ARTICLE VIIT. — APPAREIL DE L'INNERVATION
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Les affections syphilitiques du système nerveux n'étaient pas entièrement gnorées des premiers syphiligraphes (Ulrich de Hutten, Paracelse, etc.), püisque dès le xvi° siècle on trouve des observations touchant ces manifestations. Nicolas Massa (1) rapporte un fait de manie syvphilitique qui paraît lié surtout W'intensité des douleurs ostéocopes. « Un jeune homme de vingt-cinq ans se ivre à un coit impur ; il contracte des ulcères profonds qui s’accompagnent le pustules disséminées sur tout le corps. Chaque soir, au coucher du soleil, éprouve des douleurs de tête très-intenses dont la malignité, en atteignant es ventricules du cerveau, lui cause des accès de manie aiguë. Ce jeune ïomme guérit complétement par l'emploi de quelques minoratifs, des pilules mdiennes, etc. » Thierry de Héry établit, dès 1634, que la syphilis peut trainer 1sa suite des accidents nerveux ; il cite le spasme et raconte qu'il a traité un iomme affecté d’épilepsie et de syphilis par les remèdes propres à cette dermère, et cet homme fut délivré de deux maladies (2).
L'ouvrage célèbre d’Astruc renferme des passages nombreux relatifs aux accidents syphilitiques de lappareil cérébro-spinal. Presque tous les désordres encéphaliques y sont signalés : la migraine, le vertige, les convulsions,
(4) N. Massa, De morbo Gallico liber, cap. vir, Aphrodisiacus, p. 56. (2) Thierry de Hery, La Méth. curat., etc., p. 15. LANCEREAUX. — Syphilis, 2° édit. 22
l'épilepsie, la paralysie, la sciatique, l’insomnie, etc; malheureusement Astruc borne là ses assertions par trop vagues, sans se préoccuper davantage | des caractères propres à chacune de ces manifestations. |
On lit dans Van Swieten (1) : « Sæpe observantur cerebri læsiones in lue venerea inveterata, a levissima vertigine ad lethalen apoplexiam usque : pessimam epilepsiam, cæcitatem, surditatem, etc. vidi in Jue venerea inveteratæ quæ tune media ossa occupare solet, præcipue In cranio. » Les désordres Cérébraux syphilitiques sont, pour cet auteur, indirects ou consécutifs plutôt que primitifs. Benj. Bell (2) donne de l’épilepsie et de la manie syphilitiques des observations pleines d'intérêt. Cirillo (3) pense que l'épilepsie peut être syphilitique, il cite un fait à l'appui de cette manière de voir. d. Frank, Maisonneuve, Lagneau, Lallemand, Baumès, s'accordent à signaler l’existence de troubles cérébraux engendrés par la syphilis, et particulièrement lépilepsie: Ricord, Cullerier, Vidal, ont vu et rapporté des faits du même genre avec autopsie. Rayer, Schutzenberger, Yvaren et plusieurs autres auteurs ont laissé des observations intéressantes sur ce même sujet. La plupart de ces faits se trouvent consignés dans les traités de G. Lagneau, de Gros et Lance reaux. Virchow, Wilks, Meyer, Tüngel, Ladreit de la Charrière, Zambaco et l’auteur de ce livre ont ajouté de nouvelles observations à l’histoire de syphilis du système nerveux, qui chaque jour prend un développement plus considérable. C'est à l'aide de ces matériaux que nous nous proposons, d'étudier successivement les affections des enveloppes, des centres et des” cordons nerveux.
$ 4. — Méningite syphilitique.
Étude anatomique. — La dure-mère est de toutes les enveloppes cérébrales celle qui subit les atteintes les plus fréquentes de la syphilis. Les altérations qu'on y rencontre sont les unes diffuses et analogues à la pachyméningité chronique, les autres circonscrites et semblables aux tumeurs gommeuses: Dans certains cas, ces deux formes coexistent, et pour peu que les méninges molles, la substance encéphalique même, sinon les os du crâne, prennent part au processus syphilitique, on trouve la dure-mère soudée et réunie aux enveloppes sous-jacentes à l’aide d’une substance jaunâtre qui pénètre jus= que dans la substance nerveuse.
La pachyméningite syphilitique diffuse est externe ou interne suivant que l’un ou l’autre des deux feuillets de la dure-mère est plus particulièrement affecté. La pachyméningite externe (endocranite) est le plus souvent accom= pagnée de lésions osseuses (épaississement ou atrophie, exostoses, périoss toses, etc.). L'importance de cette altération dépend de son étendue et de son siége: on conçoit que des altérations même légères, situées sur le trajét des nerfs cérébraux, parviennent à troubler leurs fonctions; au contraire, des exostoses et des tumeurs gommeuses de la voûte crânienne ne détermi=
(4) Commentaria in H. Boerhaavii Aphorismos, Paris, 1773,;t. V, p 6711 (2) Traité de la gonorrhée virulente et de la maladie vénérienne, t. II, Paris, 1802. (3) Traité complet des maladies vénériennes, trad. franc. de Auber, Paris, 4803.
NOSOGRAPHIE. 3 nent quelquefois aucun désordre notable. La pachyméningite interne coïncide plutôt avec des altérations de la pie-mère et du cerveau. Rhodius (1) donne
4 er ? =. 4. 4 4 \ Q 4 Phistoire d'un paysan attaqué de la vérole dans la dure-mère duquel il découvrit trois concrétions solides blanches. Dans un cas observé par Bayle et Kergaradec (2), il existait sous la dure-mère adhérente aux os du crâne quatre tumeurs dures ayant chacune le volume d’une noix ; la pie-mère et larachnoïde étaient épaissies, indurées et injectées, la substance cérébrale était altérée sur plusieurs points. Rayer a rapporté l’observation suivante :
Un homme de quarante ans, affecté d’ulcères siégeant au voile du palais et d’un ozène syphilitique, éprouve des douleurs ostéocopes dans la tête et les extrémités, des vertiges, de la faiblesse dans les membres et de la surdité à droite. Plus tard il est pris de violentes convulsions épileptiformes, qui sont suivies du coma et de la mort. Les membranes d'enveloppe de l'hémisphère droit sont lardacées, adhérentes entre elles et avec le cerveau, principalement vers la base. Dans la fosse du rocher, ä droite, existe une tumeur du volume d’un œuf de pigeon, adhérant fortement à los, lardacée, évidemment formée de lymphe plastique et en tout analogue à une gomme ; le cerveau est ramolli dans tous les points où existent des adhérences ; pas de caillots apoplectiques ; la partie osseuse sur laquelle repose la tumeur est dénudée et rugueuse.
“Lallemand (3) cite un cas de Sanson dans lequel le crâne est épaissi; la dure-mère, friable au niveau de l'extrémité antérieure de l'hémisphère gauche du cerveau, est le siége d’une tumeur squirrheuse, trilobée, du volume d’une petite noix, d’un blanc grisâtre, un peu jaunâtre, qui par sa face interne se contimue avec la substance blanche du cerveau. |
Les tumeurs syphilitiques de la dure-mère ont leur siége dans l'épaisseur de
“elte membrane, et font saillie sur lune ou l’autre de ses faces ; elles sont irondies ou aplaties, constituées à leur périphérie par un tissu gristre ferme, résistant, à leur centre par un noyau jaunâtre plus ou moins ramolli. Situées Vordinaire à la convexité des hémisphères, à la partie antérieure de la base du cerveau, dans le voisinage de la troisième circonvolution antérieure “bau niveau de la fosse basilaire (4), elles sont constituées par une trame fbreuse au sein de laquelle sont contenus, dans des espacès losangiques, des noyaux libres très-réfringents et granuleux, avec nucléole excentrique brillant, et des cellules arrondies ou ovoïdes renfermant un ou plusieurs noyaux semblables. Au centre de la tumeur, la trame disparaît en partie et les alvéoles Paraissent formés par l’agencement de cellules fusiformes, si elles ne sont enièrement effacées. C’est en ce point que commence à se produire la dégénérescence granulo-graisseuse à laquelle les productions syphilitiques sont Dour ainsi dire fatalement vouées.
Ces tumeurs assez généralement accompagnées d’une inflammation des parlies voisines présentent des adhérences plus ou moins intimes avec l’arach-
(1) Centur. 1, obs. xxxur. Citation de W. James. Dictionnaire universel de médecine, t. IV,
ps 978, traduction française de Diderot, etc. Paris, 1847. —- Bonet cite aussi le cas de Rhodius, et de plus un cas de Molinetti, et un autre de Marchetti (Sepulchreltum, 1679, p. 1669),
(2) Nouvelle Bibl. méd., février 1823. — L. Gros et Lancereaux, Joesioit,5:p:.252: (3) Recherches anatom. patholog. sur l’encéphale, lettre VIT, no (4) Lancereaux et Lackerbauer, Aflas d'anatomie pathologique, pl. 41, fig. I, obs. CCXLIV.
3h0 LA SYPHILIS.
noïde et la pie-mère. Dans quelques cas, ces adhérences sont si considérables, et le dépôt syphilitique est si intimement lié à la pie-mère, qu il devient difficile de savoir à quelle membrane il appartient plus spécialement. La substance cérébrale, elle-même, est souvent affectée, elle renferme quelquefois des tumeurs gommeuses, fréquemment elle est le siége d’une encéphalite partielle ou d’un ramollissement ischémique résultant d’une oblitération artérielle: Virchow a noté, dans un cas de ce genre, l’'obturation de la carotide céré= brale (1), avec ramollissement cérébral. J'ai moi-même, depuis longtemps, insisté sur l’oblitération artérielle consécutive à la syphilis. Meyer a rapporté plusieurs cas d’obstruction des artères cérébrales avec lésions des méninges; quelques-uns de ces cas sont fort contestables, mais pourtant celui qui suit
laisse peu à désirer :
G. H... éprouva d’abord plusieurs accès épileptiformes, plus tard une céphal: algie persistante et des vertiges, puis une hémiplégie gauche incomplète avec embarras de la parole; en dernier lieu : délire et coma, tremblement, soubresauts des membres et la mort. La surface extérieure de la dure-mère, au niveau du lobe antérieur gauche, est épaissie, âpre, rugueuse, injectée ; la table interne adhère au cerveau dans une étendue d'environ trois pouces carrés, par l'intermés diaire d'un dépôt de tissu fibroïde dans lequel se trouvent trois masses fibrineuses; denses, opaques et blanchâtres; ces masses, qui ont le volume d’une noisette, pénètrent en partie dans le cerveau, dont la substance grise n’est plus reconnaiss sable; dans le corps strié gauche existe un kyste du volume d’une noisette, Ia moitié antérieure du corps strié droit est congestionnée et ramollie; thrombose ancienne de la carotide interne gauche; cicatrices et gommes du foie ; dentelures de l’épiglotte (2).
toth (3) a publié un cas qui, au point de vue de l’altération de la dure-mère, ne manque pas d’analogie avec le précédent.
Un homme de cinquante-deux ans avait eu un chancre de la verge, sans autre symptôme syphililique. Six semaines avant son entrée à l'hôpital, ce malade présen* tait une tumeur semi-dure du crâne et se plaignait, la nuit surtout, de douleurs de tête (onctions mercurielles); trois jours après son entrée, il fut pris de convulsions épileptiformes ; le surlendemain, fièvre ardente, pneumonie du poumon gauche suivie de mort. Une cicatrice étoilée et étendue existe à la partie supérieure de là poitrine. À la surface du crâne, cicatrices multiples et anfractuosités dues à des tumeurs assez petites, d’un blanc jaunâtre et fibreuses ; au niveau de l'extrémité antérieure du lobe gauche du cerveau, une tumeur lisse, circonscrite, traverse la dure-mère et 12 soude aux parties voisines. Pneumonie et pleurésie à gauche ; Je foie est volumineux, son bord antérieur est tuméfié, et vers la partie moyenne du lobe droit on constate deux cicatrices superficielles; plus profondément existent trois tumeurs dures arrondies, juxtaposées ; rate tuméfiée. Les tumeurs de la dures
(2) Virchow, Archiv f. pathol. Anat. und Physiol, t. 1, p. 325, 1847. — Bristowe, Trans: path. Soc., 1859, t. X, p. 21, a aussi constaté, dans un cas semblable, l’oblitération de la carotide. Gildemeester et Hoyack (Neder!. Weckbl. v. Geneesk, 1854, janv. n° 4), ont observé l'obstruction de l'artère sylvienne par une cause analogue. — Boning, Deutsche Klinik, 1861, n°43, et Passavant, Virchow’s Archiv, t. XXV, p. 171, ont vu l’un l'artère carotide interne et l'artère de Sylvius, l’autre le tronc basilaire également altérés. Dans un cas observé par de Gracfe, Archiv für Ophthalmol,, 4860, t. VIL, p. 34, plusieurs vaisseaux de la base étaient oblitérés par suite de la compression produite par une tumeur volumineuse,
(2) Allgem. Zeitschrift für Psychiatrie, XNII, p. 287, et Schmidt's Jahrb,, t, CXIV, p. 312,.1862,
(3) Roth, Bayerisches aerztliches Intelligentzblatt, 1859, n° 37,
Ë ] é a câtr A , mère et du foie sont d’un rouge grisâtre, elles sont dues à une hypertrophie du tissu cellulaire avec formation de noyaux multiples : on y constate plusieurs foyers en voie de dégénérescence graisseuse, sorte de momification des cellules ct des noyaux déjà formés.
Aux faits d’altération syphilitique de la dure-mère, dont il vient d’être ques-
tion, on peut ajouter une observation de tumeur gommeuse de la faux du cerveau rapportée par Wagner, et plusieurs autres que nous devons nous contenter d'indiquer (1). En résumé, l'existence des lésions syphilitiques de la dure-mère ne peut être mise en doute. Tantôt ces lésions sont constituées par l'épaississement de la membrane, qu'infiltre un néoplasme plus ou moins abondant ; tantôt elles sont dues à des productions jaunâtres, caséeuses, étalées ou circonscrites sous forme de tumeurs ayant le volume d’un grain de chènevis, d’une noisette ou d’une noix, fermes, peu vasculaires, el suscepibles de se ramollir par le fait de la métamorphose régressive que subissent leurs éléments constitutifs.
» Les méninges molles, qui souvent participent à l’altération syphilitique de la dure-mère, sont quelquefois aussi isolément affectées. Gildemeester et Hoyack Ont rapporté un cas d’altération syphilitique de ces membranes. Griesinger (2) en à vu un autre, et Ziemssen (3) s'attache à montrer l’étranglement et l'atrophie des nerfs faisant suite à l’épaississement de la pie-mère. Peut-être le cas de Blachez et Luys (4), où de nombreux noyaux plasmatiques sont signalés Sur le trajet des petits vaisseaux qui de larachnoïde pénètrent dans l’encéphale, pourrait-il être rapproché des faits précédents ; mais il faut avouer que là nature de l’altération y est douteuse. Dans un cas qui n'est personnel, la Die-mère est le siége, immédiatement au-dessous de la protubérance, d’une tumeur du volume d’un noyau de cerise, ferme, sèche, peu vasculaire, gri- Sâtre à sa circonférence, jaunâtre à son centre (3). Enfin, une observation de Westphal, qui sera rapportée plus loin, fait mention d'une altération syphilitique de l’arachnoïde.
Ces différents faîts montrent que les altérations syphilitiques des méninges Peuvent être rapprochées de celles des parenchymes, puisqu'elles revêtent des formes anatomiques semblables. Ces membranes ne font done pas exception à la loi générale qui semble régir, quel qu'en soit le siège, les modalités anatomiques de la syphilis constitutionnelle. La pachyméningite alcoolique Où traumatique et la méningite tuberculeuse sont les lésions dont les caractères anatomiques ressemblent le plus à ceux de la méningite syphilitique diffuse: la fausse membrane qui caractérise la première de ces lésions, libre en général de toute adhérence avec l'arachnoïde viscérale, se distingue
(1) Consultez: Pruner, Krankheiten des Orients, Erlangen, 1847, p. 1494. — Nunn, Transact. of the path. Soc. of London, t. XI, p. 2. — Dickinson, JON AT ENTIER Murchison, Jbid., 251. — Calmeil, Traité des malad. inflamm. du cerveau, t. IT, p. 260. Paris, 1859.
(2) Gricsinger, Archiv für Heïlkunde, p. 73, 1860.
(3) Ziemssen, Archiv /. path. Anat. und Physiol., t. XI, p. 2135. —— Comparez Tungel, loc. cit., p. 413 ; Leudet, loc. cit.; Zambaco, loc. cit, p. 316. — Virchow, Traité des lum., 445, Paris, 1849. j , | . (4) Blachez et Luys, Gaz. hebd. de méd. et de chirurgie, p. 198, Paris, 1861.
(5) Lancereaux et Lackerbauer, Atlas d'anatomie pathologique, p. 397.
nettement de l’épaississement lardacé syphilitique ; les granulations petites, arrondies, blanchâtres et tout à fait spéciales de la dernière rendent difficile 7 y 5 sed à pe
une erreur que l’on peut déjà éviter en tenant compte du siége respectif dés deux lésions. hs à “4
Les gommes des méninges se distinguent des tumeurs endothéliales par la forme de leurs éléments constitutifs et l'absence de grains calcaires ; elles se différencient des sarcomes (1) et des fibromes par leur faible vascularisation et leur grande tendance à la dégénérescence graisseuse.
É'tude symptomatique. — Les troubles fonctionnels liés aux dépôts syphilitiques de la dure-mère et des méninges molles varient avec le siége, l'étendue de ces lésions et le degré de compression qu’elles déterminent. Dans les cas d'affections de la dure-mère cérébrale, les symptômes observés consistent en une céphalée plus ou moins violente, qui souvent s'accompagne de ver:
à ja 2 , 4 ’ . . s | 1° # 12
tiges, d’étourdissements, d'accès épileptiformes, rarement d’une paralysie sous forme hémiplégique, à moins d’une obturation artérielle concomitante: Lorsque la dure-mère cérébelleuse se trouve lésée, à ces symptômes s’ajoutent des nausées, des vomissements et même des désordres du côté de la vision (photophobie). À l'appui de ce que nous avançons, viennent les deux faits suivantes :
Céphalalqie. Vertiges. Accès convulsifs et albuminurie ; érysipéle et mort. Autopsie, Dépôts gommeux de la dure-mére cérébrale adhérents aux membranes sous-jacentes, tumeurs gommeuses de l'épiglotte. :
Une fille âgée de quarante ans, domestique, accusait des maux de tête et des vertiges, lorsque le 20 mars elle fut prise de convulsions épileptiques. |
Le 14 avril, elle eut deux nouvelles attaques, la dernière plus faible dans la= quelle, malgré la perte de la parole, la connaissance est restée intacte, A partir de ce moment, fatigue, céphalalgie fréquente, bouffissure du visage. Le 18 avril, su vient un nouvel accès, occasionné par la vue d’une malade qui est prise de convuls sions ; cet accès reparaît Les 19 et 29 juillet, puisle 4 août, Le 3 etle 10 septembre, perte de connaissance sans convulsions. Diurétiques, et disparition de l’œdème. En octobre, le caractère de la malade devient mélancolique ; accès d’oppression, bourdonnements d'oreilles, pesanteur de tête, pleurs. En février 1861, œdème assez considérable ; poids spécifique de l'urine augmenté ; ce liquide contient des cylindres fibrineux, minces, de nombreux corpuscules de sang et beaucoup d’albumine: L'emploi de la coloquinte et de la Somme-gutte reste sans succès. L'hydropisié augmente, il survient même de l’ascite. Pas d'accès convulsifs jusqu’au 3 avril. A la suite d’un accès survenu ce jour même, pesanteur de tête, sopor, déjections involontaires, fréquence et petitesse du pouls, érysipèle de la jambe gauche ayant pour point de départ une excoriation de l'épiderme, Le 5, deux altaques épilep-= tiques ; la mort survient le lendemain, On apprit que cette malade avait appartenu à la classe des prostituées, et qu’elle avait été autrefois à l'hôpital pour un ulcère primitif de la commissure postérieure, et en 1857 pour des accidents secondaires. +
Autopsie. — La dure-mère est solidement un
ir'e- ie à la boite crânienne du côté gauche. On constate l'existence d’une couche exs
udative ferme et d’une coloration
(1) C'est vraisemblablement d'une tumeur sarcom qu'il s’agit dans un cas pathologique que Baudot a méd., p. 115, janvier 1859.)
ateuse et non d’une production gomnieuse cru devoir attribuer à la syphilis. (Union
d'un blanc jaunûtre, située entre l'os et cette membrane à laquelle elle reste adhérente. La surface interne du crâne est spongieuse et dépolie ; l'os frontal est épaissi et anfractueux à gauche. Sur la face externe du pariétal droit, dépression de la largeur d’une pièce de cinq francs, mal limitée, avec ostéophytes sur ses bords. La dure-mère, à ce niveau, adhère à la pie-mère, soit par un tissu cellulaire àpetites aréoles, soit par une exsudation calleuse, ou encore par des masses solides, élastiques, sèches et jaunes, s’enfonçant entre les circonvolutions dont elles sont en partie inséparables. La substance médullaire qui correspond à ces masses est injectée et incomplétement ramollie. La substance nerveuse est partout ailleurs Saine. Absence de cicatrice au pharynx et au voile du palais. Tuméfaction ferme, transparente, à la face externe de l’épiglotte. A la partie moyenne de-cet opercule, saillie rouge sale, et, à la coupe, dépôt d’une ligne d'épaisseur, solide et jaunâtre. Le ligament ary-épiglottique est un peu œdématié, le larynx est sain. Il existe dans les plèvres une grande quantité de liquide comprimant les lobes inférieurs des poumons. Le cœur est petit, sa surface est pointillée de rouge. Sérosité rougeâtre dans la cavité péritonéale, adhérences du foie au diaphragme à l’aide de bandes de tissu fibreux. A la surface de cet organe, nombreuses dépressions dues à un tissu calleux qui s'étend de la séreuse dans la profondeur de la substance hépatique. Les reins sont un peu hypertrophiés, la substance corticale est tuméfiée et d’un rouge jaunâtre ; à la coupe, cette substance est injectée et molle, Adhérences des organes génitaux entre eux; trompes distendues par un liquide aqueux, orifice utérin du diamètre d’une tête d’épingle au plus. (Tüngel).
Céphalalgie intense, nausées et vomissements, pneumonie el mort. Tumeurs gommeuses et adhérences des méninges cérébelleuses.
* Un négociant âgé de trente-cinq ans esttraité depuis plusieurs années pour des récidives fréquentes de syphilis secondaire à forme légere. Se croyant rétabli, il se marie et il a un enfant bien portant. En mars 1859, il est pris de céphalalgie, de nausées et de vomissements, symptômes d’abord intermittents, plus tard continus. La céphalalgie, tolérable dans le repos, augmente considérablement par le mouvement. Photophobie, exaltation de l’ouïe, tressaillement au moindre bruit. Les vomissements paraissent surtout au moment du lever du malade et sont prin: Cipalement composés d'aliments. Le pouls est lent, l'intelligence est conservée ; douleurs à la palpation du crâne, absence de convulsions et de paralysie. Au commencement d'avril, on essaye d'arrêter le mal à l'aide de l'iodure de potas- Sum ; mais, le 15 avril, le malade meurt de pneumonie. » Autopsie. — Cerveau ferme et turgescent, ventricules latéraux distendus par un liquide transparent, épendyme épaissi. Le cervelet adhère au côté droit de la base du crâne, et, à ce même niveau, la dure-mère et la pie-mère sont réunies par Une exsudation solide, transparente, ayant à son centre un noyau dur et jaunâtre. Le nerf trochléaire traverse l’exsudat, mais sa structure, pas plus que celle des autres nerfs, n’est altérée. L’artère basilaire, un peu tiraillée à droite, n’est le Siéce d'aucune lésion. Adhérences pleurales à droite avec hépatisation rouge ; à gauches engouement pulmonaire. Taches laiteuses à la surface du cœur. Le lobe gauche du foie est atrophié et ratatiné ; il existe à sa surface plusieurs dépressions infundibuliformes. Sur les faces supérieure et inférieure du lobe droit se renconirent des dépôts gommeux, jaunes et irréguliers qui, s’enfoncent dans la substance hépatique. La rate est molle, les reins sont simplement injectés. La muqueuse Stomacale est d’un gris verdâtre, épaissie et un peu ramollie. Cicatrice peu nette Sur le gland, sans engorgement ganglionnaire dans le voisinage, (Tüngel.)
Rapporter ici un plus grand nombre d'observations serait fastidieux. De l'analyse des faits connus il résulte que la méningite syphilitique a pour Symptômes habituels une céphalée le plus souvent continue; persistante,
34h LA SYPHILIS.
localisée en un point de la boîte cränienne, accompagnée de vertiges et d'étour. dissements ; puis, des accès convulsifs analogues aux attaques d'épilepsie, et déjà signalés depuis longtemps (1).
Cette affection présente en outre des signes particuliers subordonnés à son siége anatomique : c’est, pour certaines portions du cerveau, une aphasie passa: gère (2); pour le cervelet, le vomissement, l'ivresse, la photophobie ou le strabisme, surtout quand la substance cérébelleuse participe à l’altération, La contracture et la paralysie sont des symptômes beaucoup plus rares ; celle-i se montre presque toujours sous forme hémiplégique, et reconnaît pour cause un ramollissement ischémique. Plus fréquemment on constate un léger affaiblissement des facultés intellectuelles, des pertes subites de connaissance avec ou sans attaques convulsives {épilepsie syphilitique) (3). Ces attaques sont-elles toujours l'effet d’une lésion matérielle? Aujourd’hui, je n'hésite pas à répondre par l’affirmative, car aucun fait ne prouve avec certitude Île contraire. Dans les cas mêmes qu’on a pu regarder comme des épilepsies réflexes, 11 y avait tout au moins une lésion des os du crâne qui par sa pré= sence modifiait, à n’en pas douter, les fonctions cérébrales. L'épilepsie spécifique, de même que les convulsions éclamptiques de l'urémie, offre certains phénomènes, tels que succession rapide des accès, avec coma dans leurs intervalles, perte incomplète de connaissance et quelquefois hémiplégie consécutive, propres à la distinguer de l’épilepsie vraie et à mettre sur la voie du diagnostic. D'ailleurs, certains attributs particuliers, comme l'aura, le cri épileptique, l’écume à la bouche, ete., peuvent faire défaut. Parfois un petit nombre de muscles ou quelques groupes seulement entrent en convulsion, et ces muscles occupent d'ordinaire une moitié du tronc: puis des groupes différents de muscles peuvent être successivement atteints. L’épilepsie syphi= litique, du reste, se développe habituellement sans cause appréciable, à un âge avancé de la vie, ainsi que le fait remarquer Vidus Vidius et que l’ont noté depuis la plupart des observateurs. Sur 13 observations rassemblées par mon ami le docteur Gros et par moi, dix fois cet accident survint vers l’âge de 30 ans, trois fois entre 15 et16 ans, mais il s'agit d'individus dont l’un était syphilitique dès l’âge de 7 ans et les deux autres depuis l’âge de 14 ans. Sur LS cas réunis par Jaksch, 31 individus avaient de 30 à 40 ans, 11 de 40 à 50 et un seul était âgé de 20 ans. Les attaques, d’une durée de 3 à 20 minutes et at
delà, se sont montrées de 1 à 16 ans à partir de l'infection syphilitique. Dans
(1) Lues venerea epilepsiæ non raro parens est, qummositates et tubercula in meningibus, in 1pso quoqve cerebro, vel exostoses in Superficie cranit interna producens. Lazerme, Tract, de morbis internis capilis, p. 270.
(2) Ce symptôme, l’aphasie, m'a conduit à diagnostiquer une tumeur gommeuse des méninges, située dans le voisinage de la troisième circonvolution cérébrale, chez une femme de quarante= trois ans, qui avait eu des accidents syphilitiques, et qui, se plaignant d’une céphalée fixe à gauche, fut prise tout à coup d'accès épileptiques répétés, suivis d'abord d’une perte totale de la parole, et puis d'aphasie avec grande difficulté dans la prononciation des sons articulés pendant une durée d'environ quinze jours. — Comparez Tüngel, observ, I.
(3) Consultez sur l'épilepsie syphilitique : Bloch, Med, Bemerk, p. 170. — Bonet, Sepulchret, Lib. 1, Sect. x11, add, Obs, 111, — Ephem. Nat. Cur. Cent, 1. Obs. cxxxvr. — Fabre, Nouvelles observations sur les maladies vénériennes, — Gardane, Gazette, p. 47. — Guarinonius, Consil, n, 143, — Haempf, dans Act, Hassiac. vol. 1, p. 152. — Pelargus, Med. Jahrg. \, P. 317, seq. — J. Frank, Maisonneuve, Cullerier l'oncle, etc., dans Gros et Lancereaux, doc, cit,, p. 85 et 87.—Wilks, dans Guy's Hospital Reports, ser, 141, vol, XVII, p. 210.
es cas où l’autopsie a pu être faite, on trouva des lésions anatomiques variées, mais qui presque toutes intéressaient les méninges, les os ou la partie périphérique de l’encéphale, exceptionnellement les parties profondes du cer reau (1). Un point qu'il importe de noter, c’est que les troubles tels que céphace, vertiges, etc., qui précèdent le plus souvent les attaques convulsives, Jersistent encore dans leur intervalle (2). Quelquefois même il vient s’v ajouter lenouveaux désordres, comme des paralysies des muscles de l'œil, des déranxements de la vue et de l’ouïe ; plus tard, lorsque la maladie n’est pas arrêtée, les paralysies plus étendues surviennent, les facultés intellectuelles s’affaiblis sent, le coma ou des convulsions prolongées amènent la mort.
Lentes dans leur développement, les affections syphilitiques des méninges mt quelquefois une marche intermittente, surtout à leur début; plus rarement continues et progressivement croissantes, elles peuvent durer pendant les années, s’ilne survient aucune complication. La terminaison fatale est tantôt teffet des manifestations syphilitiques, tantôt le résultat d’une maladie mtercurrente (pneumonie, érysipèle, etc.) La guérison est possible, et bon nombre de faits que nous connaissons témoignent de ce résultat. Lorsque chez in malade atteint depuis longtemps de céphalée, de vertiges, d'accès épileptiformes sans hémiplégie, on constate une guérison rapide et complète sous influence des mereuriaux, il est permis de croire qu’on a eu affaire à une. lésion des méninges, si tant est que le diagnostic soit resté douteux. Efleclivement une exostose ou une périostose produit peu ces mêmes phénomènes, * les lésions cérébrales déterminent ordinairement de la paralysie.
. Diagnostic. — Les symptômes si variés de la méningite syphilitique rendent difficile le diagnostic de cette affection. Aussi doit-on tenir compte des antécédents du malade et du mode particulier de chacun des principaux symptômes. Par exemple, la céphalée présente ordinairement des exacerbations nocturnes; l'aphasie est passagère, les accès convulsifs se succèdent à in- (érvalles rapprochées. L'âge des malades, labsence d’antécédents épilepliques héréditaires, et ce fait que les attaques qui ont commencé pendant [8 cours d’une syphilis ont été suivies de troubles plus ou moins persistants, Sont autant de circonstances qui peuvent servir à différencier les accès syphilitiques épileptiformes de l’épilepsie vraie. La pachyméningite, affection qui SYmptomatiquement se rapproche quelquefois des lésions syphilitiques, produit l'apparition rapide et presque subite d'accidents aigus, caractérisés par de la contracture, de la somnolence et autres phénomènes de compression. Les tumeurs non syphilitiques des méninges cérébrales donnent lieu à une céphalée relativement peu intense et à des symptômes lents et progressif ; mais, Outre que ces affections ne présentent pas la filiation des accidents de la svphilis, elles ont un développement continu et sont exemptes de cette cachexie qui
(4) On trouvera la même remarque à propos des tumeurs cérébrales dans notre Atlas d'analomie pathologique. Les attaques convulsives sont ainsi un excellent signe pour distinguer les affections périphériques des affections profondes du cerveau.
(2) Ce fait, déjà remarqué par Vidus Vidius, est signalé par J. F. Maisonneuxe (Recherches et
Observations sur l’épilepsie, Paris, 1804) et la plupart des observateurs qui l'ont suivi; n’indique-t-il pas déjà, à lui seul, l’existence d’une lésion permanente ?
est le propre des individus arrivés à la période viscérale de celte maladie. 1} méningite tuberculeuse et la paralysie générale diffèrent de la méningite syph litique, principalement par leur marche.
Le pronostic des affections syphilitiques des méninges n’est pas fatalemer grave, ce que l’on comprendra facilement si l’on se rappelle que, en général substance nerveuse n’est que peu ou pas altérée, Il y a lieu de supposer qu’un intervention assez prompte arriverait à s’en rendre maîtresse, et que même elle était tardive, elle pourrait encore les combattre avantageusement (1. Dan tous les cas, ce pronostic est toujours moins sérieux que s’il s'agissait d’un lésion de même siége et de même étendue, mais de cause différente.
$ 2. Encéphalite syphilitique.
Plus rares que les affections du foie, plus fréquentes peut-être que celle des autres viscères, les lésions syphilitiques de l’encéphale ne diffèrent pas quant au fond, de celles des organes internes. Elles ont, comme ces der nières, leur point de départ dans la substance conjonctive interstitielles*e revêtent aussi une forme diffuse ou circonscrite.
Étude natomique. — L'encéphalite diffuse d’origine syphilitique se constat dans un petit nombre de faits généralement décrits sous le nom d’induratiôi ou de ramollissement du cerveau. Chez une femme épileptique atteinte de péri crânite gommeuse, N. Medavia (2) trouva, au-dessous des parties cràänienne détruites, la substance corticale du cerveau plus dure que dans l’état naturêl puisqu'elle ne l'était pas moins que le tissu du foie; mais cette induratioi n'était peut-être que la conséquence de Ja lésion osseuse. Dans un certai nombre de cas où la syphilis a pu être mise en cause, il est question linduration circonscrite de la substance cérébrale (3). Malgré les raisoi sérieuses qui ont conduit à attribuer une origine spécifique à ces indu rations, on ne peut l’affirmer, parce que les observations, souvent incomplètes manquent de contrôle historique. Cependant, nous n’hésitons pas à rattach@ à la syphilis un fait dans lequel Meyer a noté la soudure des méninges et Un ramollissement blanc jaunâtre de la substance corticale voisine, en même temps que la substance médullaire présentait plusieurs plaques d’indu rations grisatres transparentes ayant un novau central ferme .et blanchâtre: De ce fait, on peut rapprocher l'observation intéressante que viennent de publier MM. Charcot et Gombault (4). I s’agit d'une femme syphilitique, morte quelques instants après avoir éprouvé des troubles nerveux divers, et chez laquelle on trouva, à la face antérieure de la protubérance, deux plaques superficielles d’un gris rouge pourvues d’une partie centrale jaune; à la partie antérieure du faisceau latéral gauche de listhme, une plaque semblable, et sur le plancher du quatrième ventricule à droite du sillon mé dion, une petite plaque de coloration rouge. À l'examen microscopique, le
(1) On trouvera des observations à l’appui de cette manière de voir dans notre travail sur les affections nerveuses syphilitiques.
(2) Voy. Morgagni, De sedibus et causis morborum, Epist, IX, 23. (3) L. Gros et Lancereaux, Loc. cit., p. 242. (4) Archives de Physiologie normale et pathologique, t. V, p. 143.
ntre de ces plaques parut formé d’une grande quantité de noyaux libres de “ites dimensions et de granulations graisseuses isolées ou réunies en amas, “de deux ordres de cellules, les unes arrondies et granuleuses, assez semblaes aux corps granuleux cellulaires, les autres irrégulières, anguleuses, et ymme hérissées de filaments brisés. Le tissu périphérique, dense et élastique, wement coloré par le carmin, contenait aussi des granulations libres et deux ariétés d'éléments figurés, constitués les uns par des cellules arrondies à connu finement grenu avec noyau volumineux, les autres par une masse cenjale qui se colore fortement par le carmin et donne naissance, par tous les oints de la surface, à des appendices filiformes (cellules araignées). Ajoutons ue la moelle épinière, dont il sera question plus loin, était aussi indurée par laäces. Ainsi la syphilis est susceptible de produire des foyers d’induration caictérisés par la présence, au sein de la substance nerveuse, de noyaux et de ellules conjonctives diverses, de granulations graisseuses abondantes, pour eu que le néoplasme et les éléments nerveux consécutivement lésés comiencent à se désorganiser. Il s’agit par conséquent, dans ces différents faits, une sclérose cérébrale, laquelle diffère des scléroses non syphilitiques ar une plus grandè tendance des éléments de tissu conjonctif et nerveux à übir la transformation graisseuse, et par les altérations secondaires qui en sont conséquence.
Un certain degré de ramollissement est quelquefois associé à ces altérations, omme dans un cas rapporté plus haut. Une observation de Tüngel fait menon de foyers d’encéphalomalacie chez un imdividu affecté de gommes du cereau, sans qu'il y soit question de lésions artérielles. Dans un cas qui m'est ersonne}, la substance nerveuse du lobe frontal, adhérente aux méninges, unollie et vasculaire, offrait à l’examen microscopique une infiltration de oyaux ronds, brillants, en tout semblables à ceux des tumeurs gommeuses Nistant sur la dure-mère. Le fait suivant, où le ramollissement a pour siége Mprotubérance annulaire, est un exemple d’encéphalite survenue sans autre ause apparente qu'une maladie syphilitique.
Ops. XLVII. — La femme D..., âgée de soixante ans, est admise à l'hôpital de WPitié, le 45 décembre 1862. Bonne constitution, taille moyenne ; peau sèche, lunâtre ; apparence cachectique. Des pustules d’ecthyma, disposées en cercle, et és ulcérations $e voient sur la peau, au niveau de la région de l'épaule droite. Le bia, du même côté, est le siége d’une exostose, et la malade convient qu'elle à ü la syphilis, Sa physionomie est étrange, hébétée, ses réponses sont peu justes ; éplus, elle est maladroite de ses membres, et souvent elle laisse tomber les bjets qu'elle tient à la main; elle ne peut coudre que difficilement, tant ses oigts sont agités de tremblement. Sous l'influence d’un traitement antisyphilique, qui avait son indication dans l'affection cutanée, ces différents phénomènes ubirent une amélioration très-notable, au point que la malade allait quitter Fhôtal, quand, à la suite de la visite des parents, ie 28 décembre, elle tomba dans ne sorte de coma et fut prise d'attaques convulsives qui se répétèrent plusieurs fois ant la mort, laquelle eut lieu le 31 décembre. Ru à
Autopsie. — Les pustules d’ecthyma sont en grande partie cicatrisées.
Le crâne est intact, les méninges sont saines ; quelques-unes des circonvolutions érébrales antérieures paraissent plus fermes et un peu atrophiées ; les hémiphères n’offrent rien de spécial, La protubérance annulaire est le siége d'un amollissement qui occupe la moitié environ de sa partie supérieure et antérieure ;
en ce point la substance nerveuse, diminuée de consistance, tranche par son inje. tion et sa coloration sur les parties voisines; elle est parcourue par de nombrer vaisseaux et elle est d’une teinte rougeûtre ; les tubes nerveux sont friables, br sés, granuleux, et dans leur intervalle se rencontrent des noyaux ronds ou ovoïde
très-abondants. | | ' La membrane interne des ventricules est partout couverte de petits points saïl
lants qui lui donnent l'aspect d'une langue de chat ; elle est épaissie et renferm de nombreux corpuscules amyloïdes ; ces mêmes corpuscules se retrouvent dar l’une des couches optiques. L’épendyme spinal forme au centre de la moelle u petit cylindre du volume d'une aiguille à tricoter ; on y trouve de nombreux co! puscules amyloïdes, dont quelques-uns bleuissent par la teinture d iode. Les fais ceaux médullaires sont, à leur partie supérieure, plus fermes qu'à l’état normal Les artères cérébrales sont intactes, le tronc basilaire est libre. Les autres organe sont peu altérés ; la rate est volumineuse, ainsi que le corps thyroïde ; le foie gras, sa surface est le siége de cicatrices.
À en juger par ce dernier fait, le caractère anatomique qui distmgued ramollissement cérébral syphilitique du ramollissement cérébral par oblitéra tion artérielle serait la présence d’un produit de nouvelle formation. Mai dans l'hypothèse où la syphilis serait véritablement en cause, on compren: la difficulté qu'il y aurait dès lors à différencier ce foyer inflammatoir de l’encéphalite non spécifique. |
Il nous serait facile de rassembler ici un plus grand nombre de faits d’encé phalomalacie syphilitique. Gubian (1), dans un cas où Diday et Teissierd Lyon avaient diagnostiqué l'existence possible d’une exostose crànienne observa un ramollissement de la partie supérieure et antérieure de lhémi sphère droit du cerveau. Dufour (2) nous a communiqué autrefois un fait ass semblable. Mais dans ces observations et beaucoup d’autres où les artères céré brales n’ont pas été examinées et où l’examen microscopique fait défaut doute doit nécessairement exister sur la cause et la nature de la lésion en céphalique. Nous connaissons d’ailleurs la fréquence du ramollissement Mi aux oblitérations vasculaires dans les altérations syphilitiques des méningé et dans celles de l’encéphale. Ce ramollissement ne se distingue du ramollissé ment ischémique ordinaire que par l'existence simultanée des lésions syphi litiques. |
De la discussion qui précède résulte cette donnée que le cerveau peut, sous lin Îluence de l'infection syphilitique, devenir le siége d’une altération qui, Suivan son acuité où son existence plus ou moins ancienne, se traduit tantôt par un induration partielle, tantôt par un foyer de ramollissement, modifications ên tout comparables histologiquement à l'hyperplasie conjonctive diffuse qu nous avons observée dans d’autres organes. |
L’encéphalite circonscrite ou gommeuse est plus commune et mieux connut que l’encéphalite syphilitique diffuse. Des observateurs distingués ont depuis longtemps signalé l'existence de gommes encéphaliques. Bonet, Prost, en rapportent des cas peu contestables. Une observation de Bayle et Kergaradet nous montre ces tumeurs siégeant à la fois dans le cerveau et sur ses enveloppes. L’extrémité antérieure de l'hémisphère gauche est occupée par plu-
(1) Gaz. méd, de Lyon, 1858, p. 342.
(2) Voy. Gros et Lancereaux, /oc, cùt., p. 202 et 205.
eurs corps de consistance cartilagineuse, à section lisse, brillante, sans pparence fibreuse à la coupe, et adhérant les uns aux autres. Le sphénoïde :Jethmoïde sont en partie détruits; la dure-mère présente à sa surface aatre tumeurs dures, du volume d’une noix; la pie-mère et l’arachnoïde nt épaissies, indurées et injectées ; il y a de plus un ramollissement de la 1bstance nerveuse au voisinage des tumeurs cérébrales. Ward et Tacheron ntvu des cas peu différents. Gjôr, Nélaton, Yvaren, ont rapporté des faits méme genre, et qui, en raison de la carie ou des exostoses crâniennes )icomitantes, laissent peu de prise à la critique. Gildemeester et Hoyack nt trouvé dans le lobe antérieur du cerveau un noyau tuberculiforme, Mnsistant en une exsudation amorphe, hyaline, solide, en partie transforlée en tissu conjonctif. Ludger Lallemand signale dans l'hémisphère gaujé du même organe, au niveau du centre ovale de Vieussens, l'existence ne tumeur de forme irrégulière, du volume d’une petite noix, entourée ne enveloppe lisse, adhérente à la substance cérébrale en partie ramollie. “Westphal (1) à noté l'existence, dans la couche optique gauche rajollie et tuméfiée, d’une nodosité gommeuse ferme, du volume d’une noitte, entourée d'une membrane blanchâtre. Dittrich, Engelsted, Tüngel, ont ussi rapporté des faits de gomme cérébrale. Chez un sujet syphilitique bservé par Hérard (2), le corps strié droit est le siége de deux tumeurs ui, à la coupe, présentent deux portions distinctes, l'une corticale, dure, forjant une coque résistante, d’une couleur jaune rosé, l’autre centrale et beauup moins dense. Pillon a vu deux tumeurs situées l’une dans la moitié auche dela face inférieure de la protubérance annulaire, l'autre dans la Ouche optique du même côté, chez un individu dont le tissu cellulaire sous- Ulané contenait des gommes (3). Gette coïncidence se retrouve dans une bservation de Meyer, où le lobe antérieur de l'hémisphère gauche du ceréau est le siége d’une masse dure, de l'étendue d’un écu, intimement soudée la substance corticale, et composée de nodosités blanchâtres ou jaunâtres palines, variant depuis le volume d'un grain de millet jusqu'à celui d'un Ois. La dure-mère présente un exsudat de même nature. Dans notre observaon XXVIIL, un dépôt syphilitique, situé dans la couche corticale de lhémiphère et adhérant aux méninges, se trouve ramolli et confondu avec la übstance cérébrale adjacente, dont les éléments constitutifs sont mélamor- Hosés. Enfin, le cerveau d’une femme, observé par Nicaise (4), contenait pluleurs tumeurs fermes, du volume d’une noisette ; l'une d'elles avait pour iéee le pédoncule cérébral droit, les autres étaient groupées au sein d'une nasse fibroïde occupant la corne postérieure de l'hémisphère. La plupart ces faits sont remarquables par la coexistence avec les tumeurs cérébrales, le lésions diverses manifestement syphilitiques.
Le cervelet n’est pas exempt de cette même altération. Ward (5) a trouve
Allg. Zeitschrift für Psychiatrie, XX, 5, p. 481 ; 1863. Gros ct Lancereaux, oc. cit., p, 255, Obs. GXXXVE : Voy. Zambaco, Des affections nerveuses syphilitiques, p- 190. Paris, 4862. Nicaise, Bulletin de la Société anatomique, t. 1, 1865, P- 186,
(1) (2) (3) (4) (5) Ward, Nouv. Bibl. méd., t. VI, p. 368.
dans l'hémisphère droit de cet organe une tumeur ferme de la grosse d’une petite noix et qui peut être considérée comme syphilitique. Wa ner a constaté deux fois la présence de tumeurs gommeuses dansé paisseur des hémisphères cérébelleux ; mais on peut douter de l'origin syphilitique de l’une de ces altérations et croire à un véritable tubercuk Dans un cas qui m'est personnel, la protubérance annulaire, augme de volume, présente à sa partie antérieure une masse jaunâtre, solide, sèch légèrement saillante sous les méninges saines. Du volume d’une amande 0 d'un petit marron, cette tumeur, située sur Ja ligne médiane, occupe le tie inférieur de la protubérance, une faible portion de lextrémité supérieur des pyramides, et parait avoir détruit les nerfs de la sixième paire qu'i est impossible de retrouver à leur origine, Vue par sa face antérieure, cêt masse, représentée figure 9, est constituée par deux nodosités jaunes, assé fermes, réunies par une substance grisâtre vasculaire, résistante. Incisée per pendiculairement à cette face et suivant l’axe de la protubérance, cette tumiett laisse voir d’autres nodules jaunâtres et circonscrits par un tissu grisàtre, rich en vaisseaux (fig. 10); elle comprend un peu plus du tiers de l'épaisseur del protubérance ; sa délimitation d'avec la substance nerveuse est tellement nette et tranchée, qu'après macération dans l'alcool il est possible de l’énte
FiG. 9. — Encéphalite gommeuse. La portion de la protubérance située au- dessus des pyramides est le siége d’un néoplasme formé de
: F16. 10. — Surface de secti ter lusieurs nodules jaunâtr vÉ + EU EE e seclion antéro Me Let Ge nätres, Rte au’$e11 postérieure du bulbe et de la protu te JoncUL, Jeune, vasculaire et gri- bérance ci contre. — a, foyer d'en-
Céphalite ; c et c’, nodules gommeux.
cléer, Sa structure diffère dans les parties | parties grisâtres. Celles-ci’ sont constituées sein de laquelle sont disposées d’une fa des cellules rondes, peu volumineuses {
aunes blanchàtres et dans les par une trame fibrillaire au ÇOn üniforme et par petits amas cellules embryonnaires), celles-là
nt formées par une trame analogue; mais les cellules qu’elles renferment, us abondantes sur certains points et en voie d’altération graisseuse, donnt à la coupe un aspect sombre qui tranche sur les parties voisines plus aires, comme s'il existait plusieurs centres d’altération primitive. Des vaisaux nombreux et partout libres parcourent cette tumeur qui a atrophié ou itruit les éléments nerveux de son voisinage. Le cervelet n’est pas altéré, ais la moelle épinière est le siége d’une dégénérescence secondaire: imméatement au-dessous du renflement lombaire, elle présente un fover d’inflamation d'un centimètre d’étendue, au niveau duquel elle adhère aux méninges. Ces différents faits, où l’altération de l’encéphale, si elle ne coexiste avec lésions manifestement syphilitiques, présente toujours des caractères acroscopiques et microscopiques semblables à ceux des tumeurs syphiïiques du tissu conjonctif sous-cutané et des organes, permettent de tracer s.caracières anatomiques des gommes de l’encéphale. Ces dépôts, le plus uvent multiples, occupent des points variés dans la substance nerveuse ; sse rencontrent plutôt à la périphérie que dans les parties centrales. Dans le veau, ils ont pour siége de prédilection les lobes antérieurs, quelquefois on sobserve dans la couche optique; au niveau de l’isthme, le pont de Varole et Sspédoncules cérébraux, puis les pédoncules cérébelleux sont es endroits où sse montrent le plus souvent. Ils se présentent sous la forme de tumeurs isoes ou groupées, toujours plongées, à une distance plus ou moins grande, au sein une substance gélatiniforme transparente vasculaire, sorte de gangue à laquelle les sont plus ou moins intimement unies et qui rappelle assez bien le tissu gritre des sarcomes et des gliomes. Le plus souvent arrondies, agelomérées au ombre de deux ou trois, ces tumeurs, dont le volume varie depuis la grosseur ün pois jusqu’à celle d’une noix, ont une coloration blanchâtre ou jaunàtre, ie consistance plus ou moins ferme, quelquefois chondroïde. Elles offrent là coupe une teinte uniforme jaunàtre, une résistance parfois très-grande, autres fois un peu molle surtout au centre. Le tissu grisètre qui entoure S‘tumeurs et leur forme une sorte de manchon est constitué presque exclusiment par de petites cellules, possédant des noyaux volumineux, granulés, fée un ou plusieurs nucléoles brillants, et enfermées dans une substance brillaire. Les vaisseaux nombreux contenus dans cette substance ont souvent ür paroi épaissie ; néanmoins, ils sont presque toujours libres. La nodosité ünâtre offre une structure peu différente, à part la dégénérescence graisseuse; le est, en effet, constituée par une substance fondamentale amorphe, striée in places, parsemée de nombreuses granulations graisseuses, et par des Mules petites, imprégnées des mêmes granulations déformées, atrophices Muelquefois entièrement détruites en même temps que la substance interlédiaire est ramollie, ce qui explique la liquéfaction. Les vaisseaux qui la arcourent ont des parois très-épaisses, et un grand nombre sont oblitérés. ës éléments nerveux ont généralement disparu au niveau de ces tumeurs ; à ur périphérie, ils sont plus ou moins détruits, rarement refoulés. Cette cirnstance n’est pas sans intérêt ; elle nous rend compte de la dégénérescence onsécutive à la présence de ces tumeurs au sein de l’encéphale. L'observation suivante nous fait assister à l’une des dernières phases de ce l'OCESSUS :
és
Syphilis secondaire, puis céphalée, vertiges, amblyopie, faiblesse HUPRECENES et hém plégie du côté gauche. Tubercules syphilitiques sur la face et le cou. Jodure de potas sium. Disparition des tubercules syphilitiques. Amélioration des accidents cérébraux plus tard, cachexie et mort. Dépôts jaunätres ef tumeurs gommeuses lenticulatrese
grande partie métamorphosés en substance grasse.
Os. XLVIIT. — La nommée S..., âgée de trente et un ans, admise à l'Hôtel Dicu le 30 mai 1861, a été traitée à Lourcine il ya dix ans pour des accident syphilitiques. Depuis deux ans, céphalée, affaiblissement de la vuc et des faculté intellectuelles. Depuis quelques mois, syphilides tuberculeuses de la face et du cou Enfin, il y a quelques jours, est survenue une sorte d'attaque apoplectique suivi d'hémiplégie. Celle-ci porte sur le côté gauche ; la jambe peut encore être mu volontairement, mais le bras reste dans une immobilité presque complète ; la sen sibilité est conservée, du moins en grande partie; la commissure labiale est 6 gèerement tirée à droite ; vision du côté gauche presque complétement aboliem 2 ou 3 centimètres de l'anus, le doigt rencontre une sorte de disque cicatriciel qu lui est difficile de franchir. Diarrhée passagère.
La coexistence, chez cette malade, d’une affection cutanée syphilitique et troubles cérébraux, ayant quelque chose d’insolite, fit supposer à M. Hérard qui s'agissait dans ce fait d'une double et peut-être d’une triple manifestation syphili tique. En conséquence, un traitement spécifique fut institué, et peu à peule tubercules cutanés s'effacèrent ; l’hémiplégie diminua, mais sans disparaîtr entièrement. Le traitement (iodure de potassium, pilules de protoiodure de mer cure) fut continué durant plusieurs semaines, ce qui n’empècha pas l'apparitior d'accès épileptiformes avec déviation des globes oculaires, mais toujours sans mor sure de la langue. Au bout de quelques mois, le traitement spécifique, qui n’avai pu amener une guérison complète, fut abandonné. La malade continua de resté à l'hôpital, La paralysie du bras devint plus complète, le deltoïde du côté gaucht S'atrophia peu à peu, et l'épaule parut s’abaisser ; il survint une diarrhée d’abor légère, plus tard abondante, et, dans les derniers temps, des vomissements multi pliés; la cachexie ne fit que croître, la céphalée et les vertiges reparurent, et malade succomba le 12 mars 1862.
Autopsie. — Le cerveau, comme les méninges, cst pâle, non injecté; à 4 coupe, la substance cérébrale est décolorée ; sa consistance, diminuée sur quelque: points, parait plus ferme en d’autres endroits. A l’aide d’un examen attentif, or reconnait à la coupe de la substance cérébrale, du côté droit, des points jaunâtre autour desquels cette substance est comme déchirée et ramollie. Plaques jaunes à la surface des ventricules, au niveau desquelles on constate la présence de petite tumeurs du volume d’un pois ou d’une lentille (pl. 11, fig. 6). Ces tumeurs son formées d'un noyau central foncé, autour duquel il est facile d'extraire avec lle pince une sorte de membrane jaunâtre. Celle-ci est composée de fibres de tisst conJonctif, de corps sphériques granuleux, d’abondantes granulations graisseuses. de globules d'huile, de cristaux de matière grasse, et aussi de capillaires dégénérés, tandis que le noyau central ne renferme guère que des granulations la plu: part graisseuses, des globules gras, ct des noyaux granuleux et déformés. La substance cérébrale, moins consistante autour de ces petites tumeurs, est manifestement altérée. Quelques-uns de ces foyers de petit volume et de coloration grisatre contiennent une matière fibroïde. Les plaques jaunes offrent la même coloration que les foyers; on y trouve principalement des éléments de matière grasse; des détritus de tissu conjonctif et de substance cérébrale, Cette lésion se retrouve encore à gauche, bien que l'hémisphère droit en soit plus particulièrement le sitge. La substance grise des circonvolutions ne parait pas altérée; quelques cellules cependant sont très-fortement granuleuses , et bon nombre de capillaires sont chargés de granulations graisseuses ; On y reconnait manifestement, à l'œil nu, trois couches, dont la moyenne est d’une coloration Jaunâtre très-tranchée. Les os du crâne sont épais.
Au sommet des poumons se rencontrent plusieurs tubercules, les uns du volume
June lentille, les autres du volume d’une noisette, sèche, jaunâtre et grenue. Le reste des poumons est sain. Le cœur est chargé de graisse. Quelques légères dépressions se voient à la surface du foie. Cet organe ne ontient aucune tumeur gommeuse, mais il est dans un état avancé de dégénéres- ‘ence graisseuse., Les cellules propres renferment, Les unes des cristaux de margaine, les autres d’abondantes granulations et des globules graisseux. La rate n’est as altérée. Les reins ont une coloration jaunâtre; ils sont volumineux, mous mais non sensiblement lésés. Le tube digestif, les yeux et beaucoup d’autres rganes qu’il eût été important d'examiner, n’ont pu l'être, pas plus que le deloïde et le nerf circonflexe, qui méritaient ici une attention toute particulière.
tous constitués par une matière
La métamorphose graisseuse n’est pas toujours le dernier terme des gommes yphilitiques de l’encéphale. Ces dépôts peuvent subir la transformation muqueuse, ou l’infiltration calcaire; quelquefois même ils finissent par être “ésorbées totalement, mais non sans laisser des traces de leur passage. Dans % dernier cas, le tissu jaune grisätre qui circonscrivait le noyau central, lévenu un véritable tissu fibreux, peut présenter la forme d’un kyste vide, de toiles ou de lames membraneuses, enfin de cicatrices en tout analojües aux cicatrices des autres organes. Ces sortes d’altérations se rencontrent quelquefois dans le voisinage des tumeurs gommeuses, et plusieurs fois, chez les malades morts de syphilis, on a pris pour des kystes ces restes de produit ommeux résorbé. Un coup d'œil rétrospectif jeté sur les faits permet de reconnaitre qu'un certain nombre de prétendus kystes cérébraux ne sont en éalité que l'enveloppe persistante d’une tumeur gommeuse.
Une femme de quarante-cinq ans, atteinte de tubercules ulcérés de la peau lu nez et des joues, et regardée par M. Cazenave comme syphilitique, succombe iprès avoir éprouvé des troubles distincts de ceux de l'hémorrhagie cérébrale. W'autopsie, Féréol (1) constate une altération particulière des reins et la préence, au sein du lobule intraventriculaire du corps strié, d’une petite cavité eine d’un liquide séreux, grisâtre, pouvant loger une noisette, et lapissée à intérieur d’une sorte de membrane très-mince. Dans un cas rapporté par Meyer (2), l'hémisphère droit du cerveau était transformé en une cavité parourue de nombreux cordons sous forme de réseau, et dont les parois étaient onstituées par une couche mince de substance cérébrale ramollie. La couche pique et le corps strié correspondants étaient atrophiés ; la dure-mère et le 0e étaient le siége de tumeurs gommeuses. Il y avait eu pendant la vie des iccès épileptiformes, des accès maniaques et une hémiplégie complète à zauche. Notre observation XXX présente une semblable disposition, le lobe intérieur droit est en partie transformé en une cavité kystique. Dans le 0rps strié gauche d’un malade qui avait eu des vertiges, de la céphalée et les accès épileptiformes, on trouva un kyste du volume d’une noisette, d’oriine apoplectique au rapport de Meyer, mais à notre sens de cause svphilitijue, car il existait en outre trois tumeurs situées au sein d’un tissu fibroïde léposé entre la dure-mère et la surface du lobe antérieur gauche, un ramolissement du corps strié droit, et des gommes dans le foie. De ce fait se raproche naturellement l’observation CLVIII du 7raité des maladies inflammatoires
(1) Bull. de la Soc. anatom., 1856, p. 409.
(2) Loc. cit., obs. vi.
LANCEREAUX. — Syphilis, 2e édit. 23