CHAPITRE II
PÉRIODE d'éruption LOCALE.
Cette période comprend tout l'intervalle de temps qui s'écoule depuis l'instant oti commence à se montrer la réaction de l'organisme
(I) Ann. des maladies de la peau et de la syphilis^ t. IV.
au niveau du point contaminé jusqu'à l'époque oii surviennent les premières manifestations générales. A cette période se rattachent :
1" L'altération locale au point contaminé ou l'accident syphilitique primitif avec ses formes variées;
2° Les modifications concomitantes du système lymphatique, adénopathies et lymphangites.
Une lésion tégumenlaire ordinairement unique, accompagnée d'adénopathies sèches, dures et multiples, apparaissant tout d'abord sous la forme d'une papule, qui plus tard, en [général, s'érode ou s'ulcère, et se montre toujours plusieurs semaines avant l'invasion des symptômes généraux; c'est, en somme, 8en quoi consiste l'accident initial, qui, par son évolution lente, sa tendance à la plasticité plutôt qu'à la suppuration, révèle déjà, à la façon des pustules initiales de la vaccine et de la variole, ce que seront plus tard les diverses localisations morbides de la maladie infectieuse.
La dénomination de chancre induré ou chancre Himtérien, qui sert depuis longtemps à désigner cette première manifestation de la syphilis, n'est pas seulement une expression choquante pour l'oreille, elle est encore un terme qui manque de précision et d'exactitude. On sait en effet que l'accident primitif n'est pas toujours et nécessairement une ulcération, et, pour ce motif, on nous pardonnera sans loute de chercher à changer, ou du moins à restreindre dans son application, un terme généralement consacré.
§ 1. — Éruption locale — accident primitif.
Synonymie : Chancre induré, chancre syphilitique, chancre non suppurant, chancre infectant.
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PÉRIODE d'ÉUUPTION LOCALE.
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SYPHILIS ACCIDEÎSTEI.LE.
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PÉRIODE D'ÉnUPTION LOCALE.
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Partie historique. Bien qu'il ne soit pas douteux que les ulcères contagieux des organes génitaux n'aient été connus dans les temps même les plus reculés (1), cependant, comme autrefois on ne s'attachait pas à décrire les caractères spéciaux de ces accidents, on comprend que l'ancienneté de leur existence puisse au moins paraître incertaine à quelques esprits. Depuis l'épidémie du quinzième siècle, il a été positivement reconnu que tous ces ulcères n'ont pas la même gravité, et l'un d'eux, qui a reçu l'épithète de calleux, est depuis cette époque regardé comme plus sérieux, eu égard à ses suites.
Gaspard Torella, Villalobos, signalent déjà l'induration de certains ulcères contagieux. Plus précis sur ce point, Jean de Vigo écrivait en 1514 : «Nam ejus origo, in partibus genitalibus, videlicet in mulieribus et in virga in hominibus semper fere fuit cum pustulis parvis, interdum lividi coloris, aliquando nigri, nonnunquam subalbi cum callositate eas circumdante (2), »
Pierre Maynard et A. Ferri tenaient un langage assez semblable. En 1544-, Lobera (3) fait de l'induration le signe certain du mal français :«Sunt pustulee cum aliquaduritie... interdum in virga nonnulla
(1) Voy. Historique de la syphilis,
(2) Aphrodisiacus, t. 11, p. 460.
(3) Âphrodisiacus, p. ^O^.
72 Syi'UlLIS ACCIDENTELLE.
ulcéra cum duritie et callositate quae sanari exacte uequeunt, perpetitur quod morbi gallici certum signumest. »
Pallope, en d53S, donne la description de l'ulcère induré et de la lymphangite qui l'accompagne quelquefois; il regarde comme un signe certain de syphilis l'induration qu'il laisse à sa suite : « ...Quoties videtis sanatam cariem et quod rémanent calli circa cicatricem, tenete esse confirraatum gallicum ; ideo moneo vos quoniam calli isti sunt manifeslissima et demonstrativa signa morbi confirmali. »
Botal, en 1563, reconnaissait le chancre induré de la bouche et du mamelon. Dès le milieu du seizième siècle, par conséquent, on était fixé sur la valeur symptomatique de l'induration de l'accident syphi • litique primitif.
Parmi les auteurs qui ont suivi, un grand nombre ont également reconnu la signification de l'induration chancreuse : citons Petronius, Thierry deHéry(l), Amb.Paré,N. deBlégny,J. L. Petit, Astruc,J. Hunier, B. Bell, Babington, plus récemment Ricord, etc. Ce dernier, dont le nom est justement célèbre en syphilographie, eut le mérite, à cet égard, de ramener les esprits un instant égarés par la doctrine physiologique à une observation plus rigoureuse et plus exacte. Il sut, à l'exemple de Hunter, joindre l'expérimentation à l'observation clinique, et s'il y a lieu de lui reprocher le dédain avec lequel il a pendant longtemps refusé d'accepter certaines vérités acquises, il ne faut pas moins reconnaître que sa résistance et même ses erreurs ont servi à la science, en provoquant de la part de ses adversaires des observations nettes et précises.
Dans un travail qui fait époque, l'éminent syphilographe s'est appliqué àprouver, àl'aidede l'expérimentation, quele pus blennorrhagique n'est pas inoculable. Reconnaissant la valeur séméiotique de l'induration, il attribuait à uneidiosyncrasie particuhère du malade l'absence de ce phénomène dans certains cas. Mais Bassereau (2), observant que le chancre qui est suivi d'accidents constitutionnels, c'est-à-dire le chancre dur, ne transmet qu'un chancre de même espèce, auquel succèdent toujours les mômes manifestations, fut conduit à diminuer l'importance de l'idiosyncrasie dans la détermination des caractères
(1) Tous praticiens méthodiques, dit Th. de Héry, témoigneront que le plus certain signe en toute pustule et ulcère est une dureté en la racine, etc. (La
méUiode curntoirc de la maladie vénérienne .)
(2) Traité des affections de la iieau symptomatiques de la syphilis. Paris, 1852.
l'ÉiuoDii: d'éruption locale, 73
de l'accident local et à accoi'der une plus large part à la nature de l'agent virulent. La graine plutôt que le terrain lui parut modifier le produit, aussi admit-il deux espèces distinctes de chancre.
Plus tard, lorsque Clerc, en 1855, puis Alfred Fournier, Rollet et plusieurs autres observateurs reconnurent que le chancre induré n'était pas inoculable au porteur, et quand un certain nombre de faits expérimentaux vinrent à prouver que cet accident ne se manifeste qu'après une longue période d'incubation, on songea à le séparer plus encore qu'on ne l'avait fait jusque-là du chancre mou, et alors fut constituée la doctrine de la dualité chancreuse, qui ne tarda pas à être acceptée d'un grand nombre de syphilographes français et étrangers. Cette doctrine toutefois rencontra des opposants, parmi lesquels on compte, en France, surtout Melchior Robert etLanglebert.Tout à fait désintéressé dans la question, nous aurons à examiner les arguments apportés par les parties advez'ses.
Partie clinique. — De môme que la plupart des affections symptomatiques de la syphilis, l'accident primitif offre des aspects variés qu'il importe de bien connaître, si l'on veut arriver à un diagnostic certain; anatomiquement caractérisé dans le principe par l'apparition au niveau du point contaminé d'un néoplasme qui fait une saillie plus ou moins volumineuse, cet accident a d'abord la forme d'une papule qui, suivant l'exubérance du nouveau produit, peutêtre aussi suivant la disposition générale du sujet, reste sèche, ce qui est rare, s'érode ou s'ulcère plus largement : d'bii au point de vue de l'observation clinique et de la symptomatologie les variétés suivantes de la première manifestation syphilitique :
i° La papule sèche ;
2° L'érosion chancreuse ou chancriforme ; 3° Le chancre induré.
a. Etude ANAïOMiQnE. — Quelle que soit la variété de l'accident primitif, sa constitution élémentaire ne change pas ; l'induration qui lui est propre offre toujours la même composition anatomique. Pour Ch. Robin (1), Lebert, Acton, l'induration chancreuse tienl au développement d'un tissu fibro-plastique dans l'épaisseur du derme. Virchovv (2) professe qu'elle a une nature entièrement semblable à celle des tumeurs gommeuses, et y voit une prolifération du tissu
(1) Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, 2 nov. 184C.
(2) Syphilis constitutionnelle, trad. française de .T. P. Picard. Paris, 18G0.
conjonctil". Celte donnée est, en réalité, peu différente de la précédente, à part la théorie. Barensprung (1), trouvant qu'une partie de la substance granulaire qui forme la base du chancre induré se colore en rouge par la solution iodée, conclut de ce fait que l'exsudat constitutif de l'induration spécifique du chancre est différent de l'exsudat inflammatoire, et qu'il est identique avec les épancheraents qui se forment sous l'influence de la syphilis constitutionnelle dans les divers autres organes. Ordoîiez (2), qui a fait une étude minutieuse du chancre induré du prépuce , a constaté les particularités suivantes : l'épaississement de la couche épidermique de la peau autour du point occupé par l'ulcération; l'augmentation de volume des digitations interpapillaires du corps muqueux au niveau même du chancre induré; la préseuce de petits foyers hémorragiques dans la couche papillaire du derme; enfin l'augmentation de volume des papilles du derme et leur infiltration par une grande quantité d'éléments embryoplastiques ou embryonnaires du tissu conjonctif, savoir : noyaux ronds ou ovalaires mesurant de 4 à 7 millièmes de millimètre de diamètre, des corps fusiformes de petite dimension, des faisceaux de fibres du tissu conjonctif de nouvelle formation. Ce résultat ne diffère pas de ceux qui ont été constatés par les précédents observateurs, et tous, malgré une description un peu différente, s'accordent à voir dans l'induration du chancre ce que nous y avons également trouvé, une formation nouvelle aux dépens du tissu connectif, une hyperplasie qui peu à peu subit la métamorphose granulo-graisseuse. C'est à cette métamorphose, sorte de nécrose moléculaire, que tient en partie la formation de l'ulcération ; et celle-ci sans doute se rattache ainsi à l'évolution particulière de la néoplasie. Pour ce motif il y a bien quelque raison, comme il sera possible d'en juger par la suite, de rapprocher la lésion analomique du chancre de celle qui appartient aux manifestations de la syphilis tertiaire ; et un fait curieux qui doit servir à prouver l'identité de la maladie à son point de départ et à son point d'arrivée, dans toutes ses phases ou périodes, n'estce pas l'identité même du produit morphologique? Il ne faudrait pas toutefois se méprendre sur la valeur des données microscopiques. Les mêmes éléments que nous observons se rencontrent dans maintes
(1) Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurg., 18G2, p. 310; et Chariié- Annalen, t. YI, p. IG.
(2) Comptes rendus et mém. de la Soc. de biologie pour l'année 18G3, p. 83.
PÉRIODE d'Éruption locale. 75
lésions qui ne sont rien moins que spécifiques, de telle sorte qu'à son début comme duranttoule son évolution, c'est encore à l'examen à l'œil nu et non pas seulement au microscope qu'il convient de demander les caractères dislinctifs des lésions syphilitiques. Ces caractères, en effet, se trouvent moins dans la constitution élémentaire du produit morbide que dans sa physionomie. Ici, comme partout, c'est dans la forme qu'il faut surtout chercher les caractères de l'espèce.
Indiquons en terminant que le docteur Szabadfoldy de Pesth (1) a constaté une fois dans le contenu des pustules syphilitiques primitives la présence de cellules arrondies munies d'appendices comme ciliés et contractiles, lesquelles, selon ce médecin, pourraient bien jouer un certain rôle dans le fait de la contagion. N^ayant rien vu de semblable, nous laissons à l'avenir le soin de décider quelle peut être la valeur de l'observation de notre confrère.
b. Étdde sïmptomatique. — 1° Papule sèche. — Cette modalité, la plus rare de celles que la syphilis revêt à son début, est encore si peu connue, qu'elle n'a pas été jusqu'ici l'objet d'une description spéciale, bien que l'expérience et l'observation clinique viennent tout à la fois établir son existence.
Après une incubation habituellement longue apparaît, au niveau du point contaminé , une saillie papuleuse , ayant en général la forme d'une plaque d'une étendue d'un ou plusieurs centimètres, de couleur rouge, sombre ou brunâtre, de forme arrondie ou ovalaire , de consistance ferme, rénitente et élastique, et quelquefois recouverte d'une squame blanchâtre qui lui donne une certaine analogie avec les papules syphilitiques de la période suivante. Cette analogie était frappante dans un cas d'inoculation pratiquée par Gibert (2), sur un individu qui, pour accident initial, avait une papule rougeâtre, étalée, irrégulière, légèrement squameuse, tout à fait sèche. Dans un cas rapporté pat Dubuc (3), il s'agissait d'une large plaque ayant de 2 à 4 centimètres d'étendue, et siégeant à la région pubienne. Chez un malade que j'ai moi-même observé, il existait sur la face une plaque peu différente, qui, à première vue, offrait une grande ressemblance avec un nœvus.
Dans ces faits et dans plusieurs autres, la lésion locale, semblable
(1) Virchow's Archiv fur patholog. Anatomie und Physiolog.,i. XXIX, p. 470, 18G4.
(2) Loc. cit., p. /i58.
(3) Les sxjphilides malignes précoces. Thèse de Paris, 18G4, p. C3,
"ÎC SYPHILIS ACCIDENTELLK.
aux papules ou même aux tubercules cutanés et aux ()roductibhs gommeuses, disparaît par résolution, ou mieux par la résorption que favbriserit les tissus voisins ; l'induration, sans jamais s'ulcérer, perd péii à peu de sa résistance et de son élasticité, elle diminue d'étendue, devient comme gélatiniforme, et à sa place reste une légère dépression violacée ou noirâtre.
C'est là par conséquent une variété distincte et peut-être trop méconnue de l'accident primitif, et qu'il importait de signaler. Facile à différencier des syphilides dans lesquelles les papules sont rarement isolées, celte variété pourrait être confondue avec un nœvus ou toute autre altération, si sa consistance, sa coloration particulière, et surtout les biibons multiples qui sont pour ainsi dire ses acolytes obligés, ne venaient l'en distinguer.
Les faits peu nombreux à l'aide desquels il est déjà possible de donner une description de cet accident ne peuvent encore nous renseigner sur son! origine. Disons simplement que, dans le cas cité de Gibert, le sang pris au niveau d'une papule syphilitique squamraeuse avait servi à l'inoculation. Le procédé d'inoculation semblerait d'ailleurs favorable au développement de cette variété de l'accident primitif, si tant est que la nature du produit inoculé n'ait aucune influence sur son apparition.
2° Éi'osion chancreuse ou chancri forme. — Cette forme, la plus fréquente de celles que manifeste la syphilis primitive, d'après les statistiques de Bassereau (146 fois sur 170 cas), et aussi de l'avis de Diday, a été depuis longtemps signalée et distinguée du chancre induré primitif; Carmichaël faisait sans doute allusion à cette manifestation dans la description qu'il donne d'une classe à part de chancres bénins sous le nom de patchy excoriation, et c'est probablement cette même manifestation que Wallace a appelée superficial primary syphilis.
Le chancre iparcheminé de Ricord, la Venerola vulgaris d'Evans, ràlfectioii condylomateuse de Rineckér, l'érosion superficielle de Langiebert, ne sont, du reste, que cette modalité primitive, autrement dénommée. Bassereau et, plus tard, Diday sont les auteurs qui ont le plus particulièrement appelé l'attention sur ses caractères et sa signification; c'est l'érosion chancreuse du premier, l'érosion chancriforme du second.
Elle débute ordinairement par un point rouge cuivré, à peine saillant,
PÉIUODE d'éruption LOCALE. 77
papiileux, sec, qui se desquarame ensuite, se recouvre d'une croûte ou plutôt d'une écaille mince, et plus tard s'érode ou s'ulcère légèrement à sa surface. D'un diamètre variable, déforme arrondie ou irrégulière, cette ulcération, toujours circonscrite, représente une surface plane, rosée, de niveau avecles parties environnantes, ou saillante soit par le développement de bourgeons charnus, soit par l'excès d'induration. Elle fournit un suintement séreux, concrescible, peu abondant, présente une base étalée, légèrement indurée en sqrface plutôt qu'en profondeur. Elle a son siège le plus habituel en arrière de la couronne du gland ; mais elle peut se rencontrer partout ailleurs, sur point quelconque des surfaces cutanée ou muqueuse. Son étendue variable est quelquefois si petite, le suintement si peu abondant et 1^ cicatrisation tellement rapide, qu'à défaut d'une induratiofl caraQ|,éristique, il est prudent de rester dans l'incertitude siir sa nature jusqu'à l'apparition des symptômes secondaires.
Dans la plupart des cas, la durée de cet accident ne dépasse pas deijx mois (Bassereau). Il se termine par la résolution du point induré et la cicatrisation de sa surface. Assez souvent, deux fois sur trois environ, il ne donne pas lieu à des cicatrices durables, à moins qu'il n'occupj^ le bord de la couronne du gland pu le tissu cutané. Dans quelques x;as pourtant, une légère induration survit à la lésion locale. Les ganglions lymphatiques qui lui correspondent sont durs et indolents.
Le diagnostic n'est pas toujours facile. En présence d'un accident dç si mince apparence, on se demande, en effet, s'il s'agit d'une maladie aussi sérieuse que la syphilis, et souvent on hésite. Si l'érosion est recouverte de croûtes, ainsi qu'il arrive ordinairement lorsqu'elle occupe la peau ou une partie de membrane muqueuse exposée à l'air, on la voit revêtir quelques-uns des caractères d'une vésicule d'herpès, d'une pustule d'ecthyma, d'une éruption psydraciée ou squammeuse, et se confondre avec l'une ou avec l'autre de ces lésions élémentaires. Elle s'en distingue facilement toutefois par son isolement, sa marche, et l'engorgement spécial des ganglions çircouvoisins.
Bien que nous soyons encore peu édifiés sur la source de l'accident en question, il est permis de croire, avec Diday et Langleberl, qu'jl provient le plus souvent d'une lésion secondaire, et qu'il est dIus particulièrement engendré par les plaques muqueuses.
3° Chancre induré. — Chancre non suppurant. — Tous les syphijographes sont loin de s'entendre sur le mode primitif de cette variété.
78 SYPHILIS ACCIDENTELLK.
Après avoir cru pendant longtemps avec Ricord que l'ulcération était le premier symptôme et que l'induration ne survenait que plus tard, il y a tendance aujourd'hui à adopter l'opinion de Babington, plus conforme aux faits expérimentaux, et d'après laquelle l'épaississement du tissu précéderait l'ulcération : a le caractère de l'infection vénérienne primitive, dit le commentateur de Hunter, est essentiellement une induration passant ensuite à l'ulcération. «
La difficulté de l'observation clinique, à laquelle est due sans doute la divergence d'opinions sur ce point, conduit nécessairement à s'en rapporter en pareil cas à l'expérimentation sur des individus sains. Or, celle-ci nous apprend, comme dans l'expérience de Waller de Prague, qu'il se développe au point contaminé, tout d'abord une tache rouge, suivie bientôt d'une élevure ou papule, qui peut acquérir le volume d'une lentille ou d'un pois et qui est, ainsi que nous le savons, le résultat d'un apport de matériaux, d'une néoplasie du tissu conjonctif. D'un rouge ou d'un jaune sale, arrondie, et dure au toucher, cette papule se recouvre d'écaillés grisâtres qui s'épaississent peu à peu, finissent par former dans quelques cas une véritable croûte sous laquelle se creuse rapidement une ulcération en forme de godet et plus ou moins profonde. Le plus souvent indolente et taillée comme à l'évidoir, cette ulcération a des bords saillants, arrondis, une surface lisse, irisée, un fond généralement grisâtre et lardacé, elle est baignée par un produit de régression irréinoculable et non par du pus. Enveloppée, selon l'expression de Ricord, d'une sorte de noyau dur, circonscrit, qui lui sert comme de couronne et de lit, elle passe à bon droit pour être la lésion la plus caractéristique de la syphilis à son début. L'induration qui en forme la base et déborde sa circonférence a été comparée par Bell à la moitié d'un pois sec. Elle offre au toucher la sensation d'un lissu élastique, rénilent, chondroïde, sensation particulière, sui gêner is,hicn différente de celle qu'accuse au doigt le tissu cicatriciel ou l'oedème phlegmoneux. La forme hémisphérique, qu'elle revêt le plus souvent, n'est cependant pas constante ; parfois irrégulière, elle devient elliptique, manque au centre et n'existe que sur les bords {syphilis annulaire de Wallace).
Au bout de six semaines environ de durée, le chancre dur entre dans une dernière phase, ses bords s'affaissent et se dégorgent; les particules désorganisées qui en recouvraient le fond, où elles formaient une sorte de fausse membrane, sont éliminées ou résorbées.
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des bourgeons charnus apparaissent, et la cicatrisation ne tarde pas à s'opérer de la circonférence au centre de l'ulcération.
La cicatrice qui lui succède est arrondie, légèrement déprimée ; elle est le siège d'une induration quelquefois persistante, déjà signalée par J. L. Petit (1). Dans certains cas, où le chancre occupe une surface cutanée, cette cicatrice présente une coloration foncée, brunâtre, sombre, bronzée, vraiment caractéristique, mais qui, avec le temps, finit en général par s'effacer, laissant à sa suite une teinte blanche qui n'a plus de signification. Cette particularité toutefois est importante à connaître au point de vue rétrospectif, et souvent elle peut, comme l'induration, dont la survie est de quelques semaines à plusieurs années, faire diagnostiquer l'existence ancienne d'un accident qui, malgré sa longue persistance, peut parfois ne pas être aperçu par le malade, d'autant mieux que le chancre induré, rarement phagédénique ou rongeur, est à peu près complètement indolent.
La cicatrisation n'est pas le seul mode de terminaison du chancre induré. Dans quelques cas, on voit, à la période terminale de l'ulcère, se développer à sa surface des bourgeons luxuriants, fongueux, végétants, mais qui n'ont rien de syphilitique. D'autres fois le chancre induré subit une véritable transformation; il se convertit sur place en papule ou plaque muqueuse. Déjà signalé par Ricord, ce dernier mode de terminaison a été l'objet de considérations intéressantes de la part de J. Davasse et Deville (2). Les caractères de la papule muqueuse se substituent à ceux du chancre, et c'en est fait de ce dernier. On peut considérer comme des faits exceptionnels les cas de récidive de l'accident syphilitique primitif.
Nombre et siège de V accident primitif. — Quelle que soit sa forme, la première manifestation de la syphilis reste ordinairement solitaire, et s'il arrive qu'on rencontre sur le même individu plusieurs accidents de même sorte, plusieurs chancres indurés par exemple, ils sont en général du même âge, c'est-à-dire qu'ils se sont développés simultanément ou à peu près à la même époque, et rarement par inoculations successives. La raison de cet isolement est facile à saisir; le chancre syphilitique, en effet, n'est pas auto-inoculable, ainsi que l'ont prouvé les observations de Clerc (3) et de plusieurs autres syphilographes.
(1) Traité des maladies des os, chap. xv.
(2) Arch. génér. de méd., 1845.
(3) Union médicale, 25 oct. 1855.
L'accident initial delà syphilis n'a point de lieu d'élection; il peut se montrer sur tous les points du corps, partout où le virus aura été déposé ; toutefois c'est aux organes génitaux qu'on l'observe le plus souvent. Sur un relevé de .471 chancres infectants observés chez l'homme, Pournier (1) a noté seulement 26 chancres extra- génitaux. Parmi les chancres des parties génitales, 314- étaient situés sur le gland ou le prépuce, d'autres avaient pour siège le fourreau de la verge, le méat urinaire, le scrotum, etc.; enfin 17 étaient intra-urétraux.
En raison de son siège et des théories auxquelles il a donné lieu, le ch ancre urétral mérite surtout notre attention. Appelé encore chancre larvé, cet accident a une existence incontestable : sur 300 cas de blennorrhagie, Melchior Robert prétend l'avoir observé de visu 7 fois; 2 fois seulement l'inoculation le lui a fait diagnostiquer; 3 [fois il n'a pu le voir directement ni le démontrer par l'inoculation ; mais la présence d'adénites multiples inguinales et les prodromes de la syphilis constitutionnelle lui ont permis d'établir un diagnostic rationnel.
Les vingt-six chancres extra-génitaux observés par Fournier se répartissent comme il suit : sur les lèvres 12, à l'anus 6, à la langue 3, au nez, à la paupière et à la jambe 1. Après les organes sexuels, les lèvres et la bouche sont le siège le plus habituel de l'accident primitif. RoUet apudire que la bouche était le principal foyer, le grand laboratoire de la syphilis secondaire; Sigmund (2) s'est appliqué à faire connaître la fréquence et les caractères du chancre syphilitique dans ces régions. Les paupières, le pharynx et les amygdales n'échappent pas à la contagion syphihtique ; Martellière nous a dit avoir pu constater à trois reprises différentes, dans un espace de temps assez court, l'existence du chancre à la surface des glandes araygdaliennes (3) . Jamais l'accident primitif n'a été observé dans l'oesophage, ni dans l'estomac; et si l'on en croit quelques expérimentateurs (4), il serait peu ou pas contagieux dans ces régions. Il n'en est pas de même à l'égard de la région anale, où l'on observe encore assez fréquemment des chancres de petit volume ordinairement perdus dans les plis radiés de la muqueuse. Dans tous les cas, les parties découvertes sont de
(l) Cité p.nr A. Martin, Thèse de Paris, p. C2.
Ci) Ueber Schanicer in SchmicU's Jahi bûcher, t. CXXII, ISG-i.
(3) Comparez : Diday, dans Mém. de la Soc. de méd. de Lyon, 18G1-18C2, p. Ml (■i) Voyer- Petit-Radel, Cours de maladies syphilitiques, t. I, p. 20.
l'ÉIllODE d'éruption LOCALE. 81
préférence allectées, et en présence d'un ulcère qui persiste, le médecin doit songer à la possibilité d'un chancre.
Chez la femme, où souvent le chancre paraît manquer au début de la syphilis, les organes génitaux sont, comme chez l'homme, le siège habituel de l'ulcération primitive. Sur 45 malades atteintes de chancres infectants, A. Martin a trouvé 33 chancres génitaux et 12 extragénitaux. La plupart des chancres génitaux occupaient les parties génitales externes. Rarement cet accident s'est rencontré sur les parois du vagin; parfois, cependant, on a pu constater sa présence sur le col de l'utérus (1).
Suivant qu'ils occupent l'un ou l'autre de ces divers sièges, les chancres des organes génitaux de la femme présentent des différences souvent tranchées. Tandis qu'à la surface extérieure des grandes lèvres ils sont d'habitude manifestement indurés à leur base, ils se montrent ordinairement le long du bord interne de ces mêmes replis sous forme de petites ulcérations plus ou moins allongées qui peu à peu finissent par se confondre. Une autre forme d'ulcère paraissant appartenir au chancre syphilitique se voit encore dans cette région, au dire de Melchior Robert; c'est une ulcération arrondie, peu profonde, à bords peu marqués, dont la surface se déterge, devient rouge et saillante. Cette variété de chancre repose assez souvent sur des tissus indurés ; d'autres fois il est impossible d'y constater la moindre induration, bien que l'aine correspondante soit affectée d'adénites indolentes, et cela dans des cas oii plus tard les malades ont présenté des accidents syphilitiques constitutionnels.
Le siège du chancre chez l'homme n'est pas non plus sans influence sur les caractères qu'il présente et particulièrement sur l'induration. Les chancres indurés les plus volumineux siègent d'ordinaire derrière la couronne du gland ; là, en effet, l'induration occupe en général une large partie de la muqueuse balano-préputiale. Le chancre du méat détermine dans certains cas une induration comme cartilagineuse de la presque totaUté du gland.
L'induration des chancres de la face est ordinairement volumineuse. D'autres fois ce symptôme est à peine marqué, une ulcération
(1) Voyez Bernulz, ;>4- uffeclions syphilitiques Je l'utérus, Mémoire lu à la Société médicale des hôpitaux, et Revue médic. chirurg. de Paris, t. XVIII, p. 235,
LANCEnEAUX. G
de petite surface présente une induration pour ainsi dire miliaire. Ainsi, on ne peut trop insister sur les nuances nombreuses que présente le chancre syphilitique.
La forme graphique de l'induration n'est pas moins variable. Si le chancre occupe en même temps des tissus différents déstructure, l'induration qui le supporte est irrégulière, anfractueuse, semi-lunaire ou elliptique; dans quelques cas, elle ne s'observe qu'à la périphérie de l'ulcération, les tissus au centre restent mous et légèrement déprimés (peau de la verge, grandes lèvres).
Les membres, la face, mais surtout la bouche et l'anus, sont le siège le plus ordinaire des chancres extra-génitaux. En cas d'ulcération isolée de ces parties, le médecin doit suspecter la syphilis, et cela, malgré l'assurance contraire des malades. A cet égard surtout, le chancre céphalique mérite toute son attention.
Modifications et complications. — Nous avons fait connaître les caractères habituels de l'accident initial de la syphilis ; ajoutons que dans certains cas cet accident subit des modifications qui changent plus ou moins sa physionomie. Distinctes des complications dont je parlerai bientôt, ces modifications surviennent chaque fois qu'une cause irritante exerce son action à la surface de l'ulcère. Celui-ci non-seulement s'enflamme el, suppure, ce qui change son aspect et suffit pour faire disparaître l'induration qui est en quelque sorte un critérium spécifique, mais la sécrétion dont il est le siège acquiert des propriétés nouvelles; inoculée, elle peut amener le développement de pustules. Vésicatoires, pommades irritantes, poudre de sabine, etc., sont autant d'agents capables d'opérer ce changement. Deux malades portant, le premier un chancre induré, l'autre deux chancres également indurés, entrèrent à Lock-Hospilal en juillet et août 1862 (1). H. Lee, avec le pus provenant de leurs ulcères, leur pratiqua sur divers points de la cuisse plusieurs inoculations dont le résultat fut négatif. Un petit vésicatoire fut alors appliqué sur les ulcères et pansé avec de la pommade à la sabine; une vive irritation s'ensuivit; la surface des chancres devint le siège d'une sécrétion abondante, puriforme, qui, inoculée comme précédemment, donna lieu à des pustules dont la sécrétion put même être réinoculée avec succès. A Marseille, Melchior Robert avait déjà signalé des faits analogues. Des
(l) The Lancet, 13 sept. 18G2.
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expériences du même genre faites en Norwége et en Allemagne ont Iburni le même résultat. L'application d'un simple irritant à la surface d'un chancre syphilitique est donc susceptible de lui faire subir des changements notables. Ces changements, le pus d'un chancre mou déposé à la surface d'un chancre induré doit à plus forte raison les produire, et c'est en effet ce qu'ont prouvé les expériences de Rollet de Lyon, et de ses principaux élèves, Laroyenne, Basset (1) et Nodet (2).
La modification chancreuse qui résulte de ce contact et à laquelle on a voulu faire jouer un grand rôle dans la doctrine de la dualité chancreuse, a reçu de Rollet le nom de chancre mixte à cause de son origine et sans doute aussi parce qu'elle possède la propriété de transmettre une double affection. Ce nouvel accident a tout d'abord été produit dans les conditions que voici : « Un chancre induré du méat avec adénite multiple est inoculé sans résultat ; le pus d'un chancre simple y est ensuite déposé, et cinq jours après, une seconde inoculation développa la pustule chancreuse (3). » Reproduit dans plusieurs expériences tentées par Laroyenne et Basset, le chancre mixte a été obtenu de la même façon et à Taide des mêmes procédés tant en Angleterre qu'en Allemagne. Le fait que voici, rapporté par Liodwurm, est en rapport avec ce qui précède : a Chancre de la rainure avec adénite multiple et base indurée. On inocule le malade au bras avec le pus de son chancre, le résultat est négatif. Après inoculation à l'autre bras avec du pus de chancre simple, il y eut un chancre simple avec le pus duquel on inocula la surface du chancre induré. Deux jours après, le chancre induré suppura beaucoup, se creusa; on réinocula le malade avec le nouveau pus; le résultat donna un chancre simple. » Les mêmes expériences répétées à Marseille par Melchior Robert n'ont pas toujours réussi; « nous ajouterons cependant, dit cet auteur, qu'il nous a été impossible dans quelques circonstances, et quelle que fût l'énergie du pus employé, d'inoculer la surface du chancre induré (4). »
De ces expériences variées, répétées par des observateurs nombreux, ressort néanmoins ce fait important, que le pus d'un chancre
(1) De la simultanéité des malad. vénér. Thèse de Paris,
(2) Thèse de Montpellier, 1863.
(3) Laroyenne, Annales des malad. de la peau et de la syphilis. Lyon, 1869.
(4) Melchior Robert, Nouveau Traité pratiq. des malad. vénériennes, p. 263.
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mou appliqué à la surface d'un chancre induré modifie profondément cet ulcère. Celui-ci suppure, se creuse peu à peu et perd plus ou moins son cachet primitif, en môme temps qu'il devient inoculable à l'individu qui le porte. De là à la formation accidentelle il n'y a qu'un pas. Nul doute que la contagion naturelle ne vienne, en de certaines circonslances, produire ce même effet ; mais faut-il admettre avec Rollet et son école qu'on a affaire à un chancre mixte toutes les fois qu'un chancre mou en apparence est suivi des symptômes constitutionnels, ou qu'un chancre induré est réinoculable, qu'il a une incubation précoce ou qu'il est escorté de bubon suppuré? C'est là, à notre avis, >me manière de voir qui n'est pas encore suffisamment justifiée. Plus loin nous parlerons de l'influence de certaines habitudes, du climat, de la race, du sexe même, autant de conditions susceptibles d'imprimer des changements plus ou moins sensibles au phénomène initial de la syphilis.
La gangrène elle phagédénisme sont à peu près les seules complications de l'accident syphilitique primitif; l'inflammation est tout au moins fort rare, puisqu'il faut bien croire, aujourd'hui, que les prétendus abcès (1) observés, à la période d'involution, dans l'épaisseur des parties indurées, ne contenaient pas de pus, mais seulement les débris des éléments constitutifs du néoplasme arrivé à son stade de régression. De même on croyait à tort autrefois à la suppuration des tumeurs gommeuses. Le phimosis ou le paraphimosis complique rarement le chancre infectant; mais lorsqu'il survient, la peau et la muqueuse préputiales deviennent pâles et mamelonnées, le toucher, sans provoquer de douleur vive, donne au doigt une sensation particulière, jusqu'à un certain point comparable à celle de l'œdème dur de l'éléphantiasis des Arabes.
La gangrène qui complique le chancre syphilitique apparaît ordinairement dans le cours de l'ulcération. La surface de la plaie, auparavant rouge ou gtisâtre, s'assombrit un peu et devient le siège de petits points ecchymotiques foncés; la sensibilité s'exagère; la sécrétion est sanieuse et contient des débris de tissu avec quelques petits filets de sang noirâtre ; l'ulcération s'agrandit et détruit de proche en proche les tissus jpidurés ; cependant, cette destruction se fait lentement et atteint très-rarement la limite des tissus normaux. Le pour-
(1) A.Martin, Dn Vaccidenf primitif cle la syphilis conslitutionnclle, p. 49 (Gazette des hôpitaux, p. 6SI, 18C4).
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tour du chancre est assez souvent rouge, enflammé, et cette inflammation retentit sur les ganglions déjà indurés au point de leur imprimer, dans quelques cas, un mouvement fluxionnaire qui peut aller jusqu'à la suppuration. Une fois les causes écartées, cette complication disparaît sous l'influence d'un traitement approprié; la surface du chancre perd sa couleur violacée, des bourgeons de bonne nature se montrent, et la cicatrisation se fait rapidement.
L'ulcération syphilitique primitive, atteinte de phagédénisme , présente une forme plus ou moins irrégulière, des bords livides, découpés et décollés, une base peu indurée, mais œdémateuse, un fond inégal habituellement recouvert d'une matière jaune ou grisâtre, sinon d'une sanie purulente mélangée de détritus organiques. Le propre de cette complication est de s'étendre en surface plutôt qu'en profondeur, et principalement aux tissus homogènes. Une sensation de douleur, de cuisson ou de brûlure accompagne ce nouvel état. Dans ces conditions, le diagnostic du chancre syphilitique est de la plus grande difîiculté. Par exception seulement, le phagédénisme produit des pertes de substance un peu considérables, et se propage aux ganglions.
Les excès de boissons alcooliques dans les saisons chaudes, les climats chauds, les habitations malsaines, une mauvaise alimentation, le défaut de propreté, l'abus du mercure, les différents états cachectiques, sont les causes principales des complications ci-dessus décrites. En Angleterre, l'action de l'alcool, dans la production de ces accidents, est tellement marquée, qu'on a pu appeler- quelques-una de ces ulcères du nom d'œnophagédéniques (1).
La blennoerhagie, maladie contagieuse distincte. — La doctrine DE la syphilis d'emblée, c'est-a-dire sans lésion locale primitive. — L'opinion professée pour la première fois en 1767, par Balfour, savoir, que la gonorrhée et la vérole sont deux maladies distinctes, adoptée par Ellis, G. Tode, A. Duncan, B. Bell, Bosquillon, et plus tard par Hernandez, Gockburn et la plupart des chirurgiens militaires anglais, tels que Mac-Gregor, Hennen, Gulhrie, etc., contrôlée et vérifiée par les expériences de Ricord; et depuis par celles de Rollet, est aujourd'hui un fait trop clairement démontré pour qu'il y ait encore le moindre doute à son sujet. Dès l'instant que le pus blennorrhagique n'est pas inoculable, qu'il ne produitque rarement, et
(1) Ricord, Lettres sur la syphilis, 3» édit. Paris, 18G3, p. 25G.
seulement dans des cas exceptionnels, des ulcérations chancreuses (4), à quoi bon vouloir soutenir encore que la blennorrhagie peut engendrer la syphilis ou être simplement l'un des accidents initiaux de celte maladie? N'est-il donc pas préférable et plus logique de croire que les prétendus cas d'infection syphilitique non précédée de chancre, mais d'un simple écoulement blennorrhagique, ont été l'objet d'une fausse interprétation, soit que l'accident primitif ait passé inaperçu, qu'il y ait eu, comme le veut Ricord, un chancre larvé ou urétral, ou que primitivement la syphilis ne se soit manifestée par aucune lésion locale, et que d'emblée aient apparu les affections consécutives ?
Quoique de vieille date, la doctrine de la syphilis d'emblée mérite de nous arrêter. George Vella (2), l'un des premiers syphilographes qui l'aient développée, admettait, de son temps, que dans les cas où on ne trouve aucune lésion des parties génitales, le virus déposé sur elles
a été absorbé sans produire aucune altération locale « Non est
necesse membrum illud pati solutionem conlinuitalis; nammala complexio putredinalis non corrosiva, potest insensibiliter et furlive ingredi in porositatibus carnis et, post certum tempus, imprimere segritudinem, totum corpus manifeste Isedentem. »
Reproduite par A. Matlhiole, A. Lecoq et G. Fallope, celte théorie, plus tard repoussée par Fernel, a été reprise par Fabre, qui a cherché à l'appuyer de faits à la vérilé fort peu concluants, empruntés en partie à J.-L. Petit. De nouveau abandonnée, elle vient enfin d'être présentée sous une nouvelle face par un chirurgien des plus distingués, le docteur Cusco (3).
Il est de fait qu'on voit un grand nombre d'individus, attentifs du reste, affectés de syphilis, sans qu'ils se soient jamais aperçus d'aucun accident primitif, si ce n'est parfois d'une blennorrhagie plus ou moins ancienne.
(1) Dans un cas où Hunter pratiqua l'inoculation du pus blennorrhagique, il en est résulté une ulcération. Hernandez a plusieurs fois répété l'expérience de Hunter, toujours sans succès. Sur 85 cas de blennorrhagie qui se sont présentés à mon observation, dit Ricord (Traité prat. des maladies vénér.), \ ont été constatés de nature syphilitique (chancres larvés) par l'inoculation qui a produit des chancres, 80 blcnnorrliagies n'ont produit aucun résultat. Dans un cas, les résultats de l'inoculation n'ont point été signalé».
(2) Dn morbo qallico opusculum, cap. 1, in Luisinus, Aphrodisiacus, p. 208.
(3) Gaz. des hôpitaux, 1862, p. 263, 269, 301.
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En pareil cas, le champ des hypothèses est vaste; quelques médecins accusent simplement Tincurie des malades, d'autres aiment à croire à l'existence d'un chancre larvé urétral, quelques-uns enfin pensent que lablennorrhagie (l)a pu être le point de départ de la syphilis; mais il peut arriver qu'aucune de ces hypothèses ne soit vraie. Le chancre urétral est en somme un accident rare, nous savons ce qu'il faut croire de la blennorrhagie en tant qu'accident initial de la syphilis, et la négligence personnelle d'un individu doit être bien grande pour qu'il laisse inaperçu un accident qui a rarement moins d'un mois de durée.
Pourquoi donc ne pas admettre que le phénomène initial puisse parfois faire défaut de la même façon que, plus tard, on voit souvent manquer les affections secondaires ou tertiaires? C'est encore là une hypothèse, dira-t-on; mais elle est tout aussi acceptable que les précédentes. Depuis surtout qu'il est prouvé que le chancre n'est plus la cause, mais la première manifestation symptomatique de la syphilis, cette hypothèse a du moins pour elle l'analogie.
A l'époque où l'inoculation de la variole était vulgairement pratique, Valenlin ayant inoculé une jeune fille aux deux bras, huit jours après il n'y avait aucune trace de piqûres. Il réinocula; le soir même, fièvre, et trois jours plus tard éruption générale discrète, sans que les secondes piqûres aient présenté aucune marque d'éruption. Dans la vaccine (2) comme dans la variole, le bouton d'inoculation peut faire défaut, et il y a lieu de croire que les choses ne se passent pas autrement dans la syphilis ; mais avant d'être affirmatif sur ce point, il convient d'interroger les faits. Or, nous devons avouer à cet égard que le peu d'observations qui sont parvenues à notre connaissance ne nous ont pas paru suffisamment probantes (3). Nous n'en donnerons pas moins le fait suivant, que nous avons pu suivre dans ses détails, et sans lequel nous ne serions sans doute pas entré dans toutes les considérations qui précèdent. Nous avons l'espoir que ce fait fixera
(1) Voyez G. Lagneau, Archiv. de méd., 1856, t. I, p. 323,
(2) Voyez Bousquet, Nouveau Traité de la vaccine des affections varioleuses ou varioliformes. Paris, 1848.
(3) Outre les observations apportées par Fabre, Traité des maladies vénériennes, p. 8, 3<= édit., Paris, 1778,011 peut consulter trois faits consignés dans le remarquable ouvrage de Dassereau, Traité des affections de la peau symptomatiques de la syphilis, p. IIG, 121 et 122. Paria, 1862.
tout au moins l'attention sur une question qui en définitive ne manque pas d'un certain intérêt clinique :
Obs. II. — M"" X..., âgée de 30 ans, me présenta, sur la fin du mois d'octobre 1850, un enfant de 0 ans qui arrivait de nourrice et qui présentait sur tout le corps unesyphilide papuleuse des plus manifestes. M"* X..., la mère de cet enfant, n'avait jamais souffert, pas plus que son mari, du plus léger accident syphilitique. Désireux de connaître la cause de la maladie de l'enfant, j'examinai avec soin l'anus j outre qu'il était bordé d'une couronne de plaques muqueuses, cet orifice présentait une dilatation évidente infundibuliforme. Dans la bouche on trouvait seulement quelques rares plaques muqueuses. Je prévins M"^ X... de la maladie de son enfant et du danger auquel elle s'exposait en continuant de l'embrasser. Tous les huit ou quinze jours, M™^ X... m'amenait son enfant auquel j'avais administré un traitement spécifique ; jamais elle ne se plaignit de la moindre souffrance ; de plus, la mère de cette dame étant tombée malade, je fus appelé à la soigner, et de cette façon je pus voir M"^ X... plus souvent encore. Le 25 janvier, peu de jours après la mort de sa mère, cette dame ressentit un malaise inaccoutumé; quelques jours plus tard, elle éprouva un sentiment de courbature générale, une douleur à la région dorsale gauche, un mal de gorge accompagné d'une toux légère. A cet état s'ajoutèrent bientôt des douleurs violentes à la région du cou, dans l'épaule gauche et la plupart des articulations. Le sommeil, ordinairement bon, devint difficile et agité. Le 2 février, je suis consulté, la malade accuse simplement du malaise et des douleurs : infusion de tilleul, extrait ihébaïque 0,03, sinapismes.
Aucune amélioration, mais sensation de battements dans les tempes, à l'estomac et en plusieurs autres endroits, palpitations cardiaques violentes. Le 17 février, la malade prend un bain sulfureux, et le lendemain elle s'aperçoit de l'existence à la surface de la peau d'un nombre assez grand de petits boutons d'un rouge brunâtre. Cette fois, je reconnus qu'il s'agissait d'une infection syphilitique, je me trouvais en présence d'une syphilis papuleuse. J'examinai avec soin toute la surface cutanée, la gorge et les parties génitales, j'interrogeai la patiente dans le but d'arriver à découvrir le point de départ de l'infection; mais ce fut en vain, la malade, très-soigneuse d'elle-même, ne s'était aperçue de quoi que ce soit, et pour mon compte je ne pus arriver à découvrir non-seulement une ulcération, mais pas même une cicatrice. De ce jour un traitement mercuriel prescrit fut exactement suivi. Le 15 mars, l'éruption s'effaçait et les symptômes précurseurs avaient à peu près enlièrement disparu. Le traitement fut continué durant trois mois. Le 22 août, ulcération profonde de l'amygdale gauche, exostoses aux avant-bras. Le traitement est repris; depuis, céphalées, gommes de la peau.
Jamais il n'y a eu de plafiues muqueuses aux parties génitales, le mari a pu continuer ses relations conjugales sans éprouver le moindre accident.
Nous nous garderois do tirer une conséquence de ce seul l'ail.
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d'autant mieux qu'il y a quelques jours, comme nous revenions sur rinlerrogatoire de cette malade, elle nous dit cette fois s'être aperçue de l'existence, surl'undes bordsdes narines, d'un petit bouton qui dura quelques jours, mais qui ne différait pas des vésicules d'herpès auxquelles elle est très-sujette. En tout cas, si la syphilis d'emblée existe, elle est tout au moins rare et exceptionnelle.