TRAITEMENT PAR L'OPIUM ET LES SUBSTANCES OXYGÉNÉES
Dans un livre écrit en 1661, Simon Pauli rend compte d’un cas de guérison de syphilis obtenue par l’opium ; mais ce fait resta oublié, et c’est vers la fin du xvin siècle seulement que lopium acquit tout à coup une certaine célébrité dans le traitement de la syphilis. En 1779, Grant et Michaëlis, médecins des armées anglaises en Amérique, prétendirent avoir obtenu de grands succès de“ l'emploi de ce médicament pour combattre la même maladie (2). Plusieurs: médecins anglais (3), suédois (4) et allemands (5) ne tardèrent pas à en faire usage, et parurent également satisfaits de ses effets thérapeutiques. Convaincus que les propriétés de l’opium étaient restées inconnues parce qu'on avait ad-« ministré ce médicament avec trop de timidité, les médecins partisans de cette médication commençaient, en général, par faire prendre 5 grains (05",2655)M d’opium par jour, puis ils en augmentaient peu à peu la dose pendant trois ou quatre mois, au point de la porter jusqu’à 50 grains (28,655) dans les vingt quatre heures. Dans ces conditions, le sommeil était prolongé, il v avait quelquefois un assoupissement dont il était aisé pourtant de tirer les malades ; le
(1) Sed neque carminibus neglecta nostris Hesperidum decus, et Medarum gloria citre PEN ARS 1. ce TN RASE
(3) Voyez Cullen, Materia Mate, p 364 Denrson Observat. on the effect of. various orticles of the materia medic. in the cure of lues venerea. London 1800, p. 97. ï (4) CI. Tode, Mémoires de lu Société de médecine de Copenhague, t. 1 p 124. (5) Tuissinck, De ‘opri usu in syphilide observatis probato. Leyde 1785 — Franck, dans sa traduction de Weikard sur la doctrine de Brown, bre
ventre conservait d'ordinaire sa liberté, mais le plus souvent survenaient une sueur fétide fort abondante et un écoulement considérable d’urines muqueuses. Gherardini (1), Richter, J. Pasta (2) et quantité d’autres praticiens célèbres ne reconnurent aucun résultat avantageux à l’opium, si ce n’est toutefois pour calmer certaines douleurs qui résistent au mercure ; en conséquence, l'usage exclusif en fut cessé.
Vers la fin du siècle dernier, on fit servir au traitement de la syphilis certaines substances oxygénées, et principalement l'acide nitrique. Persuadé que le mercure n'avait d'action qu'autant qu'il était à l’état d'oxyde, Girtanner s’imagina que les propriétés de ce métal résultaient de sa grande facilité à abandonner son oxygène aux substances animales. Partant de cette idée, Scott de Bombay et Alyon de Paris, puis Rollo, Cruikshank (3), chirurgiens militaires anglais, pensèrent qu’il n’y avait rien de mieux que de traiter la syphilis par les préparations oxygénées ; aussi les employèrent-ils à la fois intus et extra. Malgré une vogue d'assez courte durée, la médication oxvgénée n'a peut-être pas été entièrement dépourvue de succès; elle semble du moins avoir contribué à la guérison de quelques cas de syphilis avancée. Pourtant, on s'aperçut bientôt que les substances oxygénées n'avaient qu'un médiocre, et que la théorie en vertu de laquelle on les prescrivait n’était pas fondée. Subissant le sort de bien d’autres agents médicamenteux, elles tombèrent dans l’oubli, mais non toutefois dans un oubli complet, car nous les voyons reparaître de temps à autre, et nous dirons plus tard quel parti on peut ürer des acides, et particulièrement de l'acide nitrique, dans le traiteme nt de certaines lésions viscérales consécutives à la syphilis.