MODES D'ÉVOLUTION, RÉCIDIVES, TRANSFORMATIONS ET COMPLICATIONS
. L'étude de l’évolution de la syphilis acquise n’est pas la partie la moins intéressante de son histoire, et, bien que nous nous soyons attaché, dans la description qui précède, à suivre cette maladie dans sa marche progressive, il n'est pas inutile de revenir sur l’ordre de succession et sur la filiation de ses phénomènes. D'un coup d'œil rapide nous allons en montrer le développement et l’enchaïnement.
Le virus syphilitique, mis en contact avec l'économie, a pénétré par la porté que la science ou le hasard lui à ouverte : l'absorption se fait, il s’avance imsensiblement jusqu'aux parties les plus profondes de l'organisme qu'il impressionne tout entier. En même temps, subissant le travail d’une sorte de conception mystérieuse, il se modifie, se développe, et, au bout d’un mois environ, sa présence et ses eflets s’accusent à l'extérieur par une première manifestation. Au point contaminé apparaît une lésion dite primitive, accident
tout local d abord, mais qui bientôt s'accompagne d’autres manifestations, et surtout d'adénopathies multiples et indolores. ”
J Après un temps d'arrêt ordinairement assez court, flottant entre six semaines ret deux mois à partir du début de l'accident primitif, il se produit, dans le “plus grand nombre des cas, des éruptions de la peau et des membranes mu- “queuses, éruptions disséminées et générales qui ont pour caractère d’être transitoires, superficielles, de ne laisser aucune trace appréciable de leur passage, de se montrer par poussées successives d’une durée de un à plusieurs mois, laissant entre elles un intervalle de temps ordinairement très-variable, en wertu des conditions individuelles et surtout des causes occasionnelles diverses auxquelles se trouvent subordonnées ces manifestations ou leurs récidives. Les choses se passent ainsi pendant tout le cours de la période d’éruption générale ou des localisations secondaires. La durée de cette importante phase de la syphilis est difficile à préciser, elle oscille entre plusieurs mois et quelques années. Les accidents tertiaires se manifestent rarement avant la fin de là première année, de sorte que la durée la plus courte de la période des accidents secondaires peut être de six à huit mois environ, du moins chez l'adulte, car, chez l'enfant, la succession des accidents syphilitiques est souvent plus rapide. Cependant, des récidives de syphilide rubéolique ou papuleuse se Wnontrent quelquefois après un, deux, ou même trois ans à partir du commencement de la maladie, quand aucune lésion gommeuse profonde n’est encore apparue. La période secondaire présente alors une durée de deux ou trois années ; 1} n’est pas commun de la voir se prolonger beaucoup au delà de cet espace de temps.
: Les accidents qui suivent, ou accidents tertiaires, n’anticipent pas sur les accidents secondaires, si ce n’est dans quelques cas de syphilis grave où on les oit apparaître en même temps que ces derniers. Le plus souvent il y a entre les deux périodes un temps d’arrêt qui peut varier entre quelques mois et plu” Sieurs années. Pendant ce moment de calme apparent, l'organisme malade & subi peu à peu, et sans que rien trahisse sa souffrance, une modification de plus en plus profonde, qui va se révéler par des lésions à tendance destructive notablement différentes de celles qui précèdent. Mais il importe de savoir que cette dernière phase de la syphilis ne marche aussi que par saccades; à un accident en succède un autre, entre lesquels l’imminence morbide Se cache et veille sous l'apparence de la santé. Aïnsi il faut éviter de croire trop tôt à une guérison qui serait trompeuse. Cette suspension des manifestations syphilitiques dure-t-elle depuis plusieurs années, dix, vingt, trente ans ét même davantage, il y a ce que certains auteurs ont appelé l’éfaf latent de la syphilis, manière d’être spéciale qui a fait ranger celte maladie parmi les diathèses. Cet état qui se dérobe à notre observation, l’expérimentation le rend Saisissable, l’inoculation est un moyen de le constater ; elle montre que lor- Sanisme n’est pas apte à subir une nouvelle infection, qu'il possède limmunité (1). |
Remarquons que c’est surtout dans la dernière période de la maladie, quand le
(4) Bacrensprung a fait des inoculations avec du pus de chancre induré à deux femmes qui avaient eu la syphilis deux ans auparavant, sans obtenir de résultat. Deux autres femmes atteintes de syphilis deux ans plus tôt ont aussi été inoculées sans succés avec du pus recueilli sur des plaques muqueuses, Gaz. hebdom., t. IX, p. 309. — Consultez Schnepf, dans Annales des maladies de la peau et de la syphilis, t. IV, p. 7.
sang et les produits morbides ne sont plus inoculables, que l'on observe ces in termissions fallacieuses après lesquelles on est étonné de voir reparaître, à l’occasion de la cause souvent la plus msignifiante, les symptômes d’un mal qu'on croyait à tout jamais éteint. Ces rechutes, ou du moins, cette marche singulière, insidieuse, qui a son analogue dans les maladies constitutionnelles et qui appartient encore à la syphilis héréditaire, n’a pas échappé à l'attention des plus grands praticiens. Astruc, Sanchez, Rosen, Fabre et bien d’autres observateurs l’ont reconnue. J, L. Petit disait à propos de la vérole : « On peut avoir cette maladie pendant vingt ans, sans qu'elle se montre de manière à ne pas douter de son existence. » | La syphilis n’a donc pas une évolution régulièrement continue. Maladie chronique par excellence, elle présente quelquefois des manifestations aiguës; habituellement intermittente, elle a des étapes plus ou moins longues jus qu'à ce qu’une cause excitatrice vienne lui donner une nouvelle impulsion ; elle offre ce phénomène singulier, lun des mystères les plus in pénétrables de la pathologie humaine, qu’elle accomplit son évolution par périodes successives dans l'intervalle desquelles la santé reste parfaite n apparence. Le chevauchement de ces périodes est rarement observé: mais il peut arriver que l’une ou l’autre d’entre elles fasse défaut. Or s'il est douteux que la période de l'accident primitif ait quelquefois manqué, il n'en est pas de même de la période d’éruption générale : celle-ci ne se ré vélant par aucun phénomène, le malade passe sans transition appréciable de l'accident primitif aux accidents tertiaires, voire même aux affections viscérales. À s’en rapporter uniquement au dire des malades, les choses auraient souvent lieu de cette façon, puisque, sur près de trente faits dé Syphilis viscérale qui nous sont personnels, dix fois environ nous n'avons pu découvrir la moindre trace d’un accident intermédiaire à l’éruption locale et aux lésions des organes internes. Ainsi, laissant de côté toute idée théo= rique, il y aurait lieu de rechercher si les éruptions de la peau ne sont pas un préservatif par rapport aux manifestations ultérieures. Quelquefois enfin, Ia dernière période fait défaut : l'éruption générale achevée, la syphilis s'arrête comme si elle avait parcouru tout son orbite : comparable sous ce rapport à certaines varioles qui n'arrivent pas à suppuration, elle peut, à juste titre, porter le nom de syphiloïde. Dans ces cas, qui sont loin d’être rares, la syphilis n'est qu'une maladie avortée : légère et bénigne, elle ne laisse à sa suite aucune trace fâcheuse de son passage. On ne saurait trop insister sur ce point, aujourd’hui surtout que la syphilis inspire encore des craintes exagérées. Il faut donc savoir que cette maladie se dissipe complétement dans un grand nombre de cas à la suite des éruptions secondaires, et peut-être même quelquefois après l'accident primitif. | | La syphilis présente dans certains cas une évolution rapide : les accidents se succèdent sans relâche, les manifestations secondaires surviennent en même temps ou peu de temps après le chancre, et sont elles-mêmes immédiatement suivies des lésions tertiaires. Cette forme de la syphilis, qui a reçu l’épithète de galopante ou aiguë, est assez commune chez l'enfant, en raison sans doute de l’activité de toutes les fonctions organiques. Elle s’y fait quelquefois lemarquer par la coexistence des trois ordres d'accidents, primitif,
“secondaire, tertiaire ; c'est du moins ce qu'a vu le docteur H. Roger (1), dans ‘un cas qu'il a coïnmuniqué à la Société médicale des hôpitaux. On la ren- ‘contre chez l’adulte, principalement dans les pays chauds, mais quelquefois aussi dans les climats tempérés, sans qu’il soit toujours facile de saisir les con- “ditions de sa raison d’être. Un fait que nous avons observé récemment dans le service de la clinique est un exemple de cette marche rapide.
Ors. LIIT. — Une jeune femme, âgée de vingt-sept ans, cuisinière, forte et de la meilleure constitution en apparence, contracte en mai 1864 un chancre à la partie interne et supérieure de la grande lèvre gauche. Peu de temps après, fatigue, courbature, douleurs musculaires et articulaires, éruption vraisembla-
“lement papuleuse. (Purgatifs.) En janvier 1865, apparition de deux bubons
dans l’aine gauche. (Onctions avec l’onguent mercuriel, 100 pastilles.) En février, angine et bronchite, plaques muqueuses aux parties génitales (Vomitif.) En mars, éruption qui commence par la partie postérieure des avant-bras, occupe le trajet des cubitus, se généralise ensuite, envahit le cuir chevelu, la partie supérieure du cou, les cuisses et même le tronc. Mouvement fébrile avec paroxysmes le soir, courbature; céphalalgie, étourdissements, douleurs musculaires et articulaires, anorexie, dégoût des aliments. Le 41 avril 1865, date de son entrée à l'Hôtel-Dieu, éruption papulo-croûteuse du cuir chevelu, éruption papuleuse à la racine des cheveux, de couleur rouge maigre de jambon, avec collerette blanchâtre. Dans le dos, plusieurs papules disséminées; sur le devant du sternum, taches MCuivrées couvertes de pellicules épidermiques; taches semblables, à peine sail- Mantes, de un centimètre environ d’étendue, à la partie supérieure des cuisses. Aux avant-bras, plaques disséminées, peu ou pas saillantes, d’une étendue de plusieurs millimètres à 0,01 et demi, recouvertes, comme les précédentes, d'une simple couche de lamelles épidermiques miroitantes. Cette éruption à partout une grande analogie avec le psoriasis guttata, surtout au niveau des avant-bras. Dans la main gauche on constate l'existence de quelques papules. Adénopathies inguinales et cervicales ; absence de lymphangite au niveau des bras ; les ganelions épitrochléens sont durs, ils roulent sous le doigt. Rougeur des deux piliers du voile du palais, légère ulcération à la surface de l'amygdale gauche. (Deux pilules de Dupuytren chaque soir.)
Le 28 avril, la fièvre a cessé; mais la céphalée persiste, elle est nocturne et produit l'insomnie. L’éruption offre une teinte jaune fauve ; l’appétit est toujours médiocre ; la rougeur de la gorge persiste, mais l’ulcération amygdalienne est en partie cicatrisée. Le traitement est continué ; néanmoins, au bout de quelques jours, l'amélioration survenue s'arrête. Les pilules de Dupuytren sont remplacées par des pilules de proto-iodure de mercure auxquelles on ajoute plus tard l’iodure de potassium, des bains sulfureux, un régime tonique. Cependant il n’y a pas de Changement ; l’éruption s’élargit et devient plus abondante, mais l’ulcère de la gorge se cicatrise. Le 15 juin, M. Grisolle ordonne des bains de sublimé et continue le protoiodure de mercure. Le 1° juillet, amélioration notable, les squames sont tombées, les taches s’effacent peu à peu. Le 15 juillet, la malade se plaint de douleurs à la langue ; l'examen fait reconnaître, à la partie postérieure de la face dorsale de cet organe, la présence de trois petites tumeurs sous-muqueuses fermes et saillantes, du volume et de la forme d’un haricot et vraisemblablement gommeuses. Perte nouvelle de l'appétit, état saburral des voies digestives. Un vomitif est admihistré ; l'iodure de potassium est repris et continué. Un mois plus tard, la malade n'offrait plus aucune manifestation syphilitique ; il restait seulement, au niveau des tumeurs gommeuses de la langue, une desquamation épithéliale sous forme de petites taches rouges allongées.
été pi Ste fase. v, p. 429. — Com-
(1) Roger, Bull. de la Sociëté méd. des hôpitaux de Paris, t. IV, , sur
parez : Sicard, Gaz. des hôpitaux, 1863, p. 509. — Ibid. 1857. — J, F. Heyfelder, Ueber galopirende Syphilis (OEsterr. Zeitschr. für prakt. Heilk., n° 3, 1858).
Un certain degré d’acuïté et surtout d'irrégularité dans la marche s’observe principalement dans des cas de syphilis qui se montrent dans les ports de mer, dans des contrées froides et humides ou même dans certaines contrées chaudes, comme en Algérie, chez des individus mal nourris et vivant en dehors des règles communes de l’hygiène. Ces cas sont ceux auxquels on donne le nom de syphilis maligne, en raison de la tendance ulcéreuse ou même suppurative que manifestent les lésions anatomiques qui les caractérisent.
Jusqu'ici nous avons envisagé la marche de ja syphilis indépendamment de toute espèce de traitement. Une question importante et très-controversée nous reste à juger en ce moment. Quelle est l'influence des agents thérapeutiques sur l’évolution des accidents de cette maladie? De l'avis d’un certain nombre d'auteurs, le traitement spécifique a pour effet de retarder l'apparition des accidents secondaires. Mais pendant longtemps ce fut là une simple assertion qui, pour passer dans le domaine des vérités acquises, avait besoin de la sanes tion des faits. Bassereau l’a mise à l'étude ; faisant un relevé comparatif d’un certain nombre de cas d’érythème syphilitique chez des malades qui n’avaient été soumis à aucun traitement général et chez d’autres malades antérieurement traités, cet observateur habile trouva que le traitement avait presque toujours retardé d’une manière notable le développement de cette syphilide (1). Ricord, Bazin et d’autres autorités non moins imposantes partagent l'avis de Bassereau. Cette question, plus complexe qu’on ne l’a cru, nous parait réclamer une nouvelle étude, car à côté du traitement il y à l’hygiène du malade, qui paraît susceptible d’influer sur la marche de la syphilis, et cette circonstance a été trop négligée par Bassereau. |
La durée générale de la syphilis est tellement variable qu’il est impossible d'en fixer les limites. Tandis que cette maladie, dans certains cas, accomplit son évolution en quelques mois d’une façon relativement aiguë, on la voit dans d’autres circonstances se prolonger pendant toute la vie des individus où même se transmettre à plusieurs générations. Chercher à apprécier cette durée est un problème difficile, mais important, puisqu'il met en question la possibilité de la guérison de cette maladie. |
La guérison, et par ce mot nous entendons la cessation définitive de la maladie et non pas seulement la disparition de tel ou tel accident, est, nous osons le proclamer sans hésitation, le mode de terminaison le plus ordinaire de la syphilis. Cette doctrine, toutefois, n’est pas généralement répandue ; la doctrine opposée est depuis longtemps défendue par de grandes notabilités sciens üifiques. Vidus Vidius disait que la vérole accorde des trêves sans jamais fairé la paix, « Magis inducias facit qua pacem ». Il est douteux pour Baglivi que cette maladie, une fois introduite dans le corps, puisse en être entièrer ment expulsée. « Lues venerea, semel recepta in corpus, difficiliter postea deletur ; eJus character adhibitis Specificis mitescit, sed non extinguitur. [mo post triginta et plures annos sub Specie aliorum morborum reviviscit, et me= dicos decipit, Causam morbi ordinariam putantes, cum revera tamen ab exc lato noviter venereo fermento dependeat (2). » À une époque moins éloignée,
(1) Traité des affect. de la peau s
ymptomati mé (2) Praxeos med, libls p, 95: ymp iques de la syphitis, p. 178.
Hanter (1), sans nier la possibilité de la guérison de la syphilis, disait que le mercure ne détruit point l’action syphilitique une fois formée. Cazenave (2) admet la guérison de la syphilis primitive, mais non de la syphilis secondaire. «De celle-ci, dit-il, on ne guérit pas ; on a acquis le tempérament syphilitique, Mfaut vivre ainsi comme d’autres vivent avec le tempérament lymphatique. » Ricord, après avoir partagé l'opinion de ceux qui pensent que la diathèse SYphilitique, une fois établie, ne se détruit plus, s’est plus tard exprimé à ce sujet dans des termes différents : « Quant à moi, pour avoir à mon tour constaté cette triste vérité, je n’en conclus pas cependant à l’incurabilité absolue de la férole, comme on à voulu me le faire dire. Je me demande si la vérole ne pourrait pas guérir, en ne laissant après elle, comme la variole, qu’une modification préservatrice. » Dans cette dernière hypothèse, l'impression syphilitique persisierait indéfiniment même après la cessation définitive de toute manifestation.
Les partisans de la doctrme qui admetque la syphilis est susceptible de guétison sont pour le moins fort rares. Fernel, A. Paré, et d’autres auteurs qui paraissent croire à cette guérison, entendent ainsi la disparition des manifestations plutôt que de l’essentialité morbide proprement dite. On s’étonne ju'une question de cette importance ait si peu préoccupé les esprits, et que, ans les ouvrages les plus complets sur la matière, elle ne soit pas même disuiée. Dans ces derniers temps, toutefois, elle a été mise à l’ordre du jour par Diday qui, voulant démontrer la possibilité de la guérison de la syphilis, attache à prouver que cette maladie est une intoxication et non une liathèse (3); mais avant de rangér parmi les intoxications la syphilis que lautres auteurs, Ricord par exemple, placent dans le groupe des diathèses, My aurait à s'entendre tout d’abord sur les mots diathèse et intoxication. Heureusement cette entente importe peu, car, d’une part, l'observation montre qu'un grand nombre d'individus manifestement syphilitiques finisent par avoir une santé des plus parfaites, sans jamais présenter, pas plus que leurs descendants, la moindre atteinte de syphilis, et, d'autre part, elle mseigne que cette maladie se reproduit et se double quelquefois chez le nême individu. Or, l’expérimentation ayant montré que la vérole n’est plus noculable à un individu contaminé, il faut bien admettre que dans les cas de louble infection la guérison avait eu lieu.
La question de la double syphilis, agitée tout d’abord par les syphiligraphes lu xvi® siècle, a été admise par A. Lecoq (4); mais il est douteux que cet uteur ait parlé d'autre chose que de récidives d'accidents secondaires ou teriaires. Barth. Maggi (1550) croit sans hésitation qu'on peut être atteint de yphilis générale par deux contagions successives. Vidus Vidius (1556) admet , [Wune fois guéri du mal français on est apte à contracter seulement les Ymptômes que nous appelons primitifs. Brassavole considère le fait comme IsSez ordinaire, et pense qu’une première infection prédispose à une seconde. Jette opinion a longtemps prévalu, et l’on n’a pas manqué de répéter qu'une remière infection- syphilitique conduisait à une seconde. Ricord s’est élevé
(4) Œuvres complètes, trad. de Richelot, p. 544. (2) Moniteur des hôpitaux, 19 août 1865.
(3) Lecons sur le chancre, p. 227, 2 édit.
(4) De lue hispanica, 1540.
h00 LA SYPHILIS.
avec juste raison contre cette manière de voir, et n'ayant observé aucun ca de double infection, il a nié que ces cas pussent se rencontrer. Des fait. récents sont venus démontrer ce que cette négation avait d’exagéré. Follir cite trois cas de double infection (1). Boulongne rapporte deux nouveaux faits (2). Diday à pu en rassembler plusieurs exemples empruntés à divers auteurs (3). On constate dans ces faits l’apparition, onze à treize ans après un première infection, tantôt d’un chancre mdurésans engorgement ganglionnaire tantôt, ce qui est beaucoup plus concluant, d’une syphilide exanthématiqu (un cas de H. Lee). Je suis loin de vouloir prétendre que tous ces faits doiven être acceptés sans contrôle ; mais 1l me suffit qu'un certain nombre d’entre eu} ne puissent être récusés, pour que j'admette la possibilité de l’extinction définitive de la syphilis dans un organisme Imfecté, sa guérison en un mot. Comment s'opère cette guérison, et quels sont les moyens qui permettent de la reconnaître? Sur le premier chef, la réponse est simple la syphilis, comme la fièvre typhoïde, la variole, les scrofules, la plupart des maladies en un mot, finit par céder aux seuls efforts de la nature, c’est=à: dire que l’organisme s’en débarrasse lui-même à une certaine époque et d’un manière spontanée, le traitement, lorsqu'il intervient, n’agissant que sur le manifestation qu'il combat et non sur la maladie elle-même. Cette thèse, que nous nous proposons de développer plus loin, trouve déjà un appui dansé recherches de Diday. En effet, dix-huit syphilitiques traités sans mercure pat cet auteur auraient été complétement guéris. Je veux bien croire que ces faits ne sont pas à l'abri d’objections, à cause du court espace de temps (trois ans demi à seize ans) écoulé depuis la disparition du dernier accident syphilitique, puisqu'il arrive de voir des accidents tertiaires se montrer dix et vingf ans après les manifestations primitives ou secondaires, mais il n’en est pas moins incontestable que, sous le rapport de la terminaison, la syphilis ne diffère pas de toutes les maladies dont la cure radicale appartient au temps et à l'hygiène bien plus qu'aux agents thérapeutiques. Touchant le second chef , à Savoir quelle est l’époque de l’évolution syphilitique à laquelle l’organisme impressionné et modifié parvient à rentrer dans la vie normale et physiologique, je ne puis partager l'opinion de Diday et de Bazin, suivant laquelle il n’est possible de se considérer comme à l'abri d'accidents syphilitiques qu’autan qu'on à passé par toutes les phases de la maladie. Car, de même que des fièvres typhoïdes se jugent et se guérissent à la fin du second stade, et que lon voit des varioles s'arrêter à la fin de la période d’éruption sans passer parle suppuration, de même on peut rencontrer des syphilis qui se terminent immé: diatement après la période des accidents secondaires, et peut-être à la suitede l'accident primitif. La confirmation de ce fait nous est fournie par les cas
(4) Follin, Traité de pathologie externe, t. 1, p. 739,
(2) Boulongne, Recueil de mém. de méd. et de pharm, milit., 3° série, t. 11, 1859, p. 428.
(3) Diday, Histoire naturelle de la Syphilis et Archis, de médec.., 1862. — Bardel rapporte un nouvel exemple de syphilis récidivée : Des réinfections syphilitiques, dans Gaz. méd. de Lyon, 46 août 1865. — Kobner (Berlin, klin. Wochenschr., 11 nov. 1872), a réuni quarante-cinq cas de réinfection de syphilis constitutionnelle ; mais quelques-uns d’entre eux ne sont vraisemblablement que des pseudo-chancres indurés. Un de mes élèves m’a affirmé avoir constaté sur lui-
Free + double infection Syphilitique qui chaque fois se serait traduite par un chancre suivi e roséole,
NOSOGRAPHIE. h01
de ces individus sans doute nombreux qui, n'ayant jamais eu que des accidents | secondaires, Ontnéanmoins procréé des enfants parfaitement sains. Remarquons qu'ici, Comme dans toutes les maladies contagieuses, c’est à la fin d’une étape
que s'arrête le mal ; aiguë ou chronique, la syphilis ne procède pas moins par “périodes modelées sur un même type. Ces périodes sont inhérentes à l’orgainisme, Sinon à l’essence même de l'agent morbifique.
Savoir si la guérison de la syphilis est complète et définitive, constitue pour lemédecin hygiéniste et le clinicien un problème du plus grand intérêt, l’un des Lplus ardus et des plus difficiles de la pathologie générale. Quel criterium possédons-nous pour affirmer la cessation d’une maladie? L’accomplissement reconnu de toutes les phases de cette maladie. Mais ce n'est pas une condition suffisante, car, dans bien des circonstances, lorsqu'une maladie a parcouru out son orbite, l’organisme, pendant un temps plus ou moins long, toujours sous le coup qui l’a frappé, témoigne encore de l'impression qu'il en a ressentie par Son inaptitude à contracter de nouveau cette même maladie, Or, si cer- Maines maladies virulentes font exception à cette loi, la syphilis ne lui échappe Ipas, et si l’on voulait absolument trouver le criterium que nous cherchons, iln'y aurait d'autre moven, dans l’espèce, que d’avoir recours à l'inoculation, encore ce moyen peu applicable ne renseignerait-il pas complétement, puisque limmunité, dans la syphilis comme dans la variole, peut persister après la disparition complète de la maladie.
Un criterium de la guérison de la syphilis fait donc défaut, et se trouve d'autant plus difficile à acquérir qu'il n’est pas nécessaire que cette maladie accomplisse toutes ses périodes pour disparaître. Pourtant, il est possible d'arriver à des présomptions, et la guérison de la syphilis nous parait devoir êlre regardée comme probable, lorsque, chez un malade qui n'aura eu que des accidents secondaires légers, les forces auront conservé leur intégrité pendant plusieurs années, et qu'il ne sera survenu aucun accident en dépit de Paction des causes provocatrices les plus habituelles, telles que les excès vénémens, les excès d’alcool, le froid, ou encore l’action de certaines eaux minérales, notamment les eaux sulfureuses. Toutefois, le médecin consulté en pareille occurrence, quand surtout il s’agit de mariage, est dans le plus grand embarras, et s’il ne veut compromettre son savoir et sa réputation, il fera bien éviter d’être affirmatif; pour peu que le plus léger indice existe, il devra Sabstenir de rien promettre, ayant toujours présente à l'esprit la fréquence des récidives des accidents syphilitiques. Les mêmes circonstances lui serviront de guide dans le cours de la période tertiaire; mais il n’oubliera pas que la syphilis, parvenue à cette phase avancée, persiste souvent indéfiniment. Il pourra trouver un élément nouveau de diagnostic dans la santé des descendants ; cet élément, toutefois, ne peut jamais constituer un signe absolument Certain. Un père et une mère autrefois atteints de syphilis, et dont les enfants jouissent d’une parfaite santé, ne peuvent être considérés sûrement comme à l'abri de toute manifestation syphilitique.
Une autre question se présente ici : La syphilis peut-elle dégénérer, ou se métamorphoser en une espèce morbide différente? Sur ce point, un erand nombre d'auteurs des derniers siècles, et entre autres Baïillou, Sauvages, J. Frank, n’ont pas hésité à se prononcer pour l’affirmative, Sui-
LANCEREAUX. — La Syphilis. 2° édit. 26
vant eux, la syphilis peut se transformer en rhumatisme, en goutte, em tuberculose, en carcinose ; mais lorsqu'on lit le récit qu’ils font de ces différentes métamorphoses, on ne tarde pas à se convaincre que ce qu'ils considèrent comme une transformation de la syphilis n’est en réalité que la syphilis elle-même, parvenue à la période la plus avancée de son évolution et portant son action sur les viscères. En un mot, la plupart,des cas qui ont servi à ces auteurs pour édifier la doctrine des transformations de la syphilis peuvent être regardés comme des cas de syphilis viscérale. Les données vagues et les opis nions mal assises de ces observateurs ont néanmoins servi aux détracteurs de la syphilis, qui purent réfuter sans peine des faits manquant pour la plupart du contrôle anatomique. C’est ainsi que des observations mal interprétées, quoi que exactes, ont été plutôt nuisibles qu’utiles à la cause qu’elles étaient appez lées à défendre. Hunter {1} crut devoir trancher la question, et il se rangeaà une opinion que nous partageons entièrement. « Jamais la syphilis , dit-il, ne se mêle ou ne se confond avec d’autres maladies ; jamais elle ne se termine en une autre affection; au moins cela est-il extrêmement rare, bien qu’on ait prés tendu le contraire. » Et, plus loin, il ajoute : « Il est très-probable que les affec= tions vénériennes peuvent devenir la cause d’autres affections. J'ai vu un chancre agir comme cause immédiate d’une inflammation érysipélateuse.… Le chancre agit ici seulement comme un irritant ordinaire, indépendamment de la qualité spécifique de la maladie. » Plus récemment, Lugol (2) et Ricord ont de nouveau soutenu, après Astruc, que certaines lésions scrofuleuses pouvaient provenir de la syphilis, en être des descendants directs ; mais les faits quals donnent à l’appui de cette proposition ne sont ni nombreux ni concluants, cæ@ qui n’a pas empêché cette opinion de trouver crédit auprès d’un certain nombre de médecins. À la vérité, 1l n’est pas rare de rencontrer chez des descendants de syphilitiques des manifestations morbides ayant une certaine analogie avec celles de la scrofulose ; mais, en y regardant de près, on voit qu’elles ont uné ressemblance plus grande encore avec les manifestations de la syphilis. Aussi est-ce par erreur que l’ona attribué à la diathèse strumeuse certaines lésions qui ne sont nullement de son domaine, comme par exemple cette forme de kératite que les observations de Hutchinson ont dûment rattachée à la syphilis hérédis taire (voyez plus loin). Ces réflexions sont applicables aux prétendues trans= formations de la syphilis en maladie cancéreuse ou tuberculeuse. Jamais là transformation cancéreuse de la syphilis n’a lieu, et lorsque dans le cours de cette maladie on voit la tuberculose se développer, il faut au plus admettre; comme nousle dirons plus loin, que la phthisie a été occasionnée par la débilis tation que produit la syphilis au sein de l'organisme. Il importe de savoir que les unités morbides, de même que les espèces naturelles, ne se transforment pas. La syphilis est toujours elle-même, et jamais elle ne devient scrofulose où tuberculose.
Cette maladie, enfin, peut éteindre l'existence de l'individu qu’elle a frappé: Mode de terminaison relativement peu fréquent dans la syphilis, la mort, plus:
(4) OŒEuvres complètes, trad. fr, de G. Richelot, Syphilis constit., p. 532.
Rirs Recherches et observations sur les causes des maladies scrofuleuses, p. 117. Paris,
rare aujourd'hui qu’elle ne l'était au xvre siècle, est plus commune cependant que ne le croyaient naguère les plus habiles syphiligraphes, ne connaissant pas les lésions viscérales syphilitiques. Exceptionnelle dans les premières périodes de la maladie, elle est pour ainsi dire le privilége exclusif de la dernière ; elle a pour cause immédiate ou bien des lésions qui empêchent le fonctionnement d'organes indispensables à la vie et qui souvent finissent par produire la cachexie et le marasme, ou bien des affections intercurrentes, complications toujours graves, à cause de la débilitation profonde dans laquelle est plongée l'économie.
Les affections du cœur, du cerveau, du foie et des reins sont, de toutes les manifestations syphilitiques, celles qui aboutissent le plus fréquemment à une terminaison fatale, et on le conçoit sans difficulté, en raison de l'importance fonctionnelle de ces organes. Lente dans quelques cas, la mort est d’autres lois rapide et presque subite, principalement quand le cœur, siége de la localisation morbide, se trouve dilaté et privé de la plupart de ses éléments contractiles, ou qu’une affection profonde du larynx ou de la trachée vient mettre obstacle à la fonction de l’hématose. Les lésions des poumons et celles du foie sont, Sous ce rapport, moins dangereuses ; elles produisent une étisie considérable et une mort ordinairement lente. Les lésions directes ou indirectes du système nerveux varient, relativement au point de vue qui nous occupe, avec leurs différents siéges dans l’un ou l’autre des principaux centres: c’est là un fait purement physiologique. En dehors des lésions viscérales, les manifestations de la syphilis tuent rarement par elles-mêmes.
De toutes les affections intercurrentes qui viennent compliquer la syphilis et hâter sa terminaison, l’érysipèle et la pneumonie sont de beaucoup les plus fréquentes. Ce fait, qui résulte de l'examen de la plupart des observations connues de syphilis viscérale (1), nous a depuis longtemps frappé. Dès l’année 1861, tandis qu'une épidémie d’érysipèle régnait dans les hôpitaux de Paris, j'observai qu’un certain nombre des malades qui succombaient à cette maladie, dans le service auquel j'étais attaché, étaient affectés de lésions syphilitiques viscérales. Depuis cette époque, j'airemarqué que, même en dehors de toute espèce d’épidémie, la syphilis viscérale se complique fréquemment d’érysipèle et que cette affection toujours grave emporte le plus souvent les malades wa Pourquoi cette complication érysipélateuse qu’on observe encore dans d’autres maladies avec cachexie? tient-elle uniquement à la faiblesse de l'organisme ? C'est ce qu'il est difficile de dire, mais ce qu’il importerait de rechercher.
La pneumonie prend rang à côté de l’érysipèle en tant que complication ultime de la syphilis ; on la rencontre, en effet, dans un grand nombre de cas et toujours avec des caractères assez particuliers pour qu’il y ait à les signaler. De même que la plupart des affections secondaires, elle ne donne pas lieu à une réaction fébrile très-marquée ; elle se développe lentement, sourdement, et, si le malade offre quelque résistance vitale, elle peut avoir une durée relativement
(1) Comparez les observations de Meyer, Tüngel, et les nôtres. | (2) Un malade que j'ai pu voir dans le service de M. le D° Hérard est le seul, à Ma connaissance, qui ait guéri d’un érysipèle survenu dans ces conditions. Dans trois cas qui me sont personnels, l’érysipèle a débuté par le pharynx, dont la muqueuse était ulcérée, et de là ila gagné la facè, tantôt par les oreilles, tantôt par les fosses nasales.
longue et par conséquent différer encore, quant à sa rit de 1 plupart des pneumonies franches. En résumé, la syphilis doit être regardée comme une maladie dans le cours de laquelle les érysipèles et les pneumonies secondaires surviennent fréquemment; d’où cette règle clinique, que toutes les fois que l’une ou l’autre de ces affections se présentera chez un individu débilité et cachectique, sans cause bien connue, le médecin devra songer à la syphilis viscérale. Il n’est pas impossible sans doute que d’autres affections viennent terminer les jours des individus atteints de syphilis tertiaire ; mais Jusqu'à présent il n’y a que peu d'exemples d’un autre genre de complication.