EAUX MINÉRALES
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Ce n’est pas d'aujourd'hui que les eaux minérales interviennent dans le traitement de la syphilis. Fracastor (1) fait, dans son fameux poëme, allusion aux propriétés des eaux sulfureuses. Ces eaux néanmoins étaient peu employées par les premiers syphiligraphes, qui, pour la plupart, les regardaient comme nuisibles, sans doute à cause de la propriété qu’elles ont de développer des manifestations jusque-là restées latentes (2). L'un des premiers, Bordeu pressentit tout le parti qu'il y avait à tirer de l'influence des. eaux thermales sulfureuses dans le traitement des maladies syphilitiques, et de nombreuses observations ont montré toute la justesse d'appréciation de ce savant médecin. Les eaux minérales prenant chaque jour une importance plus grande en thérapeutique, on n’a pas manqué d'étudier leur action sur la syphilis, comme sur la plupart des autres maladies.
Un fait acquis, c’est que les eaux thermales ne constituent point une médication spécifique de la syphilis. Ricord (3), Sigmund (4) et bien d'autres observateurs ont vu reparaître des accidents syphilitiques après leur emploi. Si dans quelques cas leur usage a été suivi de la cessation définitive des manifestations syphilitiques, cet effet, dit Lambron, s’est produit sur des sujets qui, antérieurement au traitement thermal, avaient pris pendant longtemps, avec une certaine régularité, des préparations mercurielles en quantité notable. Mare Pégot (5) croit également que les guérisons qu’il est possible d'attribuer aux eaux sulfureuses se sont produites chez des individus saturés de préparations mercurielles. Suivant une hypothèse de Lambron, les ellets curatifs n’ont lieu que parce que les eaux thermales rendent aux COMPOSÉS albumino-hydrargyriques arrêtés dans la trame des organes a fluidité qui leur manquait pour achever la guérison. C. James rapporte, d’après Pagès, deux exemples de salivation et de stomatite d'apparence mercurielle survenues, SOUS l'influence des eaux de Baréges, chez des individus qui n'avaient pas pris de mercure depuis quatorze et dix-huit mois. Toute théorie mise de côté, il importe de
(1) Illa ego, quæ venas per montis hiantes
Callirhoe, haud ignota tute, füumantia mitto
Sulfura. , mers pa (2) Voy. Benedictus Victorius, De morbo gallico, dans Aplu'odisiacus, p. À (3) Cité par Durand-Fardel.
(4) Cité par Helfft, p. 507.
{5) Loc. cit., p. 170.
savoir que les eaux minérales exercent sur les accidents secondaires et tertiaires les plus opiniàtres une action favorable à | emploi de la médication spécifique. Ainsi, c'est dans des conditions données, et principalement dans les cas de syphilis rebelle avec cachexie, que la médication thermale trouve ses indications.
Les nombreuses observations rapportées par Dassier, Pégot, Despine et d’autres encore, mettent hors de doute les heureux ellets des eaux minérales combinées avec les préparations mercurielles ou iodurées. Non-seulement là médication thermale combat utilement les accidents syphilitiques en rendant au mercure et à l’iode des propriétés qu'ils n'avaient plus, mais elle stimule encore l'organisme, elle rétablit les fonctions languissantes, celles de la nu= trition surtout, et elle est l’un des principaux remèdes à opposer à la cachexie syphilitique (1). Un autre effet de la médication par les eaux minérales, c’est l'absence presque constante de salivation, malgré des doses élevées de mer= cure (2), ou encore, ainsi que l’a noté Lambron, la cessation rapide de cet accident, si déjà 1l s’est montré. Nous n’essayerons pas de répéter les obser= vations des médecins qui prétendent guérir par ce moyen, ce que nous avons dit de l’évolution spontanée de la syphilis suffit pour apprécier à leur juste valeur les avantages signalés des eaux minérales indépendamment de tout traitement mercuriel ou ioduré.
Les eaux thermales ayant, comme la plupart des agents excitants, la propriété de faire apparaître les manifestations restées latentes, trouvent leur indication et leur utilité toutes les fois qu'il s’agit de savoir si un individu qui a été atteint de la syphilis est toujours sous le coup de cette maladie. M. Pégot, C. James et Lambron regardent les eaux minérales sulfureuses comme la pierre de touche de la syphilis; mais l’infaillibilité de ce moyen de vérification est loin d’être reconnue par tous les hydropathes. Ricord, Gerdy, Helfft, Durand-Fardel,. ne peuvent se résoudre à admettre l’action des eaux sulfureuses comme un criterium absolu du diagnostic de la syphilis dans les cas obscurs ou douteux, et nous devons dire que nous partageons entièrement leur opinion. D'ailleurs ce ne sont pas seulement les eaux sulfureuses qui auraient la propriété de dévoiler les effets cachés de la syphilis :. Durand-Fardel a vu les eaux de Plombières et celles de Vichy agir dans ce sens, et, suivant Fleckles, les bains de Carlsbad auraient plusieurs fois rappelé d'anciens accidents syphilitiques. Cependant les eaux thermales sulfureuses l’emportent sur toutes les autres classes d'eaux minérales, lorsqu'il s’agit d'aider à la curation de la syphilis ou d’en rappeler les manifestations. Les eaux sullurées sodiques thermales de Bagnères-de-Luchon, de Baréges, d’Amélie-les- Bains, de Cauterets, d’Aix en Savoie, celles d'Allevard, d’Aix-la-Chapelle, de Weilbach, de Schinznach, d’Acqui, de Viterbe, etc., sont préférablement indiquées.
Les eaux chlorurées sodiques tiennent le premier rang après les eaux suliureuses. Peez vante les eaux de Wiesbaden comme utiles dans les cas de syphilides, et Rotureau nous apprend que les eaux de Nauheim peuvent être un
(1) Voy. Pégot, oc. Cp 40n:
(2) C. Despine, 4e, Cit:, pA217;
adjuvant très-puissant pour combattre les manifestations secondaires et sur- “out Îles manifestations tertiaires (1). De même, Engelmann prescrit avec avantage les eaux de Kreuznach, toutes les fois que la syphilis se trouve combinée avec la scrofulose, circonstance dans laquelle ‘elle est généralement rebelle. Nous avons lieu de nous louer en France des eaux de Salins, qui dans ces conditions produisent les effets les plus avantageux. En résumé, le traitement de la syphilis se trouve bien de lemploi d’un certain nombre d'eaux minérales, mais surtout des eaux sulfureuses et chlorurées sodiques.