CHAPITRE m
PÉKIODE d'éruption GÉNÉRALE, DITE DES ACCIDENTS SECONDAIRES.
Caraclères communs des accidents de cette péinode. — Au lieu de se dessiner par une simple lésion locale, la syphilis, à partir de ce moment, commence à montrer dans ses manifestations de ia tendance à la généralisation et à la muluplicité des formes morbides, ce qui lui a valu à juste titre la dénomination de protée, que lui donna Fallope, l'un des premiers. Après une période de temps qui n'a rien de fixe, de 40 à 50 jours après l'apparition du chancre, par conséquent 60 ou 70 jours après l'insertion du virus syphilitique, 67 jours après le début de l'accident primitif, suivant un relevé de 93 cas fait par Lcudct (1), parfois aussi au bout de plusieurs mois, se mon-
(1) Gazette médicale de Paris, p. 309, 1849.
PÉRIODE d'Éruption générale. H7
Irent des accidents nouveaux qui, tant par l'époque de leur apparition que par l'ensemble dé leurs caractères, constituent à bon droit une phase distincte dans l'évolution de la syphilis. Ces accidents, qui intéressent surtout les parties les plus superficielles de la peau et des muqueuses voisines des orifices naturels, justifient à notre sens la dénomination ci-dessus adoptée ; ce serait un tort pourtant de ne pas admettre que cette période est encore marquée par des lésions plus profondément situées et dont les os, l'œil, certains nerfs, le foie peut-être, sont les principaux centres d'élection. Telle n'était pas, toutefois, l'opinion de Hunter , qui représentait la syphilis comme une maladie s'avançant, dans sa marche progressive, de la périphérie au centre du corps, attaquant d'abord les membranes tégumentaires dans sa première période et finissant par envahir les tissus fibreux et les os dans la seconde ; mais la loi formulée par cet auteur nous paraît, comme à Bassereau et à PoUin, devoir être modifiée pour être exacte.
Les accidents en question se rencontrent partout avec des caractères très-analogues, sinon identiques, fort différents, dans tous les cas, de ceux qui appartiennent aux manifestations de la période subséquente. L'altération anatomique propre à ces modifications présente, en effet, un cachet tout spécial ; toujours limitée aux couches les plus superficielles, à l'écorce, si je puis dire ainsi, des parties intéressées, elle consiste surtout en une hyperhémie à marche chronique, accompagnée parfois d'une exsudation séreuse ou pumlentô, mais jamais de ces productions de substance conjonctive connues sous la dénomination de gommes. Par sa nature comme par son siège, cette altération ne laisse aucune trace de son passage ; elle n'est jamais, comme les lésions qui lui succèdent, suivie de cicatrices ou de destructions organiques, et souvent elle existe avec des adénopalhies superficielles, dures, élastiques, chondroïdes. Un caractère non moins important de ces accidents, c'est leur généralisation. Toujours, en effet, ils occupent plusieurs points du corps à la fois; nonseulement ils sont disséminés à la surface de la peau ou des muqueuses, mais souvent aussi ils envahissent simultanément plusieurs organes : les muscles, les os, les globes oculaires, les articulations, etc. Dans ces dernières parties, la lésion anatomique paraît présenter encore les caractères propres aux déterminations morbides des téguments externe et interne. Ainsi, aux articulations, tandis que plus tard
118 SYPHILIS ACCIDENTIiLLE.
elle revêtira les caractères de la tumeur blanche et restera localisée le plus souvent à un seul genou, on la voit dès maintenant attaquer plusieurs articulations à la fois et simuler à s'y méprendre le rhumatisme articulaire aigu. L'apparition par poussées successives, les récidives, appartiennent également à ces diverses manifestations, qui ont encore pour symptôme commun d'être généralement précédées ou accompagnées de phénomènes fébriles.
Ces accidents se distinguent en outre, ceux-là du moins qui fournissent un produit de sécrétion, par l'inoculation possible de ce produit. Le sang, d'ailleurs, paraît pouvoir être inoculé pendant tout le cours de cette période, où la transmission héréditaire est encore à sa plus haute puissance. Outre ces qualités particulières, le hquide sanguin est le siège de modifications plus ou moins profondes, mais peu différentes de celles que nous avons déjà signalées à propos de la période d'éruption locale ; car, à dire vrai, ce n'est guère qu'à l'époque de l'apparition des manifestations dont il s'agit que survient la diminution des globules rouges, et l'augmentation de la proportion d'albumine ; c'est à ce moment aussi qu'il est parfois possible de constater une proportion plus grande de leucocytes ou globules blancs (leucocytose).
Il nous serait possible, sans doute, de pousser plus loin ces considérations et de mieux faire saisir les analogies des lésions de la peau et des viscères dans cette nouvelle phase ; mais nous en avons dit assez pour montrer que la syphilis, à cette période, ne borne pas uniquement son action aux membranes tégumentaires, comme semblent le supposer la plupart des auteurs ; et puisque cette maladie dissémine ses effets dans différents organes, et qu'elle est souvent précédée de symptômes fébriles, il résulte que nous en avons à passer successivement en revue :
Les symptômes prodromiques ou fièvre syphilitique ;
Les éruptions de la peau et des muqueuses ; syphilides exanlhéraatiques et énanthématiques ;
Les altérations ordinairement concomitantes de certains organes ; affections viscérales secondaires.
SYMPTÔMES PnODROMiQUES. — CHLOROSE SYPHILITIQUE. — FIÈVRE D'INVASION.—