presque les mêmes que ceux du catarrhe simple ; cependant la voix est plus altérée, il y a dans le larynx une irrita tion et une sécheresse continuelles qui peu à peu gagnent la poitrine ; les malades éprouvent une sensation de constriction douloureuse derrière le sternum, et le plus souvent cette irritation, persistant, détermine une toux brève et fréquente, symptôme qui a pu faire croire à l'existence d’une phthisie tubereuleuse. Quand la maladie a duré quelque temps, la sécrétion muqueuse fournie
(1) Voy. London medical Gas,, avril 1841, et Gaz, méd. de Paris, p, 601, 1844.
par les canaux aériens ne tarde pas à présenter les caractères de la suppuration ; c'est alors que la fièvre hectique s'empare du malade, si déjà elle n’existait pas auparavant. Ainsi, dyspnée plus ou moins intense, toux quinteuse expectoration muqueuse ou purulente, tels sont les symptômes malheureusement peu caractéristiques de l’altération bronchique tertiaire, Insistons sur ce point que cette altération, toujours très-rare, n’est généralement pas
accompagnée, des signes physiques qui indiquent une induration étendue des poumons.
Il a été assez question jusqu'ici de la marche de la trachéite s que je n’aie pas à y revenir. L'évolution de cette affection est Le général de plusieurs mois, est moins longue, en raison de li tionnelle de l'organe lésé, que la durée de la plupart des autres manifestatons syphilitiques des viscères. Quant à sa terminaison, elle est rarement heureuse, ce qui semble tenir à la difficulté de reconnaître l’altération à son début et de la traiter assez tôt. La mort, lorsqu'il s’agit de lésions trachéales, est relativement fréquente. Elle survient d'ordinaire dans un accès de suffocation, plus rarement par le fait d’un épuisement général. La cachexie est un symptôme peu commun des affections syphilitiques de la trachée et du larynx,
à moins qu’elles ne soient concomitantes d’une altération des viscères de labdomen.
yphilitique pour nie ; sa durée, en Mmportance fonc-
Diagnostic. — Dyspnée, sifflement particulier pendant l’inspiration, véritable cornage, la voix conservant son timbre presque ordinaire, douleur ou sensation d’un corps étranger dans l’un des points du tube aérien, et plus tard accès de suffocation sans lésion pulmonaire appréciable, tels sont les signes qui doivent servir de base au diagnostic des affections syphilitiques de la trachée. Aces signes on pourrait sans doute ajouter quelques symptômes fournis par lauscultation de la trachée, un peu trop négligée en pareil cas. Ces affections ne seront pas confondues avec les altérations du larynx, qui déterminent toujours des modifications plus ou moins profondes de la voix, et que fait connaître l'examen laryngoscopique; mais elles pourraient l'être avec certaines lésions trachéales susceptibles d'amener un rétrécissement du tube aérien. Babsence des signes de la tuberculisation pulmonaire sera d’une grande utilité pour repousser l'existence d’une lésion tuberculeuse de la trachée. La morve, ainsi qu'il résulte des recherches du professeur Tardieu (1), peut engendrer des désordres en tout comparables à ceux de la syphilis. Le diagnostic différencie] répose avant tout sur les antécédents et les commémoratifs du malade; ilme parait inutile d’insister sur ce point, mon intention étant de faire plus loin le parallèle de ces deux maladies. Les tumeurs qui compriment la trachée déterminent des troublés capables d’induire en erreur ; parmi ces tumeurs, l’une des plus fréquentes, l’anévrisme de l'aorte, se reconnait à des signes (out à fait spéciaux. Quant aux tumeurs solides des médiastins antérieurs,
(1) Tardieu, De la morve et du farcin chronique chez l’homme, etc. Thèse de Paris, 1843. — Biermer, Mém. sur les rétréciss. de la trachée et des bronches, Gaz. des hôpitaux, 9 sept.
LANCEREAUX. — Syphilis, 2€ édit. 21
comme elles s’avancent peu à peu jusqu'au-dessus de la fourchette sternale, elles deviennent habituellement appréciables au.toucher. D’autres lésions peus vent tromper : le cancer épithélial de l’æsophage est de ce nombre. Cette altération, dont j'ai pu observer plusieurs exemples (1), perfore quelquefois la trachée, fait saillie dans sa cavité et rétrécit plus ou moins son calibre. De là, dyspnée, sifflement trachéal, accès de suflocation, tous symptômes qui peuvent faire croire à un rétrécissement syphilitique de la trachée. La gène de la déglutition, et parfois aussi l’altération de la voix qui résulte de l’'envahis= sement de l’un des deux nerfs laryngés par la production épithéliale, sont des signes qui, joints aux commémoratifs, serviront à éclairer le médecin dans ces cas difficiles. Les commémoratifs du malade, l’absence de signes indiquant l'existence d’une tuberculisation pulmonaire, la longue durée du mal, sont autant de circonstances qui pourront aider à reconnaître la bronchopathie syphilitique. |
Le pronostic des affections syphilitiques de la trachée et des bronches est sérieux toutes les fois que l’altération occupe une grande étendue, qu’elle dé termine un rétrécissement notable de ces parties. Le rétrécissement cicatriciel est grave surtout par ce fait qu’il résiste à toute médication spécifique.
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$& 3. — Pneumonite syphilitique.
BrsriocRapniE, — Nicocas Massa signale l'asthme et la diarrhée comme symp= tômes consécutifs aux tumeurs gommeuses; voyez Aphrodisiacus de Luisinus; p. A5. — Porrar, Observations sur le traitement de la phthisie pulmonaire. Paris, 1792. — J. Frank, Traité de pathologie interne, t. IN, p. 267, chap. 1v, 27, trad Bayle. — Lemonnier, Thèse de Paris, 1810. — Wizzram Munx, Med. gaz., awril et mai 1841. — A. Dumouui, Thèse de Paris, 1848, p. 49. — Lacneau, Des malas dies pulmonaires causées ou influencées par la syphilis, 1851. Thèse de Paris. = Ricorp, Iconographie, pl. xxvur et xxvrit bis. — Bupp, Diseases of the liver, p. A9: London, 1857. — Spencer WeLcs, Medical Times, 3 juillet 1858. — S. Wirxs, On the syph. Affect. of the intern. organs, Guy’s Hospital Reports, série 3, vol. IX p. 54. — Cornir, Bull. de la Soc. anat., 1861. — Pinan Durercray, Ibid. = Hurcæinson et Jackson, Med. Times and Gaz., 11 octobre 1862. — E. WacNEr, Archiv der Heilkunde, p. 361. Leipzig, 1863. — A. ne Naux, Maladies pulmonaires syphilitiques, Annales de la Société de médecine de Gand, janv. et fév. 1864. = LanNcEREAUx, Des lésions viscérales susceptibles d’étre rattachées à la syphilis constitu= tionnelle. Gaz. hebd., 1864. — Ginrrac, Observ. de phth. syphilit. Soc. de médecine de Bordeaux, et Gaz. hebdomadaire de Paris, 1867.— P. Lacaze, Essai sur la phthisie Syphilitique. Thèse de Paris, 1870. — E. LanpriEux, Des preumopathies syphilitiquess Thèse de Paris, 1872. ‘4
it
Les syphiligraphes des deux premiers siècles se contentent de mentionner les affections spécifiques des poumons. Jacques de Béthencourt (2) signale leur existence comme il suit : « En certains cas on observe de l’œdème, des ulcéra= tions pulmonaires, des phénomènes de consomption progressive, et d’autres affections qui épuisent insensiblement les forces de l'organisme et aboutissent au marasme. » Les médecins du dernier siècle connaissent déjà mieux la
ni Lancereaux, Deux cas de cancer épithélial de l’oesophage, Bull, de la Société anatom.,
@ J. de Béthencourt, Nouveau caréme de pénitence, etc., trad, par Fournier. Paris, 1874, p. 40.
syphilis pulmonaire, c’est pour eux la phthisie vénérienne (phthisis a lue venerea). La plupart désignent sous cette dénomination une affection pulmonaire "causée par le virus vénérien, différente de cet état particulier que nous appelons cachexie. Morton (1), consacrant à ce genre d'affection le chapitre vr de sa Phihistologie, donne une observation qui ne manque pas d'intérêt. Baglivi “(2) écrit dans ses Praxeos medicæ : « Certô constat phthisin sæpissime esse morbum secundarium à variis morbis principalibus, v. g. lue venerea, etc. » Hoffmann (3) rapporte deux faits de phthisie vénérienne qu'il discute et criti- “que. Morgagni (4) en cite aussi deux exemples ; mais il pense, et en cela il se rapproche de l'opinion de Morton, que la maladie vénérienne n’a d'autre action “que de favoriser le développement de l’altération des poumons. Astrue (5) “insiste sur les symptômes pulmonaires liés à l'existence de la vérole. Tode, Schywartze (6), Meza (7), admettent aussi la phthisie vénérienne, dont ils relatent quelques cas. Sauvages (8), à l'exemple de Morton, fait de cette maladie “la huitième variété de ses phthisies, et sa manière de voir fut adoptée plus tard par Cullen et Machride. Schrœder (9) dit en parlant du virus vénérien : « Producit..……. inflammationes, spasmos, tumores et tubercula, in variis partibus nec non raro in pulmonibus.» J. P. Frank (10) cite l’action du virus syphilitique sur les poumons parmi les causes de l’hémoptysie. De Horne (11), Carrère (12), Tandon (13), ont vu des troubles graves de la poitrine guérir sous l'influence d’un traitement spécifique. Swediaur (14) et Saucerotte (1 5) parlent de la phthisie syphilitique pulmonaire. Portal (16) en traite assez longuement. “Joseph Frank (17) lui reconnaît trois périodes. Petit-Radel (18) en donne quelques observations qu'il emprunte à Larrey. Van der Kolk écrit à ce sujet (19): « Etenim non raro in perserutando cadavera syphiliticorum, qui dum vivebant phthisici videbantur, inveni in pulmonibus, præcipue in medio lobo, ulcus quoddam seu pus collectum sine ullo tuberculo cingenti. » Enfin, sans nous arrêter sur différents faits que contiennent les recueils scientifiques, mentionnons, comme trait d'union entre les observations anciennes et les recherches
« {1) R. Morton, Opera medica, Lugduni, 1737, p. 406.
… (2) Baglivi, Opera medica, Lugduni, 1745, p. 200. . (3) F. Hoffmann, Opera omnia. Genève, 1748. De lue venerea, p. 424,t. IT, ce 1v. ; (4) Morgagni, De sedibus et causis morborum, t. 11, epist. xx, art. 10, 41 et 15; t, I,
. 525, trad. franc. (Encyclop. des sciences médic.). 5) Astruc, De morbis venereis, in-4°,t.1, p. 425. M (6) Schwartze, Dissertatio observationes quasdam continens. (7) Meza, Societatis Havniensis Collectanea, 1774, vol, I, art, 21. (8) Sauvages, Nosologie méthodique, trad. Nicolas, 1785, t. III, p. 457. — Nosologia
methodica, Amsterdam, 1768, t. II, p. 457.
(9) Th. G. Schræder, Tractatus medicus de pleumonide ejusque speciebus, Gottingue,
4779, art. DE PNEUMON. SYPHILIT. 70. | (40) 3. P. Frank, Médecine pratique, t. II, p. 308, trad. Goudareau, Paris, 1842.
* (11) De Horne, Différentes méthodes d’administrer le mercure, t. U, p. A47, 1779.
… (12) Carrère, Maladies vénériennes chroniques sans signes évidents, p. 64 et 181, obs, v. (13) Tandon, Traitement et guérison d'une phthisie vénér. par la méthode de Huguenot
(Ann. de la Soc. méd, de Montpellier, t. 1, p. 176).
(14) Swediaur, Maladies vénériennes, 4° édit., t. Il, p. 169, 1804.
(15) Saucerotte, Journal de méd. de Corvisart, 1812, p. 750. Re
(16) Portal, Observat. sur le traitement de la phthisie pulmonaire. Paris, 1809. (17) J. Frank, Traité de pathologie interne, t. IV, p. 167, Ch. IV, trad. Bayle. (18) Petit-Radel, Cours des maladies syphilitiques, t. II, p. 3. Paris, 1812. (19) Van der Kolk, Observat. anatomo-patholog., 1827, p.129 et suiv.
modernes, le travail de Munk (1) sur les maladies spécifiques des poumons et la thèse inaugurale de G. Lagneau (2). Aa) En.
Jusqu'ici deux doctrines sont mises en avant ‘| une considère certains maladies pulmonaires comme directement produites par la syphilis, l’autre regarde la syphilis comme une simple cause occasionnelle de ces maladies: Nous verrons ce qu'il faut penser de cette dernière ; mais tout d'abord disons que si un certain nombre de faits de phthisie vénérienne publiés par les auteurs anciens ont trait à des altérations de la trachée ou des bronches, il n’en est pas moins vrai que l'on ne peut aujourd'hui conserver le moindre doute au sujet d’une influence directe de la syphilis sur le parenchyme des poumons. Diffuses ou circonscrites, les lésions qui en résultent laissent à leur suite des cicatrices ; elles présentent les mêmes modes anatomiques que les lésions des autres organes.
Étude anatomique. — La pneumonite diffuse ne peut être établie que d’après un petit nombre de faits, mais ceux-ci sont suffisants pour ne laisser aucun. doute dans l'esprit. Le siége de cette modification est variable : tantôt elle occupe les lobes supérieurs ou le lobe moyen, tantôt elle reste limitée aux lobes inférieurs, et ainsi 1l est permis de croire qu’elle peut envahir à peu près indistinctement les différentes parties des poumons, sans acquérir néan: moins une étendue bien considérable. La portion du parenchyme affectée est plus ferme, plus dure, élastique, résistante à la pression, friable, inperméablé à l'air, et, par conséquent, non crépitante. Située au voisinage de la surface des poumons, l’altération est marquée à son début par une légère tuméfaction plus tard par une dépression plus ou moins profonde, conséquence du retrait subi par le tissu de nouvelle formation. Dans un cas rapporté par Vidal, il existait au pourtour des bronches une masse indurée d’une couleur gris bleuñtre, ayant une certaine analogie avec le marbre vert de mer. Cette masse, qui remplaçait une portion du parenchyme pulmonaire, offrait à la pression une résistance tellé qu'on aurait pu la prendre pour une périostose. Elle avait pour siége une partié des lobes inférieurs, tandis que le reste du poumon était souple et doux aù toucher. Nulle part on ne put trouver la moindre trace de tubercules. Wilks ditavoir vu l’induration du tissu des poumons dans un certain nombre de cas de maladie vénérienne, mais il hésite à rattacher cette lésion à la syphilis.
Dans un fait observé par nous, la lésion occupait la partie inférieure du lobe supérieur du poumon gauche (3).A ce niveau, la surface pulmonaire présentait une large dépression avec plis radiés, le parenchyme était remplacé par un issu fibreux, ferme, résistant, au sein duquel on apercevait de nombreux points jaunâtres, à surface légèrement grenue, constitués à l'examen microscopique par des noyaux granuleux et de nombreuses granulations moléculaires contenus dans une trame fibreuse. Les bronches qui se rendaient à cette porüon du poumon, pour la plupart dilatées ou rétrécies, se terminaient, quel= ques-unes du moins, par des culs-de-sac ampullaires. Leurs parois opaques,
(4) Munk, London med. Gaz., avril et mai 1841. (2) Lagneau, Des maladies pulm. causées ou influencées par la syphilis. Paris, 1851. (3) Voyez Atlas d'anatomie pathologique, p. 274 et pl. 27, fig. 6.
jauntres et épaissies, étaient manifestement altérées. Loin d’être rare, cette modification bronchique est plutôt la règle dans les cas de ce genre, où les lobules sont aussi généralement affectés. |
La pneumonite circonscrite ou gommeuse, déjà signalée par Morton, Astruc Or Fabre, n'a été réellement étudiée que dans ces derniers temps, et, à dire vrai, les connaissances que nous en avons sont encore très-Imparfaites. Les faits, au nombre de dix (2), qu'il nous a été possible de rassembler, nous ont appris que les dépôts gommeux observés dans les poumons d’adulte n’ont aucun siége de prédilection, qu’ils se rencontrent également bien dans les lobes supérieurs, moyen et inférieurs. Lorsqu'ils occupent le lobe supérieur, c’est plutôt à la partie moyenne ou inférieure qu'au sommet, siége d'élection ordinaire des tubercules.
Ces néoplasmes sont en nombre variable, et s’il n’en existe parfois qu’un seul, le plus souvent ils sont multiples; rarement ils dépassent six ou huit. Ils se montrent sous la forme de tumeurs de coloration grisätre ou d’un blane jaunâtre, à peine irrégulières, arrondies, du volume d’un pois, d’une amande ou d'une grosse noix, d’une consistance primitivement ferme, élastique, plus tard un peu molle, caséeuse au centre. Déposées au sein de la trame parenchymateuse, ces tumeurs sont généralement circonscrites par un tissu induré, fibreux, grisètre (obs. XLIIT), nacré et luisant {obs. Cornil), qui leur sert comme de coque et qui, dans l’espèce, n’est pas sans importance diagnostique. Dans une section, cette coque, ou mieux cette zone, est parfaitement distincte du nodule intérieur, et tandis que, résistante sous le doigt et manifestement parcourue par de nombreux vaisseaux, elle est constituée par un tissu fibreux parfaitement développé, le noyau central est friable, peu vas- Culaire, formé de petites cellules et de noyaux arrondis, souvent granuleux, en voie d’atrophie et de destruction. Production sèche avant tout, la tumeur gommeuse des poumons ne tarde pas à se nécroser et à subir la métamorphose sranulo-graisseuse. C’est alors que s'opère peu à peu le changement de consistance, et que la substance de nouvelle formation, primitivement solide, se ramollit du centre à la périphérie (obs. Wilks).
Parvenue à cette période, la substance gommeuse peut être résorbée en partie ou en totalité; mais le plus souvent elle est évacuée par les bronches, et à sa place il reste une excavation plus ou moins étendue, tapissée de dépôts caséeux et toujours circonscrite par une zone fibreuse plus ou moins épaisse. Le travail en vertu duquel s'effectue cette élimination est peu connu ; mais il Y a tout lieu de croire qu’il ne diffère pas de celui qui s'opère lors de lélimihation des gommes du tissu cellulaire sous-cutané (inflammation ulcérative)- Les cavernes, ainsi qu’il arrive pour ces dernières lésions, sont susceptibles de cicatrisation ; de là des fronçures, des dépressions plus où moins manifestes, des cicatrices à la surface des poumons. Pendant longtemps on rattacha presque exclusivement à la tuberculose les cicatrices des poumons,
ales du poumon peuvent être altérées dans la vérole :
(1) Astruc admet que les fonctions vit qu'ils soient ou non en suppuration ;
4° par des tubercules ou des tumeurs gommeuses, 29 par des vomiques. ù
(2) Les auteurs qui rapportent ces faits sont : Ricord, Budd, Dumoulin, Wilks, Spencer Wells, Cornil, Lancereaux, Hutchinson et Jackson.
et il y a lieu de penser qu'on a pu ainsi confondre des reliquats d’altérations différentes. Certains faits rapportés par Laënnec (1), Andral (2), et par quelques autres auteurs, sembleraient donner une apparence de vérité à cette: manière de voir. Effectivement, malgré le silence gardé sur la syphilis dans la plupart de ces faits, il est permis de croire, en raison surtout des altérationss concomitantes de l'organe hépatique (voir obs. XIX et XX de Laënnec), que las lésion cicatricielle du poumon pouvait bien reconnaître une cause syphilitique. La fréquence des cicatrices pulmonaires dans les cas de syphilis viscérale (3 vient tout au moins à l’appui de cette opinion. | Les cicatrices syphilitiques s’observent indistinctement dans tous les lobes pulmonaires, à leur surface ou dans leur épaisseur. Elles coexistent avec dess lésions syphilitiques diverses qui occupent différents points du corps ou mêmes des organes tels que le foie, jamais ou rarement avec des tubercules vrais des poumons. Superficielles ou profondes, rayonnées ou étoilées, elles sont consti= tuées par un tissu fibreux et induré, au sein duquel on remarque parfois une substance sèche, grenue et jaunâtre. Il est question, dans l’une de nos obser= vations, de cicatrices rayonnées et étoilées des différents lobes du poumon droit au centre desquelles le tissu pulmonaire, grisâtre, ferme, induré, présente une substance blanche et caséeuse ; quelques dépressions cicatricielles analogues existant à la surface du poumon gauche adhèrent au diaphragme,;* affecté lui-même de cicatrices et de petites tumeurs gommeuses. Ajoutons que l’adhérence des poumons aux parois costales n’est pas rare dans ces cas, où la plèvre, le plus souvent épaissie, participe. à l’altération, de telle sorte qu'il est possible d'avancer qu’une pleurésie membraneuse, chronique et sèche est, pour ainsi dire, un acolyte obligé des lésions syphilitiques diffuses ou cir= conscrites du parenchyme pulmonaire. Beaucoup plus rare dans les cas de tuberculose, ce genre de pleurésie est presque une exception lorsqu'il s’agit du cancer des poumons. | Les mañifestations diverses de la syphilis pulmonaire exigent la plus grande altention pour être reconnues. La pneumonite diffuse chronique se distingue® par son peu détendue ; rarement elle envahit tout un lobe, mais en général elle existe sur des points disséminés : en outre, le néoplasme qui la constitue se présente sous forme de cloisons fibreuses épaisses, entre lesquelles est inter posée une substance jaunâtre, grenue, jusqu’à un certain point différente de: la substance marbrée, dure et brillante à la coupe, qui appartient à la pneu= monie chronique ordinaire, c’est-à-dire à cettpneumonie à laquelle il n’est past possible d'attribuer de cause bien déterminée excepté l’impaludisme. Les: Sommes pulmonaires, productions sèches, peu vasculaires, se différencient um peu par leur structure, mais surtout par la présence, à leur pourtour, d’une zone fibreuse ordinairement très-épaisse. Les tubercules, lorsqu'ils revêtent la forme de masses arrondies, peuvent prêter à la confusion ; mais en général, même dans ces conditions, il est rare de ne pas rencontrer des granulations grises” miliaires, ce qui n’a pas lieu avec les depôts syphilitiques ; d’ailleurs, les néo=
QD nee, Traité de l'auscultation, p.58. Paris, 1831, Voir observ. XIX et XX. (2) Andral, Clinique médicale, t. N, p. 68. Paris, 1834. (3) Voir observation XXXIII et plusieurs autres,
plasmes tuberculeux se développent le plus souvent des deux côtés de la poirine, et ils ont pour siége de prédilection les sommets des poumons. Granulations tuberculeuses et tumeurs gommeuses sont constituées par des éléments cellulaires et nucléaires de petit volume, arrondis, assez semblables aux globules de la lymphe. Toutefois, moins rapide dans son développement, la tumeur #ommeuse est susceptible d’une organisation plus complète, elle contient une Mrame de tissu conjonctif, plus abondante que le tubercule, qui est constitué par des cellules et des noyaux souvent atrophiés, granuleux, déformés et plus petits que ceux qui appartiennent aux gommes. Les grosses cellules granu- Meuses (corpuscules granuleux) ne se rencontrent pas dans le dépôt tuberculeux comme dans les dépôts syphilitiques. Le néoplasme tuberculeux est plus maigre, plus chétif, en quelque sorte, que Le néoplasme gommeux, et par conséquent, jouissant d’une vitalité moindre, il a une tendance plus grande à une transformation rétrograde ; ajoutons que cette tendance est accrue par le rétrécissement ou l’oblitération assez ordinaire des vaisseaux qui le nourrissent.
Étude symptomatique. — Les altérations qui nous occupent échappent parfois à nos moyens physiques d'investigation, et comme elles ne donnent pas toujours lieu à des troubles fonctionnels bien appréciables, 1l en résulte qu'elles peuvent passer inaperçues et rester latentes, au moins pendant un Certain temps. C’est là ce qui arrive dans quelques cas de pneumonie chro- Hique partielle, de tumeurs gommeuses à la première période de leur évolution. On conçoit la difficulté d'arriver à découvrir ces lésions tant qu'elles Sont peu étendues. Dans le cas contraire, l'obscurité du son à la percussion, l'existence d’un souffle circonscrit, isolé ou accompagné de räles, sont les prin- Cipaux symptômes qui manifestent leur existence. Ces symptômes, plus spé- Ciaux à la forme diffuse de la syphilis pulmonaire, sont quelquefois accompagnés de fièvre et d’amaigrissement. Dans une période plus avancée, lorsqu'une dilatation bronchique s’est ajoutée à la pneumonie chronique, le soufile, devenu plus appréciable, coexiste avec des ràles plus ou moins gros.
” Les signes physiques relatifs aux lésions gommeuses des poumons deviennent appréciables principalement après la fonte de ces nouvelles productions, lorsqu'elles ont déterminé dans l'épaisseur du parenchyme pulmonaire une ou plusieurs excavations d’étendue variable. Dès ce moment, les phénomènes morbides changent de caractère, et apparaissent des signes stéthoscopiques qui ne diffèrent pas de ceux que l'on observe toutes les fois Qu'il existe une caverne quelconque dans les poumons : soufile creux, circon- Scrit dans une région déterminée, et ràles plus où moins volumineux, avec ou Sans retentissement de la voix. À cette phase sans doute doit se rapporter la Mention faite par Astruc et quelques autres auteurs du dernier siècle de vo- “niques consécutives à la présence de tumeurs gommeuses su ppurées et d’abcès dans les poumons.
Une toux plus ou moins opiniâtre, quelquefois quinteuse, de la dyspnée, de l'oppression et une expectoration mucoso-purulente, tels sont les principaux désordres fonctionnels observés en pareil cas. Ajoutons qu'une hémoptysie peu abondante a aussi été constatée (obs. Leudet et obs. XL): Ces symptômes ne présentent pas de caractères spécifiques, mais cependant 1l est assez présuma-
ble que l'examen micrographique de la matière expectorée offrirait quelque chose de particulier. Quoique le plus souvent apyrétique, la syphilis des poumons coexiste ordinairement avec cette modification profonde de l'organisme connue sous le nom de cachexie, et il est à noter que ce désordre général per-| siste quelquefois, lors même que des changements survenus dans les signes stéthoscopiques permettent de supposer qu’il y a eu cicatrisation des cavernes et guérison de l'affection pulmonaire.
La marche des altérations syphilitiques des poumons est lente, mais elle n'a rien de spécial, à part l’élimination possible des tumeurs gommeuses. Ces tumeurs présentent les trois phases de crudité, de ramollissement, d'élimination et de cicatrisation déjà notées pour les gommes des autres organes, et à chacune de ces phases correspondent nécessairement | des signes stéthoscopiques différents. La durée de ces affections est longue, et cette circonstance vient quelquefois en aide au diagnostic. Leur terminaison est le plus souvent heureuse, lorsqu'on parvient à les reconnaître assez tôt : elle serait moins défavorable, si à cette période de la syphilis les lésions des viscères abdominaux n’entraînaient habituellement la cachexie et le marasme. La fièvre, rare dans le cours de ces lésions, serait plus commune, si l’on en croit Landrieux, dans la pneumonite diffuse que dans la pneumonite gommeuse.
Diagnostic. — Les symptômes propres aux affections syphilitiques des poumons n'ont aucun caractère pathognomonique ; ainsi le diagnostic de la syphilis pulmonaire repose principalement sur les antécédents et les commémoratifs du malade, comme aussi sur la nature des affections concomitantes. Toutefois, quelques désordres pulmonaires peuvent servir à éclairer ce diagnosticet à mettre sur la voie de la syphilis. Un certain degré de matité, avec bruit de souffle non précédé de réaction fébrile, persistant et limité à l’un des lobes inférieurs ou au lobe moyen, chez un individu cachectique dont les sommets des poumons sont intacts et le foie altéré, constitue une présomption très-grande en faveur d’une affection pulmonaire syphilitique. L'apparition subite de crachats abondants, le siége de l’altération dans une étendue limitée, et surtout dans un seul côté de la poitrine, sont des circonstances qui viennent encore à l’appui du diagnostic de cette même affection {voy. les observations ci-dessous).
L'altération tuberculeuse des organes respiratoires, qu'il est surtout facile de confondre avec les cas qui nous intéressent, se distingue du reste non-seulement par une évolution plus rapide et une plus grande extension, mais encore par son début tout spécial aux sommets des deux poumons. Que le désordre anatomique produit par la syphilis occupe l’un des sommets ou même les deux à la fois, on conçoit que le diagnostic est des plus difficiles et qu'il exige toute la sagacité d’un médecin éclairé. La marche de l'affection, l’état général du malade ou mieux son état particulier de cachexie, ses antécédents morbides, voilà sur quoi il sera encore possible de fonder une opinion qu'éclairera ultérieurement un traitement approprié.
Le pronostic de la syphilis pulmonaire est grave et sérieux, non pas tant peut-être par le fait de la lésion propre des poumons qu’à cause des altérations syphilitiques qui, en même temps, sévissent d'ordinaire dans les autres viscères. Sans oublier qu’en pareil cas la guérison est souvent possible, il ne faut
as perdre de vue que ces altérations, relativement rares, n'apparaissent jamais “uà une période très-avancée de la syphilis et par conséquent à un moment Lu l'organisme a déjà subi une très-profonde modification. Si l’on tient compte “e-cette considération, on ne sera plus tenté de regarder, à l'exemple du doc- “ur O'Connor et de quelques autres auteurs, comme manifestations syphilitivues des lésions qui, en définitive, ne sont que des pneumonies ou des pleu- “ésies ordinaires.
Dans cet article, nous avons basé notre description sur l’altération anatomi- Hue, dont les caractères sont toujours plus précis et plus certains que ceux que
ournissent les désordres symptomatiques. La phthisie et l'asthme syphilitiques
“écrits par quelques auteurs ne sont, en réalité, que des symptômes liés à uelques-unes des lésions précédemment étudiées, et tout particulièrement aux «icérations et au rétrécissement des conduits aériens. Notre manière de voir, Mifférente de celle des docteurs Lagneau et de Naux, trouvera, nous l’espérons, les imitateurs. Les exemples suivants d’affections pulmonaires syphilitiques serminées par la mort ou par la guérison viennent à l'appui de notre descrip- | Ion.
Pneumonie chronique syphilitique.
…N..., âgée de quarante-cinq ans, couturière, a craché, il y a un mois, un eu de sang pendant deux ou trois jours; jusqu'alors elle n’avait jamais souf- “ert de la poitrine; elle n’est pas amaigrie et ne connait aucun antécédent “uberculeux dans sa famille. La marche, l’ascension d’un escalier, lui causent “lépuis quelques mois une grande gêne et des palpitations. Elle porte sur le corps “les traces d’ecthyma et de rupia syphilitiques qui dénotent une maladie vénérienne “rès-invétérée. Nourrrissant un de ses enfants il y a treize ans, cette femme con- “entit à allaiter une petite fille qui avait les lèvres ulcérées et couvertes de plaques muqueuses. Bientôt des ulcérations apparurent autour du mamelon de la “ourrice, et un médecin qui la vit à cette époque fit un certificat pour constater infection de la nourrice par l'enfant. Elle fut alors soumise à un traitement mer- “curiel. La maladie sembla sommeiller pendant deux ans, puis elle se réveilla avec une grande intensité; alors apparurent des plaques muqueuses, des ulcérations “aux jambes, puis du rupia dont on constate encore aujourd'hui les traces indélébiles, enfin des douleurs ostéocopes. La malade se décida à prendre un nouveau träitement; la liqueur de Van Svieten et l’iodure de potassium sans apporter un grand soulagement aux douleurs, contribuèrent à cicatriser les ulcérations.
Admise à l'hôpital des Cliniques, le 1°" avril 1853, cette malade est traitée par Piodure de potassium et des antispasmodiques. Le soir, augmentation de la IdySpnée. Le 2, la malade ne peut respirer qu’en se mettant sur son séant, les sommets des poumons se dilatent et se resserrent avec force ; les battements du cœur sont plus éclatants et plus rapides. Le 3, ces symptômes sont encore plus marques ; même traitement. Le 4, il y a une oppression très-vive, la face est bleuâtre. Des Symptômes d’asphyxie, et la mort survient sur les huit heures du soir.
Autopsie. — Les poumons sont seuls le siége des lésions qui ont amené la mort ; ltrachée est remplie d’un liquide spumeux, sa muqueuse n offre ni rougeur ni ulcération. En incisant par la partie postérieure les ramifications bronchiques des lobes inférieurs, on constate qu’elles sont entourées par une masse indurée, d'une couleur gris bleuâtre, de coloration plus foncée à gauche qu à droite, ayant une certaine analogie avec le marbre vert de mer. Cette masse à remplacé le Patte Chyme pulmonaire qui sépare les divisions aériennes les unes des autres, elle ofire une vive résistance à la pression, on dirait une périostose ; le reste du USE est doux au toucher, élastique, s’affaissant sous le doigt, et sa section souple €
molle se convertit en lignes courbes et flexueuses, ainsi que dans l’état sain; il ei légèrement rougeàtre, quoique très-congestionne. Pas la moindre trace de tuber cule, ni au sommet, ni à la base, ni sur aucun point du corps. Les ganglions bron chiques sont noirs et indurés, sans tendance à la suppuration ; les filets bronchi ques des nerfs pneumo-gastriques, de chaque Côté, plongent au milieu du tiss induré, ce qui en rend la dissection presque impossible. (Vina DE Cassis, Trail des maladies vénériennes, 2° édit., 1855.) : gi
De ce fait, où la forme diffuse-de laltération syphilitique des poumons” peut être contestée, nous rapprocherons deux observations, publiées par nou dans la Gazette hebdomadaire. Ces observations destinées à nous renseigne sur la phase la plus avancée des lésions circonscrites, trouvent leur complé ment dans un fait rapporté par Cornil où ces mêmes lésions se voient dans première période de leur développement. s
Antécédents syphilitiques probables chez le pére. Arrêt de développement des organe génitaux ; conformation particulière des dents et du nez; anosmie. Douleurs ostéocopes alopécie, angine, surdité ; absence de menstruation, hémoptysies, signes d’excavatio; pulmonaire. Autopsie. Cavernes dans le poumon droit avec pneumonie au voisinage cicatrices du foie.
Ogs. XLIIL. — R... (Louise), âgée de quarante et un ans, lingère, raconte qu son père était atteint d'une mauvaise maladie , qui, d’après ce qu’elle a pu entén dre dire, était une affection syphilitique ; il était malade peu de temps avant naissance, et elle ne doute pas qu'il ne soit la cause des diverses souffrances qu'’ell a éprouvées depuis son bas âge. Sa mère fut affligée durant sept ans de douleur qui parcoururent successivement les jambes et le bras droit; plus tard elle fu atteinte du choléra, et succomba en 1852, ayant depuis un an de l'œdème aw membres inférieurs. De douze enfants qu’eurent ses parents, trois seulement On survécu, tous les autres sont morts avant l’âge de trois ou quatre ans, mais san que ‘la malade puisse donner des renseignements sur ce qui leur est arrivé. Enû qui la concerne, elle rapporte que, de huit à onze ans, elle eut des maux d’yeu et devint presque aveugle ; plus tard elle éprouva des maux de gorge, Sa vob s’altéra au point qu’elle devint presque aphone. A quatorze ans, elle est atteintt d'une surdité qui disparaît en partie, puis revient et persiste. Vers cette mêmt époque on essaye, mais en vain, de provoquer la menstruation. À dix-huit ans elle est prise d’une fièvre lente qui l’épuise peu à peu. Il paraît qu’on lui conseil: le mariage, mais elle refusa. A vingt-deux ans, douleurs intenses dans la tête chute des cheveux. De vingt-deux à trente-huit ans, elle jouit d’une santé passa: ble, souffrant souvent de l'estomac, ayant quelquefois des vertiges, des étourdis: sements, mais jamais de convulsions ou de perte de connaissance. En avril 4859 elle contracte une pleurésie, puis reprend son travail ; mais, le 22 juin, elle*es prise de douleurs dans la région du dos, et quelques jours plus tard elle a uné hémoptysie ; cette affection se répète vers la fin de l’année et au commencement de 1860. 74
Du 18 février au 15 juin 1860, santé assez bonne ; mais à ce moment survient une hémoptysie abondante ; la malade évalue à un litre environ le sang qu’elle rendit en vingt-quatre heures. En octobre, elle entre à l'hôpital de la Pitié, où Je puis l’examiner et la suivre. C’est une femme de petite taille, peu développée: Ses seins sont ceux d’une jeune fille non encore pubère ; le pénil est complétement glabre, le vagin permet difficilement l'introduction du petit doigt ; l’hymen existe à peme, Mais sans trace de déchirure. Voix rauque et nasonnée ; dents petites, bicuspidées , nez aplati vers sa base; tête presque chauve, quelques cheveux très clair-semés ; pâleur, sans amaigrissement. Une hémoptysie récente et des vomisse-
bnis de matières alimentaires et médicamenteuses (huile de foie de morue, dont re fait un grand usage) sont les raisons qui nous amènent cette malade ; elle se hint de douleurs dans l'épaule et le bras droits et d’une gène à la région de siomac. Elle à une surdité telle, que je suis obligé d'écrire mes questions pour ’elle puisse Y répondre 5 l'examen des oreilles ne fait découvrir aucune altéran.1l existe, à la percussion, à la partie supérieure et interne de la mamelle droite, ns une étendue de plusieurs centimètres, un son obscur ou mat; à ce même eau et vers Le bord axillaire, on entend un souffle doux et saccadé, assez diffént du souffle bronchique ; un peu plus bas ce souffle prend le timbre creux ; temps à autre, et principalement durant les efforts de toux ou de profonde spiration, on perçoit des râles sous-crépitants ou caverneux. En arrière, mêmes “énomènes plus profondément situés. Le poumon gauche est partout intact. Toux squente, quinteuse, avec expectoration abondante et souvent sanglante. Le Sur est sain, la rate, le foie et les reins ne paraissent pas lésés. L'intelligence ma malade est intacte, mais il est facile de reconnaître qu’elle a presque “tièérement perdu le sens de l’odorat. Cet état dure depuis dix ans, si l’on en bit son récit. Depuis cette époque, cette malade est toujours restée enchifrenée, »pétit peu prononcé; phénomène d'embarras gastrique presque continuel ; dre avec paroxysmes le soir. (Vésicatoire volant; boissons émollientes.) Cet atpersiste, l'appétit reste languissant, l’amaigrissement s'accroît; cependant la ce, quoique très-pâle, reste pleine et comme boursouflée. Les mois de novembre “de décembre se passent sans autre changement, les hémoptysies reviennent à Usieurs reprises, et la malade sort en janvier. Le 9 mars, elle me demande de la recevoir de nouveau à l'hôpital. L’amaigrisment depuis la sortie s’est accru; la toux persiste et l’expectoration est habillléèment sanguinolente. On entend, à deux ou trois travers de doigt de la cla- Cule droite, un souffle caverneux avec râles muqueux parfois très-gros et lgouillements. Le foie dépasse le rebord costal. La fièvre, modérée tout d'abord, tend plus d'intensité; quelques jours plus tard survient de la diarrhée; l'amaiissement progresse; la malade s’épuise de plus en plus, elle tombe dans le farasme et succombe Le 20 mars 1861. | Autopsie. — Léger œdème des membres inférieurs. Le cerveau et les nerfs qui Mémanent sont sains. Les organes des sens ne peuvent être examinés, le cadafênne devant pas être défiguré. Le poumon gauche est intact ou seulement démateux. À droite, au contraire, les trois lobes sont affectés; le lobe supérieur “Mencore un peu crépitant à son sommet, mais plus bas ce même lobe induré résente plusieurs excavations. Des cavités analogues se rencontrent dans le lobe loyen et à la partie supérieure du lobe inférieur. Séparées les unes des autres des cloisons souvent incomplètes, ou des brides fibreuses plus ou moins étenues, les plus vastes peuvent contenir un œuf de pigeon; elles ont des parois parditément lisses et polies; elles sont situées au milieu d’un tissu grisâtre ferme et ésistant à la pression, et qui ne s’affaisse ni ne se déchire. Nulle part on ne trouve la hoindre trace de tubercule, et d’ailleurs ces cavernes sculptées dans le tissu duré indiquent suffisamment qu'il ne s'agit pas de tuberculisation, mais bien tune pneumonie chronique. à
Le foie, plus volumineux qu’à l'état normal, déborde les fausses côtes ; Sa coloation lui donne l'aspect de la noix muscade ; de nombreuses taches jaunes, légèement irrégulières, se dessinent à sa surface sur un fond brunâtre. La capsule de lisson, épaissie au niveau du ligament suspenseur, offre avec le diaphragme pluieurs adhérences plus ou moins lâches. Sur la face convexe se remarquent des illons profonds ayant des directions variables et présentant à leur niveau un ipaississement de la capsule ; les lèvres de ces sillons sont unies par des tractus de issu conjonctif; même altération à la face concave. Des faisceaux fibreux tapisent le fond des cicatrices, les cellules hépatiques du voisinage sont granuleuses et itrophiées, la trame fibreuse du foie est épaissie. La rate et le corps thyroïde sont ugmentés de volume et un peu indurés. Les reins sont assez nOrMaux, les ovaires etVutérus ont le développement qui s’observe chez une Jeune fille de huit à dix
ans. Les ovaires, à l’état rudimentaire, ne contiennent pas de vésicules de Graa l'utérus est relativement très-petit, le pénil extrêmement glabre. La menstruatic n’a jamais eu lieu, et tout porte à croire qu'il n’y a pas eu de rapports sexuel ceux-ci étaient d’ailleurs presque impossibles à cause de l’étroitesse remarquah de la vulve et du vagin.
On pourrait contester ici la réalité de la syphilis ; mais les renseignemen qui nous ont été fournis par la malade, et cela à plusieurs reprises, la mo prématurée de la plupart de ses frères et sœurs, l'arrêt de développemen l’état particulier du système dentaire et la perte des cheveux sans cat appréciable, comme aussi les caractères des lésions constatées à l’autopsi ce sont là autant de preuves qui militent en faveur d’une maladie syph litique, et d’ailleurs comment se rendre compte autrement des nombret accidents éprouvés par cette femme depuis sa naissance jusqu’au mome de sa mort ?: La syphilis une fois admise, n’est-il pas rationnel de supposerq l’altération particulière du poumon et la lésion hépatique sont ici un éff direct de cette maladie ? |
La lenteur d'évolution de l'affection pulmonaire, sa localisation à un s@ lobe avec intégrité des sommets des deux poumons, les altérations spéciales l'iris et de l’un des testicules, l’exostose du tibia, telles sont les circonstantt diverses quinous ont conduit à admettre, dans le cas qui suit, l’existence d’ün manifestation pulmonaire d’origine syphilitique. Ajoutons que l’état anatom que des glandes lymphatiques vint confirmer ce diagnostic. :
Blennorrhagie, chancre et iritis, désordres cérébraux, dépérissement, cacheæie et mor Altération de la substance cérébrale ; pneumonie chronique et gommes pulmonaires choroïdite pigmentaire, périorchile.
Oss. XLIV. — T..., âgé de quarante-deux ans, est un homme robuste, qui pot toute maladie a eu autrefois une blennorrhagie et un chancre. IL y à quelque années, il a été pris de douleurs dans l’un des yeux; l'examen de cet œil indiqu suffisamment qu’il s’est agi d’une iritis, car la pupille déformée adhère aux partit voisines. Dans l’aine, on trouve plusieurs ganglions, petits, isolés, durs et mobiles Physionomie hébétée, regard fixe, vue faible, parole embarrassée, lente ; démarch mcertaine, difficile; la station verticale ne peut être longtemps supportée ; “le membres inférieurs sont faibles, œdématiés ; les urines ne sont pas albumineuses Le tibia droit est le siége d’une hyperostose ; la peau est lisse, pâle et fine. Tou suivie d’expectoration peu abondante ou nulle ; matité à la percussion, à deux tra vers de doigt au-dessous de l'épine de l'omoplate gauche, absence du murmuür vésiculaire, léger souffle à ce même niveau ; sonorité et respiration normale“d! l'autre côté. L’appétit est peu développé ; il ya de l'amaigrissement depuis quel que temps, les forces faiblissent de jour en jour. Absence de fièvre. (Liqueur di Van Swieten, deux cuillerées par jour.)
Au bout de quelques jours, l'embarras de la parole paraît diminuer, la faibless de la mémoire et des facultés intellectuelles est moindre, le malade raisonnee répond plus sûrement aux questions. Dix jours plus tard, diarrhée langue blan che, anorexie, léger état fébrile. Suppression de la liqueur de Van Swieten, un pilule Opium, La diarrhée cesse ; mais l’æœdème des jambes s’accroit, il gagne le: parois abdominales. Vers la fin de février, oppression plus considérable, toux plu: fréquente, expectoration de crachats striés, purulents, haleine fétide et repoussante gros râles muqueux à la partie postérieure du poumon gauche, à partir de l’épiné
» Jomoplate, souffle peu prononcé, matité à la percussion et défaut d’élasticité. existence de ces signes vers la partie moyenne et inférieure d’un poumon, quand » sommet de ce poumon et le poumon du côté opposé étaient parfaitement intacts, et *concomitance de manifestations syphilitiques évidentes, firent supposer l'existence “une affection syphilitique du poumon. Malheureusement le dépérissement du *alade, l'état avancé de cachexie dans lequel il se trouvait, rendirent impossible tute médication spécifique L’oppression, la toux, l’expectoration continuèrent : fièvre eut des paroxysmes nocturnes, le dépérissement fit des progrès, et la mort riva le 15 mars 1861.
“Autopsie. — Légère hyperostose du tibia droit, crâne normal, méninges intactes, srveau mou; on constate en quelques points, à l’examen microscopique, l’exisice de granulations brunâtres ou jaunâtres, des amas de corps granuleux sur le “ajet des vaisseaux de la substance grise. À gauche, l'iris est recouvert d’un “sudat blanchâtre, il adhère au cristallin, la pupille est déformée, choroïdite “sudative et pigmentaire, quelques granulations sur le trajet des vaisseaux “tiniens.
“Adhérences entre le poumon droit et la paroi thoracique; œædème à la base de sborgane, sain d’ailleurs. Le lobe inférieur du poumon gauche adhère intime- “ent, à l’aide de fausses membranes épaisses, au thorax et au diaphragme ; il “iste deux petites tumeurs ramollies au niveau de l’adhérence diaphragmatique. ICisé dans toute son étendue, ce lobe, d’une dureté remarquable, présente trois “andes excavations anfractueuses remplies d’une matière blanche d’apparence iSéeuse ; creusées dans le parenchyme du poumon, ces excavations sont tapissées lune couche de substance pultacée qui ne diffère pas du contenu caséeux. Le tissu Apoumon est très-fortement induré au voisinage de ces excavations, à la coupe il re une surface lisse, grisàtre, marbrée, résistante comme le caoutchouc et possible à pénétrer avec le doigt ; les bronches qui aboutissent à ces cavités ont ur muqueuse épaissie, ridée, rouge, violacée et granuleuse. Le lobe supérieur est pas altéré, il est seulement œdémateux, il n'offre pas trace de tubernles; quelques-uns des ganglions bronchiques sont indurés, noirâtres, lisses là coupe. Le foie n’est pas altéré; les reins laissent apercevoir à leur surface quel- Mes sillons cicatriciels, ils sont d’ailleurs sains. Adhérence des deux feuillets de la nique vaginale; épaississement par plaques de la tunique albuginée; substance Sticulaire jaunâtre et atrophiée. Rate et corps thyroïde augmentés de volume. Melques-uns des ganglions prévertébraux, plus volumineux et plus mous, offrent Ma coupe une coloration rosée ou jaunûtre.
La syphilis nous paraît toujours en cause dans le fait suivant. Un homme 26 de cinquante ans, autrefois atteint d’un chancre syphilitique et d'une émiplégie qui, sous l'influence d'un traitement spécifique, disparut comlétement, se présente à notre examen dans le mois de novembre 1872. Il vait alors une double orchite syphilitique, le foie volumineux, de la submaté dans le tiers moyen du poumon gauche avec diminution du murmure ésiculaire en ce point. Le poumon droit était absolument intact, l’expecoration fort peu abondante, de sorte que j'avais été conduit à diagnostiquer ile affection syphilitique. Ge malade, malgré un traitement ioduré, mourut läns le marasme au commencement de mars; malheureusement l’autopsie 16 put être faite.
En regard des observations qui précèdent, on peul placer un certain nomre de faits, destinés à montrer les avantages que l’on peut obtenir d’un traitenent approprié dans des circonstances en apparence très-graves, où la syphilis \ pu être suspectée.
Swediaur (Mal. syph., p.169) raconte que P. Frank a radicalement guéri, par
un traitement mercuriel, une phthisie accompagnée d'un crachement de san d’une expectoration purulente et de Pémaciation la plus complète, C’estwr. semblablement cette observation que rapporte J. Frank dans une note dé Traité de Pathologie interne (t. IV, p. 267). de trouve, nous dit-il, dan notes de mon père, la relation suivante : «Ann. 1785, virum placentinu curavi, qui herpete venereo ad perinæum laborans, simul ad pectus dextrur de dolore conquerebatur, et post prægressa jam sputa sanguinis, cum febri lentaet emaciatione, sputabat exigua sputa purulenta cum punctis sangt neis sæpe remixta. Credidi eamdem herpeticam materiem pulmones exede in parva licet superficie ; neque huic causæ est multum puris fundere, sed superficie potius divagari amat. Curam mercurialem adhibui, et sputa. dolores pectoris plurimum diminuebantur, febris lenta disparuit SUCCESSIVE vires et naturalis forma emaciato corpori satis bene iterum restituebantur, Parmi les faits que renferme la thèse de Lagneau (1), il en est deux dontsl symptômes, assez semblables à ceux de la pneumonie chronique, ont par favorablement influencés par un traitement spécifique. Leudet a rapporté lol servation d’un homme de 35 ans qui présentait un amaigrissement réel, de. toux, de la dyspnée au moindre exercice, une expectoration spumeusespt abondante, et chez lequel il constata de la matité au sommet gauche dé poitrine avec Inspiration rude, expiration prolongée, et bronchophonie sa râles. Soumis à l’usage de l’iodure de potassium, des pilules mercurielles et d bains sulfureux, ce malade, qui avait en même temps un testicule syphilitiqu guérit en quelques mois; la voix légèrement altérée reprit son timbre norma la dyspnée et la toux disparurent, il y éut un retour complet de la respiratio au sommet gauche du poumon, Les eaux de Bagnères-de-Luchon achevèr le traitement; là le malade reprit son embonpoint et ses forces. Le fait suiva m'a été raconté par le professeur Gubler, « Un homme robuste, depuis longtem} inquiété d’une maladie de poitrine qu'il ne pouvait guérir, partit pour Londré dans le but de s’y faire traiter par un médicastre anglais. Ayant épuisé 8e ressources, il revint plus malade qu'il n’était parti. Il entra à Beaujon dan mon service, et je constatai l'existence de gros râles et d’une sorte de gargOul lement vers les sommets des poumons. Pensant à des excavations tuberculet ses, je portai un pronostic grave; les choses en étaient là, quand j'aperçus un exostose siégeant sur la crête du tibia et qui, d’après le malade, était de mêm date que l’affection pulmonaire. Je saisis cette indication avec empressement j'administrai alternativement la liqueur de Van Swieten et l’iodure de potas sium, et je fus assez heureux pour voir disparaître tous les accidents avec un rapidité vraiment surprenante. Bientôt après le malade reprit son embonpoint® Gintrac, Dujardin-Beaumetz et Landrieux ont aussi rapporté des faits di syphilis pulmonaire que l’on trouvera consignés dans la thèse de ce dernier
A ces faits il me serait facile d'ajouter plusieurs observations personnelles maus Je me contenterai de rapporter les deux cas suivants : ‘
(1) Thèse cit., observ. XXXIX et XLIV. L'une de ces observations, d’abord insérée dans L Journal de médecine de 1826, t. XCV, se trouve rapportée dans les Annales de la médecin physiologique de Broussais,t. VII, p. 576, sous le titre de Pneumonie chronique réputée vêné rtenne ; l'autre est empruntée au travail de W. Munk, London med. Gaz., 1849.
* Os. XLV. — La nommée Q..., âgée de vingt-quatre ans, femme grande et forte ït atteinte, il y a deux ans, d’une angine quine dura pas moins de deux mois : le a eu autrefois deux enfants qui ont succombé à la suite de convulsions peu de Smps après leur naissance. Aujourd’hui on constate une destruction partielle du ile du palais, des dépressions cicatricielles à la racine des cheveux, une cicatrice Hongée et blanchâtre au niveau de l'articulation sterno-claviculaire droite. repuis deux mois, cette malade éprouve de l’essoufflement, des douleurs dans les tés; elle a de la dyspnée, une toux rauque qui s'accompagne d’une expecto- . tion constituée par un liquide clair contenant des grumeaux jaunâtres. La per- “ussion donne une obscurité du son très-manifeste au niveau de la fosse suspineuse, el l'auscultation permet de reconnaitre la diminution du murmure siculaire en ce point. On entend d’ailleurs, dans le reste de l'étendue des pouons, un sifflement laryngo-trachéal qui voile le murmure vésiculaire. (Liqueur éVan Swieten, deux cuillerées par jour.)
“Sous l'influence de cette médication continuée pendant plus d’un mois, la toux iminue, l’expectoration et la matité disparaissent, et la respiration semble revenir “l'état normal. Cette malade quitte l'hôpital, le 16 juin, dans un état de guérison fresque complète. À part l’altération du poumon, que révélaient ici la matité et la Aodification de la respiration, il y a lieu de se demander, vu l'existence du siffleent trachéal, si la trachée ou l’une des bronches n'était pas altérée.
“Ors. XLVI. — Dans le courant du mois d'avril de l’année 1861, je fus appelé à aminer un homme robuste et bien constitué qui n'avait dans sa famille aucun ntécédent tuberculeux. Cet homme accusait, comme affections antérieures, un ancre, des maux de gorge et une éruption très-peu abondante. À part ces accCi- ‘énts, il avait toujours joui d’une bonne santé jusqu'au mois de janvier dernier, poque à laquelle étaient survenus de la toux, de la gêne de la respiration, la Mminution de ses forces, et de l’amaigrissement. Après avoir eu plusieurs hémo- Hysies, il expectore aujourd'hui des crachats jaunâtres, épais et abondants. Sonoité moindre à droite, au-dessous et au niveau de l'épine de l’omoplate, normale Meauche. Dans une grande étendue du lobe supérieur du poumon droit, s’entenlent un souffle un peu creux et des râles, phénomènes qui me portent à diagnosiquer l'existence d'une caverne. À gauche, la respiration est rude et exagérée, ans bruits anormaux appréciables. Ce malade est amaigri; son teint est jaunûtre, erreux ; ses forces déclinent chaque jour; il a de l'essoufflement et de la dyspnée, en mème temps il présente à l'extrémité inférieure de l’humérus gauche une iperostose qui a presque le volume des poings d’un adulte, tellement que la léxion de l'avant-bras sur le bras ne peut s'effectuer que d'une façon incom- Mète, quoique les surfaces articulaires soient restéés intactes. Cette dernière affecion, sur l’origine de laquelle je ne pouvais conserver le moindre doute, me porta prescrire le sirop d’iodure de fer. Le malade partit pour la campagne, et plus ard, lorsque sa santé fut un peu améliorée, je lui fis prendre de l'iodure de potas- Sum. Au bout d’un an l'extrémité inférieure de l'humérus avait repris son volume normal, les mouvements de l’avant-bras sur le bras étaient libres; du côté de la poitrine je constatai une amélioration notable, il existait seulement une faiblesse 'éspiratoire et quelques râles à droite, sans souffle appréciable. La toux était moins fréquente, l'expectoration presque entièrement tarie. Quelque temps aprés, J appris que ce malade venait d’être atteint d’une hémiplégie. Traitée par les moyens ordinaires, cette affection s’améliora un peu ; plus tard survint une nouvelle atta- Que qui emporta rapidement le malade.
. Bien qu’ils manquent de contrôle anatomique, ces derniers faits, quelle que soit la valeur qu'on veuille bien leur accorder, serviront au moins à fixer Vattention des observateurs sur les affections syphilitiques des organes de la respiration. N’auraient-ils d'autre avantage, que nous croirions qu'ils ne sont
pas sans utilité, car il importe de savoir que les lésions chroniques des pour mons dépendent souvent d’un vice constitutionnel. |