‹ Traité historique et pratique de la syphilisChapitre 88 sur 98 · LA S · texte numérisé non relu

LA S

avee À gramme d'onguent napolitain, un jour d'un côté, le lendemain du côté opposé. Ces frictions doivent être faites doucement, alin de ne pas irriter la peau; elles doivent être prolongées pendant plusieurs minutes. Deux fois par semaine Je fais suspendre les frictions, et ce jour-là je donne à | enfant un bain d'eau tiède dans lequel je fais ajouter de 2 à A grammes de sublimé ; pour les enfants de plus d'un an, on peut augmenter la dose (2 grammes d'onguent, 6 grammes de sublimé). Ces frictions amenent très-rarement des accidents locaux d'érythème et d'éruptions vésiculeuses. Lorsque les parties génitales et l'anus sont le siége de plaques muqueuses ou d'ulcérations à sécrétion abondante, je les touche quelquefois avec une solution de nitrate d'argent (4, 6, 8 grammes pour 30 d’eau) ; mais, si la sécrétion est modérée ou qu'il n y ait que des tubercules sees, je me contente de lotions d’eau de son, de guimauve, de sureau ; mais je fais toujours saupoudrer les surfaces avec de l’amidon, de la farine, ou du lycopode, et, autant que possible, je les isole les unes des autres avec du linge sec ou de la charpie. Quand c'est la peau du visage qui est prise, et chez les tout jeunes enfants elle l’est souvent, on emploiera les mêmes lotions ; mais, de plus, les parties malades étant ici exposées à l'air et la dessiccation s’en faisant très-facilement, ce qui détermine des déchirures, des fissures très-douloureuses pendant les cris ou l’action de teter, on devra, le plus souvent possible, les recouvrir d'un corps gras quelconque, pommade de concombre, cérat ordinaire, opiacé, au calomel. » Pour mon compte, je souscris volontiers à cette méthode de traitement, car plusieurs fois j'ai eu l’occasion de constater ses bons effets. Pourtant il serait bon d'étudier avec som les effets des injections hypodermiques chez les jeunes enfants. Gette méthode simple et facile nous parait appelée à donner de bons résultats ; elle aurait du moins l'avantage de permettre de doser exactement le médicament.

Le traitement direct interne, communément employé en Angleterre, exige certaines précautions, en raison de la facile irritabilité des intestins chez les jeunes enfants. Le deutochlorure de mercure (sublimé corrosif), recommandé par Bertin et Lamauve, est la préparation généralement choisie; on l'administre à la dose de quelques milligrammes par jour, dans un looch, dans du lait, du miel, du bouillon, de l’eau sucrée, du sirop, ete. Les sirops à base mercurielle peuvent être utilisés en pareil cas. Le calomel pur, tel que l'administraient Rivière, Vercelloni et Brunner (5 centigr.), ou associé au carbonate de chaux, ainsi qu'on le fait en Angleterre, est toujours moins bien supporté en raison de ses propriétés purgatives. L'iode peut être aussi employé, mais Steiner (1) préfère avec raison la médication mercurielle. Les prépaations sudorifiques, conseillées par Ferrier, Harris, Brunner. etc., sont des moyens la plupart du temps infidèles et qui méritent au plus d'être ajoutés au mercure. Le lait de la nourrice est le meilleur aliment que puisse prendre l'enfant svphilitique, dont les fonctions digestives demandent à être surveillées avec soin.

En résumé, le traitement direct est seul véritablement efficace, IL consiste

(1) Steiner, Zur Behandlung der hereditüren Syphilis (OEsterr, Jahrb, f. Pädiatrik, N. mn 95, 1870). — Comparez W. Stephanson, Edinburgh med. Journ., XNI, p. 980, may 1871.

dans l’usage interne du mercure (calomel, sublimé) et mieux dans des frictions avec l'onguent napolitain et des bains ou des injections de sublimé (1). Le traitement mixte {direct et indirect à la fois) trouve son indication lorsqu'il v a infection de la nourrice et de enfant. Mais ces différents traitements ne sont pas toujours suffisants, et il convient souvent d'y joindre des moyens locaux. Les corps gras, pommade de concombre, axonge fraîche, ete., sont indiqués dans la plupart des éruptions cutanées. Gilbert recommande une pommade au calomel ou au protoiodure contre les tubercules et les pustules; Cullerier fait usage d’une solution de nitrate d'argent contre les plaques muqueuses et les ulcérations des parties génitales et de l’anus.

Lorsque les manifestations de la syphilis héréditaire intéressent des viscères importants, et surtout quand elles sont accompagnées de cachexie, les préparations iodurées se trouvent indiquées et méritent la préférence. Dans les affections du foie, Gubler conseille l’iodure de potassium à la dose de 1 déeigramme par jour ; Cullerier dit avoir obtenu de bons résultats de l'emploi du protoiodure de mercure. Bouchut rapporte plusieurs eas de coryza syphilitique guéris par l’iodure de potassium. Pour mon compte, je ne puis trop recommander l’iodure de fer chez les jeunes enfants. Maintes fois j'ai eu l’occasion de constater les bons effets de ce médicament dans les lésions viscérales avec cachexie. On le donne, sous forme de sirop, à la dose d’une cuillerée par jour dans un demi-verre d’eau sucrée ou dans une tasse d’infusion de tilleul.

3° Le traitement de la syphilis héréditaire tardive ne diffère pas notablement du traitement de la syphilis acquise: les préparations iodurées lui conviennent plus particulièrement ; mais il importe de recourir à l'hygiène et aux agents reconstituants (huile de foie de morue, etc.) au moins autant qu'aux agents spécifiques.

& 4. — Effets physiologiques et pathogéniques du mercure et de l’iodure de potassium.

Lorsque l'expérience a constaté les bons effets du mercure et de l’iodure de potassium dans le traitement de la syphilis, il n’est pas sans intérêt de demander à la physiologie le mode d’action de ces substances et de chercher dans l’observation clinique les effets pathogéniques auxquels sont exposés les malades qui font usage de ces agents thérapeutiques.

Nos connaissances relativement à l’action physiologique du mercure sont jusqu'ici très-incomplètes. Employé à l'extérieur ou à l’intérieur, le mercure est absorbé, soit en nature (2), soit à l’état de bichlorure (3) ; de là la préférence de quelques médecins pour le sublimé (A). Michaëlis n'accorde d'importance qu'à l’onguent gris et au sublimé ; au premier, parce qu'il ne fatigue pas

(4) Un médecin anglais, Dunn, prétend avoir obtenu de nombreux succès du traitement de la syphilis infantile par le chlorate de potasse. (Communication à la Royal medical and chirurgical Society.) Ces succès ont été contestés.

(2) OEsterlen, Archiv f. AN Een t- LA 1843.

ii him pliquée à la physiologie, p. : |

si en SA “ tes Te arations méreuriellés devaient subir un RARE DE

qui les transformait en un même composé, puisqu'elles ne produisent qu'un seul et même effe

sur la constitution,

l'estomac; au second, parce qu'il est, d’après la théorie de Voit, le composé: de transformation de toutes les préparations mercurielles. Ge mode de transformation accepté, on ne tarda pas à s’en servir pour expliquer le mode d’action physiologique et thérapeutique du mercure. On attribua à la combinaison: du sublimé avec l’albumine et les exsudats albumineux la propriété d'engendrer des produits aptes à être résorbés, mais non à passer à l’état de tissus permanents. Cette explication, qu'Overbeck (1) cherche à faire prévaloir en ce: qui concerne le mode d’action du mercure dans l’inflammation, serait aussi applicable à la syphilis par suite de la même combinaison. Par cette combinaison, les produits morbides syphilitiques modifiés ne peuvent s'organiser, ils sont rendus inoffensifs, puis éliminés. S'il est vrai que cette théorie a le tort de reposer trop exclusivement sur des données chimiques analogues à celles que l’on obtient dans les laboratoires, il faut néanmoins reconnaître que les. préparations mercurielles agissent sur le sang et la plupart des fonctions de: l’économie. Sous leur influence, le contenu aqueux du sang augmente en même temps que l’hématine (Ayrès), tandis que les globules et l’albumine: diminuent de quantité; l’urine, trouble, alealine, plus abondante (Buchkeim), renferme parfois de l’albumine et du mercure qu'ont éliminés les reins. Plus. copieuses dans certains cas, les évacuations alvines contiennent de la bile et des épithéliums. La peau devient plus humide, l’œil perd son éclat, la langue: se charge, les bronches sécrètent avec plus d’abondance. Fife (2) et plus tard Prout (3) ont constaté que l’usage prolongé d’un traitement mercuriel déterminait une diminution dans la proportion d’acide carbonique exhalé. De même que les alcooliques, ces préparations abaissent la température, ralentissent le: pouls, aussi il n’est pas rare de voir survenir, sous leur influence, quand elles sont prises à doses faibles, de la fraîcheur et de l’'embonpoint, comme l'ont montré les observations de Liégeois (4). Cet auteur pense que le mercure augmente, du moins au début, le travail de composition et de décomposition des üussus généraux, et que la résorption des néoplasies syphilitiques tient à la prédominance du travail dénutritif. Les recherches de Byasson (5) nous apprennent que l’élimination du sublimé est rapide et qu’elle se fait par les urines et la salive.

Re me 2 TS ORNE LE Dar. si à du sang dépasse une certaine limite, les ARTE , leS yeu xCavent, les fonctions nerveuses et musculaires S rs Ja respiration est difficile, et parfois des hémorrhagies se ma- Rue DNS ; LR pres mais particulièrement sur les gen- Û . Let état, auquel on a donné le nom de cachexie-

ï re Mercur und Syphilis, p. 263, Berlin, 4861 ; À. File Jun., Dissertatio chimico-physiol naugurali di Ci É ad respirandum evoluti, Edinburgi, AÉTAT EME à FE RE CE CGT AG Eu MES FR s nr 2e M Observ. on the quantity of carbonic acid gus emitted from the lungs- AA Ce ion (Annals of Philosophy, London, 1814, vol. IV p. 335) 163e0IS, Annales de Dermatol. et de syphiligraphie, t. 1. 1869. — Comparez

Tomowitz, Unters. über Korper : nn at Ft CAEN RH É nes PET änderungen Syphilitischer vor und nach der Behand-

(5) Byasson, Elimi | | 4 1879. À ) iminal. des sels mercuriels, Journal de l'anatomie de Robin, p. 500,.

mercurielle, est assez rarement observé, aujourd’hui du moins, chez les individus traités de la syphilis; mais il est d’autres accidents qu’on a le plus souvent l’occasion de rencontrer. La fièvre mercurielle, que caractérisent un malaise notable, une accélération du pouls facilement appréciable, la dépression plutôt que l’exaltation des forces, est le plus souvent liée à un mauvais état des voies digestives et à la salivation. Les sueurs, l’érythème et l'eczéma, accidents signalés par Pearson, en 1783, ont été plus tard soieneusement étudiés par Alley (1). L'érythème, qui n’est pas sans analogie avec la roséole, est assez rare ; l’éruption vésiculeuse est plus fréquente, elle est constituée par une quantité de petites vésicules acuminées reposant sur un fond rouge. Les ulcères de la bouche et du pharynx, déjà bien décrits par Bell (2), ont aussi des caractères particuliers sur lesquels nous avons insisté plus haut (voyez p. 145). Un accident beaucoup plus fréquent est la stomatite mercurielle : les gencives, gonflées, douloureuses, sont couvertes de pellicules blanchâtres, l'haleine est fétide, et le malade se plaint d’une saveur métallique; chargée d’un enduit muqueux, la langue est plus épaisse ; la salive donne lieu à un écoulement très-abondant et très-incommode. C’est dans le but de prévenir ce dernier accident que l’on a récemment préconisé, après beaucoup d'autres moyens, le chlorate de potasse, mais sans succès constant. Ce médicament toutefois peut être utilement employé contre les lésions buccales développées sous l'influence du mercure. Velpeau recommande de faire trois ou quatre fois par jour des frictions sur les gencives avec de l’alun pulvérisé, que le malade prend sur son doigt. Grand nombre d’autres moyens ont été indiqués depuis Matthiole; mais aucun d'eux, au rapport d'Astruc et de Swediaur, n'empêche la salivation. La dyspepsie est un autre danger des préparations mercurielles : l'appétit diminue, les digestions sont laborieuses, troublées, une sensation de barre ou de poids se fait sentir au creux épigastrique. Dans ces conditions, le malade parfois maigrit, devient irascible et emporté. Ces divers accidents, auxquels il n’est pas toujours facile de remédier, demandent tout au moins la suspension du traitement mercuriel.

Quelques dérangements des fonctions nerveuses paraissent encore dépendre de l'usage des préparations mercurielles. Des faits rapportés par Colson (3) et Diday et un de ceux que renferme ce livre démontrent que le tremblement peut être un des effets de la médication mercurielle, et il n'est pas impossible que certaines formes de folie (hypochondrie, idiotisme ) reconnaissent la même origine. Ajoutons que l'usage prolongé des préparations mercurielles peut avoir aussi une influence facheuse sur la fonction des reins et conduire x l’albuminurie, sinon à la cachexie et à la mort (voyez observ. p. h60).

L'iodure de potassium (4) est d'une absorption facile. Son élimination a lieu

(1) Observations on the Hydrargyria or that vesiculous disease arising from the exhibition

of mercury. London, 1810.

9) Loc. cit., t. IH, p.147. , ; :

a Colson, Essai sur le tremblement observé à la suite du traitement mercuriel (Archiv.

énér. de méd., 1827, 17e série, t. XV, p. 338).

Û (4) Lire de potassium, selon Mosler (Virchow’s Archiv, Î. XI, est rapidement

éliminé par la bile, tandis que le calomel passe difficilement dans ce produit de sécrétion, et

ainsi le premier de ces agents semblerait inériter la préférence dans le traitement des affec-

tions syphilitiques du foie.

568 LA SYPHILIS, par les urines, la salive, le laït, et aussi par la sueur ; c’est pourquoi il nous est arrivé plusieurs fois d'observer que cet agent était, à doses égales, mieux Supporté en été qu’en hiver. Les premiers effets de son action physiologique, selon le professeur Küss (1), de Strasbourg, se montrent du côté du tube digestif, où, en solution un peu concentrée, il agit par contact avant d'agir par absorption. Une sensation de sécheresse et d’ardeur se manifeste dans le pharynx, qui, si les doses sont un peu fortes, devient rouge et se tuméfie en même temps que les amygdales, sans grande gêne de la déglutition. Un afflux muqueux ou ptyalisme iodique succède à cet état. La salive est visqueuse sans que les gencives ni les dents présentent d’altérations pathologiques. Après quelque temps d'usage à doses progressives, la langue se recouvre d’un enduit grisâtre, uniforme, facile à reconnaître quand on l’a vu une fois. Cet enduit, qui précède d'ordinaire l’éruption iodique, est l’indice du maximum d'effet thérapeutique ; son absence ou sa présence peut être ainsi une source d'indications précieuses pour l'augmentation des doses.

On constate fréquemment l’enchifrènement des fosses nasales, l'exagération de la sécrétion de la membrane pituitaire, un véritable corvza, en un mot. Les bronches participent à ce mouvement, il se produit une toux sèche, peu prononcée, avec expectoration spumeuse, jamais grasse ni purulente. Il y a tout d’abord accélération, ampleur et plénitude des pulsations ; puis, au bout d’un temps variable suivant les sujets, le pouls se déprime et reprend ensuite ses qualités premières. De là l'explication des contradictions des expérimentateurs, comme aussi cette conclusion, que les personnes dont le pouls est fréquent sont moins rapidement impressionnées que celles dont le pouls est plus modéré. Le sel iodique se retrouve en totalité dans le sang avec toutes ses qualités chimiques, son action par conséquent est toute catalytique, il ne modifie les globules sanguins ni dans leur forme ni dans leur nombre. Suivant le docteur Bouchard il augmenterait l'excrétion de l'urée, tandis que selon Rabuteau, ilen diminuerait la production et on le verrait dans quelques cas favoriser l’embonpoint. Son influence pathogénique est à peu près nulle quand on sait en graduer les doses et le diluer dans une quantité suffisante de liquide. Wallace néanmoins signale comme suite de l'emploi de ce médicament des mouvements périStaltiques de l'intestin, la constipation, une transpiration exagérée, plus rarement de la salivation. Son action spéciale sur la peau se traduit par l'acné iodique, dont les pustules plus ou moins discrètes ont tout d’abord pour siége de prédilection, suivant Küss, les régions les plus voisines de l'accident syphilitique. On peut à coup sûr prédire l'apparition de cette éruption quand se manifeste l’enduit grisâtre de la langue, annonçant la saturation de l’économie, Le professeur de Strasbourg mentionne en outre une infiltration limitée du tissu connectif sous-cutané de toutes les régions du corps, affectant de préférence le voisinage des parties lésées. Céphalalsie, tremblements, vertiges, névralgies, tels sont les troubles qui peuvent résulter encore de l'emploi de liodure potassique.

(4) Gazette médicale de Strasbourg, nov. 1865. —- Sur les effets de l’iodure de potassium + de l'iodure de sodium, consultez Tiousseau et Pidoux, Elém. de (hérapeutique, p. 245, 9° édit. — Titon, Thèse de Paris, 1856. — Lomet, Action de l'ivdure de potassium sur les

différents appareils, Thèse de Strasbourg, 1863. — Gamberini, Bullet. delle Scienze mediche. Bologna, avril 1852.

Quelques auteurs, Overbeck notamment, accordent à l’iodure de potassium la propriété d'agir sur l’albumine du sang, s’appuyant de ce que, chez les individus intoxiqués par le plomb ou chez ceux qui ont fait usage des préparations mercurielles, on le voit déterminer parfois le passage de l’albumine et d’une plus grande quantité de plomb ou de mercure dans les urines. Comme le mercure, l’iode exercerait ainsi une action modificatrice dissolvante sur l’albumine, et à cette action seraient dus, suivant cet observateur, les effets thérapeutiques des préparations iodurées dans la syphilis. Cette manière de voir est entièrement hypothétique; néanmoins je me garderai d’édifier moi-même une théorie qui serait aussi incertaine que toutes celles qui ont été émises à ce sujet. Je me contenterai de faire remarquer que, dans l’espèce, le mercure (1) et l’iode n'exercent d'action véritable que sur la détermination anatomique, et qu’ils restent sans effet tant que cette détermination n'existe pas. Il est de fait que ces agents ne modifient en rien le désordre nutritif qui préside à la formation du produit syphilitique, puisqu'ils ne peuvent prévenir son apparition. Leur action porte uniquement sur ce produit ou plutôt sur les éléments qui le constituent ; elle consiste, en somme, à favoriser la métamorphose régressive ou graisseuse de ces éléments et leur résorption. S'il en est ainsi, on ne peut dire que ces médicaments soient des spécifiques à ce point de vue qu’ils neutralisent la cause ou virus syphilitique (2) ; on ne doit les considérer comme tels que parce qu'ils exercent une action spéciale, élective en quelque sorte, sur l'élément connectif, et tout particulièrement sur les déterminations locales d’origine syphilitique. Ces préparations, comme on sait, restent sans effet contre des lésions telles que le tubercule pulmonaire, dont la ressemblance avec la tumeur gommeuse est des plus frappantes.

En résumé, ce n’est pas à l’essence même de la syphilis que s’attaquent le mercure et l’iodure de potassium, mais bien à ses manifestations. Comme toute maladie, la diathèse syphilitique guérit non par les efforts de la thérapeutique, mais par les seules forces de l'organisme. C’est là un principe qu'un médecin ne peut ignorer. Donc, deux indications : combattre les lésions matérielles capables de compromettre l'existence, placer le malade dans les conditions les plus favorables pour lui permettre de triompher de son mal. Là est tout le secret de la thérapeutique syphilitique.

Un fait digne de remarque, c’est que, loin d’arrêter les accidents syphilitiques, le mercure et l’iodure de potassium leur impriment parfois un certain degré d’acuité (3). IL ne serait même pas impossible qu'ils contribuassent à faire naître des accidents nouveaux. Bazin (4) observe que, sous leur influence,

(4) IL serait évidemment fastidieux d'examiner ici les diverses théories qui, depuis Fracastor, ont été émises sur le mode d’action du mercure dans la guérison de la syphilis. Disons que ces théories, dont on trouvera une analyse succincte dans la traduction fran aise du poëme de Fracastor, par Yvaren (Paris, 1847, p. 287), ont nécessairement varié avec les doctrines médicales, et qu'il n’en est aucune qui puisse aujourd'hui nous paraître LE ns NE

(2) Cullerier combat la spécificité thérapeutique du mercure dans la AMUNEe JO ierches pratiques sur la thérapeutique de la syphilis, etc., par le docteur Lucas Championnière

az. médicale, 1836, p. 623). , ei La propriété de nd “a aigus certains accidents syphilitiques ÉppRRRamiInonEnt ment au mercure et à l’iodure de potassium. Il arrive, disent Trousseau et Pidoux ul p. 337), que, sous l'influence des préparations d'or, tous les accidents syphilitiques locaux prennent un surcroit d'intensité, que même il en apparaisse de nouveaux.

les groupes tuberculeux disparaissent quelquelois d’une région pour reparaître sur une autre, ét qu'il n’est pas rare de voir le traitement mercuriel déterminer de nouvelles poussées quand l'affection était déjà depuis longtemps station= naire (1). Hutchinson a noté des faits semblables ; il dit avoir vu l'iritis syphilitique se déclarer avec une grande intensité ou même envahir l'œil du côté opposé après l'emploi d’un traitement mercuriel, lors même que ce traitement avait donné lieu à la salivation. J'ai fait la même observation pour les lésions syphilitiques des viscères, et, parmi les cas rapportés dans cet ouvrage, il en est quelques-uns où des accidents plus sérieux et plus intenses se mon= trèrent peu de jours après l’usage d’un traitement spécifique. Dans un fait rapporté par Faurès, un traitement par l'iodure de potassium venait d’être commencé, quand survinrent des convulsions suivies d’hémiplégie. Chez un malade de Legroux, j'ai vu une hémichorée succéder à une hémiplégie peu de jours après l'emploi du calomel (2). Jai également pu observer dans les mêmes conditions la diminution d’une hémiplégie en même temps qu'une paralysie apparaissait du côté opposé. En ce moment même, j'ai sous les eux une jeune personne de vingt-deux ans qui, après trois Jours de l'usage de l’iodure de potassium pour une ostéo-périostite de la branche montante du maxillaire inférieur, vit apparaître une exostose sur le front. De semblables faits ne peuvent inspirer des craintes sérieuses et faire suspendre la médication ; cependant ils obligent à une plus grande surveillance du traitement institué.

$ 5, — Eaux minérales. — Hydrothérapie. — Diététique.

Les moyens thérapeutiques dont nous allons parler suffisent en général pour la curation de la syphilis bénigne, et en cas de syphilis grave, ils sont de puissants auxiliaires du mercure et de l’iodure de potassium par leur tendance à ramener l'organisme malade à son véritable type.

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