L.VNCEnE AUX. l
mois après le dernier coït. J'ordonnai des pilules de proto-iodiire d'hydrargyre, et bientôt le chancre atait disparu. — Plus tard, il y eut des manifestations secondaires.
Cependant, dans vingt-huit cas étudiés à ce point de vue par Diday, la durée moyenne d'incubation n'a été que de quatorze jours. A la vérité, quand on voit figurer dans la statistique de cet auteur des faits où il y a au plus quelques jours d'incubation, on se demande si les renseignements fournis par les malades n'ont pu manquer d'exactitude, et on est peu disposé à accepter le résultat. Tout porte à penser, en effet, que la durée de l'incubation syphilitique ne varie pas avec le mode de transmission. Toutefois, comme cette durée n'est pas toujours égale, on peut se demander à quoi tiennent les différences.
Serait-ce à la qualité du virus ou à l'âge de l'accident inoculé ? Sur dix observations dans lesquelles la matière d'inoculation provenait d'un accident secondaire, l'incubation aétéde vingt-huit jours, tandis qu'elle n'a duré que dix-huit jours dans deux cas oii le pus inoculé avait été fourni par un accident primitif. Dans d'autres cas, il est vrai, elle a été plus longue.
Pourtant, s'il était permis de tirer des conséquences de faits aussi peu nombreux, il résulterait que la période d'incubation syphilitique serait plus courte dans les cas de transmission par l'accident primitif ; et si, d'autre part, il était avéré, ainsi que le prétend Diday, que la syphilis communiquée par un accident secondaire est moins grave que celle qui provient d'un chancre, suivrait cette autre proposition que : plus est longue la durée d'incubation, plus sont légères les manifestations de l'infection générale.
Certes, un semblable résultat ne manquerait pas d'importance sous le rappor t du pronostic tout au moins . Mais , avant de porter un j ugemen t définitif sur ce point délicat, il convient d'attendre de nouveaux faits, et jusqu'ici on ne peut cesser d'attribuer à l'aptitude morbide du malade une certaine part dans le degré'de gravité des accidents consécutifs.
L'étude comparative des maladies virulentes, la rage exceptée, nous apprend qu'il y a une relation peu contestable entre la durée d'incubation et la durée d'évolution de ces maladies; la syphilis, maladie chronique par excellence, est aussi celle qui a l'une des plus longues incubations. A ce point de vue, ne serait-il donc pas possible d'établir ici an rapprochement avec ce qui se passe dans la série des êtres, ofi la période de développement et la longévité sont dans un rapport à peu
PÉUIODE d'éruption LOCALE,
près constant? Mais, quel que soit du reste l'intérêt qui s'attache à la connaissance de la durée de l'incubation syphilitique, un fait reste acquis; c'est l'existence même de cette incubation. Dès lors il n'est plus possible de considérer, avec Hunter et Ricord, le chancre comme une lésion locale n'infectant que plus tard l'économie. Il faut voir dans cet accident la traduction extérieure et primitive d'un état général déjà acquis, d'oij cet enseignement pratique, que la cautérisation de l'ulcère syphilitique, employée en tant que méthode abortive, est complètement inutile.
De même que les manifestations locales, les troubles généraux de l'organisme font ordinairement défaut dans cette première étape de la syphilis; et cependant, il y a lieu de se demander si déjà l'organisme n'est pas en souffrance. Le malade, dont l'observation a été rapportée par Ghausit(l), présenta, pendant le cours de cette période, de l'amaigrissement, de la pâleur, de la fatigue, du malaise, un état de chloroanémie, les apparences, en un mot, d'une maladie sérieuse, le tout sans cause appréciable. On conçoit toutes les difficultés d'un diagnostic dans de semblables conditions. Verrait-on apparaître les symptômes précédents à la suite d'un coït suspect, qu'il serait à peine possible de soupçonner le début d'une maladie syphilitique.
La grave responsabilité qu'entraîne à sa suite l'inoculation artificielle du virus syphilitique à un individu sain laissera encore longtemps douteuse la question de savoir si le sang est déjà virulent dans cette première période de la syphilis, et si l'individu déjà infecté est encore apte à recevoir une nouvelle contamination. Sur ce point, toutefois, il est possible de faire appel à l'analogie et à l'induction. Il est permis de croire, en effet, que la syphilis ne se comporte pas à cet égard autrement que la vaccine et la variole.