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CHAPITRE V

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DE LA SYPHILIS. § I. — Europe.

a. Mer du Nord et pays limitrophes, — La syphilis, ainsi qu'il est déjà permis d'en juger par ce qui précède, conserve une allure peu différente de celle du quinzième siècle, dans certaines contrées du nord de l'Europe, et particulièrement sur le littoral de la mer Baltique et de la mer du Nord, dans le Jutland, le Ditmarsch, le Schleswig, le Holstein , sur les rivages de la Suède et dans certaines villes de l'Ecosse, de la Hesse et de la Prusse orientale. Non loin de ces contrées toutefois, et toujours dans le Nord, en Islande et aux îles Féroé, il est assez remarquable que cette maladie n'ait pu jusqu'ici se fixer. Au commencement de ce siècle, Mackensie [\) notait déjà le peu d'aptitude des Islandais à contracter la syphilis : « Syphilis cannot « be said to exist in Iceland. Single cases have sometimes occurred a from communication with foreigners, but the disease has always 0 been intercepted, before it made any progress in the country. »

Schleissner, dans un travail sur les maladies particulières à l'Islande, rapporte ce qui suit : a Le médecin en chef de l'Islande, qui tient beaucoup à faire admettre que la syphilis est étrangère à ce pays, fait remarquer qu'il a traité assez souvent des accidents

(I) Island undersugt, *&tc. Kjobenh, 1849; et Voyage en Islande et au Groenland pendant les armées 1835 et 1836, i«r la corvette la Recherche. Paris, 1851, p. 42.

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vénériens parmi les matelots des bâtiments marchands, mais jamais parmi les Islandais mêmes. » Cela est d'autant plus étonnant qu'il arrive chaque année en Islande quatre-vingts bâtiments marchands danois , dont les équipages ont pendant l'été toute espèce de rapports avec les habitants. En outre, le pays est exploré annuellement par cent cinquante barques de pêcheurs français et hollandais qui, de même, fréquentent quelquefois différents ports. La syphilis a cependant plusieurs fois été introduite en Islande; mais elle n'a jamais pu s'y enraciner. En 1756, la maladie était assez commune près de la fabrique de laine, à Rejkiawicth, et y dura jusqu'en 1763; il y en a eu plusieurs cas en 1774; mais, après ce temps, elle disparut entièrement. Depuis, des marins danois la firent reparaître en 1824; dans le Nordland, le médecin traita cette année dixsept syphilitiques, et dans l'année suivante, cinq, qui, pour la plupart, appartenaient au personnel de deux fermes; mais la maladie cessa alors. »

Dans son Voyage en Islande et au Groënland, E. Robert n'a rencontré qu'un exemple de véritable syphilis; c'était chez une femme islandaise qui avait été contaminée par la cohabitation avec un de ses compatriotes. Ainsi le peuple islandais est peu apte à contracter la syphilis, et assez impropre à la faire germer. C'est là, à notre avis, un fait qui mérite d'être noté avec d'autant plus de soin, que la lèpre est une maladie endémique en Islande. Dans les îles Féroé, la syphilis, d'après Panum (1), est restée inconnue jusqu'en 1844; mais, de cette époque à 1846, on a observé environ une vingtaine de cas de cette maladie. Dans la Russie, au contraire, et particulièrement dans le nord de ce pays, chez les Samoièdes, les Ostjaken, dans le sud de la Sibérie, le Kamschatka, les provinces de la Baltique, la Finlande et la Courlande surtout, la syphilis se montre en général sous une forme maligne et grave (2). Elle se présente encore avec les mêmes caractères dans plusieurs autres localités de la Russie d'Europe et de la Russie d'Asie.

b. Centre de l'Europe. — Au centre de l'Europe, la syphilis sévit avec moins d'intensité en Allemagne, en Belgique, en France; dans

(1) BMioth. fovLœger.mi, I, p. 316 (Bibliothèque pour les médecins).

(2j Hiisch, Historisch-geographische Pathologie. Erlangen, 18G0, t. 1, p. 358 et seq. Cet important ouvrage auquel nous empruntons plusieurs passages, nous a été du plus grand secours pour la rédaction de cette partie de notre travail.

le nord de l'Ilalie, celte maladie, quoique répandue, est relalivemont moins fréquente et moins sérieuse. Il on est de même dans l'empire d'Autriche, car l'assertion de Ilirscli, qui veut que la syphilis soit grave et endémique dans le comté de Neustra (Hongrie), n'est pas confirmée par H. Zeissl (d). La syphilis toutefois ne manque pas d'exercer ses ravages dans les grandes cités de ces diverses nations ; partout où il y a de grandes masses d'individus, et principalement dans les villes de garnison, on constate la fréquence de cette maladie.

Il est difficile d'établir, à l'aide d'une statistique rigoureuse, quelle peut être la fréquence relative de cette maladie chez tel ou tel peuple, dans telle ou telle localité. Comme il n'y a jamais qu'une partie des malades qui soient traités à l'hôpital, le plus grand nombre doit nécessairement échapper à cette statistique. Il serait déjà possible cependant d'avoir sur ce point quelques notions, si on voulait s'en rapporter aux relevés statistiques aujourd'hui établis dans les armées de chaque nationalité. Par exemple, si l'on consulte le compte rendu de Tarmée anglaise pour 1860 (2), on trouve que la maladie vénérienne a causé pendant l'année, pour l'armée à l'intérieur, une perte de 8,69 journées de service par homme, tandis qu'en France il y a seulement, en 1862, une perte de 3,90 par homme (3). Quoi qu'il en soit, la proportion du nombre des vénériens au chiffre total des malades est considérable, et pour ainsi dire effrayante parmi nos troupes. Le tableau ci-dessous, composé d'après la statistique médicale de l'armée pendant l'année 1862 (4), peut donner une idée de cette pro-

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