‹ Traité historique et pratique de la syphilisChapitre 44 sur 98 · DE · texte numérisé non relu

DE

| Nous bornons là cette revue, bien que nous n'ayons pas épuisé toute la ksérie des faits où il est possible de voir la syphilis laisser dans le cerveau des “destructions analogues à celles que nous avons observées dans le foie. Remar- “quons que souvent ces désordres se trouvent désignés par une périphrase, à “cause, sans doute, de leur ressemblance assez imparfaite avec la poche séreuse connue sous le nom de kyste dans le langage anatomique.

"Au résumé, les tumeurs gommeuses de l'encéphale présentent des carac- “ières objectifs qui varient avec les phases de leur évolution pathologique ; “assez semblables, à une certaine période, au tubereule, aux tumeurs connues aujourd’hui sous les noms de gliome et de sarcome, elles offrent plus tard de analogie avec les kystes séreux où hémorrhagiques anciens. Par leur faible vascularité, les gommes de l’encéphale se distinguent des tumeurs cancéreuses ou fibreuses ; mais elles se rapprochent davantage du tubercule du cerveau, avec lequel on les a vraisemblablement plusieurs fois confondues. La “istinction est cependant facile. Loin d’être plongé dans un stroma fibroïde “ou fibreux, le tubercule est en contact immédiat avec la substance nerveuse. Cest d’ailleurs une tumeur arrondie, comme formée de couches concentriques, et qui, plus humide et plus molle que la gomme, subit d’une façon plus uniorme la métamorphose graisseuse ; en outre, le tubercule est souvent unique ou entouré de granulations de même nature. Les kystes apoplectiques ont une forme arrondie, et leurs parois sont imprégnées de la matière colorante du sang à l’état amorphe ou cristallin. Les infarctus résorbés se distinguent des Gicatrices par l’altération concomitante des artères.

Étude symptomatique. — Des lésions aussi différentes de siége que celles qui viennent d’être décrites, conduisent à penser que les affections symptoma- Miques de la syphilis encéphalique doivent être fort variées, et, en effet, aucun mésordre cérébral ne leur est étranger. Pourtant, grâce à des localisations morbides assez spéciales, ces manifestations peuvent se rattacher à un petit Mmombre de types cliniques dont nous essayerons de tracer les caractères. L'un We ces types a pour principal phénomène une paralvsie plus ou moins éten- “due. Assez rarement partielle et localisée à un groupe de muscles ou à un Membre, cette paralysie revêt d'ordinaire la forme hémiplégique. Son début ét tantôt insidieux, tantôt brusque, et fréquemment elle est accompagnée de oideur ou de contracture, surtout quand elle est ancienne. Le plus souvent incomplète, progressive, ellé ne détermine pas d’atrophie des muscles, ce qu'il est facile de comprendre, puisque lé centre encéphalique est le siége de Maltération ; il s’y joint rarement des phénomènes convulsifs, à moins de Humeurs concomitantes des méninges.

Les facultés intellectuelles, au contraire, sont assez généralement troublées, Sinon d’une façon continue, du moins par intervalles. Les désordres que l’on ‘observe sont l'hébétude, la diminution ou la perte graduelle de la mémoire et Surtout l’aphasie (1). Ge dernier phénomène, qui accompagne plus spécialement lhémiplégie droite, est diversement accusé. Tantôt les malades, privés de la faculté de parler selon leur désir, réussissent à prononcer quelques mots qui

(1) Consultez, sur ce symptôme, B. Tarnowsky, De l’aphasie syphilitique, Paris, 1870.

ne traduisent cependant pas leur pensée; tantôt, manquant absolument de mémoire, ils ne peuvent ni lire ni écrire, ils parlent difficilement, sont obligés de chercher les mots qui leur échappent, se fatiguent bientôt et ne répondent que par des mots invariables, ou par des monosyllabes. Un cas rapporté par Bouchard et Lépine (1), un autre de Westphal rentrent dans ce groupe; ils présentent l’un et l'autre une altération des méninges et des circonvolutions frontales. Le cas de Westphal (2) est relatif à un homme âgé de trente-trois ans, qui avait depuis longtemps une céphalée persistante avec dilatation de la pupille droite, proéminence de l’æil, ptosis de la paupière droite, attaques convulsives avec perte de connaissance. Cet homme, dont la mémoire s’affaiblissait peu à peu, ne trouvait plus le mot convenable, il balbutiait, avait une marche vacillante, des évacuations involontaires; liode fut sans effet, le malade devint stupide et mourut à la suite d’eschares au sacrum. Le lobe frontal gauche présentait une cicatrice à fond grisâtre, à bords saillants ; au même niveau la face interne de l'os était couverte d’ostéophytes. La dure-mère adhé rait, vers la scissure de Sylvius, à des noyaux gommeux pénétrant jusque dans la substance cérébrale ; le corps strié droit offrait à la coupe plusieurs foyers de ramollissement, le gauche était simplement injecté; le pont de Varole était peu consistant, la pie-mère était épaissie autour du chiasma, le nerf oculo-moteur droit se trouvait transformé en un corps compacte, et autout du trijumeau existait une masse gommeuse grisàtre. Les autres nerfs étaient exempts de toute altération.

Dans quelques cas, les troubles intellectuels s’accentuent peu à peu de façon à constituer un état de véritable démence.

Névralgies anciennes. Céphalée, insomnie. Hémiplégie droite, et plus tard hémiplégie gauche; pleurs fréquents avec convulsions du visage ; paralysie des sphincters. Iodure de potassium, amélioration ; enfin démence, cachexie et mort. Hypertrophie desos du cräne, foyers jaunätres constitués en grande partie d'éléments graisseux ; lésions rénales.

Oss. XLIX. — La femme G..., âgée de quarante-cinq ans, admise à la Pitié le 24 juillet 1860, fut atteinte, il y a dix ans, de douleurs violentes dans le côté droit du corps et particulièrement dans la jambe droite. Ces douleurs, qui semblaient suivre les trajets des nerfs sciatique et crural, se faisaient sentir quelquefois le jour, plus souvent la nuit; en même temps, douleur violente à la base du crâne et insomnie. Cet état dura environ cinq ans. Pendant ce temps la malade fut traitée par plusieurs médecins qui épuisèrent les moyens généralement employés contre les névralgies. Valleix, qui lui fit sur les cuisses des cautérisations profondes dont ou petit encore voir les traces, la montrait comme un curieux exemple de névralgie rebelle. Marotte, dans le service duquel elle se trouva placée plus tard, fut conduit à recourir à l'emploi de l’iodure de potassium. La malade n’en avait pas pris depuis plus de huit jours que les douleurs avaient disparu, que le som- APRES revenu, au point qu'elle dormait presque constamment, même durant F3 5 tn des <trangers, Le traitement ne put être continué, Ja

quitter l'hôpital ; mais depuis lors de nouvelles douleurs reparurent

(1) Bouchard et Lépine, Gaz. méd., p. 726, 1866.

2) Westphal, Ueber Syphili Te : Fe , | x C il es. ; Ueber Syphilis des Gehirns, Allgem. Zeitschrift für Psychiatrie, XX, 9 et 6,

presque chaque mois, et cédèrent toujours rapidement à l'usage de l’iodure de potassium : au dire de la malade, ces douleurs disparaissaient quelquefois dès le lendemain de l'emploi du médicament.

Le 31 juillet, quelques jours après l'admission de cette malade, je constate : maigreur, peau sèche, écailleuse ; embarras de la parole ; stupidité du visage, pleurs faciles, mémoire faible, intelligence encore nette; faiblesse musculaire dans le côté droit, difficulté des mouvements des membres ; sensibilité conservée ; céphalalgie, insomnie, étourdissements, vertiges ; intégrité de chacun des sens. Iodure de potassium, À gramme 50 centigrammes.

Ce médicament est continué pendant huit jours, et les accidents disparaissent en grande partie; une diarrhée abondante obligea de le cesser. Trois semaines plus tard survint en quelques jours une hémiplégie complète du côté gauche. Les sphincters se paralysent, les pleurs deviennent presque continuels. La malade répond à peine aux questions ; à chaque parole qu’on lui adresse, elle se met à pleurer en jetant des cris el en faisant des contorsions caractéristiques bien propres faire supposer un ramollissement cérébral. Elle accuse une douleur intense avec exacerbation nocturne, localisée à la partie postérieure droite de la tête, de l’insomnie, des vertiges, de la faiblesse ; elle reste étendue sur le dos, sans force et sans volonté. Le 8 septembre, on essaye de donner 30 grammes de sirop d’iodure de fer, et sous l'influence de ce médicament, continué pendant cinq jours, la ma- Jade se trouve mieux, la diarrhée disparaît. Le 15, l’iodure de potassium est repris a, la dose de 4 gramme ; quelques jours plus tard, on porte la dose à 1,50, puis à 2; à 3 grammes, avec 15 grammes de sirop de morphine. La malade peut le supporter, l'appétit revient, et bientôt Les accidents de paralysie diminuent. Le 25, le bras est soulevé au niveau de la tête, la jambe se meut avec plus de facilité ; la tendance à pleurer n'existe plus ; la douleur de tête, l’insomnie, les vertiges ont presque entièrement disparu; l'amélioration continue les jours suivants. Le 4® octobre, le médicament est supprimé. A cette époque la malade conserve une faiblesse générale, un peu plus prononcée du côté gauche ; néanmoins elle peut se lever et marcher dans la salle. Vers le 8 octobre la malade accuse de nouveau une céphalée occipitale, des étourdissements, des vertiges, de l’insomnie ; la tendance aux pleurs reparaît. Le 20, on reprend l’iodure de potassium à la dose de gramme. Le 30, il y a un mieux déjà appréciable. Le médicament n’est plus continué à partir du mois de janvier ; bientôt reparaissent la faiblesse des membres et la céphalée, et la malade passe à la Salpêtrière. Durant son séjour dans cet hospice, elle est placée parmi les incurables et ne reçoit plus aucun soin médical. Les membres inférieurs se paralysent presque entièrement; les matières Mécales et les urines ne sont plus retenues; la sensibilité devient obtuse, la Moindre émotion provoque le rire ou les pleurs; perte de la mémoire et em- Darras de la parole, cachexie progressive, diarrhée, œdème et mort le 18 septembre 1864.

Autopsie. — Les os du crâne sont hypertrophiés, leur épaisseur est plus que doublée : ils éclatent sous le marteau, mais il faut que la force qui tend à les briser Soit considérable. Une sérosité limpide et abondante s'écoule du cerveau ; les vaisseaux veineux des méninges sont dilatés et gorgés de sang noir. Plaques läiteuses peu étendues à la surface de l’arachnoïde du côté gauche ; la duremère du côté droit est piquetée de sang et tapissée dans une petite étendue d'une néo-membrane très-mince et transparente. La substance cérébrale est partout molle ; la substance corticale est jaunâtre. Les ventricules cérébraux, dilatés, renferment un liquide trouble. Dépôt plasmatique jaunâtre au niveau de la fente cérébrale de Bichat, derrière la glande pinéale ; adhérence de la lyre à I isthme de l'encéphale. Le cerveau est coupé par tranches minces à l’aide de sections horizontales, et l’on remarque plus particulièrement dans la substance blanche, à une faible distance de la substance grise, des taches, ou mieux des foyers jaunâtres ayant environ 0",01 d’étendue, constitués par d’abondantes granulations graisseuses, des noyaux et des cellules granuleuses, une matière amorphe et BLCRUES ces foyers sont distribués également dans les deux hémisphères cérébraux. A la

surface du corps strié disit existe une plaque jaune ayant 0,02 environ de diamètre, légèrement saillante ; ramollie à ce niveau, la substance cérébrale forme une sorte de magma blanc jaunâtre. A la section du COTps strié et de la couche optique du même côté, on aperçoit par places du coloration d'un jaune verdâtre. Le corps strié du côté opposé est le siége d’un foyer d'une étendue moindre que celle des foyers jaunes, mais, comme ces derniers, à peu près uniquement constitué par des granulations moléculaires et graisseuses abondantes, et aussi par des globules granuleux ; nulle part il n'existe de traces d'hématine. En plusieurs endroits de la substance grise et de la substance blanche, on rencontre des amas de granules graisseux. C’est principalement sur le trajet des vaisseaux que ces granulations sont nombreuses. Coloration jaune et diminution de consistance de quelques circonvolutions cérébelleuses. Corps pituitaire volumineux, ferme, jau= nâtre ; absence d’altération à l’origine des nerfs crâniens. Sérosité abondante dans le rachis ; la moelle n’est pas examinée; quelques vertèbres lombaires sont le siégé d’hyperostoses.

Adhérences membraneuses des poumons à la paroi thoracique ; induration dé quelques lobules à la base du poumon droit (partie antérieure), et dilatation des bronches correspondantes. On trouve à ce niveau du tissu fibreux et des éléments plasmatiques. Cœur mou et graisseux. 4 L'aorte est le siége de quelques plaques jaunes au niveau de sa courbure supé» rieure ; l'artère carotide interne gauche est en partie oblitérée, au niveau du sinus caverneux, par une membrane qui se termine en pointe et adhère intimement à la paroi de ce vaisseau. Cette membrane, constituée par des noyaux et des cellules de tissu conjonctif plus ou moins altérées, offre sur quelques points une coloration rouillée qui tient à la présence de nombreux grains d’hématine et de cristaux d'hématoïdine. La paroi de l'artère n’est pas athéromateuse en ce point. Dansl4 carotide droite existe un coagulum qui, adhérent à ses deux extrémités, n’obstruë qu'une faible portion de la lumière du vaisseau ; il est composé de fibrine, de noyaux et de cellules de tissu conjonctif. " Foie de petit volume, légèrement granuleux, taches laiteuses au niveau de la capsule de Glisson, sillons cicatriciels multiples à la surface de l'organe. Peu nombreuses sur le lobe droit, si ce n’est vers son bord inférieur, les cicatrices sont beaucoup plus abondantes sur le petit lobe et surtout au voisinage du ligament suspenseur ; elles ont une direction horizontale ou verticale ; elles forment des sillons plus ou moins profonds, dont les lèvres sont ordinairement réunies à l’aide de tractus celluleux. Le parenchyme hépatique résiste à la coupe; il crie sous le scalpel ; le tissu fibreux y paraît plus abondant qu’à l’état normal; la plupart des cellules hépatiques sont infiltrées de granulations graisseuses. L raie crie sous Le scalpel ; elle est volumineuse, ferme, résistante, Les ganglions prévertébraux sont pour la plupart augmentés de volume ; à la coupe, ils offrent une coloration blanchâtre, une consistance médullaire. Le corps thyroïde est hypertrophié. Les reins sont volumineux: la tunique fibreuse est opaque et difficile à détacher. La surface extérieure de ces organes est granuleuse, ou plutôt parsemée d'un grand nombre de petites dépressions qui la rendent fort irrégus lière, A la coupe, la substance corticale offre une coloration jaunâtre prononcée” la substance tubuleuse est brunâtre. Les corpuscules de Malpighi sont les un volumineux, les autres plus petits et circonscrits par la trame conjonctive épaissie# à L intérieur des canalicules il existe de nombreuses granulations et des cellules épithéliales détruites. La muqueuse vésicale est brunâtre, épaissie ; les trompes adhèrent à l’utérus. Les ovaires sont atrophiés, fibreux ; leur tunique est blañchâtre, épaisse et résistante. Estomac et intestins sains. | De . C0 1 : ’ : {AI Les laits où la démence est le désordre prédominant constituent un second type clinique. Dans l'observation qui précède, ce désordre a été tardif; maisil est des cas où il survient beaucoup plus tôt. Un malade observé par Rauch de

Grætz (1) se plaignit d’abord d’une céphalalgie continue ; il devint oublieux, paresseux, inattentif à son commerce, niais, puis il tomba en enfance et dans Vidiotie la plus complète; l’ouïe et la vue, d’abord troubles, finirent par être abolies. Les extrémités inférieures, la vessie, le rectum se paralysèrent, et il survint.du coma. Cet état, qui avait commencé depuis plus de six mois, céda complétement à l’emploi des onctions mercurielles et de Piodure de potassium pris à l'intérieur. Un malade traité par Read de Dublin (2) ne pouvait se soutenir sur les pieds ; l'articulation des mots était très-imparfaite, l’'arrangement \des-idées très-défectueux ainsi que la mémoire, la vision des deux côtés considérablement altérée, et tout ce cortége symptomatique céda après trois Semaines de l'usage des frictions mercurielles sur le cuir chevelu rasé. Des faits analogues ont été cités par Cirillo, Delpech, Sandras, ete. (3). L’observation première du mémoire de Goodwin (4) mérite d’être rapprochée de celles “qui précèdent, comme aussi un fait du livre de Zambaco (5), dans lequel Jautopsie révéla l'existence d’un ramollissement périphérique et d’une tumeur qui n'était vraisemblablement qu'une gomme. |

Un cas rapporté par Gailleton (6) trouve encore place ici. Un homme contracte la syphilis ; à deux reprises différentes il est atteint d'accidents constitutionnels ; deux ans plus tard, il présente une paralysie double de l’élévateur des paupières, de la diplopie, de l'amblyopie, et cet homme autrefois intelligent devient à peu près idiot, il répond à peine, sa parole est embarrassée, sa mar- Che est vacillante ; il guérit par l’iodure de potassium. Leidesdorf (7) a rencontré également, chez des sujets syphilitiques, deux cas de démence qui ont été, Pun très-notablement amélioré, l’autre rapidement guéri par liodure dé potassium. Les faits de ce genre sont souvent difficiles à différencier de la paralysie générale des aliénés. |

» Il serait facile de rappeler ici d’autres cas de démence où même de manie également rattachés à la syphilis. Mais ces cas n'offrent pas un cachet de certitude suffisant. Griesinger (8) pourtant accorde que les désordres intellectuels liés à la syphilis se présentent sous des formes variables depuis la manie la plus violente jusqu’à lidiotisme le plus profond. Tout récemment, Berthier (9)

» (1) Cité par Lagneau fils, Loc. cif., et Ladreit de Lacharrière, Thèse de Paris, 14861, p. 56. » (2) The Dublin quarterly Journ. of medicine, février 4852,

» (3) Voy. ces observations dans lés divers ouvrages de Lagneau fils, de Ladreit de Lacharrière, de Gros et Lancereaux. — Comparez : W. Smith, dans British med. Journal, July 14, 1868. — Kjellberg, La paralysie progressive des aliénés et de la syÿphitis, Vierteljabrschr. für Psychiatrie, IL, p. 122, 1868. — Williams, Cas de folie syphilitique, Journ. of mental sc. N.S. XV, p. 119, avril 1869. — H. Grainger Stewart, ibid., oct. 15, p. 409, 1870. — Sandberg, Norsk Magazine, 3 R., p. 465, 1871.—0. Heubner, Ueber die Hirnerkrank. der Syphilitischen, “Archiv der Heilkunde, 4870, p. 272. — Wille, Die syphilitische Psychosen, Allg. Zeitsch. te Psychiatrie, XX VII, p. 503, 1872. — Sylver, Symptoms ressembling general paralysis of the “insane, Med. Times and Gaz., 26 oct., 1872. EE æ (4) Voici le titre de cette observation : Syphilitic affection of braïn ; impairment of memory and mental power > attacks of great exhaustion, slight paralysis, The Lancet, 19 July 1862. M5) Loc: cit., Obs Ev; pe 331. — Comparez Arthaud, Gaz. méd de Lyon, 1898, p.917. … (6) Gailleton, Sur trois cas de syphilis constitutionnelle compliqués de symptômes nerveux (Gaz. méd. de Lyon, 16 octobre 1864). LS (7) Contribution à la syphilis cérébrale dans ses rapports avec l’aliénation mentale (Medizinische Jahrbücher, 1864, 4° livr.).

(8) Archiv der Heilkunde, 1863, p. 471. s4 (9) Du délire lié à la goutte, au rhumatisme, à la syphilis et aux dartres, dans Union médi-

cale de la Gironde, p. 211.

a cherché à rapporter à la syphilis plusieurs formes de folie, notamment quelques variétés de délire, de manie, etc.; mais les faits très-incomplets sur les quels il s'appuie sont loin de paraître concluants. Au résumé, certaines lésions svphilitiques de lencéphale peuvent produire un ensemble symptomatique ayant de grandes ressemblances avec les états morbides connus sous le nom de paralysie générale et de démence paralytique ; peut-être aussi faut-il admettre une manie syphilitique. En tout cas, il importe de ne pas oublier que la marche et l’évolution de ces manifestations sont tout à fait particulières et différentes de ce que l’on observe lorsque la syphilis n’est pas en cause (1).

Dans un troisième cadre rentrerait enfin une série de symptômes se rattas chant plus particulièrement à la présence des produits gommeux de l’encés phale. Une céphalée plus ou moins violente et persistante, des étourdisses ments, des vertiges, des pertes subites de connaissance ou des attaques ana logues aux attaques apoplectiques, quelquefois de la somnolence ou un simple assoupissement, du délire ou du coma, tels sont ces symptômes, qui ont pour caractère une mobilité et une fugacité peu communes. Les convulsions cloniques ou accès épileptiformes s’observent principalement quand les sommes occupent la périphérie de l’encéphale ; la paralysie et la contracturé se rencontrent dans l’un de nos cas où la protubérance est spécialement affectée. Notons l'existence de mouvements choréiformes d’une moitié du COTPS dans un fait de Costhiles et dans un autre qui m'est personnel (2). Dans ce dernier, l’hémichorée succéda à une hémiplégie traitée depuis quelques Jours par le calomel. D’autres fois on n’observe qu'un simple tremblement, comme cela a été noté une fois par Westphal et deux fois par Schutzenberger. Il y à lieu de remarquer que la couche optique était le siége de l’altération dans ceux de ces cas où l’examen nécroscopique a été fait, et qu’ainsi le désordre anatomique de ce centre ganglionnaire doit jouer un rôle dans la production du tremblement. Enfin, chez quelques malades, le seul symptôme

(1) À côté des désordres toujours liés à une lésion matérielle, signalons un trouble moral qui paraît se rattacher de préférence à la modification générale de l’organisme. Quelquefois, chez les syphilitiques, le moral subit un changement très-notable, comparable, jusqu’à un certain point, à un dérangement analogue que l’on rencontre dans d’autres conditions morbides, chez les goutteux par exemple. La tristesse et la frayeur constituent le fond du caractère des individus ainsi afectés ; ce qu'ils craignent et redoutent surtout, ce sont les manifestations A RER dont ils sont atteints ; aussi a-t-on pu dire qu’ils étaient frappés de syphilo=

Cet étata été remarqué et étudié par plusieurs observateurs ; mais Bru en a tracé le tableau e plus exact bien qu un peu exagéré. « Ilse présente dans les

coup de malades affectés de la manie vérolique. Il faut les sat a léger traitement, mais avec un grand apparat de formes, à Manie vérolique a plusieurs degrés ; quelques mania

Mar \ ; À Sénéral très-alarmés sur leur état ; quelques-uns sont moins effrayés ; d’autres enfin, avec la

Tu d avoir le mal, ne s'inquiètent point des suites, parce qu'ils pensent qu’une fois. quisition faite on ne s’en délivre Jamais, quelque traitement qu’on lui oppose... J'ai Connu plusieurs hommes affectés de cette maladi

« 3 « e morale, qui croyaient avoir toutes les maladies qu'ils trouvaient dans les livre de ;

S, et que rien n’en pouvait désabuser : un éblouissement, petite douleur, le plus léger mal de tête étaient des signes non 1789 Méthode nouvelle de traiter les Maladies vénériennes, t, II. Paris,

(2) Voy. Gros et Lancereaux, obs. Lix et cuix.

ppréciable était une tendance à exécuter des mouvements giratoires ou de nanége, comme l’a vu Neumann dans un cas (1), ou encore l'impossibilité de

narcher en ligne droite, ainsi qu’il en existe des exemples dans l'ouvrage de agneau, et que semble l’indiquer le fait suivant :

. Syphilide tuberculeuse et gommeuse. Désordres cérébraux multiples.

Oss. L. — Le nommé B..., âgé de trente-neuf ans, n’a jamais fait de maladie érieuse, et il prétend n'avoir jamais eu aucune lésion aux parties génitales. C’est Musage de la pipe qu'il attribue les accidents qui l’amènent à l'hôpital. IL y à leux ans, il eut un mal de gorge sur la nature duquel il lui est difficile de se proioncer. Depuis trois mois, il est atteint d’une éruption qui existe encore et qui se résente sous forme de boutons ou de tubercules groupés en cercle, d’une coloraion cuivrée et occupant d’une façon assez symétrique les parties postérieures des uisses, les parties antérieures des aines, et la région des reins. Cette éruption se etrouve sur les bras, dans le creux poplité et sur le gland. A la face postérieure les deux avant-bras, à 0,02 environ de l’olécrâne, on constate la présence de leux tumeurs arrondies, assez fermes et mobiles, du volume d’une petite noielte ; il existe une exostose sur la clavicule gauche. Depuis environ six semaines, ertiges, étourdissements, céphalée intense, insomnie opiniâtre ; puis, tout à coup, iceès vertigineux plus violents, suivis de perte de connaissance. Ces accidents se eproduisent, une saignée est pratiquée. Plus tard survient une hémiplégie du dté gauche, et le malade est admis à l’Hôtel-Dieu, le 21 juillet 1862. La paralysie, ont incomplète, n'empêche pas la marche ; mais le malade fait remarquer qu’en narchant il se dirige toujours malgré lui vers la gauche. Il a pu se rendre à pied hôpital, obligé, dit-il, de prendre le trottoir de gauche, le seul sur lequel il uisse rester. Bien que la bouche paraisse légèrement déviée, l’hémiplégie de la ace est cependant fort douteuse. La parole, depuis la dernière attaque, est embarassée, la mémoire peu fidèle, l'intelligence obtuse, la physionomie hébétée. Les ättements du cœur sont sourds etirréguliers ; matité précordiale étendue ; le foie larait sain. Absence de fièvre, mais teinte jaunâtre de la peau. Le diagnostic de affection cutanée ne pouvant être mis en doute, malgré les dénégations du maade, il y avait lieu de croire que les troubles cérébraux dépendaient d'une lésion ant même origine; un traitement spécifique fut en conséquence institué iodure de potassium, pilules de Dupuytren).

Au bout de quelques jours, l'embarras de la parole diminua avec la céphalée, es vertiges et la paralysie gauche; mais en même temps le bras droit se paralysa. traitement fut continué. Le 27, le malade se soutient mieux du côté gauche ; nais il marche en fauchant de la jambe droite, qui est plus faible. La dose de odure de potassium est portée à 3 grammes. Le 28, les tumeurs gommeuses des Want-bras sont en voie de résorption, l’éruption pâlit et s’affaisse ; le même traitenent est continué, La syphilide disparait peu à peu sans laisser la moindre trace, es tumeurs des avant-bras cèdent également, l’exostose décroit. Plus tard on voit liminuer les accidents cérébraux, et ils avaient presque totalement disparu, quand e malade demanda sa sortie le 11 juillet suivant.

Ce serait une erreur que de croire trouver, dans tous les cas, l’un ou l’autre les groupes symptomatiques en question. De même que l’on observe fréquemnent la coexistence des différentes lésions dont il a été parlé, de même il n’est aS rare de rencontrer simultanément les divers désordres ci-dessus énu-

(4) Neumann, dans Wien. med., Halle, IV, 2, 3, 1863, et Schmidts Jahresb., t. CXIX, ), 166.

mérés : l'observation qui suit en estun exemple trop important pour être passe sous silence. bi

Infection syphilitique. Exostose olécränienne, céphalée, insomnie, hémiplégie gauche accès d'épilepsie, délire et coma. — Adhérence de la dure-mére au cerveau. Induration diffuse et ramollissement de la substance cérébrale.

Un négociant âgé de quarante-six ans, de vie sobre, eut une fièvre gastriqu dans le courant du mois de mars de l’année 1859, et, pendant sa convalescence il fut pris d’une attaque de convulsions cloniques, tout en conservant l'intégrit de sa connaissance. Ces convulsions, qui commencèrent par les muscles de la lan: gue, passèrent ensuite aux muscles de la mâchoire inférieure et de l'œil gauche Du 13 mars au 40 juin, ce malade compta onze attaques un peu plus faibles qu la première et qui se distinguèrent par une rotation de la tête à gauche. 40 juin, mouvements convulsifs dans la jambe gauche; le malade tombe, mai sans perdre connaissance. Dans l'intervalle de ses attaques, il existait un lége tremblement de la plupart des muscles de la face, et en même temps des douleur térébrantes presque continues de la tête, surtout au niveau de l'os pariétal droit Le sommeil était mauvais, le caractère exalté ou déprimé. C’est dans ces condition que ce malade entra à l’hôpital, présentant l’ensemble symptomatique propre à pachyméningite chronique. On apprit que deux ans auparavant il avait eu un tuméfaction douloureuse de l’olécrâne droit, dont il restait encore une tumeu osseuse assez considérable. Il avoua avoir contracté la maladie syphilitique depui plusieurs années. Les organes digestifs en mauvais état obligent de recourir a onctions avec la pommade mercurielle. Quelques jours plus tard, exacerbatio des douleurs de tête, pour lesquelles on prescrit une émission sanguine locale Chaque jour on fait usage de 48,10 d’onguent napolitain sans provoquer de ali vation ; mais au bout de trois semaines, il survient de l’anorexie et des nausées médication est momentanément interrompue et reprise quelques semaines plus tard mais les troubles gastriques ayant reparu, on la cessa définitivement. La céphalée le tremblement et les convulsions avaient alors disparu. Le malade, toujours pusilla nime, craintif, n’avait que peu de sommeil. Les maux de tête et les convulsion faisaient toujours défaut; mais de temps à autre les muscles dé la face étaient pri de tremblement, il y avait parfois de l'anxiété précordiale. 58

Vers la fin du mois de novembre, grande faiblesse et insomnie. Le 6 décembre réapparition des douleurs de tête, perte de connaissance suivie d’une paralysie tout le côté gauche. Cette paralysie s'améliore bientôt, mais ne disparaît pa entièrement ; le malade devient pleurnicheur, il a de la céphalalgie, un tremble ment plus prononcé des muscles de la face ; on lui administre l’iodure de potäs sium et on applique un cautère à la nuque, mais sans succès. En 1860, attaque épileptiques avec perte complète de connaissance, l’hémiplégie persiste, et parfoisi Sy ajoute des convulsions; l'intelligence se fatigue vite. Le calcul est deven presque impossible depuis la première attaque. Tel est l’état pendant l’hivere l'été de 1860. En janvier 1861, se développe un érysipèle qui a pour point d départ le cautère, et qui, après avoir envahi toute la tête, finit par gagner le tront En février, l'érysipèle cesse, eschare de la peau qui recouvre le sacrum et Volé crâne gauche. Le 2 mars, coma subit et mort dans l'après-midi.

. Autopsie. — L'os pariétal droit est, à sa surface interne, dans une étendu ee Re tn ne xasculaire, et en ce même point la surfac En à a dure-mere est couverte d une fausse membrane villeuse. Par sa fac ss ue membrane adhère, dans l'étendue d’une pièce de cinq francs, ave Si ve pr nee, en D ES entre les circonvolutions où Il { Ra be ns É Re elle se ue Ex TE Le, O1 De trois excroissances conoïdes. Ces excrois ieues LS Frise ces - Jeutatres, en partie transformées en une bouilli

se. LE cérébrale du voisinage, qui est très-dure, envoie

rolongements calleux jusqu’au centre ovale: elle contient une petite tumeur me du volume d'un noyau de prune, grisâtre à la périphérie, sèche et jaune au entre. La substance médallaire de l'hémisphère droit est traversée par un tissu alleux ; on trouve quelques points plus mous au niveau de cette altération qui ceupe surtout les deux côté de la fosse de Sylvius. Il existe une petite quantité de quide dans les ventricules latéraux, dont l’épendyme est épaissi. Le foie est de etit volume, atrophié principalement au niveau du lobe gauche. Dans le voisinage uligament rond existe un tissu cellulaire calleux sans noyaux jaunes. La rate est aolle. Les autres organes n’offrent pas de changement appréciable, Ulcération de Mpeau qui recouvre l'olécrâne. {Tüngel.)

MDans cette observation se rencontrent les principaux désordres signalés plus aut. La coexistence de ces désordres, l'alliance de la paralysie avec les conulsions ou la contracture, une céphalée plus ou moins vive, sont des cironstances qui, même en dehors de toute espèce de symptômes concomitants, œuvaient mettre sur la voie de la syphilis, ear elles ne s’observent pas habiuellement dans d’autres maladies. La céphalée, l’insomnie, la faiblesse de la iémoire, la paralysie de quelques-uns des nerfs moteurs de l'œil, le strabisme vec troubles de la vue sont des symptômes qui, joints à un certain degré de achexie, doivent faire songer à la synhilis. Notons que cet ensemble symptotique n'est nullement rare, ce qui tient à ce que, le plus souvent, les méinges et le cerveau sont simultanément affectés.

Une céphalée généralement vive et persistante, avec ou sans paroxysmes lbcturnes, est un phénomène, sinon constant, du moins fréquent dans les ffections qui nous occupent; elle est Le plus souvent associée à un certain degré “hyperesthésie du cuir chevelu, à des vertiges et à des étourdissements. Dans cours de ces affections, la sensibilité cutanée peut être troublée de diverses ons, ou bien primitivement, par suite de la localisation de la lésion encéhalique, ou bien secondairement, à cause de la dégénération consécutive @ la moelle épinière. Dans ce dernier cas, le trouble se manifeste surtout ous forme hyperesthésique ; dans le premier, c’est plutôt de l’anesthésie. Ce Nénomène plus ou moins étendu, en général circonscrit à un membre ou à Me moitié du corps, ne concorde pas ordinairement avec la paralysie, en ce ens qu'il s’observe souvent à gauche quand la paralysie est à droite, et mverement.

“Lorsque le cervelet est le siége plus spécial de la localisation anatomique, e$ manifestations symptomatiques les plus communes sont des nausées, des fomissements, l'ivresse des mouvements, la titubation dans la marche (1), des Pasmes dans les muscles de la face ou de l’œil (2), et parfois des troubles de dwvision. Quand le bulbe rachidien est particulièrement lésé, surtout au niveau leson plancher, il se produit un symptôme des plus curieux et des plus imporants, c’est la polyurie. Celle-ci est tantôt simple (diabète insipide), comme lans un cas observé par Perroud (3), et dans le fait qui suit, tantôt accompagnée

"(1) Voy. les observ. de Hillairet et Greppo, dans Gros et Lancereaux, /oc. cif., p. 272 et 273. — Comparez Gailleton, Gaz. méd. de Lyon, 16 octobre 1864, obs. 11.

(2) Ward, Nouvelle bibliothèque méd., t. IV, p. 368, et Gros et Lancereaux, p. 272. — beven, Bulletin de la Soc. de biologie, année 1863, p. 150.

(3) Perroud, Tumeur du he ventricule avec polyurie et syphilis, Lyon méd. 23 mai 1869, D 81, et Ann. de dermat. et de syphilig., t. 1, p. 519. — Lancereaux, De la polyurie, Thèse d’agrégation, Paris, 1869.

de la présence de sucre dans l’urine {diabète sucré) ainsi que l'ont noté Leudet, Jaksch et Düb (4) ; d’autres fois enfin, elle coexiste avec le passage de l’albumin dans les urines (diabète albumineux) (2).

Syphilis en 1834, accidents secondaires nuls, hémiplégie quérie par l’iodure de potassium, polyurie et polydipsie. Tumeurs gommeuses multiples et lésions des os du crâne.

LA

Os. LI. — Le nommé D.., âgé de cinquante-quatre ans, raconte qu'il a sur le gland, en 1834, des chancres accompagnés d’un bubon dans l’aine droite, lequel s’est terminé par suppuration. A la suite de ces chancres, il n'y eut point d'accidents secondaires, du moins après un séjour de deux mois à l'hôpital du Midi. En 1837, D... fit une chute du sixième étage dans la rue et tombasu une voiture de foin. Transporté chez lui sans connaissance, il reprit bientôt “e sens et guérit rapidement d'une luxation de l'épaule droite et d’une fracturede la clavicule. Il reprend son travail, mais quelque temps après survient une hémiplégie droite lente et progressive, sans troubles cérébraux. IL existe en mêm temps des douleurs tres-vives dans la partie droite de la tête, et du même côté que la paralysie des membres. Pendant plus d’un an, ce malade est inutilement traité; soigné enfin par H. Boyer, il guérit rapidement sous l'influence d'un traitement par l'iodure de potassium. Il retourne à ses travaux, mais il est arrêté au bout de quelque temps par une nouvelle paralysie, qui occupe cette fois le côté gauche du corps. Cette paralysie suit la même marche et s'accompagne des mêmes accidents que la première, mais elle ne disparaît pas, et D... est placéà l’hospice de Bicêtre pour celte infirmité. Depuis lors, l’hémiplégie a presque ét tièrement disparu par l'emploi de l’iodure de potassium. À

(1) Leudet, Mémoire cité, Moniteur des sciences méd., 1860, p. 1189. — Jaksch, Ueberdte durch Syphilis bedingten Lahmungen, Allgemeinen Prager med. Wochenschrift, 44-59, 1865, — Düb, dans Vierteljahrschrift für die praktische Heilkunde, t. LXXVII; deux cas de dia bète sucré avec manifestations syphilitiques, et guérison par un traitement spécifique.

(2) G..., trente ans, fumiste, s'aperçoit, le 15 août 1865, qu'il est porteur d’un chancre du prépuce ; pilules de proto-iodure de mercure et liqueur de Van Swieten pendant {rois semaines. Fin d'octobre, il entre à l'hôpital du Midi; excision du chancre, cicatrisation diffé cile, adénopathies cervicales, angine, iritis; il sort en décembre, après avoir été soumis pendant vingt-cinq jours à l’emploi de l’iodure de potassium. Santé générale assez bonne jusqu’en juin; survient un rupia qui envahit les membres et le tronc, et pour lequel sont administrés, à l'hôpital Saint-Louis, des bains de vapeur et des bains sulfureux. Cicatrisation de l’éruption sur la fin d'août, mais diminution des forces, œdème des jambes: Le 7 septembre, ce malade entre à l'hôpital Saint-Antoine, dans le service de M. Lorain, qui voulut bien m'en prévenir. De larges cicatrices violacées sont répandues sur son corps; ses jambes sont œdématiées ; ses urines, très-abondantes (plusieurs litres dans les 24 heures) et fréquemment rendues, contiennent de l’albumine. Céphalée persistante avec paroxysmes nocturnes, insomnie et étonrdissements, Le foie, les poumons, le cœur n’accusent aucun trouble; léger degré d’anémie. Tlodure de potassium et mercure, vin de quinquina. Le 47 septembre. attaque épileptiforme, six accès dans l’espace d’une demi-heure, nouveaux accès dans la nuit, délire, la connaissance revient seulement le lendemain. La mémoire reste affaiblie, la vue est troublée ; il existe une légère hémiplégie à droite, de l'oppression et quelques râles dans la poiirine. Pendant plusieurs jours, le pouls est à 108; l’état est des plus graves. Le traitement est con tinué sans interruption, et à la fin d'octobre, ce malade quitte l'hôpital, n'ayant plus ni œdème, ni albuminurie ; son intelligence est nette, ses forces sont bonnes, et il se propose de reprendre bientôt ses occupations habituelles. — Comp. Hill, dans British med. Journ., 24 mars 1868. a PO de male end Ce ne D a

: ‘re : plus discutable, c’est la corrélation derces accidents, et surtout la liaison qui existe entre l’albuminurie et les troubles nerveux. Je pense, pour mon compte, que l’albuminurie était subordonnée aux accidents nerveux, à Caus

de l'ancienneté de la céphalée, de la disparition totale de l'albumine et de la guérison par 1 spécifiques.

Plus tard ce malade à eu des gommes, au nombre de trois, au nivean du lobule le l'oreille droite, qui est aujourd’hui détruit, et plusieurs autres dans le tissu sellulaire sous-cutané de la cuisse et du genou droits, pour lesquelles Després lui rdministra l'iodure de potassium. Ges dernières ont laissé de petites fistules qu’on eut voir encore sur la face interne du tibia.

En avril 1861, le malade, faible, amaigri, décoloré et cachectique, est presque soujours au lit. IL y a huit mois, il commença à éprouver une soif plus grande que d'habitude. IL buvait trois litres de tisane par jour; ce besoin a toujours ‘té en augmentant, aujourd'hui il boit quatre litres de tisane et urine dans les mêmes proportions. Les gencives sont molles, sanglantes, les dents gâtées et dé- “haussées. Au début de la maladie, Les fonetions digestives étaient très-régulières, mais elles ne tardèrent pas à s’altérer. L’appétit alla graduellement en diminuant, res digestions devinrent pénibles et même impossibles. Sitôt qu'il prend un peu Jaliments, le malade éprouve des douleurs au niveau de l’estomac et derrière le sternum, des étouffements, des sensations étranges qu'il compare à une barre somprimant l'estomac, des envies de vomir presque toujours suivies de vomisse- “Ments ; les douleurs ne disparaissent qu’après que l'estomac à rendu les matières rontenues dans sa cavité.

Le ventre est volumineux, les selles sout rares, il y a une constipation habituelle, quelquefois des coliques et de la diarrhée. L'abdomen est douloureux dans toute son étendue, mais principalement au milieu de l’hypochondre droit. Sonorité Sazeuse dans l’hypochondre gauche, au niveau de l'estomac ; à l’épigastre, matité Irès-prononcée qui s'étend en bas jusqu'au niveau d’une ligne horizontale qui passerait à 2 centim.au-dessous de l’ombilic, et qui se prolongerait à gauche jusqu’à centim. de la ligne médiane. Tout à fait à l'extrême gauche de l’hypochondre lroit, le foie ne dépasse pas le rebord des fausses côtes ; mais la matité qui indique “présence remonte très-haut dans la poitrine. La palpation fait découvrir au niveau de l’épigastre une tumeur à bords tranchants, déjà indiquée par la percussion. Dépuis six mois, toux accompagnée d’une expectoration de crachats mousseux Slanchâtres. Le malade accuse dans la poitrine des douleurs assez semblables, par leurs caractères et par leur siége, à des névralgies intercostales. La sonorité est normale des deux côtés. En avant, la respiration est forte et rude; en arrière, il xiste quelques râles bronchiques dans les deux côtés de la poitrine. La circulation est normale ; on constate une augmentation dans la quantité d’urines rendues, quatre litres par jour. Cette urine, examinée à plusieurs reprises, n’a jamais pré- Senté trace de sucre ni d’albumine. Le malade se plaint d’une céphalalgie trèsvive, qui se manifeste principalement pendant la nuit, et qui très-probablement rattache à la présence d’exostoses très-nombreuses qui siégent dans les os du crâne. Ces exostoses sont petites, très-peu proéminentes ; on les distingue cependant (rès-facilement par le toucher et même à la vue.

Les fonctions intellectuelles sont saines. Il existe une légère hémiplégie à gauche, accompagnée d’un peu d’anesthésie dans la jambe. Cette hémiplégie, presque Complète à l'entrée du malade à Bicêtre, a beaucoup diminué à la suite d'un trailément syphilitique auquel il a dû être soumis pour des gommes, exostoses, douleurs, etc.; mais la paralysie n’a pas encore entièrement disparu. Il existe plu- Sieurs ulcérations recouvertes de croûtes à la face interne du genou droit. A côté de ces ulcérations on trouve des cicatrices blanchâtres.

L'état du malade va continuellement en s’aggravant. L'amaigrissement fait tous les jours de nouveaux progrès. Vomissements continuels, soif vive. Le malade est fourmenté par des douleurs qui ne lui laissent aucun moment de calme ; la toux dévient plus fréquente. Il survient un peu de fièvre, vers le soir, puis cette fièvre continue,et le malade meurt avec tous les symptômes d’une broncho-pneumonie, le 20 avril.

Autopsie. — Sur le frontal existent des éminences osseuses aplaties de forme irrégulière et de grandeur variable; la plus grande ne dépasse pas la largeur d’une pièce de cinquante centimes. Au milieu de ces nombreuses exostoses, il éxiste sur les os du crâne des espaces bleuâtres dans lesquels on enfonce facile-

ment un scalpel, et le tissu osseux disparu est remplacé par du tissu fibreux mêl de vaisseaux. Ces lésions osseuses s étendent jusqu’au diploé. Le périoste est épais dans les points correspondant aux altérations de l'os, et s’enlève facilement. A Le face interne du crâne, la dure-mère adhère à la portion du frontal qui corresponc aux altérations de la face superficielle de l'os ; lorsqu'elle est décollée, on voit ] même raréfaction du tissu osseux qu'à la face externe de cet os. Les dépression sont très-irrégulières à la face externe comme à la face interne. Les plus petite: sont étoilées, Les plus grandes ont une forme très-variée. Leur grandeur ne dépasse pas 0%,01 et demi dans tous les sens. Autour de ces dépressions et dans une grand étendue de la voûte du crâne, l'os est parsemé d’éminences et de sillons qui don: nent à sa surface l’aspect d’une coupe de testicule. Le cerveau est sain dans toute: ses parties. À la base du crâne, il n’existe aucune tumeur, ni dans les os, ni dan les enveloppes fibreuses, La moelle épinière, les nerfs et les organes des sens non pas été examinés 410

Le corps thyroïde offre un aspect qu’on peut comparer à du lard légèrement coloré par du sang. La trachée et les bronches sont saines. Les poumons présenténi des adhérences des deux côtés, ils sont hépatisés aux bases et engoués danSle reste de leur étendue. À droite, au sommet, noyau scléreux du volume d’une noix ; à la base, épanchement de pus circonscrit par des adhérences. Les gan glions bronchiques, hypertrophiés, indurés et noirâtres, contiennent dans leu épaisseur des dépôts d’une matière jaunâtre plus ou moins ramollie et semblable à du pus. L’estomac est légèrement dilaté. La muqueuse de l'intestin grêl et d'une partie du gros intestin est noirâtre, ramollie, surtout au niveau del valvule iléo-cæcale. Les nombreux ganglions lymphatiques qui reçoivent leu vaisseaux de cette partie de l'intestin sont hypertrophiés ; ils renferment dans leur intérieur des masses enkystées, semblables à des foyers purulents. C'est exactement la même altération que celle des ganglions bronchiques. Le lobe droit du foie est un peu moins volumineux qu'à l’état normal; le lobe gauche offre à sa partie supérieure une petite tumeur de la grosseur d’un pois, sa coupé est jaunâtre et rugueuse, sa consistance est friable. On observe, sur la face concave, plusieurs tumeurs du volume d’un grain de millet et une cicatrice froncée, dirigée d'avant en arrière, de la vésicule du fiel au bord postérieur de l'organe, d'une longueur de 0",07 ; blanchôtre, fibreuse, déprimée, cette cicatrice a une épaisseur, de 0,01 et plus. Elle adhère par le milieu de sa longueur à une masse volumineuse et pierreuse située dans l'épaisseur du foie, et qui a le volume et la forme d’une grosse noix. Elle est constituée par deux moitiés qui glissent l’une sur l’autre. Sa coloration est blanchâtre et sa dureté est telle qu’il est impossible de l’attaquer avec le scalpel. Autour de cette masse le foie est dur, comme fibreux en certains points ; ailleurs il renferme de petites tumeurs jaunâtres, grosses comme des grains de millet, pressées les unes contre les autres et tout à fait semblables à celles qui existent à la surface du foie. La face inférieure

du foie ne présente rien d’anormal; la vésicule est saine et remplie de bile verdâtre. Le tissu du foie paraît sain. |

Le péricarde renferme dans son intérieur

rulente. Le cœur est volumineux et très-ferme. 11 n’y a aucune lésion aux orifices, mais la substance musculaire est profondément altérée. Cette substance atune coupe lisse, brillante, décolorée, jaunâtre, d'aspect lardacé. Les fibres musculaires sont infiltrées d’une grande quantité de granulations. Les reins ont leur volume ordinaire, ils sont mamelonnés à leur surface et parsemés de sillons. La substance sécrétante a une coloration jaunâtre lardacée. Les capsules surrénäles elles-mêmes contiennent des dépôts de matière jaunâtre de. là grosseur d’un grain de millet, les uns durs, les autres ramollis. Tous ces dépôts sont semblables de uns aux autres, ils ne diffèrent entre eux que par la grandeur.

cinq ou six cuillerées de sérosité pu-

La marche des affections syphilitique

| he d s de l’encéphale est lente, progressive. La céphalée, l'insomnie, les ver

tiges et les étourdissements sont assez ordinai-

ement les premiers symptômes ; plus tard, il survient des paralysies, des roubles de l'intelligence et quelquefois des désordres de la sensibilité et des cès convulsifs. Après un temps plus ou moins long, l’encéphalite syphilitique evient stationnaire ou s'améliore peu à peu. Sa durée varie entre quelques semaines et plusieurs années. Sa guérison spontanée est rare, mais en général elle subit vite l’influence d’un traitement spécial ; sa disparition complète n’est outefois possible qu'autant que les éléments nerveux ont conservé leur inté- “rité. Comme la tendance de la syphilis tertiaire est la destruction des Ssus normaux, il arrive presque toujours, si altération a un peu de lurée, que les éléments nerveux sont profondément modifiés où même détruits, d’où la persistance indéfinie de certains symptômes, parmi lesquels @place en première ligne la paralysie. Ajoutons que ce symptôme, dans cer- “ins cas, se lie à un ramollissement de la substance encéphalique, par artésite syphilitique, et on comprendra mieux encore sa ténacité. Astruc avait déjà joté la difficulté de la guérison de la paralysie syphilitique, mais il n’en condaissait pas la raison.

“Les faits qui témoignent de cette difficulté ne sont pas extrêmement rares. Nous pourrions rapporter plusieurs exemples de ces guérisons difficiles ou mème impossibles, qui dès l’abord avaient donné les plus belles espérances ; fous nous contenterons d’en citer un seul, que nous à communiqué autrefois. in médecin de Tongres, désireux d’avoir notre avis.

…Ons. LIT. — X..., brasseur, âgé de soixante-neuf ans, d’une bonne constitution. avait toujours joui d’une belle santé, quand à trente-deux ans il fut atteint d’une affection syphilitique qu'il ne décrit pas exactement. Il sait qu'il a eu des chan- “res pour lesquels il a pris beaucoup de mercure. Un an environ après les premiers dccidents, il est atteint d'une paralysie des muscles moteurs de l'œil droit et de cécité. Ces symptômes disparaissent promptement ; mais peu après il ressent de la iblesse des membres inférieurs, et plus tard se montre une paralysie incomplète de cette partie du corps. On employa successivement les vésicatoires, les moxas,. lès bains sulfureux, le seigle ergoté, la strychnine. etc., moyens qui restèrent tous inefficaces. La paraplégie persistait, et de plus une douleur violente au pied gauche rendait l'existence de cet homme très-pénible depuis trente ans. L'iodure de potassium fut prescrit d’abord à la dose de 1 gramme, et successivement jusqu'à 9orammes et demi. Pendant les huit premiers jours, il y eut une amélioration Motable ; mais plus tard, les médicaments se trouvant mal supportés, les effets dévinrent très-peu sensibles et l'amélioration ne continua pas.

"Dans ce fait et dans beaucoup d’autres du même genre, la longue durée du Mal indique suffisamment que l’altération avait fini par atteindre et détruire és éléments nerveux, et ainsi une guérison complète n’était plus possible. Les toubles qui tiennent à l’excitation ou à la compression disparaissent ; mais Ceux qui, comme la paralysie, sont liés à la modification anatomique des cellules et des tubes nerveux, persistent nécessairement. C’est un phénomène du genre de celui qu’on observe dans l’hémorrhagie cérébrale, où le caillot Sanguin déchire et comprime tout à la fois les éléments nerveux. La mort peut être la conséquence des lésions syphilitiques de l'encéphale lorsqu'elles sont étendues ou que, circonscrites , elles occupent une région, comme la moelle allongée, dont l'intégrité est essentielle au maintien de la vie. Il est

des cas aussi où des accès épileptiformes qui jusque-là n'avaient présenté aucune gravité redoublent tout à coup de fréquence et sont suivis du com et de la mort, sans que l’autopsie fasse toujours connaître la raison de cett terminaison subite et rapidement fatale (obs. XXX ).

Diagnostic. — Le diagnostic de l'encéphalite syphilitique est difficile à caus des nombreuses formes symptomatiques qui peuvent se présenter. Pourtant la succession et la modalité des symptômes peuvent mettre sur la voie de la cause spécifique. Une céphalalgie intense, persistante et opiniàtre, avec paroxysmes nocturnes, étourdissements et vertiges, cédant rapidement à l'emploi du mercure ou de l’iodure de potassium, est un signe d’une grande valetr diagnostique. L’insomnie, qu’elle soit ou non liée à ce symptôme, est un signe non moins important et non moins fréquent (1). La paralysie syphilitique est remarquable par Pirrégularité de sa distribution et sa marche saccadée. L'hémiplégie n’a ni le début soudain ni la stabilité de l’hémiplégie symptos matique d’une hémorrhagie ou d’un ramollissement cérébral consécutif à une oblitération artérielle, excepté dans le cas où cette oblitération est vente s'ajouter au processus syphilitique. Des attaques épileptiformes sans aura, des accès convulsifs cloniques où toniques sans perte absolue de connaissance, précédés et suivis d’une céphalalgie plus ou moins violente, constituent d'autre part des modes symptomatiques qui font justement soupçonner la syphilis.

Mais il importe de ne pas s'arrêter à l'examen d’un seul système; chaque organe doit être interrogé avec soin, et ainsi, s’aidant des commémoratifs êt tenant compte des affections concomitantes cutanées, osseuses ou viscérales, et de l'état de cachexie qui fait rarement défaut, le médecin parviendra le plus souvent à reconnaitre, avec le siége et l'étendue de la lésion, la source d’où elle dérive. Cest ainsi qu'une certaine déformation du foie coïncidant avec une albuminurie légère peut avoir dans l'espèce une grande importance diagnostique. Enfin, dans le cas où l’ensemble phénoménal vient à constituer l'un des syndromes connus sous le nom d’épilepsie, d'hémiplégie avec ou sans aphasie, ou même de paralysie généralisée, l’âge des malades et cette circonstance que le désordre maladif ne remonte pas au delà de l'apparition de la syphilis, seront des indications précieuses. Ilne faut pas oublier d’ailleurs que l’encéphalite tertiaire reste toujours localisée à une partie du cerveau. …

Les troubles cérébraux engendrés par les boissons spiritueuses sont faciles à différencier de ceux qui appartiennent à la syphilis. Dans l'alcoolisme, en effet, le malade est tourmenté par des rêvasseries, des illusions et même des ballucinations ; la sensibilité est toujours troublée et la céphalée nulle. De même les accidents paralytiques produits par le plomb se distinguent par leur localisation spéciale aux muscles extenseurs des membres. La paralysie générale progressive, telle que l'ont décrite les médecins français, n’est Jamais, comme l'ont pensé quelques auteurs, un effet de la syphilis, dont le caractère, dans sa phase avancée, est de se traduire invariablement par des lésions uniques ou multiples, mais limitées, toujours partielles et peu étendues. À Ja vérité les désordres Symptomatiques de la syphilis cérébrale peuvent offrir

(1) Consultez, sur ce symptôme, Fracastor, /oc. cit,: Sigmund, dans Arch. de méd,, 4857, t. I, p. 225 ; Reynaud, dans Ann. des maladies de la peau et de la syphilis, 1. I, p. 312.

une grande ressemblance avec ceux de la paralysie génér regarde de près, on s'aperçoit que cette ressemblance est plus fictive que réelle, et qu'elle tient à la localisation de l’altération sur un centre particulier à

a motilité où à certaines facultés intellectuelles, et non à la lésion de toute la Jériphérie de l’encéphale. En somme, il existe entre l’encéphalite syphilitique st l'encéphalite de la paralysie générale la différence que nous avons constatée ntre la cirrhose de la syphilis et la cirrhose de l'alcoolisme; l’une est sénérale, tandis que l’autre est toujours partielle, aussi, peut-on différenier ces affections. Céphalée intense au début, blépharoptose, strabisme, accès npoplectiformes, suivis d’hémiplégie et de troubles divers de la motihté want pour caractère spécial de disparaître rapidement ou instantanément ; els sont les principaux Symptômes pouvant faire reconnaître les paralysies syphilitiques qui se rapprochent le plus de la paralysie progressive des aliénés. L'évolution des symptômes est, dans l'espèce, de la plus grande importance.

Logées dans le cerveau ou situées à la surface des méninges, les tumeurs iuberculeuses et sarcomateuses de l’encéphale donnent lieu à des troubles qu'il mest pas toujours facile de séparer de ceux qui appartiennent aux tumeurs syphilitiques ; mais, en tenant compte de l’âge des malades, de leurs antécédents morbides, de l’évolution du mal, on parviendra le plus souvent à soupçonner, sinon à diagnostiquer sûrement la nature de chacune de ces altéraions. Les tubercules sont en effet l'apanage à peu près exclusif du Jeune âge, ble cervelet est un de leurs principaux lieux d'élection. Le sarcome, au conhraire, est l'effet d’un âge plus avancé. Il se fait remarquer par la lenteur de son développement et par une marche progressivement croissante, tandis que le néoplasme syphilitique s’arrête le plus souvent à un moment donné ile son évolution. L’hémorrhagie cérébrale et le ramollissement ischémique se listmguent par une hémiplégie persistante, tenace, peu susceptible d’amélioration. Le diagnostic de la localisation syphilitique ressort nécessairement le l'étude symptomatique. La différence des symptômes, selon que les hémisphères, le cervelet ou le bulbe sont affectés, n’a ici rien de spécial ; mais il importe de savoir que les accès épileptiformes ‘indiquent une lésion des méninges ou de la périphérie de l’encéphale.

-Localisée dans l’encéphale, la syphilis doit être regardée comme une maladie grave, non-seulement en raison de l'importance des fonctions lésées, mais encore à cause de la fréquence des rehcutes. Il arrive trop souvent de voir une amélioration ou même une guérison rapide être suivie d'accidents plus intenses que les premiers et plus difficiles à combattre {obs. XLV). Une statistique due au docteur Gjôr nous apprend que, sur 30 malades, 5 furent guéris, 12 obtinrent une amélioration, 6 n’éprouvèrent aucun changement, 7 moururent (1). Sur 147 cas réunis par Lagneau fils, on compte une terminaison plus ou moins heureuse 83 fois, une terminaison funeste 57 fois, c’est-à-dire dans les deux cinquièmes environ des cas. La mort fut 7 fois l'effet d’une maladie incidente.

ale ; mais, lorsqu'on

(1) Gjôr, Norsk Magazin, t. XI, p. 694. — Schmidt's Jahrb., t. CI, p. 794 (Arch. de méd., mai 1859, p. 615).

LANCEREAUX, Syphilis, 2° édit. 2

L'examen des faits, d'accord avec les données de la physiologie, indique que les lésions les plus graves sont celles qui portent sur les parties les plus essentielles à la vie. Les lésions osseuses ou méningiennes, celles qui n'occupent que la périphérie et la convexité de l'encéphale, sont beaucoup moins graves que celles qui atteignent les parties plus profondes et la base. Relativement aux symptômes, on peut dire que la céphalalgie et l’insomnie sont sans gravité. Les vertiges, les accès convulsifs, ne permettent pas toujours de préjuger sûrement l'issue de la maladie ; mais ils sont moins à redouter que les symptômes paralytiques et les troubles des facultés intellectuelles { idiotie, hébétude, torpeur, somnolence), qui, de tous les désordres syphilitiques de l’encéphale, sont certainement les plus graves. Ces accidents sont d'autant plus sérieux qu’ils sont plus anciens, parce qu'il y a à craindre une destruction plus ou moins considérable des éléments nerveux circonvoisins: Cette destruction est à peu près certaine quand une contracture permanente vient s'ajouter à la paralysie. Quoi qu’il en soit, les localisations syphilitiques de l’encéphale sont moins redoutables, même en l'absence d’un traitement spécifique, que toutes les affections d’une provenance différente ; c'est surtout lorsqu'on sait les reconnaître et les traiter assez tôt que ces manifestations peuvent être avantageusement combattues. t

S 3. — Myélite syphilitique.

Breciograpnie. — S. Wizxs, dans Med. Times and Gaz., t. Il, p. 85, 1861. Art.de Hutchinson et Jackson. — Mac Dowez, Dublin quarterly Journal, N. S. XXXII, p. 324: —E. Wacer, Das syphilom, etc. Archiv de Heilkunde, 4863, p. 173.— W. Moxow, On syphilitic disease of the spinol cord. Guy’s Hospit. Reports, S. HE, vol. XVI, p. 20% 48741.— J. M. Cuarcor et GomBauLr, Sur un cas de lésions disséminées des centres nerveux observées chez une femme syphilitique. Archives de Physiologie normaleset patholog.,t. V, p.143, 1873. — L. Hare, Cas de paralysie syphilitique, The Ameri= can Journ. of syphilogr. and dermatology, oct. 1872. 1

La moelle épinière, d’une composition histologique peu différente de celle du cerveau, est, comme ce dernier organe, sujette à l’action du virus syphilitique: Certains faits de guérison de paraplégie sous l'influence d’un traitement spéci= fique attestent cette action que rendent indubitable les caractères de l’altération constatée dans quelques cas suivis de mort. Les affections médullaires syphilitiques appartiennent surtout à la période tertiaire, mais on peut aussi Mes rencontrer avec des caractères un peu différents dans la période secondairés la lésion qui les constitue alors est plus étendue et se rapproche davantage du processus phlegmasique ordinaire. |

Etude anatomique. — Les lésions syphilitiques de la moelle épinière occupent, comme celles de l’encéphale, tantôt les enveloppes et plus parüculièrement la dure-mère spinale, tantôt la substance nerveuse. Un épaississement plus ou moins considérable des méninges avec adhérences aux parties voisines, des dépôts gommeux situés sur la face interne ou êxterne de ces membranes, telles sont les altérations des enveloppes Spinales. Plusieurs cas de syphilis viscérale mentionnent l’une ou l’autre de ces dispositions. Le docteur Voillemier nous a montré autrefois un dessin figurant

> Ja présence de néoplasmes gommeux à la surface interne de la dure-mère ra- * chidienne ; un exemple analogue se rencontre dans l'ouvrage de Zambaco (1). » Le pourtour de la moitié inférieure de la région dorsale de la moelle et de toute - Pétendue de la région lombaire était envahi par un épanchement gélatineux de consistance gommeuse. Une femme paraplégique qui succomba à l’âge de cinquante-trois ans et qui se disait infectée de syphilis par son mari, fut examinée par Wilks qui trouva dans la région lombaire de la moelle épinière - du côté droit un dépôt dur du volume d’une noix et d’une étendue de trois quarts de pouce, entouré par les racines postérieures des nerfs auxquelles il adhérait entièrement. Incisée, cette masse parut composée d’une substance opaque jaune, amorphe, en tout semblable à la substance qui constituait les nodules trouvés dans les poumons et le foie. A la surface de ce dernier organe existait du reste une cicatrice (2).

Les lésions de la substance propre de la moelle épinière ont été jusqu'ici peu étudiées. De même que les altérations syphilitiques des viscères, elles sont les unes diffuses, les autres circonscrites. Dans les lésions diffuses, dont nous rapportons plus loin (voyez Syphilis héréditaire) deux exemples particuliers à des nouveau-nés, la moelle épinière est plus ou moins indurée, l'épendyme est épaissi, des éléments nouveaux de tissu conjonctif avec ou sans corpuscules amyloïdes existent entre les éléments nerveux, qui sont consécutivement lésés ou détruits. Le fait que voici peut donner une idée de cette sorte de Sclérose. Un homme de cinquante-sept ans, mort des suites d’une paraplégie, présenta, en même temps qu'une myocardite et des cicatrices profondes à la surface du foie, un ramollissement peu étendu avec faible exsudation sanduine vers la partie moyenne de la région cervicale de la moelle épinière. Cette altération se trouvait constituée par des faisceaux de fibres conjonctives, des cellules embryonnaires, des granulations graisseuses, des capillaires graisseux et des détritus d'éléments nerveux. Malheureusement ce fait manque des antécédents du malade; mais il est permis de soupçonner la nature syphilitique de à lésion médullaire d’après sa coexistence avec les cicatrices hépatiques.

L'observation très-intéressante récemment publiée par Charcot et Gombault donne, avec les détails les plus complets, la description d’une myélite diffuse Dartielle coexistant avec des plaques de sclérose encéphalique dont lorigine syphilitique paraît peu contestable. À la partie supérieure de la région dorsale, sur une étendue d’un centimètre environ, la portion latérale gauche “le la moelle est légèrement renflée et imdurée. L’arachnoïde épaissie englobe les racines nerveuses correspondantes, qui sont grises et manifestement atro- Phiées. Au niveau de cette altération, dans la moitié gauche de la moelle et dans les cordons postérieurs, le tissu a pris une couleur gris rose uniforme et Paraît très-vasculaire, sa consistance est grande ainsi que son élasticité; il est impossible de distinguer la substance grise qui est envahie par le produit morbide. Au-dessous, la coloration grise se limite de plus en plus exacteent au cordon latéral. Au-dessus, elle occupe les cordons postérieurs jusqu’à là partie supérieure de la région cervicale. Au niveau du point renflé, on voit

(4) Zambaco, Des affections nerveuses syphilitiques, Paris, 1862, p. 251. (2) Voy. Hutchinson et Jackson, Med. Tim. and Gaz., 1861,t. II, p. 85.

que la tuméfaction de l'organe est constituée en partie par l’épaississement de la pie-mère et de l’arachnoïde, qui enveloppent les racines des nerfs altérées à ce niveau et les app | n

de largeur, son tissu se colore par le carmin, sa partie postérieure et externe, transformée en gros faisceaux fibreux verticaux, est confondue avec la face profonde de la pie-mère. Les éléments nerveux ont à ce niveau disparus

d’épais tractus conjonctifs, partis de ce point, traversent toute la largeur du

cordon pour gagner la substance grise ; ils servent de support à des vaisseaux couverts de noyaux et dont la gaine est remplie de corps granuleux cellulaires: Dans cet espace, le tissu est en grande partie formé de corps étoilés entre lesquels on distingue à grand'peine çà et là un cylindre d’axe. On y rencontré quelques corps volumineux munis de prolongements multiples, abondants surs tout au niveau de la substance grise. Il existe en même temps une dégénés rescence secondaire descendante du cordon latéral gauche et ascendante des

cordons postérieurs. Après ce que nous Savons des manifestations syphilitiques

des viscères, il ya lieu de penser qu'il s'agissait d’une modification analogue dans la plupart des observations de paraplégie syphilitique sans lésion appré= ciable rapportées par les auteurs : on est d'autant plus porté à le supposer, qu'aucun examen microscopique n’a été fait (1). Une semblable supposition peut être faite pour quelques cas de paraplégie suivie de guérison (2). Rappelons que dans notre cas de tumeur gommeuse du bulbe, une des moitié de la moelle épinière était le siége d’un foyer inflammatoire.

La tumeur gommeuse constitue la lésion caractéristique de la forme ci conscrite. Quelques faits seulement indiquent l'existence de cette lésion. L'un d'eux, rapporté par Mac-Dowel, signale, avec l'intégrité des méninges, l’exis tence, au centre de la portion dorsale de la moelle épinière, d’une tumeur sé tendant à droite de la ligne médiane, de consistance ferme et de couleur jaus nâtre. Cette tumeur, du volume d’un gros pois, est parfaitement ronde, lisse à sa surface extérieure, et, sur une coupe, elle offre une apparence fibro-gélæ tineuse. Le tissu nerveux qui l'entoure est très-ramolli, fortement injecté, tacheté de jaune à son centre. Il n’y a pas trace de tubercules dans les pous mons. Le foie est cirrhosé, la rate grosse et ramollie; les reins sont sains. Une observation qui fait partie du mémoire de Wagner mentionne l'existence d’une tumeur du volume et de la forme d’une noisette, d’une coloration blanc bleuâtre, avec noyau jaunâtre, occupant le centre de la moitié gauche dela moelle allongée. Une autre tumeur du volume d’une noix, d’un aspect lardacé à la coupe, siégeait en même temps dans l'hémisphère gauche du cervelet. Be foie adhérait partout aux organes voisins; mais avec l’auteur lui-même 08 ne peut s'empêcher, ainsi que le fait remarquer le docteur Jaccoud (3X

de conserver quelques doutes sur l’origine syphilitique de cette dernière altéz ration.

(1) Voy. Gjôr, Norsk Magazin, XI et XIX, 1856. — Ricord, Clinique iconographique de l'Hôpital des vénériens. — Zambaco, Des affections nerveuses syphilitiques. Paris, 1862.

(2) Follet, Paraplégie syphil.; guérison, Bulletin de thérapeutique,t. LXXIIL, D. 90. 1867. — Chevalet, Paralysie aiguë ascendante quérie par les onct. merc., Ibid., 77, p. 328. — O. Bayer, Heilung einer acut. ascend. spinal Paralysie unter antisyphil Behand!. Archiv d. Heilkunde, vol. IX, p. 105, 4869.

(3) La paraplégie et l'ataxie des mouvements. Paris, 1864.

liquent sur le cordon latéral. Celui-ci n’a pas augmenté |

Hale signale la présence d’une gomme de la moelle au niveau de la troisième vertèbre lombaire d’un nègre qui avait eu d’abord une paralysie de la jambe droite, puis une paraplégie complète avec rétention d'urine. Chez un

» homme mort de paraplégie à l’âge de trente-cinq ans, et qui, sept ans plus tôt, - avait été atteint de chancre et d’éruption syphilitique, Moxon constata l’exis-

tence, dans la moitié inférieure de la moelle épinière, au-dessous de la pie-

» mère, de plusieurs taches brunes ou noirâtres variant depuis l’étendue d’un » grain de mil jusqu'à celle d’un pois. Ces taches étaient manifestement plus “fermes que les parties voisines de la moelle, qui était indurée dans son

quart supérieur, molle dans ses trois quarts inférieurs. Elles étaient formées par une masse foncée, peu ferme et résistante, au centre de laquelle se trou- Yait une substance molle, gommeuse, jaunâtre, élastique, différente par sa consistance de la substance voisine, et qui présentait à la coupe une forme semi-circulaire. Cette altération occupait surtout les cordons postérieurs et les cordons latéraux de la moelle ; elle présentait à l'examen microscopique, dans la zone extérieure, du tissu conjonctif fibrillaire, à noyaux très-nombreux, parsemé de masses de myéline ; au centre se trouvait un tissu jaunâtre de même structure, sauf que ses éléments étaient en voie de dégénérescence. La zone extérieure renfermait des vaisseaux sanguins ; on observait un grand nombre de corpuscules granuleux dans le tissu médullaire du voisinage; les os de la voûte crânienne étaient sclérosés.

Ces différents faits mettent hors de doute l’action de la syphilis sur la moelle épinière ; ils montrent que les productions syphilitiques de cet organe ne diffèrent pas sensiblement de celles du cerveau. Mais, à côté des lésions qui intéressent primitivement le centre médullaire ou ses enveloppes, il existe des altérations secondaires résultant d’une modification de la colonne vertébrale. Ces altérations, peu différentes de celles que produirait un corps étranger venant comprimer le centre médullaire, sont évidemment subordonnées au désordre anatomique du système osseux et au degré de compression qui en est la conséquence. Elles sont constituées par des phlegma- Sies avec ramollissement et destruction plus ou moins considérable des éléments nerveux. |

Les lésions vertébrales dont ces myélites dépendent se montrent sous forme d'exostoses, de caries ou de nécroses. Chez un soldat dont Minich de Padoue a publié l’observation, il y avait au milieu de la deuxième vertèbre dorsale une Saillie douloureuse qui fut à bon droit considérée comme une exostose syphilitique, lorsqu'on vit l’iodure de potassium amener la guérison d’une paraplégie concomitante. Un fait analogue a été observé par Piorry. Dupuytren, Montfalcon, Leprestre (de Caen), ont rapporté des observations de carie vertébrale syphilitique (1).

Étude symptomatique. — Les symptômes particuliers des lésions syphilitiques de la moelle épinière présentent des différences nécessairement en rap-

(1) Voy. Léon Gros et Lancereaux, Des affections nerv. syphilitiques, 1861, obs, CCXXXV, CCXL, CCXLI, CCXLI, CCXLIN. — Comparez : Allain, Compression de la moelle épinière par une

ou plusieurs exostoses syphilitiques, dans Monit. des hôpit., 1858. — Passavant, Syphilitische

Lahmungen Virchow’s Archiv, XXV, 1862.

port avec le siége de la localisation anatomique sur tel ou tel point de l’enveloppe ou du centre spinal. Vouloir indiquer ces différences, ce serait nous mettre dans l'obligation de parler de tous les faits connus ; aussi nous borne= rons-nous à faire connaître les phénomènes le plus généralement observés: L'un des plus importants, dans le cas d’altération des enveloppes, est une rachialgie localisée, parfois intense et plus violente dans la nuit, quand sans doute il existe en même temps une lésion du canal rachidien. Ainsi un malade observé par Ch. Bernard accusait la sensation d’une barre ou constriction autour des reins et du ventre. C’est d’autres fois à l’extrémité des cordons ner veux des membres que se fait sentir la douleur, qui n’a jamais n1 l’intensités ni la rapidité des douleurs de l’ataxie locomotrice franche. Les malades accus sent en outre des sensations diverses de froid, d’engourdissement, qui ont pour siége plus spécial les extrémités (1). La sensibilité tactile est quelquefois” altérée : elle était très-affaiblie chez un malade de Houstet, dont les extré= mités inférieures étaient d’ailleurs froides et avaient perdu le mouvement; il en était de même chez d’autres malades, soignés par Sandras, Allam, La= gneau père, Pétrequin, etc. | Un symptôme plus commun et qui fait rarement défaut, lorsque la moelle» est affectée, c’est la paralysie. J. Frank va même jusqu’à considérer la vérole comme étant l’une des causes les plus fréquentes de la paraplégie. Depuis” Houstet (2), qui, en 1733, guérissait à l’aide de frictions mercurielles un indie vidu atteint de paralysie complète des deux membres inférieurs, de rétention des urines et des matières fécales, d'impuissance virile, plusieurs observations plus ou moins analogues (3) ont été rapportées; mais elles n’ont pas toutes un cachet d'absolue certitude au point de vue d’une liaison causale avec lan syphilis. Or, si l’on s’en tient aux faits les mieux observés, la paraplégié survient presque toujours longtemps après l'apparition de la diathèse syphi= litique, elle a un début lent et progressif plutôt que brusque ; caractériséé dès l’abord par de l'incertitude et de la faiblesse dans la marche, elle présentes avant d'être complète, des oscillations fréquentes, ce qui est le propre d’un grand nombre de manifestations syphilitiques. Le plus souvent limitée aux. membres inférieurs, cette paralysie envahit parfois les membres supérieurs (obs. Landry), assez rarement elle est accompagnée de contractures ou dé convulsions. Un malade de Cirillo et un autre de Portal avaient bien des mouvements convulsifs dans les extrémités inférieures ; mais il n’est pas parfaitement établi que ces deux malades dussent leur affection à la syphilis. Ces symptômes, du reste, lorsqu'ils existent, font ordinairement partie des. premiers ou des derniers désordres qui viennent révéler l'existence d’une affec” tion médullaire syphilitique. | De même que les encéphalites, les myélites syphilitiques ont des moments d'arrêt dans leur marche, et lorsque par l'emploi d’un traitement approprié:

(1) Voy. une observ. de Vidal (de Cassis), Traité des maladies vénériennes, Paris, 1859; p. 486, et une autre de Landry cité par Zambaco, p. 231. (2) Mémoires de l'Académie royale de chirurgie, t. IV, p. 224. Paris, 1810.

; (3) On trouvera ces observations et leur indication bibliographique dans l'ouvrage de G. Lagneau et dans le nôtre, |

on arrive à produire une amélioration qui est presque la guérison, il n’est pas are de voir survenir une rechute. De cette façon les affections syphilitiques 6 la moelle épinière peuvent avoir une durée assez longue; leur guérison est jantôt complète, tantôt incomplète. Quelques faits établissent la possibilité d'une cessation définitive de tout trouble fonctionnel ; mais il en est d’autres qui se sont terminés par la mort.

Diagnostic. — Le diagnostic de la myélite syphilitique présente de grandes difficultés, et s’il arrive que cette affection passe quelquefois inaperçue, par contre, il n’est pas rare de voir attribuer à la syphilis et traiter en conséquence des paraplégies qui ne sont rien moins que spécifiques. Il importe de ne pas oublier que les lésions syphilitiques tertiaires de la moelle épinière ont pour principaux caractères, de même que les lésions cérébrales, hépatiques et puliMmonaires, d’être circonscrites, lentes dans leur évolution, insidieuses dans léur début, et ainsi on comprendra que ces lésions, tout en paralysant le mou- Yement volontaire, laissent quelquefois persister, du moins en partie, la sensibilité et les mouvements réflexes des membres. Les affections qui simulent les désordres fonctionnels liés aux lésions syphilitiques de la moelle épmière sont myélite partielle chronique ou sclérose médullaire, et certaines tumeurs éndothéliales et fibreuses, dont l’évolution est lente et dont les symptômes sont quelquefois peu différents de ceux que causent les dépôts syphilitiques. Or, Comme il n'existe aucun signe propre à ces altérations, il en résulte que les antécédents du malade et les affections concomitantes sont à peu près les Sèules bases du diagnostic. Une paraplégie incomplète, accompagnée de sensations douloureuses sur le trajet des cordons nerveux et de contracture, indique plus particulièrement une lésion des enveloppes ; au contraire, une paraplégie complète avec mouvements réflexes est plutôt le signe d’une lésion primitive de la moelle épinière.

“Si l’on s’en tient aux faits connus, il est difficile d'indiquer avec précision le dégré de gravité des myélites syphilitiques, et d’ailleurs leur pronostic varie nécessairement avec le siége et l'étendue de l’altération. Comme une guérison complète peut avoir lieu dans certains cas,!lorsqu'un traitement intervient avant destruction des éléments nerveux, les lésions syphilitiques de la moelle épi- Hière sont relativement moins sérieuses que celles de la plupart des affections déce même organe. La destruction une fois produite, les désordres symptomatiques sont irrémédiables, et peut-être y a-t-il lieu de rattacher à la syphilis Cértains cas de paraplégie ancienne sans atrophie sensible des muscles et avec conservation du pouvoir réflexe.

8 4. — Affections syphilitiques des nerfs.

De même que l’encéphale et la moelle épinière, les cordons nerveux sont passibles des lésions syphilitiques, soit que celles-ci envahissent primitivement une plus ou moins grande partie de leur étendue, soit que secondairement elles les affectent par suite de la compression résultant des altérations des organes de voisinage et surtout des os. Les exostoses, les hyperostoses, les lésions des tissus fibreux, etc., sont en effet autant de causes capables de modifier

l'intégrité des cordons nerveux et de déranger leurs fonctions. Déjà nous avons rattaché à une altération de ce genre les hémiplégies faciales qui surviennent au début de la période secondaire; mais ces lésions indirectes fixeront peu notre attention, et nous nous arrêterons de préférence aux lésions tertiaires, à celles surtout qui intéressent directement la substance même des cordons nerveux.

Étude anatomique. — Envisagées au point de vue où nous nous plaçons, les modifications anatomiques que présentent les nerfs sont de deux ordres, et se traduisent, soit par l’épaississement de la trame de tissu conjonctif (névrite interstitielle, hyperplasie diffuse), soit par la présence de nodules comparables aux névromes, mais qui en réalité ne sont que des tumeurs gommeuses, Chez une malade affectée de syphilis constitutionnelle, de paralysie complète de la cinquième paire, et sujette à des accès d'épilepsie, Todd (1) trouvale ganglion de Gasser et les nerfs qui en émanent atrophiés par suite d’une com pression exercée par des fausses membranes (in consequence of pressure from adherent membranes). Une observation déjà signalée de Bayle et Kergaradec note la destruction des nerfs olfactifs, le ramollissement et la diminution de volume des nerfs optiques. Ces mêmes nerfs, le gauche surtout, sont, dans un cas rapporté par Meyer (obs. VIT), petits et manifestement atrophiés. Dans un fait de Esmarck et Jessen (2), les nerfs oculo-moteurs, noueux à leur sortie du crâne, présentent une épaisseur triple de leur volume normal, et sont transformés, ainsi que le névrilème, en une masse homogène, lardacée, constituée par une substance finement grenue. Le trijumeau gauche est hypertrophié, les nerfs acoustiques du même côté ont une coloration d’un jaune pâle. Un cas d’amaurose syphilitique rapporté par Dittrich (3) fait mention d’une transformation du nerf optique en une masse d’un gris sale, flasque, villeuse et fibreuse. Virchow a observé à la place du nerf oculo-moteur droit une masse épaisse, rougedtre et calleuse; l’oculo-moteur gauche était tuméfié et infiltré d’un tissu rougeàtre, et les nerfs olfactifs se perdaient dans un tissu pathologique de nouvelle formation. Il serait difficile de ne pas voir dans quelques-uns de ces faits, malgré des détails anatomiques assez incomplets, une altération primitive du nerf dont la trame unissante serait le point de départ. Notons cependant que, dans la majorité des cas, les lésions syphilitiques des nerfs crâniens coexistent avec l’altération des artères du voisinage et l’épaississement circonscrit des méninges molles (4 temps qu'elle indique la marche du processus phlegmasique de la circon= férence vers la profondeur du nerf, rend compte de la localisation spéciale de celte altération, et explique la disparition parfois rapide, sous l'influence d’un traitement spécifique, des troubles particuliers à ce genre d'affection. Cependant, même dans ces cas, les tubes nerveux peuvent être atrophiés par l’infil= tation de jeunes cellules semblables à celles des dépôts gommeux (5)

). Cette circonstance, en même

(4) Voy. Hutchinson et Jackson, loc, cit., p. 133.

(2) Esmarck et Jessen, dans Allgem. Zeitschr, für Psychiatrie, 1857, p. 20 et suiv.; L. Gros et Lancereaux, /oc. cit., p. 288.

(3) GTA Vierteljahrschr., 1849, t. I, p. 23.

(4) Voy. J. Hughlings Jackson Cases of disease of t} | hosp. ROAD LV. Ÿ ve Dre : f f the nervous system, London p.

(5) Voyez Fr. Robinson, dans Transact. of the path. Soc. of London, vol. 64 p. 17.

Dixon (1), dans deux cas de syphilis tertiaire, a constaté, en partie dans l’eneloppe, en partie dans la propre substance des nerfs optiques, oculo-moeur, droit externe et trijumeau, de petites masses rougeatres ou jaunâtres très-fermes. Des dépôts analogues occupaient en même temps les membranes cérébrales et s’étendaient autour de la carotide interne et de l’artère basilaire. Rayney fit l'examen d’un de ces dépôts qui était d’un jaune pâle, dur et presque cartilagmeux, et le trouva formée d’un tissu fibreux mélangé de matière granuleuse. Portal (2) rapporte qu'une femme depuis longtemps atteinte de syphilis (exostose) présentait au fond de l'orbite une tumeur fongueuse de la grosseur d’une fraise, adhérente au bulbe du nerf optique. Le Sphénoïde était carié près du trou optique. La dure-mère adhérait aux os. La Substance cérébrale était ramollie vers les éminences mamillaires ; il y avait un épanchement rougeàtre dans les ventricules.

Les nerfs cérébraux sont le siége le plus habituel des localisations syphilitiques, qui se montrent surtout à leur point d’émergence. Plus rares sont es lésions des nerfs rachidiens. Le sciatique, en raison sans doute de son olume et de sa vascularité, les cordons nerveux du plexus brachial sont Iparmi ces organes ceux dont les désordres ont été le plus souvent rattachés à Ma syphilis ; mais les caractères anatomiques de ces désordres n’ont pas encore été, que je sache, vérifiées par l’autopsie. Cependant, à en juger par l’atrophie MMmusculaire qui les accompagne quelquefois, les altérations de ces nerfs ne diffé- Meraient pas sensiblement de celles des nerfs cérébraux, de sorte que la description anatomique qui précède peut s'appliquer aux cordons nerveux en général.

Étude symptomatique. — Une étude collective des symptômes qui corres- -pondent aux lésions syphilitiques des nerfs est difficile en raison de la différence de fonction physiologique propre à chacun de ces organes. Effectivement, à ne prendre que les nerfs cérébraux qui sont le plus souvent affectés, On voit qu’il en est, comme le moteur oculaire commun, le moteur oculaire externe, le grand oblique, dont l’altération amène presque invariablement la paralysie des muscles moteurs de l'œil; tandis que le trijumeau révèle sa souffrance par des phénomènes douloureux, et que les nerfs optiques déterminent des troubles de la vision. Ainsi il importe d'étudier séparément les désordres fonctionnels relatifs à chaque paire nerveuse.

Page 1