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ÉPOQUE D'APPARITION ET DIVISION

Parmi les maladies, celles que l’on peut appeler virulentes ont, plus que les autres peut-être, le privilége d’apparaître au moment même de la naissance ou peu de temps après. La variole, comme on sait, se développe pendant la vie intra-utérine ; de même la syphilis donne souvent lieu à des manifestations syphilitiques rapprochées du moment de la conception ou de la naissance. Un certain nombre d'enfants provenant de parents syphilitiques succombent dans le sein maternel, et de là l'avortement ; d’autres, nés vivants, sont porteurs de lésions bien et dûment syphilitiques.

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Dans le plus grand nombre des cas, cependant, l'enfant qui hérite de la syphilis a tout d’abord les apparences de la santé, et c’est seulement quelques semaines plus tard qu'il présente les signes accusateurs du mal qui lui a été transmis par ses parents. Habituellement, comme l’établit H. Roger, c’est du premier au troisième mois de la vie extra-utérine que la syphilis se manifeste chez l'enfant nouveau-né ; le témoignage des autorités et celui des faits s'accordent sur ce point. Nisbett, Doublet, Mahon, Babington, Gilbert , Huguier, Bouchut, Bardinet, Desmarres (1), affirment que les symptômes de la syphilis héréditaire surviennent entre quelques jours et deux ou trois mois ; la dernière limite, mais tout à fait exceptionnelle, serait de sept mois pour Trousseau et Lasègue, de un an pour Cullerier. Les faits parlent avec non moins de rigueur. Sur un total de 249 observations (2), où la date des premiers accidents se trouve notée avec soin, 418 fois la syphilis s’est montrée dans le premier mois, 217 fois avant la fin du troisième, et cette limite du troisième mois n’est dépassée que chez 32 malades ; c’est-à-dire que, dans près de la moitié des cas, l'affection syphilitique transmise par les parents s’est manifestée avant le premier mois révolu, et avant le troisième dans les 71/8 des cas; la portion des syphilis où cette période du premier trimestre de la vie était dépassée a été trouvée de 1 /8 seulement : d’où cette conclusion que, si le médecin n’a point de renseignements sur la source où la syphilis à été puisée, ou s’il doute de l'authenticité des renseignements, il pourra, en s'en rapportant au calcul des probabilités, décider que la syphilis d’un enfant est héréditaire ou'acquise, suivant qu'elle se sera manifestée avant ou après le troisième mois de la vie (Roger).

Telle est la règle, mais ce serait une erreur de penser que la syphilis héréditaire n'apparait plus après cet espace de temps. Il est des faits dans lesquels cette affection, apres être restée latente pendant un certain nombre d'années, à fini par se révéler, comme il arrive pour la plupart des maladies constitutionnelles, par des manifestations plus tardives ét un peu différentes des précédentes. On est conduit à se demander si les indivi= dus atteints de syphilis héréditaire tardive ne sont pas héritiers de parents infectés depuis longtemps et déjà arrivés à la période tertiaire au moment de la conception. Les faits, jusqu'ici incomplets, ne permettent malheureusement pas de savoir ce qu'il pourrait Y avoir de vrai dans une semblable hypothèse ; mais comme les déterminations locales diffèrent en général suivant que la syphilis héréditaire se manifeste dans les premiers temps de la conception, quelques semaines après la naissance, ou plus tardivement, il en résulte que nous devons étudier dans des chapitres séparés les manifestations de la syphilis héréditaire, que nous diviserons en syphilis fœtale, syphilis infantile et syphilis lardive ou de l'adulte. |

(1) Desmarres, Traité des maladies des yeux, t. I, p. 626. (2) LL Roger, Union méd,, 31 janvier 1865, p,. 203.

ARTICLE I. — sypmuis FOETALE; AVORTEMENT.

La syphilis manifeste son action sur le fœtus, ou bien directement en liérant ses organes, ou bien indirectement par des lésions des membranes

ndispensables à son existence. Le résultat ordinaire de ces altérations est avortement.

Étude anatomique. — Les lésions des enveloppes, peu étudiées malgré leur mportance , sont jusqu'ici mcomplétement connues. Lebert (1) signale l'exisence, entre le feuillet amniotique et le placenta, de granulations Jaunes yant la structure du tubercule ; mais, plus tard, il hésite à attribuer une oriine syphilitique à ces lésions (2). Simpson (3) ne fait jouer qu’un rôle accesore à la syphilis dans la production de l’asphyxie du fœtus liée à une altéraion du placenta. Mackensie (4) a constaté la présence d’une couche fibrino-graiseuse épaisse entre les membranes fœtales ; mais on se demande si la syphilis ist la cause de ce dépôt.

Les observations de Wilkinson King rapportées par Wilks (5) donnent lieu au nême doute. Tous ces faits pourtant ne sont pas sans valeur, ils indiquent au noins la fréquence des lésions placentaires chez les femmes syphilitiques. Ces ésions, suivant Virchow (6), intéressent la partie maternelle ou la partie fœale du placenta, et s’il est douteux que cette dernière puisse être primitiement affectée, il n’en est pas de même de la première. Elles se présenent sous deux formes, l’une diffuse, l’autre circonscrite. La forme diffuse, aractérisée par l’épaississement avec induration fibreuse du placenta parfois dhérent à l’intérieur, se termine en général par l’atrophie des villosités (7). a forme circonscrite revêt une apparence papuleuse ou condylomateuse, et >S excroissances ou végétations polypeuses qui la constituent sont un tissu auqueux organisé et riche en vaisseaux (Endometritis decidua). Meissér (8) considère la syphilis comme une cause d’hydramnios.

Les altérations du fœtus varient avec l’âge. Le fœtus mort dans les premiers nois de la conception est ordinairement dans un état de macération plus ou noins avancée, vraisemblablement en rapport avec le temps écoulé entre sa aort et son expulsion. L’épiderme est ramolli, soulevé en divers endroits

() Lebert, Comptes rendus de la Société de biolog'e, 1859, t. II, p. 127.

(2) Traité d'anatomie pathologique, t. 1, p. 242.

(3) Simpson, dans Obstetrie Memotrs and contribut, Edinburg, 1856, vol. IE, p. 456.

(4) Mackensie, dans Association medical Journal, 1854, n° 97.

(5) S. Wilks, dans Guy’s hospital Reports, sér. IL, vol. IX, p. 60. pe (6) Die Krankhaften Geschwülste, t. Il, p. 478. — Comparez : Kronid Slavjanski, Endomemis placentaris qummosa, Prager Vierteljohrschr, t. CIX, p. 130, 1871. | ! (7) Le docteur Braunn, cité par Wedl, Grundzüge der pathologischen Histologie, p. 305, Vien, 1853, rapporte le cas d’une infiltration diffuse de tissu conjonctif de nouvelle formaion dans le chorion d’une femme affectée de syphilis. La conséquence de cette lésion fut l’atrohie du chorion et l'avortement. | se

(8) E. À. Meissner, Ein. Bemerk. und Beobacht. über Hydramnios, Monatschrift für Geburtselkunde, XXXII, p. 17, 4868. — Comparez : A. Bourgarel, Archives de médecine navale, X, p. 115.

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par une sérosité trouble ; le derme n’est pas enflammé, mais parfois légère ment ecchymosé. Dans les cas où l’œuf sort tout entier sans déchirure de membranes, le liquide amniotique est fétide, trouble, Joncé ou brunâtre. Le organes internes, peu avancés en putréfaction, sont simplement ramollis, ne présentent aucune altération appréciable, surtout dans les premiers moi de la grossesse. Plus tard, on constate des lésions diverses, principalemen des adhérences ligamenteuses des viscères de l'abdomen, soit entre eux, sû avec la paroi abdominale (péritonite). L'avortement qui a lieu dans les dernier mois de la grossesse donne un produit en général amaigri, relativement petits dont la surface cutanée, parfois semée de points ecchymotiques, est raremen le siége d’éruption. Pourtant, les membranes séreuses des cavités pectorale crânienne et abdominale sont le plus souvent infiltrées de taches ecchymoti ques, et quelquefois le parenchyme des poumons, des reins, des capsules sur rénales, du cerveau lui-même, est le siége d’extravasions sanguines. OutreMdé adhérences qu’ils contractent avec les parties voisines, le foie et la rate, de capsules surrénales et le thymus sont régulièrement augmentés de volume, et dans quelques cas, ils présentent des foyers circonscrits d’inflammation diffus: où gommeuse; les os sont parfois atteints de périostites et les cartilages arti culaires sont décollés. Inutile d’insister sur ces lésions, qui, en somme sont peu différentes de celles qui font partie de la syphilis infantile.

É'tude symptomatique. — Les symptômes de la syphilis fœtale ou intra-uté rine s’observent surtout du côté de la mère, puisqu'on ne peut apprécier dirée tement l’état de l’enfant, si ce n’est après sa naissance; ils comprennent transmission de la syphilis du fœtus à la mère et l’avortement.

L'infection de la mère par le fœtus, généralement admise à une époque ot la transmissibilité des accidents secondaires était tombée dans l'oubli, exigt aujourd’hui un examen plus attentif que celui qu’on lui a accordé. Le crite rium indispensable de ce mode de contagion est l'absence de tout phénomène extérieur local, et l'apparition d'emblée d'accidents secondaires" un moment particulier de la grossesse. Indépendamment des cas rassém: blés par divers auteurs, Hutchinson notamment (1), et qui paraissent pré senter ces conditions nécessaires, Baerensprung a rapporté des faits laissan peu à désirer sur ce point délicat, à cause de l'époque d'apparition des mani festations. Effectivement, cet auteur a observé des femmes qui, sans accident! syphilitique préalable, ont présenté, pendant le cours du troisième mois dé grossesse, vers la dixième semaine, c’est-à-dire immédiatement après Je temps nécessaire à l’éclosion des accidents secondaires, des phénomènes syphilitiques généraux. Le développement de la syphilis dans ces conditions, lorsqu'il n’est précédé d'aucune lésion locale, et quand il est possible de s’assurer que cette maladie n’a pas existé antérieurement, est donc un indice de l'infection syphilitique du fœtus. tn

L'avortement est une autre manifestation de la syphilis héréditaire. Signal dés le xvn siècle par divers syphiligraphes ou accoucheurs, cet accident a été

(4) Jon. Hutchinson, Transmission de la syphilis du fœtus à la mère, Med, Times and Gaz, 1856, et Gaz, méd. de Paris, 4857, p. 646,

NOSOGRAPHIE. ll 1

vbjet d’une attention spéciale de la part de B. Bell, qui tend à mettre la

"philis au nombre de ses causes les plus fréquentes. Suivant Potton, l’avor-

ment se produit dans la dixième partie des cas de syphilis héréditaire, il aurait

‘u une fois sur neuf, d’après une statistique d’Arneth, Weber (1) est arrivé,

ujours par la statistique, à la conclusion que la syphilis exerce une minime

“luence sur la durée de la grossesse, tandis que Whitehead compte sur

*6 femmes aflectées de syphilis, 117 avortements. Quoiqu'il en soit de la vaur de ces données statistiques, susceptibles de varier suivant les traitements

nployés (2), la fréquence de l'avortement dans la syphylis héréditaire ne peut re contestée. Le moment de sa production est variable. On voit quelquefois

s femmes, après un retard, être prise d’une hémorrhagie, qui, malgré

“bsence de l'œuf, ne trahit pas moins un avortement. Mais, en général, c’est srès le quatrième mois, et surtout vers le sixième et le septième que cet cident survient, tantôt à la suite d’une lésion des enveloppes tantôt, et le plus “uvent, par le fait de l’infection syphilitique du fœtus et des lésions maté- -lles qui en sont la conséquence. Les observations de Baerensprung et de ielques autres syphiligraphes tendraient à prouver que l’avortement est ut à la fois plus précoce et plus fréquent si le père est, plutôt que la mère, iüteur de la syphilis de lenfant ; mais il est des observateurs qui pensent le mtraire. Quelle que soit d’ailleurs la source de l’infection, le père, la mère, Lious deux ensemble, l'avortement est loin d’être toujours unique ; on peut re qu'il n’est pas rare de voir trois, quatre, cinq et six couches aboutir inétablement, soit à l’avortement, soit à la naissance d’enfants syphilitiques. dfait digne de remarque et sur lequel Diday a fixé l'attention, c’est l’affaiissement graduel du virus fœticide, affaiblissement qui, chez une même mme ayant plusieurs couches successives, se traduit sur les fœtus syphiques par la durée de plus en plus grande de la vie intra-utérine.

Les faits sur lesquels repose cette loi de décroissance sont nombreux. Bertin La rapporté un des plus remarquables, où l’on voit le premier enfant naïtre six mois, le second à sept, le troisième à sept mois et demi, le quatrième mir à terme, mais ne survivre que dix-huit heures, le cinquième, à terme 1SSi, vivre six semaines, enfin le sixième vivre quatre mois sans traitent. Roger à vu un cas non moins intéressant où il y a eu d’abord une üsse couche à huit mois et demi, à une seconde parturition, accouchement un enfant mort, à une troisième, mort de l'enfant quatre mois après la dissance, à une quatrième, mort de l'enfant à huit mois; à une cinquième, énfant était encore vivante et bien portante à dix-sept mois. Quelques faits Dhtraires, c’est-à-dire concernant des avortements successifs à des époques é moins en moins avancées de la grossesse, existent aussi, mais ils sont "op peu nombreux pour invalider la loi. Diday les explique en admettant ue, dans le principe, un seul parent, le père,était mfecté, et que, plus tard, la nère l'ayant été à son tour, le fætus a dû subir l’influence morbifique des eux parents.

(1) F. Weber, De l'infl. de la syphilis constit. sur la gravidité, Berlin. klin. Wochenschrift, V4, et Gaz. hebd., 1870.

(2) Voyez Julius Lowy, Beobact an einer Rethe von syphil. Schwangern, Wien. med. Nochenschr. XIX, 39, 1869.

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