FIÈVRE SYPHILITIQUE
Ces symptômes n'avaient pas échappé à la sagacité des premiers
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narrateurs de la syphilis, qui déjà les considéraient comme des signes certains de l'infection générale de l'économie : « Signa labis conceptse » (Fracastor).
Villalobos (1), qui, avant Fracastor, a écrit un poëme dont l'élégance le dispute à celui de ce dernier, résume comme il suit les signes qui annoncent les approches du mal : « Une petite plaie au membre viril, de mauvais aspect, à bords indurés, indolente ; maux de tête, visage livide, pesanteur des épaules, insomnie, rêvasseries, yeux cernés, lèvres sèches, inertie des membres, fatigue générale, nonchalance et trouble de la vision ; après l'invasion des pustules, douleurs articulaires multiples »
Arabroise Paré nous a donné de ces signes un tableau trop fidèle pour n'être pas rapporté ici : « Lorsque, dit-il, la vérole est récente, il apparoist ulcère à la verge, ou à la vulve, tumeurs aux aines, chaude-pisse, jettant quelquefois sanie puante et fort fétide, laquelle provient des parastates, ou des ulcères qui sont au conduit de la verge ; ils ont aussi douleurs aux joinctures, teste, espaules et auti^es parties, avec une lassitude des bras et jambes, de façon que les malades disent qu'il leur semble avoir esté battus de basions, ne pouvant cheminer, ni porter leurs mains sur la teste, sinon avec grande difficulté. Il leur survient inflammation à la bouche chute de poil (dite alopécie ou pelade) à la teste, aux sourcils et à la barbe, avec amaigrissement de tout le corps et grandes inquiétudes. Il faut ici noter que tous ces signes ne surviennent pas à chacun malade, mais à aucuns d'iceux. Les plus certains sont, quand le malade a quelque ulcère malin aux parties honteuses, calleux, dur et difficile; et encore que les ulcères soient consolidés, et qu'il y reste certaine dureté, principalement à la verge, cela dénonce la vérole à curer, et apparaissent tumeurs aux aines, qui s'en retournent dedans le corps sans suppurer » (livre XIX, chap. ly).
A une époque beaucoup plus rapprochée de nous, Swediaur cherche à distinguer ces symptômes de ceux qui leur succèdent, il s'exprime de la façon suivante : « Avant que le virus syphilitique existant dans le système du corps produise des éruptions à la peau ou autres effets visibles dans le corps, les malades tombent souvent dans des
(1) Sumario de la medidna, etc. Salamanque, I/i98. — Voy. Guardia, La médecine à travers les siècles . Paris, 18G5, p. 218 et suiv.
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abattements et des langueurs extraordinaires ; quelquefois ils sentent dans toutes les parties du corps des douleurs erratiques, et dans les os cylindriques des douleurs et des élancements de dehors en dedans; fréquemment, il se manifeste une douleur dans le péritoine, comme si la tête était fortement comprimée. Quand les douleurs ne deviennent pas très-violentes pendant la nuit, elles causent simplement de l'agitation et de l'inquiétude ; elles paraissent fort différentes de ces douleurs perçantes qui attaquent les os cylindriques dans la maladie syphilitique confirmée, et qui causent l'épaississement et le gonflement du périoste, ou une véritable exostose qui est fréquemment suivie de la carie. Les premières sont des espèces de douleurs vagues, bornées au périoste et aux surfaces musculaires, aponévrotiques ou ligamenteuses, et elles sont quelquefois si légères, qu'elles excitent à peine des plaintes; mais, lors môme qu'elles sont plus fortes, elles sont évidemment plus supportables que ces dernières. Outre ces symptômes les malades éprouvent souvent de la faiblesse et de la lassitude, non-seulement pendant le jour, lorsqu'ils sont debout, mais plus spécialement encore le matin, lorsqu'ils se lèvent. Le sommeil ni le lit ne leur procurent aucun repos, aucun rafraîchissement. Ils sont attaqués d'une fièvre de l'espèce lente, avec un pouls faible et accéléré, les yeux enfonces, le cercle de l'orbite livide ; ils ont les épaules et les côtés douloureux; la physionomie montre une constitution harassée et minée ; en un mot, le malade maigrit et dépérit sensiblement (1). »
Ainsi connue des auteurs des siècles derniers, la fièvre d'invasion, décrite par Hecker etMorelli, n'a peut-être pas, depuis lors, toujours été l'objet de l'attention qu'elle mériie. Toutefois, Ricord, Bassereau, Gibert,. Bazin, Hardy n'ont pas négligé d'en parler. Le laps de temps qui s'écoule entre l'apparilion de cet ensemble phénoménal et le début de l'éruption est ordinairement de huit à dix jours, mais il peut varier entre quelques jours et deux ou trois semaines. Dans les cas de syphilis inoculée, les phénomènes prodromiques se sont montrés du soixante-cinquième au cent cinquanii''me jour après l'insertion du virus syphilitique (Observ. de Wallace, Waller, Rinecker), et tout porte à croire qu'il n'y a à cet égard aucune différence notable relativement à la syphilis contractée. Sur 199 cas d'érythème observes par Bassereau, ces symptômes existaient
(1) Trailé ihs mnlad. vénér., t. II, p. lOl. Paris 1801.
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143 fois et se sont montrés, autant qu'il fut possible de s'en assurer, du trentième au quatre-vingt-dixième jour qui suivit le contact impur. Dans 60 cas où des renseignements précis ont pu être obtenus, Mac-Carthy a constaté 40 fois des prodromes très-marqués, 21 fois de la céphalée nocturne seule, 11 fois de la céphalée et des douleurs rhumaloïdes périarticulaires, 8 fois des douleurs seules. Ces troubles, qui d'ordinaire précèdent les premières manifestations cutanées, disparaissent en général lors de leur apparition, mais quelquefois ils persistent ou même surviennent après l'éruption syphilitique, et cela en dépit du traitement mercuriel. Ils appartiennent uniquement aux accidents de la période qui nous occupe, et, s'ils accompagnent plus souvent la syphilide érythémateuse, c'est peut-être uniquement parce qu elle est de toutes la plus fréquente. Il est rare qu'ils fassent tous entièrement défaut et qu'ils ne varient quelque peu avec les aptitudes individuelles.
Les voici tels qu'on les observe dans la majorité des cas : les traits s'altèrent, la face devient pâle, les yeux se cei'nent, la physionomie s'assombrit; le malade est triste, morose, taciturne, il maigrit; en même temps, il éprouve une courbature et un malaise qui lui enlèvent toute aptitude au travail, une fatigue et une faiblesse telles que la' marche est difficile et que les jambes fléchissent sous le poids du corps.
Une céphalalgie intense se fait sentir aussi bien la nuit que le jour ; elle est générale ou partielle, et parfois limitée à une des régions frontale ou temporale, comme dans l'une de nos observations, où le malade se plaignait de coups de canif. Elle présente des paroxysmes et peut même revêtir le caractère d'une névralgie périodique; elle est souvent accompagnée d'étourdissements, de vertiges et d'éblouissements, phénomènes parfois indépendants et surtout provoqués par les mouvements de la tête sur le tronc.
D'autres douleurs existent encore qui ne tourmentent pas moins le malade ; elles sont connues sous le nom de douleurs rhumaloïdes. M]h fort bien étudiées par P. Bayr (1), ces douleurs, si nettement caractérisées par A. Paré, occupent les différentes parties du système fibro-osseux. La nuque, le dos, les lombes, les parois costales, les grandes articulations (épaules, coudes, genoux) sont les régions
(I) Be doloribus musculorum ex morbo gallico genitis, in Aphrodisiaco, p. 849.
oîi elles siègent le plus ordinairement. Le sternum, ainsi que l'a noté Baglivi, et la continuité des membres en sont souvent atteints; mais, dans tous les cas, ce sont des douleurs diffuses plutôt que circonscrites, sourdes ou lancinantes, et qui, se faisant sentir surtout dans la nuit, se calment eu général vers le malin. Soumises à une sorte d'intermittence, ces douleurs manifestent vers le soir des paroxysmes qu'exaspère encore la chaleur du lit ; mais un de leurs principaux caractères, c'est la mobilité, car elles disparaissent le plus souvent pour reparaître ensuite dans un autre point du corps. Plus fixes dans certains cas, elles revêtent le caractère du lumbago, moins fréquemment celui delà pleurodynie. Au lieu de les augmenter, la pression les soulage quelquefois. Au sternum, il est souvent possible de les provoquer à l'aide de la pulpe des doigts, si elles ne sont spontanées ; pour ces motifs et à cause de leur siège spécial vers le tiers inférieur ou au niveau du tiers supérieur de l'os, rarement ou jamais dans le tiers moyen, on leur a accordé, avec une certaine apparence de raison, une grande valeur diagnostique (1). Par suite de ces souffrances, les mouvements sont gênés et alors surviennent des troubles fonctionnels. C'est ainsi que les articulations sont raides, rigides, lourdes, engourdies, au point que l'extension et la flexion complète peuvent en être impossibles.
Il y a en môme temps de l'insomnie, parfois de la prostration, ou même un léger désordre des principaux sens. Les fonctions digestives sont troublées, il existe de l'inappétence, de l'amertume de la bouche, des nausées, de la diarrhée, en un mot, la plupart des symptômes de l'embarras gastrique. Bassereau a noté, au contraire, dans quelques cas, une exagération de l'appétit, des besoins très-fréquents de manger, et cela à partir de quelques semaines après la contagion ; les urines sont modifiées, parfois rougeâtres et fébriles.
La respiration, plus courte, s'accélère pendant la marche; la circulation est en général troublée. Les malades éprouvent des palpitalions ; ils ont quelquefois des épistaxis et de l'œdème des membres inférieurs ; un bruit de souffle doux, anémique, se fait entendre au cœur et dans les gros vaisseaux ; on observe, en un mol, les signes de la chloroanémie; et, en effet, les analyses de Grassi ont montré que ces symptômes coïncident avec une diminution dans la quantité
(1) Brodrick, Madras med. Journ., et Dublin med. Press, 4 nov. 1863.
PÉRIODE d'Éruption générale. 123
des globules, laquelle commencerait à se produire, ainsi que nous le savons, dès l'apparition du chancre induré, avant même toute manifestation syphilitique secondaire.
De véritables accès de fièvre s'ajoutent fréquemment à ces symptômes ; caractérisés par une chaleur suivie de sueurs plus ou moins copieuses, ces accès reviennent ordinairement vers le soir ou pendant la nuit et, dans quelques cas, ils simulent à s'y méprendre une fièvre intermillente quotidienne, tierce ou double tierce. Cardan, Baillou, J. Frank, Werlhof, ont même rapporté des faits de fièvre intermittente syphilitique (1). D'autres fois, la fièvre est continue avec paroxysme, et, pour peu qu'il y ait de la céphalalgie, du lumbago, des nausées, de l'hébétude, de la stupeur, des épistaxis, on conçoit qu'elle puisse présenter de l'analogie avec le début d'une variole, d'une fièvre éruptive, ou mieux encore d'une fièvre typhoïde, lorsqu'elle vient à se montrer quelques jours avant l'éruption syphilitique.
La fréquence du pouls n'est pas ordinairement très-considérable; cependant on compte parfois jusqu'à 110 ou même 120 pulsations. Guntz (2), qui a fait des recherches sur l'état de la température dans la fièvre syphilitique, a le plus ordinairement constaté SO^-iRéaumur et 29°, 9 pendant la rémission du matin. Dans le cours de la maladie et dans les cas |es plus violents, cet observateur a vu le thermomètre monter jusqu'à 31° Réaumur le soir et présenter 30°,9 le matin. La température s'est toujours maintenue à ce point pendant plusieurs jours, même pendant plusieurs semaines, avant de revenir à l'état normal. On peut établir à cet égard que plus l'exanthème est hâtif et abondant, plus la fièvre est fréquente, la température élevée et réciproquement.
L'ensemble symptomatique dont il s'agit, est, selon Diday, moins rare et plus durable chez la femme que chez l'homme ; il est suscep-
(1) Quoique plusieurs des faits rapportés à ce sujet puissent être mis en doute, il faut reconnaître cependant que la fièvre syphilitique a, dans quelques cas, une grande analogie avec les fièvres intermittentes. Boyer, p. 113, cite un fait de ce genre.
Con.T^aLxez-.Yyaren, Métamorphoses de la syphilis, p. 173; Swediaur, loc. cit., p. 299. Un trop malheureux confrère, Hourmann, mort victime d'une infection contractée dans l'accomplissement de son devoir, présenta des accidents généraux qui simulaient fort bien une fièvre intermittente. (Cazenave, Traité des syphilides, 18 4 3.)
(2) Bas syphililische Fieber (Varge'a Zeitschrift, neue Folge 11, 3, 123, 1863). Analysé dans Schmldt's JaArÔMc/jer fûr gesammten Medizin, t. 120, p. 195.
124 SYPniLIS ACCIDENTELLE.
tible aussi d'offrir chez la première une intensité extrême. Quoi qu'il en soit, on constate généralement une diminution plus ou moins brusque des symptômes prodroraiques au moment où survient la poussée cutanée ; celle-ci semblerait concentrer tous les efforts de l'économie; mais souvent, au lieu de disparaître, ces manifestations persistent ou même s'aggravent pendant les deux ou trois premières semaines de l'éruption syphililique.
Des affections fort diverses peuvent être confondues, soit avec cet appareil prodromique tout entier, soit avec quelques-uns seulement des principaux phénomènes qui s'y rattachent ; c'est, comme nous le savons, avant l'éruption, la fièvre intermillenle, la fièvre typhoïde, et aussi l'embarras gastrique, certaines céphalées (1) ou même des névralgies ; au moment d'apparition de la manifestation cutanée, la plupart des fièvres éruptives. Nous aurons à revenir sur le diagnostic différentiel de ces dernières maladies; quant aux premières, elles ne pourront en imposer, si l'on tient compte des antécédents des malades, des lésions concomitantes, telles que l'ulcération primitive ou la cicatrice qui en est la trace, et des adénopatbies ganglionnaires, qui font rarement défaut en pareil cas.
11 est rare, d'ailleurs, que les accès fébriles liés à la syphilis soient aussi violents et aussi réguliers que ceux de la fièvre intermittente, que la température soit aussi élevée que dans la dolhinentérie. Dans tous les cas, l'étude attentive de la marche des accidents lèvera promptement les doutes. Il n'y a, à la vérité, de difficulté réelle qu'autant qu'une des maladies précédentes vient compliquer une syphilis approchant de la période secondaire; la seule pierre de touche est alors le traitement. Mais il faut savoir que le mercure n'est plus ici l'agent qui convient. Ce fait, sur lequel Diday a récemment appelé l'attention, nous l'avons nous-même vérifié. Toutefois de ce que le fer et l'iode sont les moyens à mettre en usage pour combattre la fièvre syphilitique, en conclurons-nous, avec Diday, que cet état morbide n'a pas avec la syphilis les mêmes rapports que les lésions constitutionnelles, qu'il est occasionné et non directement causé
(1) Nous ne pouvons résister au désir de signaler l'analogie qui existe entre la céphalalgie lice ù certaines ailéralions profondes des reins et la céphalée du début de la syphilis. Deux cas que nous venons d'ol)sei ver nous ont convaincu de cette ressemblance et delà difllculté qu'il y aurait à distinguer ces deux étals l'un de l'autre, si l'on n'avait pour se guider les antécédents et les symptômes concomitants.
PÉRIODE d'éruption GÉNÉRALE.
par cette maladie? Pas absolument; car, s'il est permis de rattacher à la débilitalion imprimée à l'organisme par le virus syphilitique quelques-uns des troubles généraux dont il s'agit, il en reste un grand nombre que n'expliquent ni la chlorose, ni l'anémie.
Quelle est l'indication pronostique à tirer de tout cet ensemble symptomatique, avant-coureur habituel de la période éruptive de la syphilis? Nous l'ignorons pour l'instant, n'ayant pu suivre nos malades aussi longtemps que nous l'aurions désiré. Il serait important, néanmoins, de savoir si l'intensité des prodromes est en rapport avec la gravité de la maladie. Loin d'être sans importance, la fièvre syphilitique, que Hunter comparait à la fièvre rhumatique, mérite donc une attention toute spéciale, et, pour ce motif, nous en rapportons plusieurs exemples.
Cfmncre induré, syphilide papuleuse, symptômes d'embarras gastrique, fièvre, vertiges, éblouissemenis, troubles légers de la vue et de l'ouïe.
Obs. m. — Le nommé V..., terrassier, âgé de 35 ans, entre, le 9 octobre 1860, à l'hôpital de la Pitié, salle Saint-Paul, n» 45. Cet homme, d'une bonne santé habituelle, a contracté, il y a quelques mois, un chancre induré du prépuce, qui, aujourd'hui, est encore reconnaissable à la cicatrice particulière qui lui a succédé. Adénopathie ganglionnaire bi-inguinaie, multiple, syphilide papuleuse occupant le tronc, les membres adénite cervicale, alopécie, plaques muqueuses sur l'amygdale droite, rougeur légère et œdème de l'isthme du gosier ; tels sont les divers accidents qu'il nous présente. Flamand d'origine, ce malade s'explique assez difficilement sur ce qu'il éprouve. Il accuse cependant des douleurs au niveau des parties musculaires des parois thoraciques de la région sternale et de . la plupart des articulations des membres. 11 a la langue sale, légèrement saburrale, du dégoût des aliments et un appétit pour ainsi dire nul. 11 se plaint de vertiges, d'étourdissement, de céphalalgie, d'un léger afTaiblissement de la vue et de l'ouïe, les yeux sont ternes, la physionomie exprime la tristesse.
Courbature générale et fièvre (83 pulsations). Vers les 3 heures de l'aprèsmidi, la fièvre s'accroît, la peau est manifestement plus chaude et le pouls plus fréquent. La céphalalgie est surtout plus intense, le malade prétend qu'il reçoit sur les côtés de la tête des coups de canif. Les organes sont examinés avec le plus grand soin, et aucun ne paraît aO'ecté. Boissons émoliientes.
Les accidents précités persistent, le malade maigrit, paroxysme fébrile chaque jour à peu près vers la même heure. Prolo-iodure de mercure. Amélioration progressive, mais lente.
Le malade quitte l'hôpital le 13 novembre, son état est très-notablement amélioré.
Dans ce fait, la fièvre, survenue en même temps que l'éruption, a persisté dans son cours, a été accompagnée de troubles nerveux (étourdissements, vertiges, etc.) et de désordres digestifs qui auraient fort bien pu faire supposer une toute autre maladie que la syphilis.
Ulcérations aux parties génitales, fièvre, roséole, plaques muqueuses et
végétations.
Obs. IV. — L... Éléonore, âgée de 18 ans, couturière, entre à l'hôpital de la Charité (service de M. Rayer), le 22 septembre 1838. Bien constituée et d'une bonne santé habituelle, cette jeune personne s'aperçoit, il y a quelques semaines, de la présence d'ulcérations aux parties génitales; bientôt après se manifestent au même lieu des végétations qui, à l'entrée de la malade à l'hôpital, formaient sur chacune des lèvres un relief du volume d'un œuf de pigeon. En outre, depuis deux jours elle éprouve chaque soir un frisson violent qui est suivi de chaleur et d'une sueur légère, elle accuse un malaise général et de la courbature. Le 23, au moment de la visite, nous constatons l'existence des accidents susmentionnés, à part la fièvre, alopécie, adénopathie bi-inguinale multiple indolente, adénopathie cervicale. Plusieurs bains sont d'abord administrés, et la malade est mise à l'usage des pilules de Sédillot (deux et trois par jour). Pendant les jours suivants, surviennent plusieurs accès fébriles. Le b octobre, excision des végétations. Le 9, malaise, courbature, douleurs vagues, fréquence du pouls, apparition d'un élat fébrile manifeste, on soupçonne l'imminence d'une fièvre éruplive. Deux jours plus tard, une belle éruption rubéolique ne laissant aucun doute sur son origine spécifique couvre une grande partie de la peau du tronc. Le traitement est continué, la fièvre tombe en partie.
Le 19, survient, vers les 6 heures du soir, un frisson violent qui dure plus d'une heure. Insomnie la nuit. Le lendemain, fièvre, mal de gorge, léger gonflement sous-maxillaire. — Le 22, la malade est bien. — Le 23, nouveau frisson vers 1 heure de l'après-midi; le soir, il y a encore de la fièvre, la malade se plaint de douleurs dans le ventre, elle accuse de l'oppression, la langue est blanche, épaisse, sueur vers le malin.
Le 24, à la visite, absence de fièvre, mais douleur et pesanteur de tête, légère somnolence. Le 25, amélioration; le 26, l'éruption étant effacée, la malade demande sa sortie et échappe ainsi à notre observation.
Infection syphilitique, courbature, fièvre, arthropathics.
Obs. V. — B..., journalière, âgée de 30 ans, entrée à l'hôpital de Lourcine, le 24 avril 1860. Cette malade accuse une vaginite antérieure; il y a deux mois qu'elle s'est aperçue de l'existence d'un bouton aux parties génitales.
Lors de son entrée à l'hôpital : adénopathies multiples, éruption syphilitique généralisée, faciès altéré, hébété, serai-typhoïde; céphalalgie violente
PÉRIODE d'Éruption générale.
et insomnie, fatigue, courbature, absence d'appétit; état fébrile plus marqué le soir. Proto-iodurc de mercure et opium.
Le 30, même état général, amélioration les jours suivants, — Le 9 mai, disparition de la céphalalgie.
Le 26, douleurs dans les articulations du coude et du poignet droit, léger gonflement et rougeur. Bains, vésicatoire.
Le 11 juin, cette malade sort non complètement guérie. (Martel, obs. inéd.)
Chancre induré de la lèvre droite, fièvre, diarrhée, épistaxis. — Arthrite du
poignet droit.
Obs. VI. — E..., couturière, âgée de 29 ans , entrée à l'hôpital de Lourcinc, le 24 avril 1860. Un mois environ après l'apparition d'un chancre induré, celte malade éprouve une sensation de courbature et de fatigue générales, son appétit diminue et disparaît; diarrhée, douleurs de tête avec exacerbations nocturnes, mais en même temps état fébrile (84 puisât.) avec paroxysme le soir.
Quelques jours plus tard, 5 mai, épistaxis qui se répète pendant plusieurs jours ; la peau se couvre d'un érythème caractéristique.
Le 21 juillet, douleur plus vive au niveau du poignet droit, léger gonflement accompagné de rougeur.
Un traitement approprié finit par combattre ces diverses manifestations. La malade, toutefois, ne quitta pas l'hôpital avant le mois d'octobre. (Martel, obs. inéd.)
Chancre induré, fièvre, état gastrique, vertiges, éblouissements.
Obs. VII. — G..., marchand de verres, âgé de SI ans, est un homme robuste et d'une bonne santé habituelle. Il y a environ deux mois, il contracta un chancre qui fut reconnu pour être induré.
Lorsqu'il entre à l'hôpital de la Pitié, le 22 mai 1861, il présente une éruption papukuse généralisée, et, de plus, un état fébrile qui dure déjà depuis sept à huit jours. La langue est saburrale, l'appétit est nul. Plaques muqueuses multiples à l'anus. Liqueur de Van Swielen.
La fièvre cesse au bout de quelques jours ; l'éruption commençait à se modifier, lorsque ce malade fut pris tout à coup de vertiges, d'étourdissements et d'un malaise général qui ne fut pas sans inspirer quelques craintes en faisant songer à la possibilité d'une maladie fébrile sérieuse.
Sept jours plus tard, cet état avait disparu. — L'usage de la liqueur de Van Swieten ne fut pas interrompu.
Le 2 juillet, ce malade quittait l'hôpital, son éruption était en partie effacée.
La fièvre jusqu'ici précède ou accompagne l'éruption, elle en est tout à fait indépendante dans l'observation qui suit :
Boutons aux parties génitales. Troubles digestifs, malaise, courbature, fatigue, fièvre. Ckloroanémie, double souffle anémique, syphilide.
Obs. VIII. — L..., domestique, âgée de 20 ans, entrée, le 8 août 1860, à l'hôpital de la Pitié, salle Saint-Charles, lit n" 25, raconte qu'elle s'est aperçue, il y a environ trois mois et demi, de l'existence de boutons aux parties génitales, et d'un engorgement ganglionnaire aux aines et aux aisselles. Depuis lors, elle n'a cessé d'être fatiguée, courbaturée, et d'éprouver des douleurs vagues, erratiques, plus particulièrement fixées toulefois àla téte et au niveau des articulations.
D'une bonne santé habituelle, elle est d'une famille dont tous les membres sont bien portants.
Depuis environ huit jours, cette malade est prise chaque soir, vers les 7 heures, d'un frisson qui est suivi de chaleur et de sueur, et qui, vers 10 heures, disparaît à peu près complètement. Elle éprouve en outre un mal de gorge et tous les symptômes d'une angine.
Le 8 août, rougeur érylhémateuse des piliers et du voile du palais, avec tuméfaction ganglionnaire. Adénopathies inguinales multiples, absence d'éruption, plaques muqueuses en voie de réparation, alopécie, fatigue générale, persistance des douleurs. Double souffle vasculaire au cou, état saburral des voies digestives. Intégrité des organes thoraciques. La fièvre continue. Vomitif.
L'accès est moins intense le 13. On commence ce jour-là l'emploi du proto-iodure de mercure. La lièvre cesse bientôt complètement, le malaise disparaît, les fonctions digestives se rétablissent peu à peu.
Le 24 août, se trouvant mieux à tous égards, cette malade demande sa sortie, il lui reste un souffle vasculaire et une pâleur générale.
§ l. — Affections cutanées. La famille des Syphilides. — Division de cette famille en deux grandes classes. — Syphilides superficielles, généralisées ou exantliématiques. — Syphilides profondes, circonscrites ou gommeuses.
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Désignées sous le nom de pustules par les auteurs des derniers siècles, les affections cutanées d'origine syphilitique étaient déjà connues de Gaspard Torella (1498), qui les classait en pustules sèches et en pustules humides : « Species pudendagrse sunt plures, nam alia est
a sicca, alia est humida Sicca est triplex, humida etiam est tri-
« plex.» A. Benivenius (1), en 1507, admettait cinq variétés de ces mêmes affections. Leonicenus (2) reconnaissait également plusieurs formes qu'il distinguait:, en s' appuyant sur les idées humorales de
(1) De morbo gaîlico traclalus, in Aphrodisiaco, 2'Jd.
(2) Ibid., p. 38. Liber de Epidemiâ, etc. Venetiis, 1497.
Lancereaux.
130 SYPHILIS ACCIDENTELLIi.
l'époque, en bilieuses, mélancoliques, elc. Haff'enreffer (1) rangeait sous quatre cliefs les accidents de la syphilis. Sa division toutefois diffère peu de celle de Torella; la voici : 1° la pelade et l'onglade ; 2» les taches et les boutons secs; 3° les boutons humides, les croûtes et les ulcères; 4° les affections plus profondes. Plenck (2), en 1783, fît connaître une division qui comprenait dix espèces syphilitiques; Gullerier et Bard (3) (1820) divisèrent les pustules vénériennes en onze classes : orliées, miliaires, galeuses, lenticulaires, merisées, muqueuses, séreuses, squameuses, croûteuses, ulcérées, végétatives. Lagneau conserva le mot pustules pour désigner les éruptions cutanées syphilitiques, dont il reconnaissait douze espèces. Ces éruptions ont été ainsi l'objet de divisions et de subdivisions nombreuses dans lesquelles on faisait rentrer trop souvent peut-être des affections qui n'avaient rien de spécifique.
Au commencement de ce siècle, Alibert (4) créa le nom de syphilide dans le but de réunir en un seul faisceau toutes les manifestations cutanées de la syphilis; il constitua, de cette sorte, une famille des plus naturelles au point de vue de la nosographie dermique, mais non dans une description générale de la syphilis. Sous celte dénomination sont comprises, en effet, des affections différentes et par la lésion qui les produit et par l'époque de leur apparition dans le cours de la maladie.
La classification d' Alibert prévalut toutefois, mais elle se ressentait de la confusion qui régnait dans les divisions de ses prédécesseurs; il appartenait à Biett d'apporter la méthode et la clarté dans le groupe des affections cutanées syphilitiques. Appliquant à la classification de ces affections les principes de la nomenclature de Willan, Biett admit six ordres de syphilides : exanthématiques, vésiculeuses, pustuleuses, papuleuses, squameuses, tuberculeuses.
Les nombreux élèves de Biett, en développant ses idées fécondes, donnèrent au diagnostic des syphilides une précision vraiment remarquable. Grâce aux travaux de Gazenave, Rayer, Gibert, Legendre, Martins, Bassereau, Devergie et Hardy, le groupe des syphilides est
(1 ) navoo/Eïov ato),ôS£p(j.ov , in quo cutis, etc. Tiibingue, 1 G30, in-8". Ulm, 1 6G0, in-S».
(2) Dodrina de morbis culaneis, quâ Iti in suas classes, <jenera et species rediijuniur. Vienne, 1783, in-S".
(3) Dictionnaire des sciences médic, t. XLVI, p. 271.
(4) Nosologie naturelle, Paris, 1838.
pÉuiODE d'Éruption génbuale. 131
aujourd'hui bien connu. Fidèles aux préceptes du maître, ces auteurs n'ont apporté aucun changement essentiel dans la division des syphilides. Bassereau, cependant, a ajouté aux six ordres de Biett deux divisions nouvelles:, qui sont : la syphilide papuleuse humide et la syphilide huileuse; Hardy décrit, de plus, une syphilide pigmentaire.
La méthode de Biett, en somme, nous a donné une connaissance exacte des lésions élémentaires cutanées d'origine syphilitique ; un seul reproche peut lui être adressé, qui est d'avoir rapproché des manifestations appartenant à des phases différentes de l'évolution de la syphilis. Ricord insista d'abord sur l'importance qu'il y aurait à tenir compte de cette évolution dans la classification des éruptions syphihtiques, et Bazin (1), plus tard, sans s'éloigner de la méthode de Biett, proposa une division basée tout à la fois sur la marche de la maladie et sur la nature de la lésion élémentaire .
Il existe pour ce médecin deux grandes classes de syphilides, les unes résolutives, les autres ulcéreuses.
Les syphilides résolutives sont exanthématiques ou circonscrites Les syphilides résolutives exanthématiques sont : érythémateuses, papuleuses, pustuleuses, vésiculeuses. Les syphilides résolutives circonscrites sont : tuberculeuses, pustulo-crustacées et papulo-vésiculeuses.
Quant aux syphilides ulcéreuses, elles se divisent en syphilides puro-vésiculeuses, tuberculo-ulcéreuses et gommeuses.
Ce changement apporté à la classification de Biett réalise un véritable progrès dans l'histoire des syphilides. Il éloigne et sépare des affections différentes, non pas quant à leur origine, mais quant à leur constitution anatomique et à leur signification pathologique. Un seul reproche peut lui être adressé, la classification qui en ressort est un peu compUquée. Nous ne saisissons pas bien , du reste, l'utilité de la division principale. Les syphilides circonscrites, qui constituent la deuxième section de la classe des syphilides résolutives, ont beaucoup moins d'analogie avec les sypliilides exanthématiques dont elles sont rapprochées, qu'avec les syphilides ulcéreuses, puisque, comme ces dernières, elles possèdent le triple caractère d'apparaître tardivement, de se montrer par petits groupes et de présenter des lésions profondes. Ces caractères, nous les croyons suffisants pour ôtre autorisé à ranger parmi les affections de la dernière période de la syphilis le groupe tout particulier des syphilides circonscrites non ulcéreuses ; (I) Leçons sw (es syphilides. Paris, 1859.
132 SYPHILIS ACCIDENTKLLE.
caria peau, de même que les autres organes, peut être différemment influencée par la syphilis, et les altérations qu'elle présente, bien qu'identiques, peuvent avoir des terminaisons diverses. L'ulcération n'est pas du l'este un caractère fondamental, et personne, que je sache, n'a l'idée de diviser en deux catégories les gommes sous-cutanées, par ce seul fait que les unes se terminent par résolution, tandis que les autres amènent la destruction et l'ulcération du tégument externe.
En conséquence de ces considérations, nous pensons que les affections syphilitiques de la peau, les unes hâtives, superficielles et disséminées, les autres tardives, profondes et circonscrites, se divisent naturellement en deux grandes classes :
Les syphilides précoces ou exanthématiques (accidents secondaires);
Les syphilides tardives ou circonscrites (accidents tertiaires).
Nous allons dès à présent étudier les affections qui rentrent dans le premier groupe; plus tard nous ferons connaître celles qui se rattachent au second.
Les syphilides exanthématiques ont pour caractères de se disséminer à la surface de la membrane tégumentaire externe, d'apparaître par poussées successives, d'être polymorphes, d'exister quelquefois simultanément et de coexister avec des adénopathies sous-cutanées, multiples et indolentes. De plus, elles sécrètent, pour la plupart, des produits inoculables à des individus vierges de syphilis, elles ne déterminent habituellement aucune sensation prurigineuse et présentent, quelques-unes au moins, une coloration rouge maigre de jambon ou cuivrée, conséquence delà dilatation des vaisseaux capillaires et, dans quelques cas, d'une légère transsudation de la matière colorante du sang. Elles sont, enfin, accompagnées ou plus souvent précédées d'alopécie et des symptômes généraux qui marquent habituellement le début de la syphilis dite secondaire.
Ces manifestations admettent plusieurs variétés, que nous décrirons comme il suit :
A. Syphilide érythémateuse ;
B. Syphilide papuleuse ; G. Syphilide pustuleuse ;
D. Syphilide vésiculeuse ;
E. Syphilides squameuse et pigmentaire.
Les altérations des cheveux et des ongles qui se lient à l'une ou
pÉniODE d'éruption générale. 133
à l'autre de ces éruptions trouveront nécessairement place à leur suite.
A. SYPHILIDE ÉRYTHÉMATEDSE.
Stwohtmik; Roséole syphilitique (Biett). Pustule ortiée ou formiculaire (Trappe et Lagneau).
L'une des manifestations les plus fréquentes et aussi les plus précoces par lesquelles se traduit la syphilis, l'érythème, apparaît souvent pendant la durée même de l'accident primitif.
Il se caractérise tantôt par des taches non saillantes, d'une couleur rose pâle, et qui disparaissent par la pression ; tantôt par des plaques d'un rouge vif ou foncé, formant une légère élevure, et peu ou point modifiées par la pression. De là deux variétés: l'érythème maculeux et l'érythème papuleux, dont la coexistence, reconnaissons-le, est loin d'être rare. Bazin admet de plus une roséole granuleuse et une roséole squameuse , caractérisées, la première par de petites saillies papuleuses, et la seconde par des macules primitivement recouvertes de squames.
Gaspard Torella (1) nous a laissé sur cette affection l'une des premières observations. Un homme, à la suite de grandes fatigues dans le mois d'août d497, fut atteint de la maladie nouvelle. Des ulcères sanguins et putrides, accompagnés de plaques rouges, se montrèrent aux organes génitaux ; les taches rouges s'étalèrent ensuite par tout le corps. « Invenit totum corpus infectura raaculis lalis, rubeis, sine pustulis. » Les ulcères avaient des croûtes épaisses comme l'écorce d'un arbre. A ces accidents succédèrent des douleurs au cou, à la tête et aux épaules.
Après Torella, il faut arriver à Matthiole pour retrouver l'indication de l'érythème syphilitique, a Sunt qui maculas tantum rubeas in luteum tendentes colorem monstraverint, etc. (2). »
A. Ferrier (3) mentionne ce même accident dont Fernel fait une des manifestations caractéristiques de la syphilis. La peau, dit ce dernier, se couvre de taches nombreuses, tantôt rouges, tantôt fauves. «Cutis universa crebris maculis minime tuberantibus aspergitur, iisque parvis, lentiginis instar, ac modo rubris, modo flavis. »
(1) Tradatus cum consiliis contra pudendagram, \'i^l,m-'i'>,Qi Aphrodisiacus, p. 545.
(2) Traité du mal français, 1535, et Aphrodisiacus, p. ?'i8.
(3) De pudendagrâ, cap. m. Aphrodisiacus, p. 907.
Al. Pétrone (1) nous apprend qu'en 1565 la syphilis se manifestait presque toujours par des macules rouges ou par des papules; l'érythèmc syphilitique était donc aussi fréqueul à cette époque qu'aujourd'hui. Après cet auteur on trouve peu de données relatives à l'érythème syphilitique.
Les syphilographes du dix-septième et du dix-huitième siècle ne paraissent pas attacher une grande importance à cet accident. Astruc et Hunter en parlent à peine; aussi, dans la première moitié du dixneuvième siècle, l'histoire de l'érythème syphilitique est-elle encore très-imparfaite. Trappe et Lagneau, plus tard Cullerier et Alibert désignent sous la dénomination de pustules ortiées,ou formiculaires, cette éruption à laquelle Biett et ses élèves, Cazenave et Schedel, donnent le nom de roséole syphilitique. Rayer reconnaît une syphilis maculée dont il rapporte une observation. Baumes, Gibert, Ricord, admettent la roséole syphilitique, que Bassereau d'abord et plus tard Bazin et Hardy ont soigneusement décrite.
L'érythème syphilitique paraît se développer indifféremment dans toutes les saisons de l'année, chez les deux sexes et à tous les âges de la vie. De même que la plupart des éruptions cutanées, il est d'une fréquence relativement plus grande dans les régions chaudes que sous notre climat ; nous reviendrons du resté sur ce point.
Cette épurtion débute d'ordinaire par le tronc, plus rarement parla face ; son développement est tantôt lent et progressif, tantôt rapide au point d'envahir en moins de trente heures une grande partie de la surface cutanée : ce qui arrive lorsque l'éruption est provoquée par une cause occasionnelle, telle qu'une émotion vive, un bain chaud, une fatigue excessive ou des excès alcooliques. Les hypochondres, les flancs, les parties antérieure et latérales du thorax, les épaules, la face interne des membres en sont le siège habituel; mais on la retrouve encore sur le dos, au visage et à la paume des mains. Pour Bazin, l'affection précoce de la paume des mains, généralement connue sous le nom de psoriasis palmaire syphilitique, n'est, en effet, qu'une variété de roséole syphihlique. Dans les régions oti apparaît cette manifestation, la peau commence par se nuancer de petites taches roses, à peine apparentes, mais qui au contact de l'air orennent une teinte violacée et peuvent simuler à s'y méprendre les
Cl) De morbo gallico, Aphrodisiacus, p. 1167.
PÉRIODE d'éruption GÉNÉRALE. 135
marbrures vasculaires, bleuâtres, que le froid développé à la surface de la peau. Peu à peu elles se colorent davantage et acquièrent une plus grande eteiidue. D'une longueur qui varie entre 4 millimètre et 4 centimètre, les taches érythémateuses présentent des bords irréguliers, déchiquetés, et une disposition rarement bien déterminée. D'autres fois elles affectent par leur réunion cette forme circulaire ou semi-circulaire comniune à un grand nombre d'affections syphilitiques. Ces taches sont rarement prurigineuses; elles varient avec l'âge, le sexe, la constitution des malades, et sont en général plus apparentes l'été que l'hiver, chez les sujets blonds, à peau fine, que chez ceux qui dtit la peau brune. Elles sont parfois modifiées par la région où oii les observe : ainsi, tandis que la face dorsale des mains et des pieds est le siège ordinaire de taches roses, les régions palmaire et plantaire se couvrent de taches papuleuses d'un rouge foncé, sensibles à la pression, et sur lesquelles se forment rapidement des plaques épidermiques, arrondies, squameuses, qui constituent une des formes de la syphihde cortiée de Bassereau et de la roséole squameuse de Bàzin. La roséole granuleuse de ce dernier auteur est caractérisée par la présence de petites saillies papuleuses traversées chacune par un poil, et vraisemblablement formées par les follicules pileux augmentés de volume.
Marche et terminaison. — L'érythème syphilitique a une marche généralement lente, môme dans les cas exceptionnels où son début soudain ressemble à celui d'une fièvre éruptive. Il apparaît le plus souvent par poussées successives, et de là les nuances variées de la peau, qui prend un aspect particulier [peau truitée de J.-L. Petit). La durée de cet accident varie entre quelques semaines et plusieurs mois. Il se termine par résolution ou par desquamation, laissant à sa suite des macules brunâtres ou jaunâtres, plus caractéristiques, au dirie de Gibert, que l'éruption elle-même.
L'érythème syphilitique est sujet à des récidives (18 fois sur 192, Bassereau) dont les excès de fatigue et les boissons alcooliques sont les causes occasiônnelles les plus communes. La nouvelle éi-uption n'est plus ordinairement, comme la première, précédée de symptômes généraux ; mais d'ailleurs elle n'en diffère pas d'une façon sensible.
Diagnostic. — Il n'est pas toujours facile de reconnaître l'él-ythème syphilitique. A son début, cet accident peut bien passer inaperçu si on n'a pas soin d'examiner attentivement et obliquement l'enveloppe
cutanée. La disposition particulière des taches, en général plus confluenles à la partie antérieure du tronc, la lenteur d'évolution de l'éruption et sa coloration, voilà les principaux signes diagnostiques. Ces signes n'ont à la vérité rien d'absolu, mais les manifestations morbides concomitantes, telles que chancres, adénopathies, plaques muqueuses, alopécie, etc., ne laissent aucun doute sur l'origine de l'érythème.
La rougeole et la scarlatine, maladies dont les éruptions ressemblent quelquefois à l'érythème syphilitique, se reconnaissent à l'intea!^ site de la fièvre qui les accompagne, à leur marche aiguë, et à la localisation qu'elles présentent dès le début, la rougeole vers la muqueuse oculo-nasale, la scarlatine vers la muqueuse pharyngée.
La roséole vulgaire et les différents érythèmes non syphilitiques ne seront pas confondus avec la roséole qui nous occupe, si l'on tient compte des antécédents du malade et de la présence des adénopathies ganglionnaires. D'ailleurs ces érythèmes se lient à des causes souvent faciles à reconnaître. L'érythème rhumatismal, par exemple, se montre dans le cours ou à la fin d'un rhumatisme articulaire, il débute par les membres, et particulièrement dans le voisinage des articulations. L'éruption que détermine, dans certains cas, l'usage du copahu, a pu tromper quelques observateurs ; mais outre qu'elle n'est accompagnée d'aucune des affections qui coexistent si fréquemment avecla syphilide érylhémateuse, la roséole copahuvique, qui survient en général dans le cours d'une blennorrhagie, commence d'ordinaire au voisinage des poignets, des jarrets, et quelquefois même elle reste limitée à ces régions.
L'hydrargyrie ou érythèrae mercuriel se distingue aussi de la roséole par sa forme, sa marche etj sa disparition rapide après la cessation d'action du mercure sur l'économie.
Pronostic. — Considéré en tant qu'éruption cutanée, l'érythème syphilitique est une affection bénigne, n'entraînant jamais la destruclion du derme. Envisagé comme accident de la syphilis constitutionnelle, il indique l'existence d'une maladie sérieuse qui n'est encore qu'à son début. A ce point de vue, toutefois, le pronostic de la roséole est moins fâcheux que celui de la plupart des syphilides. Celte opinion, adoptée aujourd'hui par bon nombre d'observateurs, avait déjà été émise par Fernel, qui avait parfaitement noté l'absence de récidives graves à la suite de la syphilide érythéraateuse («quam nulla alia sequuntur graviora symplomata »).
PÉRIODE d'éruption GÉNÉRALE
B. SYPHILIDE PAPULEOSE.
STKonTMiB : Syphilide tuberculeuse disséminée (Biett); syphilide merisée (Alibert) ; syphilide
papulo-tuberculeuse (Bazin).
De même que l'érythème syphilitique, la syphilide papuleuse, connue de quelques syphilographes du seizième siècle (Jean Benedetti et Nicolas Massa), était à peu près ignorée des médecins du dixseptième et du dix-huitième siècle. Toutefois, CuUerier l'ancien et ses élèves en donnèrent une description déjà assez complète sous les dénominations de pustules miliaires, lenticulaires, merisées. Plus tard, Alibert reconnut une syphilide lenticulaire et une syphilide pustuleuse; mais Carmichaël, le premier, fit de la syphilide papuleuse un genre distinct qui depuis a été étudié par Biett, Rayer, Cazenave, Gibert, Ricord, Ch. Martins, Legendre, Bassereau, Hardy, etc.
Sous cette dénomination nous comprenons, à l'exemple de Bazin, la syphilide papuleuse des auteurs et la syphilide tuberculeuse disséminée, éruption précoce et en cela bien différente de la syphilide tuberculeuse circonscrite, toujours tardive.
La syphilide papuleuse est caractérisée par des saillies plus ou moins volumineuses, arrondies, ordinairement disséminées, solides, sèches, se terminant toujours par résolution, et laissant sur la peau de petites dépressions brunâtres non persistantes. Elle siège de préférence sur le tronc, et particulièrement sur le ventre, les flancs et le dos ; on la trouve encore sur les membres , au front et sur le cuir chevelu. Elle peut envahir simultanément toutes les régions du corps, mais le plus souvent elle procède par poussées successives, après avoir commencé par un point déterminé. La saillie papuleuse, qui lui a valu son nom, quoique très-variable, ne dépasse pas ordinairement le volume d'une petite lentille. Sa coloration, à laquelle on a voulu atlribuer une valeur diagnostique exagérée, est loin d'être constante, elle varie avec la période" de l'éruption. Lorsqu'elles commencent à poindre, les papules offrent une coloration rose ou rouge susceptible de disparaître sous la pression du doigt, et assez analogue à celle des taches rosées de la fièvre typhoïde. Plus tard, en se développant, elles prennent une teinte rouge cuivré qui ne s'efface plus complètement sous le doigt, et qui est, avec juste raison, regardée comme très-caractéristique ; cette teinte est toujours plus marquée sur les extrémités inférieures.
1^50 SYPHfLlS ACCIDENTELLE.
On connaît assez peu le point précis de cette lésion élémentaire. Quelques auteurs (1) pensent que les follicules sébacés ou pileux en sont le principal siège. C'est là un fait qui leur paraît peu douteux, du moins en ce qui concerne la syphilide papuleuse miliaire. Nous nous garderons d'être aussi affirmatif; nous croyons, en effet, que les papilles du derme, comme les bulbes pileux, sont quelquefois aussi le point de départ de cette affeclion.
Après une durée plus ou moins longue, les papules syphilitiques s'affaissent et se recouvrent d'une écaille épidermique qui bientôt se rompt, et laisse autour du point saillant une collerette blanchâtre sur laquelle Biett insistait avec raison; c'est là en effet l'un des bons caractères de cette forme de la syphilis cutanée exanthématique. Des maeulalures violacées ou jaunâtres, toujours superficielles, mais non indélébiles, succèdent à l'éruption dont il s'agit.
La syphilide papuleuse comporte plusieurs variétés; suivant Bassereau, elle comprend trois espèces : les papules lenticulaires, les papules coniques, les papules miliaires. Hardy ne reconnaît que deux variétés, les papules lenticulaires et les papules plates. Avec Bazin nous admettrons une syphilide papuleuse lenticulaire et une syphilide papuleuse miliaire. Les papules coniques ou hémisphériques, dans la première de ces variétés, sont remarquables par leur grosseur, qui peut atteindre celle d'une semence de lentille ou d'une merise, tandis que dans la seconde, dite encore lichen syphilitique, elles ne dépassent pas la grosseur d'un grain de millet. Outre ces variétés, l'éruption papulo-tuberculeuse syphilitique présente des différences en rapport avec les régions où on l'observe. Au cuir chevelu cette éruption est rarement bien dessinée, et presque toujours recouverte de croûtes squameuses du genre de celles qui coexistent ordinairement avec l'érythèrae syphilitique. A la face on observe encore cette même forme, dont le siège au front produit l'une des variétés de la couronne de Vénus. Le propre des papules de la paume des mains et de la plante des pieds est de se couvrir de squames qui, suivant Bazin, feraient croire à un psoriasis.
Dans certains cas les papules sont surmontées d'une petite ampoule remplie d'un liquide blanchâtre qui bientôt se concrète et tombe, laissant à découvert une saillie lisse, luisante, d'un rouge cuivré.
(I) Voyez Hermann Zeissl, Lehrbuch der constiiulionnellen Syphilix, p. llà, Eiiangcn, 18U4.
PÉRIODE d'éruption GÉNÉRALE. 139
La marché de lasyphilide papuleuse est essentiellement chronique. Abandonnée à elle-même, cette manifestation a une durée qui peut être de un à plusieurs mois, non pas tant à cause de la lenteur d'évolution de la lésion élémentaire que du développement successif de nouvelles papules, quoique ces dernières disparaissent en général plus vite que les premières.
La résolution est leur mode de terminaison pour ainsi dire constant, la tendance à l'ulcération étant pour ainsi dire nulle. Comme l'érythème, mais toutefois moins fréquemment, la syphilis papuleuse est sujette à récidive : Bassereau dit en avoir observé deux exemples. Elle ne succède pas toujours immédiatement aû chancre , mais parfois on la voit venir à la suite d'une syphilide érylhéraateuse.
Les affections syphihtiques qui accompagnent le plus souvent la syphilide papulO'luberculeuse sont l'érythème, les plaques muqueuses, le chancre et l'ecthyma superficiel.
Diagnostic et pronostic. — La disposition des papules et leur couleur cuivrée, la desquamation particulière qui se manifeste à leur pourtour après un certain temps, sont des signes objectifs qui permettent peu dé confondre la syphilide papuleuse avec des affections d'une tout autre origine, même en l'absence de symptômes syphilitiques concomitants.
L'éruption de la fièvre typhoïde se distinguera, en tout cas, par son peu d'étendue, le petit volume des taches et l'existence d'iine fièvre intense, La miliaire fébrile est accompagnée de sueurs abondantes et de troubles digestifs qu'on ne rencontre pas ordinairement dans la » syphilide papuleuse. Parmi les éruptions vulgaires, certaines variétés de lichen pourraient faire supposer une syphilide papuleuse, si le prurit qui se lie à leur présence et l'absence de loiit symptôme syphilitique ii'indiquaient suffisamment qu'elles n'ont point une cause spécifique.
Les saillies indurées de l'acné vulgaire, également susceptibles d'être prises pour des papules syphilitiques, se reconnaissent à leur siège d'élection, qui est la face et la région du dos, et plus tard aux cicatrices plissées qu'elles déterminent.
Nous venons de voir que les papules syphilitiques n'altèrent pas la texture de la peau; à ce point de vue par conséquent leur pronostic est peu sérieux. Considérées dans la série des manifestations syphilitiques, ces éruptions ne constituent pas davanlage lih symptôme fâ-
i^O SYPniUS ACCIDENTELLE.
cheux, relalivemeni du moins aux formes tardives de la syphilis cutanée.