‹ Traité historique et pratique de la syphilis [electronic resource]Chapitre 14 sur 107 · DÉFINITION ET DIVISION · texte numérisé non relu

DÉFINITION ET DIVISION

La syphilis est une maladie spécifique, transmissihle par contact ou par hérédité, caractérisée par un développement lent, périodique, progressif, et surtout par des altérations de la substance conjonctive sans tendance directe à la suppuration.

Elle est ou accidentelle ou héréditaire :

Accidentelle, quand elle a été transmise par contagion ou par inoculation ;

Héréditaire, lorsqu'elle remonte à un père ou à une mère déjà infectés.

Ces deux formes morbides distinctes dont la première a pour manifestation initiale une altération siégeant au point contaminé, tandis que la seconde se traduit d'abord par des accidents multiples et diversement localisés dans l'économie, méritent chacun une description particulière et seront Tobjet tour à tour de nos études,

La connaissance des phases diverses que subit la syphilis accidentelle ou acquise n'a pas complètement échappé aux syphilographes des premiers temps, à ceux du seizième siècle en particulier. L'Espagnol Ruiz Diaz de Isla (1) voit déjà dans l'évolution générale des nombreuses affections syphilitiques la possibilité d'introduire une division ; il admet trois formes : une première, que caractérise une éruption générale de boutons, guérit sans traitement; une deuxième, dans laquelle il y a apostèmes et ulcères, réclame l'intervention d'une

(1) Tractado, etc., en casa de Robertis, Sevilla, 1539, in-fol. et Rengifo, Thèse de Paris, 1863, p. 38.

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médication rnercurielle; une troisième enfin, qui s'accompagne de fièvre, d'amaigrissement, de la perte graduelle des forces, de douleurs atroces, et qui est, pour l'auteur, l'infection universelle.

Jean de Vigo (1), au commencement du seizième siècle, divise les accidents du mal français en deux époques : morbus non confirmatus, c'est-à-dire l'accident primitif; morbus confirmatus, c'est-à-dire l'infection constilutionnelle.

Un peu plus tard, Fernel et Thierry de Héry reconnaissent plusieurs périodes dans l'évolution de cette maladie. Pour le célèbre médecin de Henri II (2), le virus, primitivement fixé aux parties génitales, envahit bientôt la périphérie du corps, et y détermine une affection de la racine des poils; c'est le premier degré de la maladie. Dans le second degré, la peau, affectée à son tour, se couvre de nombreuses macules. Au troisième degré commence seulement la véritable maladie vénérienne; le virus a pénétré tout le corps, c'est l'époque des syphilides pustuleuse et ulcéreuse. Puis le virus atteint les parties solides. Les affections des os, des muscles et des nerfs, des douleurs atroces et un marasme qui peut conduire à la mort, constituent enfin le quatrième degré. Cette classification des accidents syphilitiques, déjà remarquable, a tout au moins l'avantage d'établir pour la première fois une distinction formelle entre les altérations superficielles et les altérations profondes de la peau.

La division par périodes des symptômes de la maladie vénérienne n'est pas moins remarquable dans Thierry de Héry : cr Les symptômes ou accidents communs de cette maladie, dit cet auteur (3), sont plusieurs, desquels les uns précèdent, les autres suivent, les autres surviennent. Ceux qui précèdent sont ulcères de diverse nature... les autres (consécutifs) font pustules et ulcères naissants par tout le corps... Les derniers font douleurs fixes de toute la tête... principalement avec exoslose ou souvent sont les os cariés et corrompus... »

Hunter reconnaît également des phases distinctes dans l'évolution de la syphilis. Suivant Ricord (4), le drame de la syphilis se divise naturellement en trois actes ou périodes :

(1) Opéra Joannis de Vigo in Chirurgia. Lugduni, 1542.

(2) Universa medicina. Francfort, 1C77, 23.

(3) Méthode curatoire de la maladie vénérienvc, p. 133.

(4) lettres sur la syphilis, 2« éilit., 1856, p. 348. — Voir encore Leçons sur le chancre, 2« édit. p. 108.

SYPHILIS accidentelle; ses périodes. 61

1° Accident primitif, \e chancre, résultat immédiat de la contagion;

2° Accidents secondaires, ou empoisonnement constitutionnel, résultant de cette infection:

3° Accidents tertiaires, se montrant rarement avant la fin du sixième mois,

A ces périodes, un dermatologiste éminent, Bazin (1) en a ajouté une quatrième, qui comprend les lésions viscérales, et qu'il désigne sous le nom de période quaternaire.

Ces divisions, qui, à la rigueur, ne sont pas absolues, paraissent généralement peu prisées en Allemagne. Baërensprung , syphilographe distingué de Berlin, envisageant la question surtout au point de vue anatomo-pathologique, admet simplement une période hyperémique et une période tuberculeuse. La syphilis secondaire se manifeste avant tout par des hyperémies, tandis que la vérole ter- .tiaire produit partout le tubercule. Nous-même autrefois avons été conduit à développer une classification analogue dans un travail fait en collaboration avec notre ami, le docteur Gros (2). Par contre, Sigmund (3) adopte une division purement chronologique.

Virchow (4), toujours en s'appuyant sur l'anatomie pathologique, classe les symptômes de la syphilis constitutionnelle en deux groupes. L'un d'eux a le caractère passif ou négatif : marasme, cachexie avec ses lésions diverses, dégénérescences viscérales; l'autre, au contraire, comprend les phénomènes irritatifs ou actifs : inflamiuations diverses et néoplasies.

Cette division, quoique séduisante, est néanmoins susceptible d'un grave reproche, celui de laisser entièrement de côté tout ce qui concerne la marche de la maladie. En pareil cas, c'est un tort d'être trop exclusif, et s'il est important de tenir compte des modifications anatomiques, il faut aussi, avec les médecins français, savoir ne pas négliger l'ordre chronologique des phénomènes qui en sont l'expression symptomatique.

Ces deux principes pris en considération, on nous permettra de proposer la classification suivante, qui nous paraît avoir cet avantage d'indiquer les principaux traits de la syphilis et de montrer certaines

(1) leçons sur len syphilides. Paris, 1859.

(2) Traité des affections nerveuses syphilitiques. "Çîim, 1861.

(3) Wiener Medic. Wochenschrift, 1856.

(4) Traité de la syphilis constitutionnelle. Paris, 1860, trad. finnç. de P. Picard.

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analogies d'évolution entre cette maladie et quelques-unes de celles qu'on appelle virulentes.

4° Période d'incubation;

2" Période d'éruption locale, ou de l'accident primitif; 3° Période d'éruption générale, dite des accidents secondaires; 4° Période des productions gonimeuses, dite des accidents tertiaires et quaternaires.

Des différences très-notables séparent chacune de ces périodes; c'est, dans la première, l'absence complète de manifestations locales; dans la seconde, la présence d'une modification solitaire, unique, des tissus sur le lieu même oti a été déposée la matière contagieuse. Des lésions multiples, mais superficielles, et qui ne laissent en général aucune trace appréciable de leur passage, caractérisent la troisième période, tandis que la quatrième se distingue par des altéi'ations plus profondes et ordinairement suivies de cicatrices. D'ailleurs, inocidable et héréditaire dans la seconde et la troisième période, la syphilis ne paraît être contagieuse ni dans la première ni dans la dernière ; du moins jusqu'ici aucune expérience, que je sache, n'a été tentée dans le but de s'assurer si cette maladie était transmissible pendant la période d'incubation, et les tentatives qui ont été faites pour savoir si elle était inoculable dans la période des accidents tertiaires n'ont eu aucun résultat positif. Elles sont en tout • cas trop peu nombreuses pour être décisives ou péremptoires.

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