LA
C’est sur des fœtus ou de jeunes enfants ayant au plus trois mois que cette affection a jusqu'ici été observée. Le squelette n’est jamais atteint entièrement, les os longs le sont d’une manière constante, les plus volumineux sont en général les plus altérés, d'abord à leurs extrémités, dans leur épaisseur, et enfin à leur périphérie.
Les lésions circonscrites, beaucoup moins communes que les précédentes, n’ont aucune tendance à la suppuration ; mais, contrairement à ces dernières, elles paraissent affecter de préférence les os larges, ce sont des ostéites ou des périostites gommeuses peu différentes de celles qui se rencon: trent chez l'adulte dans la syphilis acquise, et comme celles-ci susceptibles d'amener la nécrose d’une partie plus ou moins étendue de l'os affecté. Relas tivement fréquentes à la face interne des os du crâne, où les ont observées Charrier (1), Waldeyer et Kobner, et d’autres auteurs, elles forment de petits amas grisâtres ou jaunâtres, qui ne diffèrent pas histologiquement des tumeurs gommeuses ordinaires. La nécrose des os crâniens a été vue et figurée par Baerensprung. Les exostoses et les périostoses s’observent quel quefois même dans un âge déjà avancé. Bouchut signale enfin le durcisse= ment prématuré des os longs. Le tissu de la partie moyenne de ces os seraït solide, compacte, impossible à casser ou à diviser par l’instrument tranchant.
S 4. — Lésions des testicules et des reins. %
Les aflections consécutives des parties génitales externes diffèrent trop peu, dans la syphilis héréditaire et dans la syphilis acquise, pour que j'aie à en parler. Les testicules sont rarement affectés chez l'enfant. Un cas de syphilis héréditaire avec tuméfaction de l’un de ces organes a été rapporté par North (2\; la même affection a été vue par Bryant (3) chez un enfant de six mois. Le docteur Obédenare m'a envoyé de Bucharest la photographie d’un jeune enfant atteint héréditairement d’un testicule syphilitique, et chez lequel on voit la tumeur testiculaire faire hernie à travers une ouverture du scrotum (fongus du testicule).
Les lésions des reins ont été peu étudiées jusqu'ici. Mon collègue le doc teur Tarnier ayant eu l’obligeance de me donner à examiner les viscères d’un enfant né de parents syphilitiques, je constatai, en même temps que l’altération du foie si bien décrite par Gubler, l'existence d’une lésion rénale caractérisée par l’épaississement de la trame conjonctive et une altération granulo-graisseuse des cellules épithéliales des tubuli (voy. pl. IT, fig. 4 et 4"), Les reins, assez fermes, étaient remarquables par une teinte jaunâtre semblable à celle que présente souvent, dans les mêmes conditions, la surface du foie. Bradley (4) a observé chez un enfant de quatre mois, atteint de syphilis héréditaire, la disparition d’une albuminurie avec œdème de la face et des membres supérieurs à la suite d'un traitement mercuriel. |
(1) Charrier, Gaz. des hôpitaux, 1854, n° 43.
(2) North, Medical Times and Gaz., 1862, t, I, 403.
(3) Bryant, Medical Times and Gaz., déc. 1863, p. 614.
(4) Bradley, Hydrop. syph. des reins, British med, Journ., febr, 4 » 1877
. $ 5. — Appareil de la digestion.
Canal alimentaire. — La syphilis héréditaire, comme la syphilis acquise, affecte avec une fréquence inégale les diverses parties du tube digestif, Les plaques syphilitiques et l’érythème sont les lésions plus spéciales à la membrane muqueuse de la bouche et du pharynx. Cette membrane est quelquefois le siége de lésions plus profondes.
Forster (1) signale la dégénérescence fibroïde des glandes de Pever chez un enfant syphilitique qui mourut le sixième jour après sa naissance et qui, entre autres affections, présentait une pneumonie lobulaire et une bronchite purulente. Au niveau des plaques existaient des masses saillantes, à surface lisse, d’une teinte rose grisàtre, jaunâtre au centre, et constituées en grande partie par des noyaux, des cellules et des fibres de tissu conjonctif, substitués aux éléments glandulaires.
Eberth (2), Roth (3), Oser (4) ont observé des faits du même genre. L’altération intestinale qu’ils décrivent sous le nom d’entérite syphilitique appartient toujours à des nouveau-nés atteints de syphilis héréditaire. Elle est caractérisée par des indurations multiples, circonscrites, de volume variable, le plus souvent arrondies, siégeant au niveau des plaques de Pever ou des glandes solitaires. La muqueuse qui tapisse ces indurations ou petites tumeurs est tantôt lisse et simplement ardoisée, tantôt plus ou moins profondément ulcérée ou détruite. Dans ce dernier cas, la nouvelle formation se présente sous forme d’une eschare sèche peu étendue , qui, une fois éliminée, laisse à Sa suite un ulcère à fond brillant et lardacé. Cette altération, qui peut affecter toutes les couches de la muqueuse intestinale, mais qui se localise plus spécialement à la tunique sous-muqueuse, est constituée à la fois par une infiltration de cellules analogues aux cellules lymphatiques et une formation conjonctive plus ou moins abondante; les villosités correspondantes sont ou hypertrophiées ou détruites.
} Péritoine. — Simpson (5) admet l'existence d’une péritonite syphilitique héréditaire, d’après.un total de trente et une observations personnelles ; mais ces observations sont loin d’être toutes parfaitement concluantes. Les unes laissent en doute la question de l’hérédité, les autres font à peine mention de l'état des organes de l'abdomen et particulièrement du foie. Dans trois cas de Syphilis héréditaire, Wilks a trouvé des adhérences entre le foie et le diabhragme, et deux fois une péritonite généralisée. Gubler a noté dans plu- Sieurs cas de syphilis hépatique des traces de périhépatite. Baerensprung (6)
| (1) Würzburg medicinische Zeitschrift, 1863, t. IV, part. 1. 1863. Ye: (2) C. J. Eberth, Ueber eine eigenth., vielleicht syphilit. Enteritis, Archiv für path. Anat. und Physiol., t. XL, p. 326, 14867. | . (3) Roth, Enteritis syphilitica, Archiv f. path. Anat. und Physiol., t. XL, p. 298.
(4) Oser, Fülle von Enteritis syphilitica, Archiv für Dermatol. und Syphilis, t. II, p. 27, (5) Simpson, Edinburg med. and surg. Journ., n° 37, et Obstetric. Works, Obs. V, VI, DC Il, p. 172.
(6) Baerensprung, Die hereditüre Syphilis. Berlin, 1864.
a vu dans maintes circonstances, à la surface du foie, de la rate ou même des. intestins, des dépôts pseudo-membraneux mous et peu consistants, ou fermes. et résistants et comme ligamenteux. De l'accord de ces divers auteurs on peut conclure que la péritonite, qui est une manifestation de la syphilis acquise, est aussi un accident de la svphilis héréditaire. Les caractères de cette affec= tion le plus souvent localisée à certaines parties du péritoine sont ceux de là péritônite chronique adhésive, c’est-à-dire d’une lésion qui ne se manifeste ni par la suppuration, ni par une marche rapide, ni par des symptômes aigus:
Le pancréas est rarement lésé chez le fœtus ou chez le nouveau-né qui hérite de la syphilis. Virchow (1) a observé dans un cas la dégénérescence grais= seuse de cette glande, et d’autres auteurs ont pu noter l’induration de ce même organe. Il n’est aucun fait, à ma connaissance, où 1l soit question de l’altération des glandes salivaires.
$ 6. — Appareil de l’hémopoièse.
Foie. — Le foie est l’un des organes les plus exposés aux atteintes de [a syphilis héréditaire, et ce fait ne doit pas étonner, lorsqu'on connaît les im=. portantes fonctions de cette glande chez le fœtus, et la facilité avec laquelle elle est susceptible de s’altérer dans la syphilis de l'adulte. Peu ou pas con= nues des anciens auteurs, les lésions hépatiques liées à la syphilis héréditaire sont de deux ordres, les unes diffuses, les autres circonscrites et très-analo= gues aux lésions gommeuses.
Gubler a le mérite d’avoir, pour la première fois, bien décrit les lésions. diffuses (hépatite diffuse), qui dans l'espèce sont les plus fréquentes. Le foie, plus volumineux qu’à l’état normal, est turgide, globuleux, élastique, dur, difficile à entamer avec les doigts, qui finissent par le déchirer sans laisser aucune impression à sa surface. Inégalement modifié dans toute son étendu ou seulement dans certains points, il présente une coloration jaune particulière, comparable à la pierre à fusil, et dans quelques cas il est parsemé de petits grains blancs opaques ayant l'aspect de grains de semoule; à la coupe, son tissu homogène laisse voir des stries vasculaires et des grains opaques irrégulièrement disséminés, des taches jaunâtres plus ou moins larges et éten= dues. L’injection démontre que la trame vasculaire est à peu près imper= méable. L'examen microscopique révèle la présence de jeunes cellules arrondies, isolées ou en amas, et d’un tissu fibroïde de nouvelle formation, au milieu duquel les cellules de l’enchyme sont dispersées et pour ainsi dire noyées, ou ont complétement disparu. Les parois des vaisseaux sont toujours notablement épaissies, et quelquefois même en dehors des foyers d’altération, comme j'ai pu Na ue PENSE JR sRear sur une pièce anatomique que je dois : Fe, ; ne du professeur Chauffard. La bile est d’un + Par. PRE à . je pue toujours altéré, offre la consistance de:
LUNS 1e. variable du foie, le plus souvent jaunâtre où grisatre, Sa consistance ferme, élastique, parfois douce au toucher, sa surfacé
(1) Syphilis conslitutionnelle, traduct. franc. de Picard. Paris, 1859.
NOSOGRAPHIE. h23
Misse, et ce fait que son altération partielle, plutôt que généralisée, forme des “foyers plus ou moins étendus envahissant les lobules tout entiers, tels sont les “caractères qui distinguent l'hépatite syphilitique. |
Des manifestations dont l’origine syphilitique n’est pas contestable coexistent “ordinairement avec ces lésions, qui ont été vues par Trousseau, Horteloup, “Gullerier, Depaul, Lenoir, Lebert, Desruelles, Cazenave et la plupart des mé- “decins français et étrangers (1); en sorte qu'on ne peut douter du lien “qui les unit à la syphilis. Les petits grains ou nodules blanchâtres dissémimés dans le foie, et qui ont reçu de Wagner le nom de syphilome miliaire, diffèrent “de la tumeur gommeuse proprement dite par ce seul fait qu’ils ne laissent pas, "comme cette dernière, des cicatrices appréciables à leur suite; mais il faut “dire que cette différence n’est peut-être que l'effet d’une plus grande acuité “dans la marche de l'affection hépatique et dans sa terminaison presque néces- “sairement fatale. Une fois, cependant, Cullerier (2) trouva chez un enfant “auéri par le proto-iodure de mercure la surface du foie couverte d’une plaque …fibreuse, sorte de cicatrice qui lui parut avoir succédé à une infiltration : plastique.
L'hépatite syphilitique gommeuse du fœtus et de l’enfant nouveau-né a été “vue par Testelin (3), Thiry (4), Wedl (5), Zeiss! (6), Schott (7), etc. Dans un “cas rapporté par Testelin, le foie d’un enfant de sept mois, élastique, jaune “brunâtre, lourd, volumineux, contenait des tumeurs du volume d’une noix à celui d’une noisette. Un nouveau-né atteint de pemphigus, et observé par Wedl, présentait à la face convexe du foie un noyau ovalaire, du volume d’un haricot, d’une nuance jaune éclatante à son centre, plus résistant que le tissu hépatique ambiant ; la mère de cet enfant était affectée de syphilis secondaire. Chez un enfant né dans de semblables conditions et qui succomba quelques jours après sa naissance, j'ai trouvé une tumeur ferme, élastique, résistante, de coloration blanchâtre à la coupe, située vers la partie moyenne du foie.
Les lésions en question ne se révèlent, d'ordinaire, que tardivement, c'estàdire lorsqu'elles sont arrivées à une période avancée de leur évolution. Comme l’a vu Portal, les petits enfants gémissent, agitent incessamment les jambes en signe de souffrance ; ils sont pris de vomissements, ils ont de la diarrhée, sinon de la constipation. Le ventre, météorisé, est sensible à la pres- Sion ; le pouls, accéléré, faiblit peu à peu, l'expression de la face s’altère de plus en plus, la peau prend une teinte jaunâtre ou terreuse, l’'amaigrissement ést rapide et progressif : c’est une détérioration générale, un véritable marasme. Alors le palper et la percussion dénotent un volume et même une dureté plus considérables du foie. L'ictère est assez peu fréquent pour que
(4) Comparez : Hecker, Verhandl. der Gesellschaft f. Geburtsh. Berlin, 1857, ju p. 431. — Bamberger, Virchow’s Handb. der Path.,t. IL, p, 561. — Thiry, Gaz. hebdom., p. 4141, 1859. — Howitz, Hospit. Tidende, 1862, n°° 39-35, — Testelin, Forster, E. Wagner, loc. cit. — Lancereaux et Lackerbauer, Atlas d’anat. pathol., p.56 et pl. 7, fig. 5.
(2) Cité par Diday, Loc. cit., p. 154.
(3) Journ. méd. de Bruxelles, octobre 1858.
(4) Presse méd. belge, 1858, n° 22. :
(5) Grundzüge der pathologischen Histologie, p. 299, Wien, 1853.
(6) Lehrbuch der const. Syphilis. Erlangen, 1864.
(7) Jahrbuch, der Kinderheilkunde, 1871, IV.
h24 LA SYPHILIS.
Gubler ne l'ait observé dans aucun cas ; lascite et l’œdème des extrémités inférieures ont été observés seulement quelquefois, en sorte que c’est plutôt dans l’état général que dans l’état local qu’il faut ici chercher les signes diagnostiques. La marche de ces lésions est lente et chronique; la cachexie survenant, la mort ne se fait pas longtemps attendre.
Le diagnostic de cette affection repose sur la concordance des symptômes locaux et des symptômes généraux, et sur la connaisgince des antécédents morbides des parents du petit malade. Le pronostic est d'autant plus sérieux que la lésion hépatique est plus étendue. Ajoutons que l’oblitération des ca= naux biliaires, observée dans des cas d’ictère grave des nouveau-nés, pourrait bien aussi reconnaître une cause syphilitique ; ce qui porterait à le penser, ce sont les altérations du foie et d’autres organes rencontrées en même temps que cette altération (1).
Rate et glandes lymphatiques. — Les altérations de la rate sont extré mement communes dans la syphilis héréditaire. Tous les faits que nous avons observés nous ont présenté une augmentation du volume de cet organe, qui, suivant S. Gee (2), existerait seulement dans le quart des cas. La rate tout entière participe généralement à cette altération (3) : elle est ferme, lisse, parfois adhérente aux organes voisins, et souvent elle ne présente d’autre modification qu’une multiplication de ses éléments. Cette altération, qui coexiste en général avec les affections syphilitiques du foie, est souvent accompagnée de lésions des ganglions lymphatiques. La rate diminue peu à peu de volume, si l'enfant vient à guérir de sa syphilis. |
Les glandes lymphatiques, que n’épargne pas la syphilis acquise, subissent aussi les atteintes de la syphilis héréditaire. Hutchinson (4) a vu sur un enfant de cinq mois la plupart des ganglions bronchiques infiltrés de cette: forme de dépôts fibrineux que l’on trouve si souvent en connexion avec la syphilis acquise. Cet enfant, né de parents syphilitiques, était porteur d’une éruption cutanée; il avait joui d’une bonne santé pendant les deux premiers mois de son existence. L'augmentation de volume et l’altération de ces mêmes glandes se trouvent notées dans plusieurs des faits rapportés par Baerensprung. Cette modification ne diffère pas de celle des autres organes, elle est constituée le plus souvent par une infiltration diffuse d'éléments nous veaux, quelquefois aussi par de petites tumeurs circonscrites. Les ganglions de l'épiploon gastro-hépatique et du mésentère en sont le siége le plus habituel. Rivington (5) rattache à la Syphilis héréditaire une hypertrophie généralisée des ganglions lymphatiques viscéraux chez une jeune fille de
(1) Consultez : C. Binz, Zur Kenntniss des tüdtlichen Icterus d., Neugeb. aus Oblit. d.
Galle i « : à ï og eg 0796) Archiv f. pathol. Anat. und Physiol., t, XXXV, p. 360. — Roth, Zbid., t. XLIH,
(2) Gaz. des hôpitaux, 1867, p127a
(3) Dans un cas cité de Gre orié (voi à différents stades de 4 (voir p. 289)
farctus vasculaires,
(4) Hutchinson, Med, Times and Gaz., 17 juillet 1858. (6) Rivington, Med, Times and Gaz., 19 oct. 1872,
FE , il est question de tumeurs gommeuses éveloppement ; mais on se demande s’il ne s’agit pas simplement d’in-
NOSOGRAPHIE. h25
eize ans, qui présentait un arrêt de développement tel qu’elle paraissait avoir ru plus six ans.
Capsules surrénales. — Les capsules surrénales se font remarquer, dans «n grand nombre de faits de syphilis héréditaire, par un accroissement lé volume très-manifeste. Virchow, qui a constaté cette augmentation de olume, note dans un cas une dégénérescence graisseuse complète de ces “landes. Baerensprung a trouvé, chez des enfants atteints de syphilis conxénitale, la substance corticale des capsules surrénales envahie par des 1mas de noyaux et de jeunes cellules de tissu conjonctif, modification trèsmalogue à altération diffuse du foie. Huber (1) a vu, chez un enfant atteint de syphilis congénitale, les capsules surrénales volumineuses, grisâtres, semées de petits foyers jaunâtres constitués par des détritus graisseux. Hennig (2) a trouvé, dans un cas, la capsule surrénale gauche augmentée de volume, adhérente au diaphragme et renfermant un contenu gélatineux.
n Thymus. — Le thymus, en raison même de son activité fonctionnelle pendant la vie intra-utérine, se trouve prédisposé à subir l'influence de la syphilis héréditaire. C’est en 1850 que le professeur P. Dubois (3), s’attachant à rechercher la cause de la mort des nouveau-nés syphilitiques, observa chez un Gértain nombre une altération du thymus qui se présentait sous une forme presque toujours identique, et qui était caractérisée par la présence de pus disséminé ou réuni en foyers au sein de l'organe. Depuis cette époque, plusieurs observations sont venues s’ajouter à celles du célèbre accoucheur français. Depaul rencontra une fois dans chacun des lobes du thymus une Cavité remplie par une matière grume'euse, jaunâtre et épaisse. Weber (4) rapporte un cas d’abcès de cette même glande. C. Hecker (5), Desruelles, Braun, Spath et Wedl (6), ont constaté de semblables altérations. Mais faut-il admettre qu’il s’agissait de foyers purulents dans tous ces faits, et ne vaut-il pas mieux penser à l'existence de productions gommeuses ramollies, métamorphosées et confondues avec des abcès ? C’est ce que nous ne pouvons décider sûrement, bien que nous inclinions pour la dernière hypothèse, à Cause de la rareté des formations purulentes dans la syphilis constitütionhelle. Un cas de Lehmann (7), dans lequel le thymus, le foie, la dure-mère étaient le siége de tumeurs formées de tissu conjonctif ayant subi la métamorphose graisseuse, serait jusqu’à un certain point favorable à cette idée, que les lésions syphilitiques du thymus ne suppurent pas plus que celles des autres viscères. La description que l'on trouve dans le cas rapporté par Desruelles semble d’ailleurs se rattacher à une tumeur gommeuse bien plutôt qu'à un abcès. | Au demeurant, les manifestations syphilitiques du thymus se montrent sous
. (4) Huber, Archiv f. klin. Medicin., v, p. 270. — Consultez Hecker, Ueber Syphilis congen. innerer Organ., Monatschr. fur. Geburtsh. xxx, p. 22, 1869.
(2) Hennig, dans Jahrb. für Kinderheïlk., 5 déc. 1872, p. 109-113.
(3) Gaz. méd. de Paris, 1850, p. 393. — Voyez même journal, 14851.
(4) Beiträge zur patholog. Anat. der Neugebornen, Kiel, 1852, vol. IT, p. 79.
(5) Verhandl. der Berliner Gesellsch. f. Geburtsch., vol. VIF, p. 117 à 122. rs
(6) Wedl a trouvé une fois au centre de l'un des lobes du thymus une cavité remplie d’un pus mélangé de sérosité,
(7) Würzburg med. Zeitschrift, t. X, p. 29.
forme de foyers ou de tumeurs circonscrites ; les lésions diffuses qu'on a Cru
voir peuvent être mises en doute, beaucoup d'observateurs du moins ne les ont pas rencontrées. Il y a donc lieu de les chercher à 1 avenir et de préciser leurs caractères, si tant est qu’elles existent. L'augmentation de volume
est le principal symptôme du thymus syphilitique.
Sang. — Avec les nombreuses lésions glandulaires en question, on con: çoit que le liquide sanguin puisse être altéré ; c’est en effet ce que démontrent l’état du sang qui a l'aspect et la consistance de la gelée de groseille, et les nombreuses ecchymoses rencontrées après la mort dans les cavités naturelle ou même dans l'épaisseur de certains parenchymes. Hutchinson a trouvé dans un cas le péricarde rempli de sang coagulé. Plusieurs des observations rap portées par Baerensprung {font mention d’épanchements sanguins dans la cavité du péricarde et même dans les cavités des plèvres ou des méninges.
Avant de connaître ces faits, j'avais moi-même observé plusieurs cas de syphilis héréditaire avec lésions viscérales et épanchements sanguins multiples. En voici un exemple : La fille X..., âgée de vingt-cinq ans, accouche à l'hôpital de la Pitié (janvier 1860) d’un enfant à terme et qui succombe cinq à six heures plus tard. A l’autopsie, je constate sous le péricrâne la présence de nombreuses taches ecchymotiques ; ces mêmes taches se retrouvent en moindre abondance dans le tissu cellulaire sous-cutané des membres età la surface des poumons et du péricarde dont la cavité est en partie remplie par un liquide sanguinolent. Le foie, volumineux, ferme et résistant sous le doigt, présente une teinte Jjaunâtre cuir de botte. La rate est dure, ferme et volumineuse ; les reins paraissent normaux. La mère de cet enfant m'apprend que le père est atteint d’une maladie syphilitique; pour son compte, elle ne s’est jamais aperçue de rien.
$ 7. — Appareil de la circulation,
Le cœur subit les atteintes de la syphilis héréditaire comme celles de là syphilis acquise. Rosen (1) a observé un cas de gomme congénitale dæ | cœur gauche. D'un autre côté, Forster (2) parle d’une endocardite syphilitique chez un enfant de six semaines; mais il faut ajouter que l'existence de la syphilis chez cet enfant est fort douteuse. Un cas de myocardite fibreuse chez un enfant mort-né syphilitique est rapporté par Wagner (3). Dans un fait observé par Kantzow (4), il existe, à côté d’une myocardite interstitielle, une hyperplasie musculaire (myome) que Virchow attribue à une irritation de voisinage, à peu près comme l’hyperostose qui accompagne une gomme du périoste.
On ne connaît aucun cas d’artérite Syphilitique héréditaire ; mais Shüppel (5) a signalé l'existence d’une péripyléphlébite chez des enfants syphi-
(1) Von Rosen, dans Behrend's Syphilidologie, t, UT, p. 249, 1860
(2) Forster, Würzburg. med, Zeitschr., t. Eva 7185
(3) Wagner, Das Syphilom, ete. Archiv der Heïlkunde, t. VII, p. 527
(4) Kantzow, Archiv der path. Anat. und Physiol., t. XXXV, D: 911, 1866.
9) Shüppel . rh M ; t. de Hide il Peripylephlebitis syphilitica bei Neugeborenen, Archiv der Heilkunde,
NOSOGRAPHIE. h27
liques dont le foie était malade, et même chez d’autres où le parenchyme 5 cet organe avait paru sain. La thrombose veineuse chez des enfants “fectés par hérédité est plutôt l'effet de la cachexie que d’une modificaon qui porterait primitivement sur les parois des veines; ces parois, teintes : plus souvent par la matière colorante, doivent ce phénomène à la fluidité wliquide sanguin dont les globules blancs sont fréquemment augmentés en ‘ombre.
S 8. — Appareil de la respiration.
Les organes respiratoires sont fréquemment atteints chez les jeunes enfants qui succombent à la syphilis héréditaire. L’enrouement est un symptôme ommun de cette maladie, il est ordinairement lié à une laryngite plus ou moins profonde et étendue. On trouve effectivement, à côté de l’inflammation juperficielle de la muqueuse laryngée, des ulcérations profondes de la face mierne du larynx et quelquefois des périchondrites primitives où secondaires, outes lésions susceptibles de produire un rétrécissement peu compatible avec existence. Ainsi Frankl (1) a vu chez un enfant de quelques semaines un ilcère profond de la muqueuse avec périchondrite du cartilage cricoïde et rétrécissement du larynx. D'un autre côté, Gerhardt (2) a pu obtenir à l’aide de l’iodure de potassium la guérison d’un rétrécissement probable de la‘bronche gauche chez une fille syphilitique âgée de six ans, dont le larynx était malade.
Les altérations que l’on constate dans les poumons sont de deux ordres : diffuses et sous forme de pneumonie lobulaire, circonscrites et sous forme de Nodosités semblables aux tumeurs gommeuses de l'adulte. Devergie a décrit Vun des premiers les lésions diffuses, sans connaître toutefois leur liaison avec la syphilis.
+ Deux enfants bien constitués et à terme, rapporte cet auteur, périrent immédiatement après l'accouchement, qui n'avait pas été laborieux. Les pou- “nons étaient très-volumineux, compactes, charnus, plus denses qu'à l'état mormal, très-lourds, décolorés et blafards ; ils se précipitaient au fond de l’eau mème lorsqu'ils étaient coupés par fragments. Leur tissu était infiltré d’un Miquide séreux incolore, qu'on ne faisait sortir qu'avec peine du tissu cellu- Maire qui le renfermait. L'air ny pénétrait pas lorsqu'on les insufflait. Cette altération ne constituait ni le squirrhe, ni l'induration blanche qui précède la suppuration des tubercules; c'était une sorte de durcissement lardaciforme, tenant Le milieu entre l'état squirrheux lardacé et la mollesse ordinaire du tissu des poumons des enfants nouveau-nés. Ch. Robin et Lorain (3) ont étudié avec soin cet état particulier du poumon qu’ils appellent du nom d'épithélioma. C. Hecker (4), Virchow (5), F. Weber (6), ont rapporté des faits rela-
(4) J. Frankl, Syphiit. Geschwüre und Verengerung der Larynx, Wien, med. Wochenschr. XVII, 69, 70, 1868.
(2) ©. Gerhardt, Archiv für klinik. Med., I, 547, 1867.
(3) Gaz. médicale, 1855, p. 186, et Bull. de la Société de biologie.
(a) Verhandl. der Berliner Geselisch. für Geburtsh., vol. VII, p. 126.
(5) Gesamm. Athandl., p. 595.
(6) Beiträge zur pathol. Ana, der Neugeboren., I, p: 47.
tifs à cette même altération, que Howitz (1) désigne par la dénomination d'infiltration syphilitique du poumon. Ranvier (2) a donné une description histologique exacte des altérations constatées chez un enfant nouveau-n. syphilitique dont les poumons avaient subi la même modification. g
Les poumons ainsi affectés remplissent presque toute la cavité de I: poitrine, et souvent ils conservent l'empreinte des côtes ; leur suriqess lisse marbrée, offre un aspect peu différent de celui des poumons pleins d'air, sic n’est qu'elle est plus pâle. Ces organes sont fermes, lourds, plus denses que l’eau ; ils crépitent dans quelques parties seulement et ne se laissent plus par tout insuffler comme les poumons sains du fœtus. L’air qui pénètre sur quel ques points étant arrêté ailleurs, il en résulte un emphysème partiel par suite de la rupture de quelques-unes des vésicules pulmonaires. Les portions de paren: chyme altérées résistent et se coupent nettement; la surface de section en és unie, lisse, brillante, d’un blanc à peine rose (couleur de chair), quelquefois marbrée de taches blanches, sur un fond rougeàtre. On y voit des masses com: pactes, séparées par les cloisons interlobulaires épaissies, et ayant la consis: tance du tissu hépatique: c’est une sorte d’hépatisation blanche très-ferme. Les fines ramifications des bronches et les vaisseaux sanguins sont généralement rétrécis par suite de compression; les bronches sont quelquefois remplies d’un mucus purulent et d’une petite quantité d'air. À l'examen microscopique on trouve les alvéoles complétement effacées ou seulement rétrécies, irrégulièrement carrées ou hexagonales, ou bien cloisonnées et allongées en forme de fuseaux ; le tissu conjonctif interalvéolaire est épaissi, dans la plupart des cas, par des noyaux et des cellules de nouvelle formation plus où moins atrophiés ou en voie de métamorphose graisseuse.
Cette infiltration pulmonaire, ou induration syphilitique des poumons, diffère de l'hépatisation grise par la dureté plus grande du parenchyme lésé, sa résistance à la pression, sa coloration blanchâtre ou rosée, et par la nature des manifestations concomitantes. Les ganglions bronchiques sont augmentés de volume, ils offrent une teinte rougeàtre ou d’un gris jaunâtre.
Les lésions pulmonaires circonscrites sont signalées par Portal dans un fait qui, malgré l'apparition un peu tardive de la lésion pulmonaire, paraît néanmoins à l'abri de toute contestation (3). « Dans le corps d’un enfant né de parents infectés de virus vénérien et mort à l’âge de trois ans, on découvrit extérieurement de véritables pustules vénériennes; les glandes du cou étaient gonflées ; celles du mésentère, des aines et des aisselles étaient obstruées et pleines d’une humeur blanchâtre, de la consistance de la bouillie: Le poumon droit était presque entièrement détruit par la suppuration, Il y avait quelques abcès dans le lobe supérieur du poumon gauche, et le reste de. la substance des deux lobes inférieurs était dur comme du cuir racorni ; l’artère pulmonaire et les cavités du cœur droit étaient très-dilatées, et la sub- Slance musculaire des ventricules était singulièrement ramollie. » |
. Le FOI Tidende, 1862, n°5 10 et 11, et Behrend's Syphilidolog., 4862, vol. HE,
(2) Gaz. méd. de Paris, 4864. C t > ar t. IV, 1863, p. 51. - omptes rendus des séances de la Société de biologie, 3° série,
(3) Observ, sur la Phthisie pulmonatre, t. I, p. 530, 1809.
| Le fait avait passé inaperçu, et en réalité les lésions dont il s’agit ne sont véritablement connues que depuis les recherches du professeur Depaul EL et auteur indiqua, dès 1837, le lien de causalité qui les unit à la syphilis, fs plus tard, il consigna dans un mémoire académique deux faits où elles sont *arfaitement décrites. Dans l’un de ces faits, une bosselure du volume d’une vetite noix, saillante, d’une teinte jaunâtre, ramollie à son centre, est la seule roduction observée. Dans l’autre, les lobes supérieurs des poumons contienvent une masse irrégulière, arrondie, et du volume d’une grosse noix. D’aures masses plus petites sont disséminées dans les autres lobes, il y en a six à oite et cinq à gauche, la moins volumineuse égale une noisette : ces diffé- #ents noyaux, incisés, sont formés par un tissu compacte d’un jaune grisatre, tau centre de chacun d’eux on rencontre une cavité d’où s'écoule un liquide aunètre, séro-purulent, variable en qualité, selon le volume de l’induration. “ette même lésion pulmonaire a été retrouvée par Ch. Desruelles chez un œtus atteint de pemphigus et de l’altération du foie que nous connaissons. * Hecker (2) et Virchow (3) l'ont également observée; Lebert (4) enfin a fait lessiner une tumeur gommeuse trouvée dans le poumon d’un enfant affecté le syphilis congénitale (4); j'ai observé un cas semblable avec mon ami [ Landeta :
Un nouveau-né, d'apparence assez chétive et atteint d’un pemphigus ayant jour siége principal la paume des mains et la plante des pieds, succomba juelques jours après sa naissance, en 1863, dans le service de M. Vigla à l'Hôtel- Dieu. La mère, qui niait toute espèce d’antécédent spécifique, ne voulut donrer aucun renseignement sur la santé du père. Le cerveau, le foie et les reins rurent intacts ; seulement, dans l’un des poumons, il existait vers la partie noyenne une tumeur arrondie du volume d’une petite noisette, d’une coloraion blanche jaunâtre, d’une consistance assez ferme à la circonférence, mais lus molle au centre. Cette tumeur était entourée d’une zone de tissu fibreux, #dans le voisinage le parenchyme pulmonaire était tout à fait sain. Vers la jase et dans l’épaisseur du lobe inférieur se rencontrait une autre tumeur ayant aforme d’un haricot, et dont le hile se trouvait comblé par un tissu griâtre et vasculaire; la surface de ce lobe présentait encore une tumeur disiforme, plus petite, mais aussi plus ferme que les précédentes. (Voy. de I, fig. 5.) La structure de ces tumeurs n’était pas tout à fait identique ; 16S fibres fines de tissu conjonctif, entre lesquelles étaient interposées de fombreuses granulations élémentaires, entraient pour une grande part dans ur composition. Ces éléments étaientabondants dans les parties périphériques ; mais à mesure qu’on avançait vers le centre, il n'existait plus que des globules "onds ou elliptiques et très-granuleux ; puis, dans la parte centrale, on ne rouvait que des granulations moléculaires graisseuses (5). Martineau, d’un autre côté, a rapporté un cas de lésion pulmonaire chez un enfant qui suc-
(1) Bull. de la Société anat. novembre 1837, et Mémoire sur une manifestation de la yphilis congénitale (Mém. de l’Acad. impér. de médecine, Paris, 1853, t. XVII).
(2) Verhandl. der Berlin. Gesells. für Geburtsh., À. VIII, p. 126.
(3) Gesamm. Abhandl., p. 595.
(4) Anat. pathol., Paris, 1857, pl. CLUT, fig. 3 et 4.
(5) Voyez Gazette hebd., 1864, p. 649.
comba au bout de trois jours et sur lequel Cornil a donné des détails micro graphiques très-complets. Jei toutefois 1 origine syphilitique de Î altération de poumons pourrait paraître douteuse, puisque | enfant ne portait EE trac de pemphigus, et que la mère ne contracta la vérole que vers le quatrièms mois de sa grossesse (1).
Dans tous ces faits, l’altération se montre sous forme de tumeurs plu ou moins nombreuses, du volume d’un pois, d’une noisette ou d’une noix et ces tumeurs, parfaitement circonscrites, fermes ou ramollies à leur cenie de couleur jaunâtre, ne diffèrent pas des lésions gommeuses de la syphili acquise. On y retrouve à divers degrés de développement ou d’altération le éléments de tissu conjonctif propres à l’infiltration diffuse, moins les cellule épithéliales. La zone de tissu fibreux qui les enveloppe parfois, leur nombr relativement peu considérable, et aussi leurs caractères microscopiques, s6 autant de circonstances qui permettent de les distinguer du tubercule vraïd poumon, lésion très-rare à cet âge de la vie. à |
Des troubles fonctionnels particuliers, peu différents de ceux qui se rencon trent chez l'adulte, mais plus difficiles à observer, tant à cause de l’étatd faiblesse que de la rapidité de la mort des enfants affectés, sont la conséquente de ces altérations. Matité et absence du murmure vésiculaire, tels sont signes que fournit l'exploration physique, lorsqu'elle est possible. Les enfant naissent le plus souvent avant terme, ils sont malingres, jaunâtres, cachée tiques, peu développés, et la plupart sont atteints d’un pemphigus qui à pou siége spécial la paume de la main et la plante des pieds. Avec ces affection coexistent parfois des lésions viscérales et en particulier des altération de la glande hépatique; aussi la vie se trouve gravement compromise la mort ne tarde pas, elle a généralement lieu dans le premier mois qui sui la naissance.
Un diagnostic précis est difficile; mais en présence d’un pemphigus de extrémités et d’un état cachectique avec dyspnée, il y à lieu de soupçonne l'existence d’une affection syphilitique héréditaire du côté de l'appareil del: respiration.
$ 9. — Appareil de l’innervation.
Les altérations de la syphilis héréditaire ne sont pas rares dans les centres nerveux ; leur fréquence apparaît au fur et à mesure qu'on les étudie avec plu de soin. Robin a constaté l'existence d’une sclérose cérébrale chez un enfan qui succomba dans le service de Legroux (2), et que l’on pouvait regarder comme entaché de syphilis héréditaire. Semblable altération a été vue par Potain dans la moelle épinière de deux fœtus dont voici l'observation.
Vers le mois de février, il entre à l’Hôtel-Dieu, salle Saint-Antoine, une lemme enceinte de cinq mois, qui se plaignait de gastralgie et de douleur de tête violentes, et qui avait tous les signes d’une profonde chloroanémie.
(1) Bull, de la Soc. anatom., 1862, p. 486. Comparez : Klinische und experimentelle Mittheilung, etc, p. 117, Erl hered. die Syphilis, p.103, 108, planche VII,
(2) Union méd., 19 juin 1858
Forster, loc. cit. — Kobner, angen, 1864. — Baerensprung,
NOSOGRAPHIE. h31
Comme la céphalalgie persistait à se faire sentir, surtout la nuit, M. le docteur Potain songea, malgré les dénégations de la malade, à l'existence d’une syphilis. Effectivement il trouvait des ganglions cervicaux tuméfiés et non “douloureux, des pléiades ganglionnaires inguinales, et plusieurs papules mu- “queuses à la marge de l'anus. Un traitement mercuriel modéré (proto-iodure de “mercure) fut alors commencé, et les douleurs de tête diminuèrent, Un mois “après son entrée à l'hôpital, la malade accouchait sans accident de deux jumelles, non à terme, qui vécurent trois jours et chez lesquelles on ne put constater pendant la vie aucune marque de syphilis, ni aucun symptôme morbide. Chez June d'elles il y avait une débilité extrême.
L'autopsie montra chez les deux fœtus l’altération spéciale du foie décrite par Gubler, mais dans une très-petite étendue, la largeur à peu près d’un gros pois, pour l’un au bord inférieur, pour l’autre sur le bord antérieur et à la face “supérieure près du ligament falciforme. En ces points on remarquait une “coloration jaunâtre demi-transparente, un peu opaline, de la dureté, une ab- “sence de vascularisation, tous les caractères, en un mot, de l’altération décrite “comme syphilitique. Rien de notable dans les autres viscères thoraciques ou “abdominaux.
Les cerveaux ne parurent pas altérés, ils offraient la consistance molle Habituelle à cet âge. La moelle de l’un des deux fœtus paraissait aussi être à “'état normal, on reconnaissait très-bien sur sa coupe les sillons et les cornes wrises. Le microscope y montra des tubes nerveux très-nets.
La moelle de l’autre fœtus, au contraire, était dans toute sa longueur dimiuée de volume, dure, sans trace de division entre les substances et tout à fait Semblable à un tendon fibreux, sauf la coloration qui était d’un gris rougeûtre.
Au microscope, M. Potain ne put découvrir ni cellule nerveuse ni presque aucun Mube nerveux distinct. Toute la moelle semblait formée par du tissu lamineux “Condensé, feutré et entremélé d’une substance granuleuse abondante. L’examen des deux moelles fut fait simultanément, et la différence considérable de Structure qui existait entre elles deux ne put laisser aucun doute. Quant aux méninges rachidiennes, il n’a pas semblé qu’elles fussent altérées.
On voit par ces faits que la syphilis héréditaire est susceptible de produire des modifications des centres nerveux très-analogues aux lésions encéphaliques diffuses que l’on observe parfois chez l'adulte.
L’altération circonscerite ou gommeuse de ces centres se rencontre aussi. Les méninges et le cerveau peuvent en être atteints. Effectivement Howitz (1) a rencontré chez deux enfants nés de mères syphilitiques une couche d’exsudation jaunâtre, caséeuse, sur le trajet des vaisseaux arachnoïdiens, au niveau des faces supérieure et inférieure des hémisphères. Cruveilhier (2), chez un enfant à terme ayant des pustules cutanées et une pneumonie lobulaire, a trouvé à l'angle de réunion des voûtes orbitaires avec la portion verticale du frontal, la dure-mère, infiltrée d’un pus bien lié qui en écartait les mailles. Les os, dénudés, étaient érodés dans une partie de leur épaisseur, et le périoste correspondant était épaissi. Virchow a vu
(1) Voy. Howitz, Behrend’s Syphilidologie, 4862, vol. IL, p. 604. (2) Anatom. patholog. du corps humain, Liv. XV, P: 6.
des nouveau-nés syphilitiques présenter dans la substance cérébrale de petits fovers blanchâtres ou jaunâtres, constitués par des amas de granules grais-| Soux (4). Ghez un enfant de deux ans, atteint de paralysie syphilitique de l'oculo-moteur, de Græfe trouva plusieurs foyers de ramollissement cérébral (2), et, dans le cas d’un enfant affecté d’un abcès du bras qui n’était probablement qu’une tumeur gommeuse suppurée, Hutchinson et Jackson (3) furent conduits à penser qu'il existait un dépôt syphilitique comprimant la moelle et affectant:
les racines des nerfs.
L’hydrocéphale est un autre genre d’altération qui, suivant quelques observateurs, se rattacherait parfois à la syphilis héréditaire, Haase (4) rapporte. l'observation d’une femme qui fut atteinte de chancre dans le cours de la pre mière moitié de sa grossesse; le mari avait eu des chancres et une angine syphilitique. Cette femme eut trois accouchements d’enfants morts au huitième mois. À la quatrième grossesse, elle mit au monde un enfant hydrocéphale; paralysé du côté gauche, qui présentait des taches pourprées disséminées sur la peau. Cet enfant mourut au bout de six mois. La cinquième grossesse amena un enfant à terme, dont la peau était livide et d’un rouge foncé; àa sixième grossesse, vint un garçon qui fut affecté, dans sa deuxième année, de scrofulose et de croûtes serpigineuses. De Méric (5) est également disposésà accepter l'influence de la syphilis sur la production de l’hydrocéphale ; ila plusieurs fois observé un grand développement de la tête et un mouvément particulier de rotation des yeux chez les enfants nés syphilitiques. Nous avons été conduit à admettre cette pathogénie (6) que vient corroborer l’ate torité du docteur Roger. Un de nos amis de province nous a raconté que, tout surpris de voir naître dela même femme plusieurs enfants hydrocéphales, et voulant connaître la cause de ce fait, il apprit que le mari avait autrefois contracté la syphilis à Paris. Ajoutons que Hutchinson a observé un enfant de huit ans qui était hydrocéphale, épileptique, en partie idiot, et qui avait une double cataracte et des dents défectueuses. |
Les symptômes qui s'associent à ces diverses lésions sont peu connus, ou du moins fort difficiles à étudier. Bertin et plus récemment Pittschaaft (7) ont fait cette remarque, que les enfants issus d’un père syphilitique sont souvent tourmentés d’une insomnie opiniâtre. René Vanoye (8) est venu corroborer cette | assertion. À ce symptôme s'ajoutent assez souvent, soit des convulsions générales ou partielles (9), soit des paralysies plus ou moins étendues et complètes (10), tous phénomènes subordonnés au siége et à l'étendue de l’altération. |
À | (1) Syphilis constitut., p. 4. — Comparez Schott, Mayr’s Zeitschr. f. Kinderheïlk. IV, 4." (2) Arch. für Ophthalmolog., X, p. 443.
(3) Syphil. affect. of the nervous System, Med, Times and Gaz., t. IL, p. 84, 1861.
A med. Ann., p. 194, février 4829, extr. dans Arc. méd., 1e série, XXII, ? L ‘
(5) Lettsomian Lectures, The Lancet, 1858, sept. 18.
(6) Voy. L. Gros et Lancereaux, Traité des affect. nerv. syphititi is :
(7) Cité par Bertherand, Traité des maladies MA à p. 397. (en Fi 4S 10
(8) Journ. de méd. et de chirurg. pratiques, 1849, p. 273. É (9) Radclifre, Epilepsie chez un enfant atteint de Syphilis congén. The Lancet, II, 20, 634. (10) Bacon, Syphitis congénitale, hémiplégie et cécité, Med. Times and Gaz., nov. 21, 1868,
$ 10. — Appareils de la vision et de l’audition.
Maunsell et Evanson (1), Walker, Dixon, Lawrence, ont commencé l'étude des ophthalmies syphilitiques héréditaires ; mais c’est à Hutchinson que nous devons les connaissances les plus complètes sur la matièr
+ e, et que nous empruntons la plupart des éléments de cette description.
fritis. — L'üiritis est l’une des premières manifestations héréditaires de la syphilis oculaire. Dans vingt-trois cas rassemblés par Hutchinson, l’âge moyen des enfants, au début de l'affection, est de cinq mois et demi : sur ce nombre, il y avait cinq enfants mâles et seize femelles ; le sexe n'avait pas été spécifié dans deux cas. Onze fois seulement les deux yeux étaient affectés. Les jeunes malades étaient faibles, cachectiques, mais parfois aussi dans des conditions de santé assez bonnes. Ils offraient, dans la plupart des cas, des symptômes de syphilis héréditaire, et, autant qu’il a été possible de s’en assurer, ils avaient été conçus peu de temps après le début de l'accident primitif chez les parents. L'iritis syphilitique infantile est rarement compliquée; toutefois, le néoplasme, d'ordinaire abondant, rend le danger de l’occlusion pupillaire très-grand. «
Le traitement mereuriel, bien qu’il ne parvienne pas à prévenir l'apparition de cet accident, n’en est pas moins le meilleur moyen à employer pour combattre ses effets, il est le plus favorable à la résorption complète du néoplasme.
Kératite diffuse. — Cette affection, fréquemment liée à la syphilis hérédi- ‘aire, rare dans la première enfance, plus rare encore dans l’âge adulte, se «montre d'ordinaire entre huit et quinze ans, le plus souvent vers l’âge de dix ans. Elle débute par un trouble diffus finement moucheté du centre de la cornée de l’un des yeux. Le malade accuse presque toujours un peu d’irritation dans l'œil et un obscurcissement de la vue..Un examen attentif montre que des taches troubles occupent l'épaisseur même de la cornée, et qu’elles sont séparées les unes des autres, comme autant de petits amas microscopiques de brouillards. Dans l’espace de quelques semaines, parfois plus promptement, la cornée, à l’exception de la zone périphérique, devient opaque par l’extension et la confluence des dépôts interstitiels, et finit par avoir l'aspect d’un verre dépoli ; il existe en même temps une zone d'injection scléroticale, de la photophobie et de la douleur autour de l'orbite. Après un mois ou deux, l’autre cornée se prend et parcourt les mêmes phases, un peu plus rapidement toutefois ; puis arrive un moment où le malade est tellement aveugle, qu'il ne conserve plus que la simple perception de la lumière; bientôt l'œil le premier affecté commence à s’éclaircir, et il survient généralement dans l’espace d'un an à dix-huit mois une amélioration notable. Dans les cas moims graves ou sous l'influence d’un traitement convenable, la durée du mal peut être beaucoup moindre et le rétablissement de la transparence complet ; mais souvent 1l reste pendant des années ou pour toute la vie des taches troubles qui gênent
(1) On the diseases of children, Dublin, 1838. LANCEREAUX. — Syphilis. 2° édit, 28
h3h . LA SYPHILIS.
plus ou moins la vision. Dans les cas les plus RES é pre de la ou est légèrement granuleuse et dépolie ; quelquefois, à la suite d'une vascularisation exagérée, cette membrane devient d’un rose cramoisi ou couleur de saumon, et la vision reste d'ordinaire un peu endommagée.
L'absence habituelle d’ulcérations ou de pustules à la surface de la cornée distingue cette affection de la kératite consécutive aux fièvres exanthématiques et à la variole en particulier. La kératite scrofuleuse, avec laquelle elle a été longtemps confondue, est généralement accompagnée d augmentation de volume des ganglions ou d’altération tuberculeuse des poumons. Les individus atteints de kératite syphilitique ont une peau d’une teinte sale terreuse, racine du nez ordinairement large et déprimée, le front cicatrisé, les angles dé la bouche occupés par des fissures ou par des cicatrices rayonnées, les dents permanentes, petites et échancrées. Le plus souvent précédée ou accompagnée d'iritis, cette affection est modifiée par un traitement spécifique, alors que les toniques ne sont d'aucune utilité. Elle est d’un pronostic favorable, maïs la guérison en est lente et souvent imparfaite ; les frictions avec l’onguent mer curiel derrière les oreilles, sur le cou ou sous les aisselles, sont les moyens lés plus propres à la combattre.
Stanley (1), Teal (2), Galligo (3), Haller (4), Watson (5), Taylor (6), ont rapporté des faits confifmatifs des recherches de Hutchinson. J'ai moi-méme entretenu la Société de biologie d’un fait assez semblable, qui sera rapporté plus loin.
Par contre, Mooren (7) nie qu'il y ait un rapport entre la conformation des dents décrite par Hutchinson et la kératite interstitielle ou diffuse, et, dans ces derniers temps, une discussion soulevée sur ce sujet au sein de la Société de chirurgie de Paris (8) laisse en doute l’origine syphilitique de cette affection: Notre conclusion, en présence de ces résultats contradictoires, c’est que la kératite syphilitique héréditaire existe, mais qu'il y a lieu de faire un choix parmi les faits connus, et d’en séparer ceux qui pourraient conduire à retrancher cette affection du cadre des manifestations héréditaires de la syphilis.
Choroïdite. — Un certain nombre d'enfants atteints de syphilis héréditaire présentent, soit à l'examen ophthalmoscopique, soit à l’œil nu, une modificas tion de la choroïde analogue à l'iritis héréditaire où même acquise. Cette modi fication consiste dans l'existence, à la surface de cette membrane, de dépôts blanchâtres sous forme de taches légèrement saillantes et recouvertes par des vaisseaux rétiniens, ou bien elle se traduit par des cicatrices qui ne sont que la suite de ces mêmes dépôts; la rétine est en même temps congestionnée et obscurcie, et la membrane du corps vitré est enflammée. Au point de vue
(4) Stanley, Med, Times and Gaz., Jun. 4860, (2) Teal, Jbid., p. 129, 1860. | (3) Galligo, Imparziale et Gaz. méd. de Lyon, 1860, p, 413, (4) Haller, Bayer. Aerzte Intelligenzblatt, n° 71864. (5) W. Watson, Ophthalmic Hosp. Reports, 1864. ni Taylor, Ophthaëmic Review, avril 1866.
7) Mooren, Ophthalmic Beobachtungen, p. 94, 1867.
8) V € iraldè i NE : ; Pa Fe Lise Giraldès, Giraud-Teulon, Marjolin, dans Bu, de la Soc, de chirurgie de
NOSOGRAPHIE. h35
symptomatique, cette affection offre plusieurs degrés : le premier degré CERN , . ?
D par ] obscurcissement de la vue, répond à la période des exsudats ; a retne el le corps vitré sont brouillés et ont perdu leur transparence ; mais, E U a ? Là
apres un certam temps, la vue s'améliore, les taches se limitent, c’est : pe a Q ee . ..
le second degré. La résorption de l’exsudat constitue le troisième. Sur
quatorze cas rapportés par Hutchinson, dix fois la choroïdite était incontestable, deux fois il existait des dépôts dans la rétine, une fois des opacités dans ù ! À ? 7° pe,
lle cristallin. L'époque de la vie où s’observent la choroïdite syphilitique héréditaire et les altérations qui lui sont connexes, est en général la même que
celle où l’on voit se développer la kératite interstitielle. Dans les cas que donne Hutchinson, Six lois sur dix le malade était le plus âgé des enfants vivants
de la famille. La difficulté d'obtenir une histoire claire et détaillée des antécédents des malades conduit à fonder le diagnostic de cette affection sur la phy- . L2 LT d L D L CG sionomie et sur l’état des dents de l'individu malade.
La cataracte et l'inflammation du corps vitré présentent aussi un certain degré de connexion avec la syphilis héréditaire; elles accompagnent la choroïdite plus souvent que la kératite, et se développent plusieurs années après la naissance. Les observations récentes de Hutchinson (1) laissent peu de doute relativement à l'influence de la syphilis héréditaire sur la cataracte. Ajoutons que la rétinite pigmentaire, attribuée par quelques auteurs à la consanguinité, serait, selon d’autres observateurs, rattachée dans quelques cas à la syphilis héréditaire (2).
Amaurose. — Outre les lésions oculaires dont il vient d’être question, Hutchinson a rencontré, chez plusieurs enfants atteints de syphilis héréditaire (3), une altération caractérisée par la décoloration et l’atrophie des papilles optiques (atrophie blanche); la vue se perdait dans l’espace de six à dix-huit mois, un assoupissement involontaire et souvent très-marqué chez les enfants laissait peu de doute touchant l’origine crânienne de cette affection. Cette amaurose ne diffère donc pas de celles que nous avons étudiées plus haut.
Cophose. — Les individus affectés de syphilis héréditaire ne sont pas toujours exempts de surdité ; l’ouie, chez eux, peut être aholie ou n’être que partiellement perdue.
Les lésions morbides qui produisent ces désordres sont variées et plus ou imoins graves. Dans les cas observés par Hutchinson, la fonction était perdue sans qu’il y eût aucune lésion externe. La cophose occupait symétriquement les deux oreilles, elle accomplissait rapidement ses différents degrés d’évolution et devenait plus ou moins complète dans l’espace de six mois, malgré labsence de sensation douloureuse et d’otorrhée abondante. Cette affection, comme la kératite, se manifeste aux approches de la puberté, pendant le cours des cinq années qui précèdent ou qui suivent ; elle est, de même que les affections héréditaires de l’œil, trois fois plus fréquente dans le sexe féminin.
(4) Voyez Ophthalmic Hospital Reports, t. VI, p. 274 et t. XI, p. 54-105. |
(2) Voyez Galezowski, Etude sur les amauroses el les amblyopies syphilitiques, Archives générales de médecine, 4871,t, I, p. 164. — Hutchinson, loc. cit.
(3) À clin. Memoir on cert. diseases of the Eye and Ear, etc., Obs, 11, IV, VI.
Les queiques faits observés jusqu'ici tendent à faire ue: qe | Hp Me de cophose est sous la dépendance d’une lésion du ner Fu i PE e ésulte d’un changement opéré dans les parité non accessibles de l'oreille. La symétrie de l’altération indique l'existence d qe cause centrale, et la mem brane du tympan, sans être tout à fait normale, n offre pas une moditication en rapport avec le désordre fonctionnel; les trompes d REA ont toujours paru libres. Hutchinson, qui voit dans cette affection l’analogue de la rétinite syphilitique et de l’atrophie blanche des nerls optiques, soupçonne une modification du nerf auditif ou de ses ramifications dans le labyrinthe. La perte totale de l’ouïe, en dépit même d'un traitement spécifique, indique un pronosiic peu favorable.