‹ Traité historique et pratique de la syphilisChapitre 48 sur 98 · NERFS PNEUMOGASTRIQUES ET SPINAUX OU DIXIÈME ET ONZIÈME PAIRES · texte numérisé non relu

NERFS PNEUMOGASTRIQUES ET SPINAUX OU DIXIÈME ET ONZIÈME PAIRES

I n’est jusqu'ici, à notre connaissance du moins, aucun fait positif qui in dique que les nerfs pneumogastriques aient jamais été le siége réel d’une 16 calisation syphilitique. Cette lacune semble tenir à la grande facilité de con fondre avec des désordres pulmonaires les troubles qui résultent de l’altératio de ces nerfs, comme aussi au peu de soin que l'on met à rechercher les lésions dont ils peuvent être affectés. Pourtant, il y a lieu de se demander sie n'est pas à l’altération des nerfs pneumogastriques ou des nerfs spinaux d l'on doit attribuer certaines paralysies du pharynx, certaines affections asthmatiques (2) ou gastralgiques (3), qui ont paru céder assez rapidement à l'emploi d'un traitement spécifique. Ajoutons que des cas d’aphonie ont pu étre rattachés à une altération syphilitique située au niveau de l'artère basilaire et s'étendant jusqu’à ces nerfs (4).

NERFS HYPOGLOSSES ET GLOSSO-PHARYNGIENS.

L'existence d’une lésion syphilitique des nerfs hypoglosses n’est jusqu'ici nullement établie, et si, dans certains cas de syphilis, il est fait mention dela difficulté ou de l'impossibilité d’articuler les sons, ce trouble se rattache à une altération tout à fait indépendante de ces nerfs (5). Aucun fait, que je sache, n'indique de lésion ou de troubles syphilitiques avérés du côté des nerfs glosso-pharyngiens. Mais on conçoit que les nerfs en question soient, à cause de leur voisinage avec les artères vertébrales, susceptibles d’être compris dans

(1) Mémoires de La Société de biologie, t, IV, année 1852. — Comparez . O'Conor, Paralysie double de la face, dans Union méd., 1861, t. II, p. 160, et Dubl. quarterly Journ., févr. 1861. — Maunier, Hémiplégie faciale, dans Gaz. des hôpit., 1862, p. 27. — J. Lane, Cas de paralysie syphilitique de la septième paire de nerfs, The Lancet, II, p. 47, July 4870.

(2) Voy. B. Bell, Traité de la gonorrhée virulente et de la maladie vénérienne Paris, 1802, P- 6838. — EL, Gros et Lancereaux, Loc. cit. |

(3) Trousseau et Andral, cités par Gros et Lancereaux, Loc. cit. p. 67.

k re MU Cases of disease of the nervous system, London hosp. Reports, vol. IV,

(5) Voy. Lagneau, A ffect, nerveuses Syphilitiques. Paris, 1860, p. 322,

-n dépôt syphilitique, et l’on se demande si notre défaut de connaissance est pas le simple résultat du peu de soin que nous apportons dans nos echerches.

NERFS TRIJUMEAUX.

Les symptômes propres aux lésions du nerf trifacial varient non-seulement vec le degré de compression ou d’altération de ce nerf, mais encore avec abranche nerveuse affectée. Des sensations diverses, des douleurs plus ou noins violentes, parfois de l’anesthésie, tels sont, avec des troubles musulaires du côté des mâchoires, les désordres observés en pareil cas. Une malade de Lallemand (1) conserva, à la suite d’une hémiplégie syphilitique nomentanée, des fourmillements et des engourdissements dans tout le côté lroit de la face, comme si une toile d’araignée eût été appliquée sur sa Jjeau. Une sensation semblable existait dans la moitié droite de la langue et lans le pouce droit. Un cas rapporté par Hérard et Baudot (2) fait mention d’un ngourdissement de l’aile droite du nez et des parties voisines de la joue et lé la lèvre supérieure. La douleur, qui est le phénomène le plus constant, jécupe en général l’une des moitiés latérales de la tête (Waton, Rayer, Sadin d'Hurtebise, Yvaren). Tantôt elle est mobile, comme chez une made de Guérard, où elle passa de gauche à droite; ou bien elle se manifeste ‘n même temps des deux côtés (Benj. Bell, Graffenauer, Cruveilhier, Yvaren). Mntôt elle reste limitée à l’une des branches du trijumeau, ou même à l’un es rameaux de ces branches, au rameau frontal de l’ophthalmique. Quelques Auteurs enfin, comme Plenk, Meckel, J. Frank, etc., ont admis une odontalgie Sphilitique, mais sans aucun fait à l'appui. Plus violente au niveau de queljues points, cette douleur s’irradie dans des directions variées; chez une malade 1e Rayer, elle eut d'abord son maximum d'intensité à la tempe gauche, plus tard Sur le front, puis sur le côté gauche de la racine externe du nez, suivant le jrajet du rameau externe du nerf nasal qui est une émanation de l’ophthalmique de Willis. Sans vouloir insister plus longuement sur le siége de ces douléurs, disons qu’elles présentent parfois des paroxysmes nocturnes (Frank), etqu’elles sont, dans certains cas, accompagnées de désordres indiquant que la petite racine, ou racine motrice du même tronc nerveux, participe à l’altétation. Au sujet d’une malade observée par Ozia-Aïmar, et qui guérit par un traitement spécifique, il est dit: « Mandibulas frequenter agitabat (morbus), la ut lintea continuo intra dentes habere cogeretur, quæ identidem mordebat ac dentibus conterebat. » Dans deux cas rapportés, l’un par Waton (3), l'autre par Schutzenberger (4), il est également fait mention d'un tremblement de la machoire inférieure. L’anesthésie et l’analgésie succèdent parfois à ces désordres : c’est l'indice de la destruction plus ou moins complète des racines ou du

tronc nerveux (5).

(1) Rech. anat. path. sur l'encéph., t, KL, p. 101.

(2) Union médicale, 2 janvier 1859.

(3) Deux observ. de tic douloureux de cause vénérienne. Rec. périod. de la Société de médecine de Paris, t.IV,p. 178. .

(4) Gaz. méd. de Strasbourg, 20 mars 1850. — Lagneau, loc. cit., p. 258.

(5) Hughlings Jackson, dans London hosp. Reports, vol. IV, p. 120, 1867. — Hutchinson,

Le diagnostic des lésions syphilitiques du trijumeau repose à peu près e tièrement sur les commémoratifs et les antécédents des malades. Il Import aussi de tenir compte des manifestations concomitantes. Le pronostic mes pas grave, pourvu que l’on n’intervienne pas trop tard.

NERFS RACHIDIENS.

Moins exposés que les nerfs crâniens à l'influence de la svphilis, les cordon: nerveux rachidiens manifestent des troubles de la motilité et de la sensibilit qu'il est parfois difficile de ne pas rattacher à cette maladie. Ces troubles“ montrent sous forme de contracture et de paralysie, ils simulent des névralgies: l’analgésie ou l’anesthésie. Schutzenberger signale chez un de ses malades ün douleur de l'épaule droite et de l’extrémité correspondante, survenant sans caus connue ; cette douleur est accompagnée de crampes qui font incliner la tête vers la droite et d’une contracture des fléchisseurs des doigts. Si les nerfs intercostaux sont lésés, les douleurs occupent les côtés de la poitrine, comm cela s'observait chez un malade de Ebrard, qui ne pouvait dormir à caust d'une constriction et d'une pesanteur dans les parois du thorax. Piorry guérit à l’aide d’un traitement spécifique un individu qui souffrait de douleurs dans les plexus lombaire et sciatique. Notre Traité des affections nerveuses syphilitiques (1) contient trois cas de névralgie sciatique depuis longtemps rebelles à toute médication et qui cédèrent comme par enchantement, quand, venant à soupçonner une syphilis, on prescrivit un traitement mercurieMet ioduré. Vandekeere (2) a relaté un cas de névralgie ilio-scrotale qui fut com- “battue avec succès par la liqueur de Van Swieten. fe

De même il est un certain nombre de cas de paralysie partielle qui paraissent reconnaître une origine spécifique. Un homme âgé de quarante ans, traité pour des douleurs rhumatismales dans le dos, le cou et les bras, eüt plus tard une atrophie de la région supérieure du cou et du membre supérieur gauche avec affaiblissement des muscles de ces régions. Les eaux d'Aix en Savoie avaient dissipé les douleurs : l’atrophie et la paralysie résis= taient aux moxas et aux vésicatoires, quand une éruption de syphilis conduisit à administrer l’iodure de polassium, et cet agent fit cesser tous les aCCIdents (3). Semblable fait se trouve rapporté par Vidal, de Cassis (4). Nous savons d’ailleurs qu’un certain nombre de paralysies partielles avec atrophie

et perte de l’excitabilité électrique des muscles, dont la cause avait pu resté

Paralysie de la cinquième paire, quinze ans après le début de la syphilis, Ophthalmic hospital Reports, V1, 2, 1868. k

(1) Loc. cit., p. 63. Comparez : Cirillo, Traité complet des malad. vénér. Paris, 1803. — J. J. Plenk, Doctrina de morb, vener., Vienne, 1779. — Zambaco, Affect. nerv. syph, 1862. — Bruneau, Sciatique syphil. (Gaz. des hôpit., 1864, p. 118). j

(2) Mém. sur les formes insolites de la syphilis, dans Journ. génér. de méd. et de chirurgde Sédillot, t. CIT, p. 310, — E. Vaulpré, Quelques faits de la névralgie syphilitique (Bullet. de thérapeutique, 30 janv. 1859, et Ann. des malad. de la peau, t. IV, p. 137). — Franceschi, Cas de syphitis tertiaire, dans 17 Raccoglitore medico, 1848, et Gaz, méd. de Paris, 1848, p. 614, — Leubuscher, Deutsche Klinik, n° 6, 1861.

(3) Niepce, Moniteur des hôpitaux, 1853, p. 383.

(4) Traité des matad, vénér., p. 441, Paris, 1855.

“méconnue, provenaient en réalité de la syphilis. Le fait suivant, que nous a communiqué l’un de nos meilleurs amis {1}, vient appuyer notre obser- “ation. Une femme âgée de trente-cinq ans a contracté un chancre, il y a sept “ans (1857) ; elle a eu depuis une roséole, et pendant trois mois elle fut soumise à un traitement par des pilules, après quoi il y eut disparition complète des premiers accidents. Un an plus tard, douleurs et gonflement du genou “droit; pendant toute l’année, souffrances nocturnes ; frictions inutiles. (Traitement des accidents tertiaires : 3 grammes d’iodure de potassium par jour, et guérison après trois mois.) Les douleurs revenant quelques années plus tard, Ja malade reprend l’iodure de potassium. En novembre 1864, nouvelles douleurs au niveau de l'épaule gauche, l’humérus est volumineux et déformé “par la présence des périostoses. Les muscles des régions sus-épineuse et “sous-épineuse sont atrophiés, les muscles deltoïde et grand pectoral ont subi la même altération, ils répondent à peine à l’excitabilité électrique. Il y a exorbitisme et grande difficulté de mouvoir les mâchoires ; l'œil droit, sorti de l'orbite, paraît plus ferme ; les tissus se dépriment sous les doigts, et laissent une dépression comme dans l’œdème dur ; les urines contiennent de l’albumine. Le traitement ioduré est repris, et plus tard l’état s'améliore.

En consultant les faits de paralysie partielle rapportés par Duchenne {de Bou- Hogne), dans son 7'raité de l’électrisation localisée, je me suis demandé si la syphilis n’était pas quelquefois en cause, et j'ai été porté à croire qu’il en était wraisemblablement ainsi dans plusieurs cas.

“ Au résumé, la plupart des troncs nerveux peuvent subir l'influence de la Syphilis; mais, malgré une altération à peu près identique, chaque nerf traduit sa souffrance par des symptômes particuliers en rapport avec la fonction qui lui est dévolue. Les nerfs encéphaliques, par suite de leurs rapports avec les artères cérébrales, sont ceux dont l’altération est la plus fréquente; viendraient ensuite le nerf sciatique, puis les autres troncs nerveux. … Les désordres qui se lient à ces altérations n’ont aucun caractère distinctif; ainsi il importe pour le diagnostic de s’appuyer sur les commémoratifs des malades et de tenir compte de l’exacerbation nocturne des douleurs. Tant qu'il My a pas de destruction des éléments nerveux, ces affections peuvent guérir. Plus tard, la guérison doit être regardée comme difficile; elle n’est peut-être pas impossible, puisque les tubes nerveux sont susceptibles de reproduction, ainsi que l'ont établi les belles recherches de Philipeaux et Vulpian (2).

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