DOC VUS CIRE
(5) Tetrabiblos, IV, Serm. IL, cap. 11.
(6) Synops. méd. lib, V, c. 1. — Aetius, oc. cit., IV, c. x1v.
(7) Synops., lib. VII, c. xL. — Aetius , loc, cit. et Paulus Æginetus, lib. III, c. 111.
(8) Celse, VI, c. XVIT. — Aetius, loc. cit., ib;-T[L, cut.
(9) De natur. mulierum, ol. [, p. 588. — De morbis mulierum, lib. Il, vol. IE, p. 879% citation de Rosembaum, p. 441. Halle, 4845.
(10) Galien, de Locis affectis, XI, cap. vm (11) De medicamentis, Cap. XXXIV.
Nous bornons ici ces citations qu'il serait possible de rendre beaucoup plus nombreuses. Il résulte de l'examen qui précède que les médecins grecs et latins connaissaient et distinguaient plusieurs ordres d'accidents locaux aux parties génitales, et l’on ne peut contester que quelques-uns d’entre ces accidents (ulcères secs et humides) ne semblent répondre aux deux variétés chancreuses quiaujourd’hui occupent encore l'attention des médecins. Du reste,même chez les anciens, les accidents tertiaires ne paraissent pas avoir fait défaut. Aux poëtes satiriques plutôt qu'aux médecins il appartenait de nous révéler la contagiosité des affections vénériennes de la Rome impériale. Les épigrammes de Martial sont sous ce rapport d’une richesse vraiment surprenante ; c’est au point qu'on se trouve embarrassé par le choix des citations. Le passage suivant, où Martial dit que le débauché Nævolus a communiqué à un Jeune esclave des. accidents contagieux, est des plus remarquables :
IN NEVOLUM.
- Mentula quum doleat puero, tibi, Nœvole, culus. Non sum divinus, sed scio quid facias (4).
Ailleurs la contagion des excroissances condylomateuses est également mise ô Ÿ ô
hors de doute dans une famille où tous les membres sont atteints d’un uleère
honteux :
DE FAMILIA FICOSA.
Ficosa est uxor, ficosus et ipse maritus, Filia ficosa est, et gener atque nepos.
Nec dispensator, nec villicus, wlcere turpi, Nec rigidus fossor, sed nec arator eget (2).
Martial signale en outre des accidents du côté de la bouche et de la gorge, chez les cinèdes, il imdique de plus l’altération de la voix du fellator :
Qui recitat lana fauces et colla revinctus, Hic se posse loqui, posse tacere negat (3).
Dion Chrysostome (4), d’un autre côté, parle sans doute des modifications. de la voix consécutives au vice vénérien lorsqu'il s’écrie : « On dit qu’Aphrodite, pour punir les femmes de Lesbos, leur a envoyé une maladie des aisselles ; eh bien, c’est ainsi que la colère divine a détruit le nez du plus grand nombre d’entre vous, et c’est de là qu'est venu ce son particulier. »
Que la mentagre et le morbus campanus (5), maladies fréquentes chez le. peuple romain, aient été ou non la svphilis, la question est difficile à décider.
(1) Epigram., lib. IT, n. 74. c (2) 1bid., lib. VII, 71. — Les mêmes accidents sont encore signalés par Juvénal :
(Sat. II, v. 12-43.) (3) Epigram., lib. VI, 41.
(4) Orationes ex recensione J.-Jac. Reskii, Lips., 1784, vol, IT, orat,. D:
(5) Nebel, Epistola de morbis veterum obscuris. Giess., 1794, — Platner, Pr. de morbo-
campana Horalii. Lipsiæ, 1732,
Ce que l’on peut dire, c’est que le morbus campanus, affection toute particulière aux débauchés et qui laissait à sa suite de profondes cicatrices, n’est pas sans analogie avec notre syphilis, ainsi que Pétablit le passage suivant d'Horace :
I NT PAT Il Jœda cicatrix
Setosam lævi frontem turpaverat oris.
Campanum in morbum, in faciem permulta jocatus Pastores saltaret uti Cyclopa, rogabat (1).
Ces divers documents ne permettent pas de douter de l’existence des maladies vénériennes dans l’antiquité. Non-seulement la blennorrhagie était bien connue alors, mais les ulcères que nous décrivons plus loin sous la dénomination de chancre mou ou chancre vénérien sont incontestables, du moins après les tableaux que Gelse nous en a tracés. Faudrait-1il, à exemple de Simon de Hambourg, n’accorder à l'antiquité que les affections vénériennes locales pour rapporter au xve siècle l'origine de la syphilis constitutionnelle? Évidemment non, si l’on tient compte à la fois des données scientifiques fournies par les médecins et de l’insistance des poëtes romains qui ont le plus énergiquement peint la débauche de leur temps, à faire de la bouche le réceptacle des impuretés contagieuses. Aussi croyons-nous que si les recherches d’érudition ne permettent pas de reconstruire entièrement, avec les données antiques, le tableau moderne de la syphilis constitutionnelle, elles permettent encore moins d'affirmer que la syphilis n'existait pas dans l'antiquité.
Après avoir cherché les traces de la syphilis chez les peuples anciens de l'Europe et de l’Asie, on arrive naturellement à se demander si cette maladie ne se rencontrait pas aussi chez les anciens habitants de l'Amérique. Quoique plus difficile et plus controversée, cette question n’est peut-être pas complétement insoluble. Des observations multiples, et notamment celles de Prescott et Irving (2), attestent que les Américains, loin d’avoir donné la syphilis aux Européens, l’auraient plutôt reçue de ces derniers, puisque cette maladie s’est fait remarquer chez eux à mesure de leurs rapports plus constants avec nous. Pourtant, si l’on s’en rapporte à certains auteurs, on trouverait parmi les anciens indigènes de l'Amérique des peuplades offrant des traces du fléau syphilitique. Ainsi l'abbé Brasseur de Bourbourg (3) écrit dans une note de son intéressante Histoire du Mexique, que des documents originaux et nombreux, dans les langues des peuples de la vallée d’Anahuae, ete., lui ont prouvé d’une manière irréfragable l'existence de cette maladie (la syphilis) en Amérique avant la découverte de Christophe Colomb. I s’agit de l’apothéose de Nanahuall et de sa métamorphose en soleil. Le bûcher est allumé, celui qui aura le courage de s’y jeter méritera les honneurs de l’apothéose, car de ses cendres renaîtra le Dieu qui illuminera Funivers. Manahuath est là avec les autres, mais il est malade, il souffre
(4) Sat., lib. I, v.
(2) Prescott et Irving, New-York Journal of Medicine, mars 1844.
(3) Histoire des nations civilisées du Mexique et de l'Amérique centrale durant les siècles antérieurs à Christophe Colomb. Paris, 1857, t. I, p. 181.
d’un mal terrible, mcurable, il n°v a plus rien qui le rattache à la vie dont il a épuisé les joies ; mais il hésite encore, les autres l’encouragent. « C’est à toi, lui disent-ils, à garder le ciel et la terre. » Manahuath obéit à cette injonction, il s’élance dans les flammes où il est instantanément.dévoré. Sa maladie, dont toutes les traditions rappellent également le souvenir, le décida, et depuis lors apparemment ce mal terrible fut en quelque sorte divinisé avec lui. Ce qu'il y avait de plus révoltant dans les membres de ce dieu improvisé, la matière la plus abjecte revêtit mystérieusement les symboles de la grandeur et de la majesté. Les mots qui expriment la corruption la plus infecte du >orps humain ont encore aujourd'hui chez une multitude de nations indiennes un sens analogue à la puissance la plus élevée. Dans toutes les traditions espagnoles relatives à l’histoire de ce dieu, Manahuath est toujours désigné sous le qualificatif « Buboso » le syphilitique. Le mot puz qui signifie la matière puante et corrompue des plaies de ce malade, pax dans la langue tzendale et la langue zotzile, devient un verbe pour signifier le sacrifice, l’holocauste, et spécialement le sacrifice des victimes humaines. Galel-Ahpop est un titre princier et galel-va est un svphilitique..……. le peu veut dire une grande syphilis ou celui qui en a beaucoup ; Gagal Tepewal, la majesté par excellence et la majesté divine.