ARTICLE IT. — SYPHILIS INFANTILE
Nous rangeons sous cette dénomination les accidents de syphilis héréditañ qui surviennent pendant l'enfance et souvent peu de temps après la nais sance. Observés sur les différents points du corps, ces accidents doivent êt étudiés dans chacun des grands appareils organiques.
$S 4, — Lésions du tégument externe; syphilides exanthématiques.
Les lésions cutanées de la syphilis héréditaire ne diffèrent pas sensiblemen de celles qui font partie de la syphilis acquise. Elles consistent toujours en de éruptions érythémateuse, papuleuse, pustuleuse et vésiculeuse. Les tubercule sont rares, mais par contre la syphilide bulleuse est commune, elle est désigné sous le nom de pemphigus.
La roséole n'a été rencontrée qu'un petit nombre de fois. Bassereau ax débuter le troisième jour après la naissance un érythème papuleux syphilitiqu qui bientôt après fut compliqué de coryza. Étendue sur presqe tout le COTPS l’éruption avait commencé au front et aux joues par des taches d’un roug terne, qui prirent ensuite la teinte cuivrée et devinrent légèrement sail lantes. Chez un nouveau-né de son service, Cullerier a également noté l’exis tence d’une roséole. Guérard, Landmann, A. Cooper, ont publié l’histoir d'enfants qui présentèrent au moment de leur naissance une éruption d taches fauves ou cuivrées. H. Roger rapporte plusieurs cas d’une semblabl éruption, facilement reconnaissable à une teinte cuivrée caractéristique Cette éruption, selon Diday, serait constituée par des taches d’un roseWi irrégulièrement arrondies, d’une largeur variable (le plus souvent de cell de l’ongle). Ces taches siégent de préférence au ventre, au bas de la poitrine au cou et à la face interne des membres ; elles sont rarement isolées, et le plu souvent accompagnées d’ulcères de la bouche et de l'anus.
Les plaques syphilitiques sont, de tous les accidents cutanés, ceux qu'Ol a le plus souvent l’occasion d'observer chez l'enfant nouveau-né, et ce fai parait avoir sa raison d’être dans la structure particulière de la peau à cett époque de la vie, et aussi dans le défaut de soins de propreté où se trouventut si grand nombre d'enfants. Ces manifestations se montrent d'ordinaire dè les premiers jours de la naissance, plus rarement pendant la vie intra-utérine elles ont leur siége d’élection sur les téguments voisins des ouvertures natut relles, et particulièrement au niveau des lèvres ou au voisinage de la bouche à l'entrée des narines, à l’angle externe des commissures palpébrales, à pourtour de l'anus, sur les parties génitales des deux sexes. Elles apparais sent tantôt et le plus souvent sous forme de petits points rouges granuleux qui bientôt se convertissent en des plaques saillantes, humides, blanchâtres TE din DEA violacée, tantôt sous forme de gerçure
profondes et humides et dont le fond ne tarde pas à prendre une teinte blanchâtre. Quel que soit, du reste, celui de ces deu modes qui prédomine, les plaques syphilitiques revêtent, principalement at
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surtour des orifices naturels, une disposition particulière qui a fait comparer circonférence de l’anus à une sorte de couronne dentelée, et l’orifice buccal une bourse serrée par son cordon. Comme chez l'adulte, ces accidents nt constitués chez l'enfant par les papilles tuméfiées, injectées, infiltrées de srosité, de noyaux et de cellules de nouvelle formation, et par les glandes “bacées, dont la sécrétion est activée. L’intertrigo et l'impétigo des jeunes afants sont à peu pres es seules affections susceptibles de les simuler. Il iffit de savoir que des soins de propreté et quelques cataplasmes émollients mt cesser rapidement l’intertrigo ; quant aux croûtes jaunes, épaisses, conuentes, mal circonscrites de l’impétigo ordinaire, outre qu'elles diffèrent de surface blanchâtre et humide des plaques muqueuses, elles laissent au-dessus d'elles le derme simplement enflammé et non ulcéré. Avec les plaques nuqueuses coexistent, d’ailleurs, des taches d’un rouge foncé qui peuvent ticore entrer en ligne de compte dans le diagnostic.
Les syphilides papuleuse, vésiculeuse, pustuleuse superficielle, sont, de ième que la roséole, des accidents relativement peu fréquents dans le cours éla maladie qui nous occupe; peu de faits du moins, à notre connais- Ance, établissent jusqu'ici d’une manière bien certaine les caractères de ces Ccidents dans la syphilis héréditaire. Un observateur distingué, le docteur voger, a vu un enfant de trois mois atteint de syphilide papuleuse, de roséole Md'ecthyma ; il n’y avait chez cet enfant aucune autre manifestation, et la anté des parents était restée inconnue. J'ai observé moi-même deux cas évsyphilide papuleuse chez des nouveau-nés; mais 1l n’en faut pas moins mentionner la rareté des éruptions exanthématiques, à part les plaques iuqueuses, dans la syphilis héréditaire. 3
Les affections pustuleuses profondes, telles que l’impétigo et l’ecthyma, Ppartiennent en général à une période plus avancée de la maladie. L’imétigo syphilitique a pour siége ordinaire la face; la poitrme, le cou, les Meilles, les aines, sont des parties qui ne lui échappent pas toujours. Ce üi caractérise cet accident, c’est l'apparition de nombreuses pustules conlentes, qui s'ouvrent promptement et forment par l’évaporation rapide @la partie liquide du pus des croûtes jaunes, épaisses, saillantes. La peau (ue recouvrent ces croûtes ordinairement circonscrites par une auréole tivrée est le plus souvent parsemée d'ulcérations grisâtres et peu pro- Ondes. Les caractères de ces ulcérations, et l’auréole qui les circonscrit ont les signes à l’aide desquels il est possible de distinguer l’impétigo syphiitique* de l’impétigo simple, qui, du reste, occupe habituellement le cuir hevelu.
L’ecthyma syphilitique est chez le nouveau-né, comme chez l'adulte, un iécident grave et fâcheux. Il se manifeste aux membres, et principalement aux ambes et aux fesses, par des taches violacées qui se convertissent ensuite en üstules sanguinolentes ; bientôt ces pustules sont recouvertes par une croûte paisse, noirâtre, entourée d’une auréole violacée, et cachant une ulcération ofonde taillée à pic, susceptible de produire, en peu de jours, des ravages onsidérables. Bien que l’ecthyma puisse survenir quelquefois simplement à a suite des privations et de la misère, cette affection, néanmoins, reconnait esque toujours une origine syphilitique. Le diagnostic en est difficile, selon
Roger, et ce n’est que par les symptômes spécifiques concomitants qu'il e possible de juger de la nature véritable de cette éruption. ra | Le mot pemphigus (réuë, bulle) sert à caractériser une lésion cutant constituée par des bulles d’un volume qui yarie depuis la grosseur d un pol jusqu'à celle d’une noisette ou d’une nos Cette lésion, analogue à cell que détermine à la surface de la peau l'application des cantharides, se ren contre peu chez l’adulte ; mais on l'observe fréquemment chez l enfant, so au moment de la naissance, soit quelques jours plus tard. Tandis que che l’adulte elle est à peu près toujours indépendante de la syphilis, chez l'enfant au contraire, elle coexiste le plus souvent avec des altérations dont l'origin syphilitique est incontestable, et pour cette raison On à voulu voir, depu longtemps, une liaison causale entre le pemphigus des nouveau-nés et la ma ladie syphilitique. | Les ouvrages des anciens syphiligraphes ne renferment aucun passage qu paraisse se rattacher directement au pemphigus syphilitique, si ce n'est peut être une citation de Rondelet. Doublet fait mention de pustules isolées, grosses proéminentes, survenant aux mains, aux pieds, et particulièrement aux doigt: des enfants nés de parents syphilitiques. En 1791, Wichmann (1) non-seule ment décrivit le pemphigus avec précision, mais l’un des premiers il lui assign pour cause le vice syphilitique. Peu de temps après, en 1794, Osiander (2) dans un traité spécial, se refuse à admettre celte cause. Bertin parle à pein du pemphigus, et la description qu’en donne Stan. Gilbert (3) paraît se rap. porter spécialement à la forme simple de l'affection. Dugès (4) insiste sur l’ori gine syphilitique du pemphigus, mais sans donner de faits concluants à l'appu de son opinion. Lobstein (5), Jürg (6), Kruss (7), rapportent des observation de pemphigus, dont ils nient l’origine syphilitique. Depaul (8), en 1837, fai entrer dans une phasenouvelle la question qui nous occupe, par le rapproche ment qu'il établit entre le pemphigus des nouveau-nés et certaines lésions pulmonaires coexistantes. Valleix (9) étudie, de son'côté, le pemphigus des nouveau-nés, et Cruveilhier (10) en rapporte plusieurs cas dans lesquelsil constate l'existence d’une altération pulmonaire (pneumonie lobulaire) concomitante. En 1847, Stoltz, de Strasbourg, émet l'opinion que le pemphigus des enfants nouveau-nés est le plus souvent syphilitique, il se fonde sur trente cas par lui observés et dans lesquels il a pu trouver des accidents
vénériens chez les parents. Hertle défend cette doctrine dans sa thèse inaugurale. |
En 1851, sé
lève sur cette affection, au sein de l’Académie de médecine, une
(4) Beiträge zur Kenntniss des Pemphigqus. Erfurt,1791. (2) Denkwürdigkeiten für die Heilkunde und die Geburtshülfe, 4794, t. 1 » P. 383. (3) Gilbert, Monographie du pemphigus. Paris, 1813.
(4) Dugès, Recherches sur les maladies les plus importantes et les moins communes des enfants nouveau-nés. Thèse de Paris, 1821.
(5) Journal complément. des sciences méd., t. VI, p. 3, 1820.
(6) Handbuch der Kinderkrankheiten, 1826.
(7) De pemphigo neo-natorum, Bonnæ, 1834.
(8) Depaul, Bulletins de la Société anat., 1837.
(9) Clinique des maladies des enfants nouveau-nés. Paris, 1838. (10) Anatom. Patholog. du corps humain, 15° livraison.
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Miscussion restée célèbre. Cazeaux y soutient, contre Paul Dubois, que le pemnhigus plantaire et palmaire des enfants nouveau-nés n’est pas syphilitique ; nais les arguments dont il se sert pour nier toute liaison causale entre le pembhygus et la syphilis ne peuvent résister à ceux que donne le professeur Dubois, h savoir : l'existence habituelle de la syphilis chez les parents des enfants ntteints de pemphigus, la coexistence fréquente de cette manifestation avec les lésions caractéristiques de la syphilis, et enfin la possibilité de la guérison ar un traitement mercuriel.
Depuis lors, Desruelles (1), Fèvre (2), Bamberger (3), Ollivier et Ranvier (4), M: Roger (5), sont venus apporter de nouveaux faits à l’appui de la doctrine mpui fait du pemphigus des extrémités une manifestation de la syphilis hérédi- “aire. Défendue par Cazenave, Danyau, Devergie, Hugier, cette doctrine, acceptée par Lebert, Bouchut, Maisonneuve et Montanier, E. Vidal, est celle jue nous adoptons. Pourtant, des hommes d’un grand mérite hésitent à se prononcer ou ne partagent pas l'opinion qui nous paraît la plus exacte ; les uns, comme Ricord et Gubler, font du pemphigus des nouveau-nés tantôt in signe de syphilis héréditaire, tantôt un signe de cachexie; les autres, avec Trousseau et Lasègue, Gibert, Diday et Bazin, ne voient dans cet accident que l'expression symptomatique d’une maladie cachectique quelconque. Ja portion du derme qui va devenir le siége de l'éruption laisse voir abord une vive congestion sous forme d’un cercle rouge foncé lie de “in, ou même une véritable saillie papuleuse. Les bulles ne tardent pas à “pparaître, elles sont confluentes plutôt que discrètes, et le derme sur lequel elles reposent, plus ou moins profondément lésé, offre une teinte bleuâtre où “iolette qui contraste avec la couleur rosée des autres parties. Opalines, blan- Châtres ou jaunâtres, suivant la qualité du produit de sécrétion, elles varient “quant à leur volume et peuvent présenter jusqu’à 1 centimètre et plus en dia- “ètre. Leur contenu est un liquide albumino-fibrineux, au sein duquel nagent “es globules de pus et des cellules épidermiques. Après un court intervalle de “temps, la pellicule épidermique qui circonscrit la bulle se rompt, et le contenu “S'en échappe; il reste une légère ulcération suivie d’une cicatrice, ou bien le Contenu se dessèche et forme des croûtes jaunâtres ou noirâtres qui persistent “pendant un temps plus ou moins long. C'est dans ces conditions que les bords “de la plaie, parfois relevés et arrondis, donnent au pemphigus quelques-unes “des apparences de l’ecthyma.
Le pemphigus, suivant quelques observateurs, précéderait la naissance d’un
(1) Desruelles, Thèse de Paris, 1852.
(2) Fèvre, Du pemphigus des nouveau-nés. Thèse de Paris, 1855.
(3) Bamberger, Beiträge zur Lehre vom Pemphigus (Wurzburg medicin. Zertschr., tom. 1,
"part. 4, 1870).
(4) Ollivier et Ranvier, Du pemphigus des nouveau-nés, médecine, 1863-1864, t. XXVI, p. 554 à 607. ÿ
(5) H. Roger, dans Union méd., 1865. — Comparez: Bulletins de la Société anatomique, années 1837, 1341, 1842, 1851, 1852, 1853, 1854. — P. Dubois, Gaz. médicale, 1850. — Cazenave, Dict. en 30 vol. — Hervieux, Union médicale, 1852. — Charrier, Gaz. des hôpitaux, 1854.—-Vanverts, Gaz. méd., 1861, p. 561.— Bouchut, Traité des maladies des enfants nouveau-nés. Paris, dern. édit. 1862. — Putegnat, loc. cit, Paris, 1864.— Dawosky, Schnuidls
Jahrb., t. CXXXVIIT, p. 200. Voir enfin, pour plus de détails bibliographiques, le mémoire de MM. Ollivier et Ranvier.
dans Mémoires de l’Académie de
Le
laps de temps assez long pour que Ma La cas gp EE aussi tôt que l'enfant est né, des vésicules déjà crevées et vides, à côté autres qu commencent à paraître et d’autres qui sont parvenues au terme de leur évolu tion; mais on peut croire qu'il s'agit alors de simples phlyctènes. Cett éruption se développe ordinairement un certain nombre de Jours (8 à 15 À général) après la naissance, et s’observe chez des enfants qui jusque-là sem blaient jouir d’une parfaite santé. Son siége mérite d’être précisé avec exacti: tude : la plante des pieds et la paume des mains (voyez pl. IT, fig. 5) en sont le siéges de prédilection; rarement le pemphigus s'étend sur les faces dorsale: de ces mêmes parties, ct plus rarement encore il envahit d’autres points d corps. Dans tous les cas les régions plantaire et palmaire sont les premières atteintes, et cette particularité constitue en quelque sorte la marque caractéris: tique de l'affection. Le pemphigus, comme la plupart des éruptions syphilitiques, procède par poussées successives, ce qui accroît d'autant sa durée, e chaque bulle met quelques jours au plus à accomplir son évolution.
La mort, terminaison habituelle du pemphigus syphilitique, est généralement due aux lésions viscérales concomitantes et à la profonde cachexie dont elles sont la cause. Une diarrhée abondante, des vomissements, le muguet et un état de faiblesse progressive, tels sont les symptômes précurseurs de ce mode de terminaison. |
Le diagnostic du pemphigus, en tant que lésion élémentaire, est facile. La difficulté est de savoir découvrir l’origine de cette manifestation et de saisir le lien qui peut l’unir à tel ou tel état diathésique. Sous ce rapport, il importe de tenir compte du siége de l'affection et de son époque d'apparition. Ainsidle pemphigus qui se développe au moment de la naissance ou quelques jours plus tard, et qui se limite à la paume des mains ou à la plante des pieds, est presque sûrement syphilitique ; les autres espèces de pemphigus des nouveau-nés occupent indistinctement les différents points du corps, le tronc et les membres, et quelques-unes d’entre elles ont paru revêtir quelquefois un caractère épidémique. La connaissance des antécédents paternels et maternels vient en aide au diagnostic. L’ecthyma, qu'il n’est pas impossible de confondre avec le pemphigus, commence par de petites papules indurées qui suppurent et donnent lieu à des ulcérations profondes où même phagédéniques. Le
pronostic du pemphigus syphilitique, toujours sérieux, est d'autant plus grave que la cachexie est plus marquée,
La plupart des auteurs s'accordent à r
pemphigus de l’adulte, et en effet cette éruption est extrêmement rare* chez lui dans le cours de l’évolution syphilitique. Bassereau, cependant, à pu l’observer deux fois, et il a été conduit à en faire un accident de la syphilis acquise. Dans l’un des deux faits rapportés par cet observateur distingué, le pemphigus, survenu de neuf à dix mois après le début du chancre, coexistait avec des plaques muqueuses, il avait son siége à la paume des mains, il dis parut sans laisser de traces. |
Le tubercule Syphilitique, autre manifest relativement peu commun. Bertin donne d vague, et Bassereau rappor furent atteints
efuser une origine spécifique au
ation de la syphilis héréditaire, est e cet accident une description très- Pporte que trois enfants nés de parents syphilitiques » Peu de jours après leur na'ssance, de gros tubercules ou tu-
boagnent en étendue et en profondeur, détruisant la peau et le tissu sous-
"meurs SOus-Cutanées qui ne tardèrent pas à se ramollir et à s’ulcérer. Putégnat d ‘e) Ë
prétend que les nouveau-nés atteints de la vérole présentent quelquefois affection cutané ractérisé : RAT
une anée caractérisée pat des tubercules arrondis, mamelonnés,
qui au bout d'un certain temps se ramollissent et s’ulcèrent. Les ulcérations
jacent ; elles se recouvrent d’une croûte épaisse, noirâtre et adhérente, qui chaque fois qu'elle vient à tomber laisse voir une perte de substance de plus en
“plus large et profonde. Pour ce motif l’auteur donne à cette affection le nom
de lupus syphilitique des nouveau-nés. Sur le corps d’un enfant qui venait de
A >, N Q , . ’ naître, Virchow (1) trouva des tubercules disséminés de chacun desquels par-
tait un cordon lymphatique relativement volumineux, et, au bras gauche, tous ces cordons allaient aboutir à un ganglion. Les tubercules de la peau et ceux
“du tissu cellulaire sous-cutané ont été, chez les jeunes enfants, ‘étudiés par MRinecker (2). Ces derniers ne paraissent pas avoir échappé à Doublet et à
Mahon ; il y a lieu, en effet, de songer à ces tubercules dans les cas de tumeurs
“suppurées mentionnés par ces observateurs.
L’onyxis, dont il a été question à propos de la syphilis acquise, n’est pas abso-
“lument étranger à la syphilis héréditaire. Doublet, parlant des pustules isolées
des doigts, ajoute : « Quelquefois elles sont placées de manière à chasser les
“ongles. Un enfant, entre autres, a perdu tous les ongles d’une main et trois “d'un pied. » Albers a observé un enfant qui offrait, peu de temps après sa nais- “sance, une petite pustule vers l’ongle du pouce gauche. Bertin a vu deux fois
les ongles des pieds et des mains tomber à plusieurs reprises, par suite de la suppuration de la matrice de l’ongle. Gerhardt (3) rapporte un exemple très-
“analogue : chez un nouveau-né syphilitique, les ongles des pieds et des mains,
peu à peu atrophiés et en apparence plus longs et plus étroits, tombèrent pour faire place à des ongles sains, qui subirent bientôt la même altération, et ainsi de suite trois fois successivement. Bouchut a vu un petit malade dont les doigts des mains et des pieds étaient atteints de cette même affection. Comme dans la syphilis acquise, la chute de l’ongle est ici un phénomène purement secondaire et toujours subordonné à l’état de la matrice unguéale modifiée par l’accident éruptif.
8 2. — Lésions du tégument interne, syphilides énanthématiques.
L'effet le plus habituel de la syphilis héréditaire sur le tégument interne est la plaque muqueuse ; viennent ensuite des érythèmes et des ulcères plus ou moins profonds. Rares sur la langue et à la partie interne des joues, les plaques mu- Qqueuses sont plus fréquentes au niveau de l’isthme du gosier, sur le voile du palais et sur les amygdales. Dans ces divers points, où elles ne diffèrent pas notablement, ces lésions se retrouvent avec des caractères peu différents de ceux qu’elles présentent chez l'adulte, savoir même teinte opaline, même cercle violacé ou rougeâtre périphérique; elles sont également susceptibles de s’ulcérer et
: (4) Virchow, Gesammelte Abhandl., p. 295.
+ (2) Rinecker, Wurzburg Verhandl., vol. II. p. 379. (3) Gerhardt, Journal de Siebold, tk, X,S 553.
h18 LA
de laisser à leur suite de légères cicatrices. Les érythèmes et les ulcérations nrésentent aussi avec des caractères anatomiques semblables à ceux qu'ils hez l'adulte. La membrane de Schneider est le siége plus spécial de ces happent pas toujours les muqueuses du larynx
se pre revêtent c manifestations, auxquelles n'éc
et du pharynx.
a syphilitique. — Ii n'est pas facile de connaitre la lésion élémentaire qui constitue cette affection; mais il va lieu de croire, en raison de sa fréquente coïncidence avec les premières manifestations de la syphilis héréditaire, qu’elle est causée, soit par un simple érythème, soit par la présence de plaques muqueuses. L'entrée des narines, généralement gercée et radiée par des fissures ou de petites ulcérations qui se manifestent surtout aux angles des ailes du nez, est en grande partie obstruée par des croûtes à travers lesquelles suite un liquide plus ou moins sanieux. La muqueuse, rouge ou blanchâtre, boursouflée, est plus tard ulcérée, et les cartilages eux-mêmes peuvent s’éroder. Les os perdent leur soutien, le nez s’aplatit et s'écrase; la partie supérieure, déjà peu saillante chez les jeunes enfants, s’étale encore, ce qui donne au visage un aspect étrange (1). Heureusement, ces graves accldents sont relativement rares dans la syphilis congénitale,
La pharyngite et la laryngite ont été peu étudiées; néanmoins c’estéà une laryngite qu’il convient de rattacher la raucité du cri et de la toux qu'on observe quelquefois chez le nouveau-né. Mayr (2) a, du reste, constaté la row eur de la membrane muqueuse du larynx dans les autopsies qu'il a pu faire: Le docteur H. Roger tient pour douteux le fait d’un enfant dont le larynx pré= senta après la mort une ulcération de la membrane muqueuse avec carie d’un
cartilage.
Coryz
8 3. — Lésions des muscles et des os.
Si l’on n'avait égard qu'aux faits, on serait forcé d’avouer que les lésions musculaires font défaut dans la syphilis héréditaire, puisqu'il n’y a, à notre connaissance du moins, aucune observation qui en fasse mention; cependant, comme on ne se préoccupe généralement pas, dans les autopsies, de l’état du système musculaire, il y à lieu de penser que ce système n’est peutêtre pas toujours exempt d’altération.
Les lésions périostiques et osseuses, observées dès le siècle dernier par Doublet, Mahon, Rosen, Underwood (3), ete., dans la première moitié de celuicipar Valleix (4), Cruveilhier, Laborie, Cullerier, et plusieurs autres auteurs,
(1) Voy. Trousseau, Cliniqg. méd. de l'Hôtel-Dieu, t. II.
(2) Mayr, Ann. des malad. de la peau et de la syph., t. IV, p. 288.
(3) Underwood, Traité des maladies des enfants, trad. de l’anglais. Paris, 1786. 1 (4) Valleix, dans Bull. de la Société anatom., t. IX, p. 169. — Cruveilhier, Anaf. pathol. livr. xv. — Laborie, Bull. de l'Acad. de méd., 1% juillet 4851, — Cullerier, Bull. de la Société de chirurg. — Desmarres, Traité prat. des malad. des yeux, 2° édit. LI p. 626 Baerensprung, Die hered. Syphilis. Berlin, 4864. — Ranvier, Gaz. méd, de Paris, p. 596,
1864, et Bull. de la Soc. de biologie. — Bargioni, La Sperti jui ‘4 nier, Union méd,, n° 34, 540, es 1865. FPE en te
NOSOGRAPHIE. h19
ont été l’objet de recherches récentes (1), qui ont servi à les faire mieux connaître et à montrer leur grande fréquence.
Ces lésions sont diffuses ou circonscrites. Diffuses (2), elles portent principalement sur les os longs, et se localisent de préférence au point d'union de la diaphyse et de l’épiphyse, ce qui leur a valu la dénomination d’ostéochondrite. Le périoste s’injecte et se tuméfie, il entraîne avec lui, lorsqu'on Varrache, quelques lambeaux osseux qui appartiennent à une couche de nouvelle formation, friable, contenue ou disposée par îlots, et qui, trèsmince au niveau de la diaphyse, atteint souvent plus de deux millimètres près de l’épiphyse. L’os, coupé longitudinalement, présente, à ses extrémités, des altérations qui portent à la fois sur la diaphyse et l’épiphyse. La couche chondroïde est de deux à trois fois plus épaisse qu’à l’état normal; transparente et molle, elle offre une consistance qui rappelle celle du cristallin ou du corps vitré ; aussi forme-t-elle parfois une sorte de bourrelet. Ces changements sont dus à la multiplication exagérée et à l’hypertrophie des cellules cartilagineuses coïncidant avec le ramollissement et la disparition de la substance fondamentale. La couche chondro-calcaire, également épaissie, friable, grise, blanchâtre, d’un aspect crayeux, laisse voir une ligne de démarcation onduleuse ou dentelée résultant d’une surabondance de sels minéraux et de la présence d’une certaine quantité de graisse. Le tissu spongieux voisin offre dans une étendue d'environ deux centimètres des taches rosées grisâtres, blanchâtres où jaune chamois, formées par des éléments plus ou moins altérés de la moelle osseuse. L’épiphyse, à ce degré d’altération, adhère déjà moins fortement à la diaphyse. Les lésions plus avancées consistent dans un ramollissement gélatini- “forme du tissu spongieux, ou dans la formation d'espaces irréguliers, anfractueux, contenant une matière puriforme formée des éléments altérés de la Mmoelle et des débris osseux; elles déterminent un décollement épiphysaire plus où moins complet. Les deux parties de los, unies seulement par leur ‘enveloppe fibreuse, jouent alors l’une sur l’autre; en même temps, les articulations, le tissu cellulaire et les muscles s’enflamment, suppurent et \déterminent un gonflement périarticulaire caractéristique.
Dans ces conditions, l’état des membres est comparable à celui que déter- “mine une fracture ou bien encore le rhumatisme articulaire aigu. Les memtbres thoraciques sont habituellement appliqués le long Us tronc et en pronation ; les pelviens sont allongés, et, quand on soulève 1 enfant, ils pendent et oscillent à toutes les secousses (Parrot). Le nombre des parties atteintes est variable, il n’est pas rare d'observer une inertie des quatre membres. Certaines attitudes anomales peuvent être dues à la production d’abcès au VoI- Sinage des articulations ; dans ces conditions surtout les contractions muscu-
laires sont très-douloureuses.
, œ » hereditare Knochen syphilis bei jungen Kindern, Archiv f. patholog. el Lai oé é de RTE 14870. — rt. Sur une pseudo-paralyste causée par une altération du système osseux chez les nouveau-nés atteints de syph. ne D, Physiologie, mai, oct. 1872. — Waldeyer et Kobner , Beiträge Se te s eredict. Knochen syphilis, Archiv f. pathol. Anat. und Physiolog., IMEN Be 3 à de Ë a. 4
(2) Ces lésions, sur lesquelles ont porté les dernières recherches, a été qu ées er notre première édition, d’après les observations de Valleix, Ranvier, Bargioni, et d'apres u
cas qui nous est personnel.
YPHILIS.