‹ Traité historique et pratique de la syphilis [electronic resource]Chapitre 26 sur 107 · C. SYPHILIDE PDSTULEDSE · texte numérisé non relu

C. SYPHILIDE PDSTULEDSE

Stnonymib : Pustules syphilitiques (pustulœ crustosœ, ambulativœ, etc.).

On désigne SOUS ce nom une éruption disséminée, caractérisée par une collection purulente et qui ne laisse à sa suite qu'une cicatrice légère. , '

Cette éruption, par sa fréquence, prend place immédiatement après les syphilides érythémateuse et papuleuse. L'une des manifestations syphilitiques les plus communes de la fln du quinzième et du commencement du seizième siècle, elle sévissait alors avec une grande intensité ; aussi est-elle peinte sous les plus sombres couleurs, ulcérant les chairs et rongeant jusqu'aux os. Aujourd'hui, elle a beaucoup perdu de cette gravité.

La syphilide pustuleuse peut s'étendre à toute la surface de la peau, mais elle débute ordinairement par le cuir chevelu ou la face, pour de là gagner le tronc et les membres. La partie la plus superficielle du derme qui circonscrit les poils semble en être le siège anatomiqiie. Elle se présente sous des aspects variés, mais, quelle que soit la forme qu'elle revête, elle a une évolution peu variable : tout d'abord elle apparaît sous la forme d'une tache fauve, rouge ou cuivrée, vient ensuite un bouton de petit volume qui suppure et se recouvre d'une croûte ; cette croûte tombe, et il reste une légère ulcération indicatrice.

Elle comprend plusieurs variétés. Beaucoup d'auteurs n'en admettent que deux, la syphilide ecthymateuse et la syphilide acnéiforme. AvecBassereau et Bazin nous décrirons les trois modalités qui suivent :

i° La syphilide pustuleuse lenticulaire de Bazin, acnéiforme de Bassereau, que caractérisent des pustules du volume d'une petite lentille, composées d'une base rouge surmontée d'une ampoule remplie de sérosité louche ou de pus. Discrètes, réunies en groupes, ces pustules, par leur base indurée et leur sommet purulent, ressemblent à l'éruption de la varioloïde. Primitivement elles se développent sur la face ou sur le cou, après quoi elles s'étendent par poussées successives sur la plupart des régions du corps sans avoir jamais, comme les pustules de l'acné vulgaire, leur siège presque exclusivement .sur les parties supérieures du tronc.

PÉRIODE d'ÉIIUI'XION GÉNÉItALE. i il

Après avoir persisté pendant un temps plus ou moins long, le contenu de la pustule se solidifie en croûtes grises ou jaunâtres. Cellesci se détachent et laissent, soit une papule, soit une tache d'un rouge sombre ou cuivré, soit encore une ulcération superficielle suivie d'une cicatrice blanche, arrondie, légèrement déprimée, différente de la cicatrice allongée et plissée qui appartient à l'acné vulgaire.

2° La syphilide pustuleuse miliaire de Bazin, impétiginoïde de Bassereau, débute sur les mêmes régions que la variété précédente ; elle consiste en de petites ampoules traversées à leur centre par un poil et entourées d'une auréole d'un rouge vif. Le pus s'y concrète parfois et alors résulte une croûte jaunâtre ou grisâtre analogue à celle de l'impétigo. La cicatrice qui survient plus tard est remarquable après un certain temps par sa décoloration centrale, encadrée par un rebord cuivré, lequel disparaît peu à peu.

3° La syphilide pustuleuse phlyzaciée (ecthyma syphilitique superficiel disséminé) a des pustules plus étendues, disséminées, quelquefois ombiliquées au centre et toujours entourées d'une auréole rouge. Ces pustules renferment un liquide qui, en se concrétant, souvent après plusieurs semaines d'un état stationnaire, forme des croûtes brunes ou noirâtres. Celles-ci laissent à nu une tache livide dont la disparition s'opère lentement, et plus tard une cicatrice blanche, mais différente de la cicatrice gaufrée de la variole.

La marche de la syphilide pustuleuse est subaiguë ou chronique ; sa durée, variable, est en général de plusieurs mois, grâce surtout à son mode d'apparition par poussées successives.

Diagnostic et pronostic. — Lorsqu'elle est précédée de phénomènes généraux, la syphihde pustuleuse phlyzaciée pourrait tout d'abord faire croire a une varioloïde ou à une variole ; mais la différence dans la marche et dans l'intensité des symptômes généraux, les antécédents et les lésions syphilitiques concomitantes ne peuvent longtemps prêter à l'erreur.

Parmi les éruptions non fébriles, l'acné ordinaire est facilement confondue avec la syphilide pustuleuse lenticulaire, mais elle s'en distingue par des pustules plus volumineuses et d'un rouge plus sombre. Les pustules acnéiques siègent sur la face et le dos, sans jamais se montrer sur les jambes, elles sont suivies du reste de cicatrices blanches allongées et plus profondes.

Les éruptions symptomatiques de la gale donnent lieu à un prurit

142 SYI'HILIS ACCIDENTELLE.

intense et se caractérisent par des sillons parlicnliers qui vont aboutir à des vésicules dont le siège ordinaire est le ventre, les fesses et la verge. Pour tous ces motifs il est possible de les différencier.

Le pronostip de la syphilide pustuleuse est en général plus sérieux que qelui des formes précédentes, à cause des récidives nombreuses (quinze fois sûr soixante-douze cas, Bassereau) auxquelles elle est sujette. L'exsudation purulente serait, en outre, suivant plusieurs syphilographes , l'indice d'une syphilis plus grave. Mais il est bon de faire observer que les auteurs comprennent ordinairement dans le groupe des syphilides pustuleuses l'ecthyma profond et le rupia, et ainsi on s'explique pourquoi il existe une certaine tendance à voir ce pronostic plus fâcheux qu'il ne l'est réellement.

Les relevés de Bassereau établissent que le chancre qui précède l'éruption pustuleuse se présente le plus souvent sous forme d'ulcération profonde ou phagédénique. L'espace de temps qui sépare le moment de la contagion de l'apparition de la syphilide pustuleuse diffère peu de ce qu'il est dans les syphilides érythémateuse et papuleuse.

D. SYPHILIDE VÉSICDLEUSE.

SïWOHTjtiB : Pustules syphilitiques vésiculeuses, séreuses [herpès syphiliticus, etc.)-

Cette manifestation est caractérisée, comme son nom l'indique, par la présence de petites ampoules séreuses plus ou moins régulièrement disposées à la surface de la peau. Admise par Trappe, Cullerier l'ancien, sous le nom de pustule séreuse, et par Alibert, sous la dénomination de syphilide pustuleuse miliaire et scabioïde, la syphilide vésiculeuse est mieux étudiée depuis les importants travaux de Cazenave et Schedel, de Bassereau, qui en ont donné des observations détaillées.

L'une des formes les plus rares de la syphilis cutanée, elle est aussi celle sur laquelle les auteurs sontle plus en dissidence. Bassereau, qui en a observé seulement douze cas, admet les quatre variétés suivantes :

La syphilide vésiculeuse à forme de varicelle, dans laquelle les vésicules disséminées, tantôt acuminées, tantôt globuleuses et quelquefois ombiliquées, sont remplies d'une sérosité qui se trouble raj)idement et finit souvent par se changer en un liquide purulent; d'où une ressemblance plus grande avec la varioloïde qu'avec la varicelle. Chaque vésicule est entourée d'ailleurs d'une auréole cuivrée.

PÉRIODE d'ÉUUPTION GÉNÉRALE. l-i^

La syphilide vésiculeuse à forme d'eczéma, dont les vésicules, tantôt transparentes, réunies en groupes ou disséminées, occupent distinctement les follicules pileux de la peau; tantôt troubles et agglomérées, se 'couvrent de croûtes flavescenles {eczéma impetiginoïdes).

La syphilide vésiculeuse à forme d'herpès offre des vésicules disposées en groupes irréguliers, ayant l'aspect de l'herpès phlycténoïde, ou bien en groupes arrondis ou ovales affectant la forme circinée.

La quatrième variété se distingue par la base dure et cuivrée sur laquelle reposent les vésicules. *

Hardy reconnaît les trois premières variétés ; Follin dit avoir observé un castrés-manifeste d'herpès syphilitique ; Bazin n'admet que la syphilide varicelliforme. Celle-ci commence par une tache d'une couleur rouge vif, sur laquelle se développe une petite vésicule arrondie, dont la sérosité devient purulente au bout de huit à dix jours et so transforme en croûtes. Suivant ce même auteur, les autres variétés ci-dessus admises ne sont que des manifestations parasitaires arthritiques ou dartreuses. Ce dermographe décrit de plus une syphilide papulo-vésiculeuse circonscrite, qui est l'affection connue de Rayer, d' Alibert, de Baumès et de Cazenave, sous le nom d'eczéma syphilitique, et, à cette espèce, il rattache une variété de syphilide désignée par Erasm. Wilson sous le nom de Syphilide en corymbe. Cette variété, que nous avons pu observer nous-même dans un cas, est en général tardive, et sous ce rapport elle appartient plutôt à la période tertiaire. Elle est caractérisée par de larges plaques lichénoïdes, confluentes, formées par des granulations rapprochées, ou mieux par de petites papules rouges, les unes pleines, solides, exfoliées, les autres vésiculeusesJi leur sommet. Ces plaques forment une première zone qui est entourée par une seconde dont les éléments papulo-vésiculeux sont plus écartés, de sorte que l'ensemble de l'éruption offre quelque chose de spécial, et se rapproche réellement de la disposition en coryrabes.

La marche de la syphilide vésiculeuse est chronique, malgré les phénomènes réactionnels qui s'observent parfois à son début, comme au début de toutes les syphilides exanthématiques. La durée de l'état vésiculeux est ordinairement courte, mais la période squameuse qui lui succède se prolonge en général beaucoup plus longtemps, un mois pour |e moins. Les vésicules syphilitiques se terminent par résolution après avoir quelquefois légèrement ulcéré les tissus, laissant alors de petites cicatrices qui finissent par s'effacer.

l-i-i SYPHILIS ACCIDENTELLE.

Diagnostic et pronostic. — La difficulté du diagnostic est ici en rapport avec la rareté de raiïection.

La varicelle ordinaire et la variole sont les deux maladies que la syphilide vésiculeusc peut simuler dans les commencements ; mais la lenteur de la marche, les phénomènes syphilitiques concomitants, ne peuvent laisser longtemps subsister l'erreur.

Le prurit est un excellent signe dislinctif des herpès ou des eczémas qui ne sont pas de nature syphilitique.

Le pronostic de la syphilide vésiculeuse est peu différent du pronostic des syphilides papuleuse ou pustuleuse. Bassereau n'a jamais vu cette éruption récidiver ou succéder à une autre forme. Dans les douze cas qu'il a observés, elle a toujours été le premier symptôme consécutif à l'accident primitif (érosion chancreuse), et elle s'est toujours montrée de un à six mois après la contagion.

E. SYPHILIDES SQOAMEOSE ET PIGMENTAIRE.

Les deux formes élémentaires dont il s'agit partagent encore les syphilographes; tandis que les uns les admettent en toute certitude, ' les autres les rejettent d'une façon absolue. Si l'on chercheja cause de cette divergence d'opinions, on voit qu'elle tient en partie à ce que ces manifestations, et surtout l'affection squameuse, sont rarement primitives, et ne constituent en général qu'une des phases d'une autre lésion. Nous ne croyons pas, toutefois, à l'exemple de quelques auteurs, devoir frapper d'ostracisme ces dernières déterminations moi'bides, puisque nous avons sous les yeux, à l'heure qu'il est, un cas de psoriasis syphilitique non douteux. Cependant nous reconnaissons sans difficulté que ces affections sont relativement beaucoup moins fréquentes que celles qui précèdent.

a. Syphilide squameuse. — Elle présente plusieurs variétés. Hardy, qui n'hésite pas à admettre cette forme , décrit les trois variétés qui suivent :

La syphilide squameuse en gouttes, désignée encore par certains auteurs sous le nom de psoriasis syphilitique, est caractérisée par des taches arrondies, à peine saillantes, de la largeur de 3 millimètres à 1 centimètre. Ces taches, ou mieux ces papules, d'une coloration d'un brun cuivré, sont recouvertes par des squames fines, blanches, et non imbriquées, qui, venant à tomber au bout de quelques semaines, laissent à leur niveau une tache, sans cicatrice

PÉRIODE d'éruption GÉNÉRALE. 143

consécutive. Le tronc et les membres supérieurs sont le siège le plus fréquent de cette sypliilide, qui apparaît de six mois à deux ans après l'accident primitifet qui se distingue du psoriasis dartreux par un siège différent. En effet, tandis que la première de ces affections se disperse un peu partout, la dernière s'observe principalement aux coudes et aux genoux; les squames, d'ailleurs, qui ne sont pas imbriquées dans le psoriasis syphilitique, le sont au contraire dans le psoriasis commun.

La syphilide sqvameuse circinée est remarquable par sa disposition circulaire ; elle siège le plus ordinairement à la figure, et n'est en réalité, suivant nous, qu'une variété de la syphilide tuberculeuse, dont il sera bientôt parlé. Une présomption en faveur de cette manière de voir, c'est que , comme cette dernière, elle ne survient qu'après une ou plusieurs années à partir du début de l'accident primitif.

Elle se présente sous la forme de taches d'un rouge brun, peu saillantes, formant des cercles ou des segments de cercle dont le centre est habituellement sain ; sur ces taches de la grandeur d'une pièce de 1 ou de 2 francs, on voit des squames blanches, fines, non imbriquées. L'absence de prurit et le peu d'extension de cette affection la distinguent de l'herpès circiné.

La syphilide palmaire et plantaire {psoriasis palmaire) occupe, ainsi que son nom l'indique, la paume des mains et la plante des pieds. Elle est caractérisée par des taches un peu saillantes, arrondies, d'une couleur cuivrée, recouvertes de squames dures, grisâtres, confluentes, qui, dans quelques cas, se manifestent sous l'apparence de plaques fendillées donnant lieu à la formation de gerçures ou de rhagades souvent douloureuses. Aux limites des squames ou des plaques, on trouve un liséré brun caractéristique, sous la forme de segments de cercle. Le psoriasis simple ou dartreux, ayant même siège, se différencie par une teinte d'un rouge plus vif, des démangeaisons plus intenses; le plus souvent il existe en même temps aux coudes et aux genoux.

b. Syphilide pigraentaire ou maculeuse. — La syphilide maculeuse, sur laquelle Monneret (1) et plus tard Hardy (2) ont les premiers fixé l'attention, a été décrite avec soin par Pillon (3) sous le nopi

(1) Comp/'ndium de médecine pratique, t. YIII, p. 50.

(2) Leçons cliniques {Gazette des hôpitaux, 1854).

(3) Des exanthèmes syphilitiques. Thèse de Paris, 1857.

LiNCEnBAOX. » 0

l-iC SYPUILIS ACCIDENTELLE.

de syphilis pigraentaire. Elle est caractérisée par des taches arrondies, non saillantes, ayant les dimensions d'une pièce de 50 centimes h celle de 1 franc, et une coloration grisâtre ou teinte café au lait. Ces taches ont des bords irréguliers ou déchiquetés; quelquefois isolées, elles sont le plus souvent réunies en grand nombre dans la même région. Elles s'observent principalement au cou, mais elles se rencontrent aussi sur la figure, à la lèvre supérieure, sur le front, l'abdomen (Hardy) et les jambes (Pillon). Tantôt elles se confondent par leurs bords, d'autres fois elles laissent entre elles des intervalles de peau blanche formant des marbrures causées par la diminution de teinte du pigment. Elles ne sont accompagnées ni de chaleur ni de démangeaison, et elles ne sont pas suivies de desquamation. Leur époque d'apparition dans la série syphilitique suit ordinairement le déclin de la roséole (1).

Parmi les affections qui peuvent simuler cette modalité symptomatique, est le pityriasis versicolor, lésion squameuse et non maculeuse, présentant d'ailleurs une teinte plus jaune, et des éphélides dont les taches larges et accentuées existent rarement au cou.

ALOPÉCIE.

Bern. Tomitanus, De morbo gallico, lib. II. De mulalionibus gallici morbi CXVIL Aphrodisiacus Luisini, p. HOI. — A. Traj. Pétrone, De pilorum defliivio et unguium dentiumque casu, ibid., p. 1332. — Rayer, Traité des maladies de la peau, 2'édilion, Paris, 1835, t. II, p. 424. — SiGMUND, Bemeikungen ùber Kiankheitserscheinungen an den Hœren bey Syphilis. Oeslerr. Zeitschrift fur prakt. Heilk. n" 37, 1859. — A. Ca- ZEîSAVE, Traité pratique des maladies du cuir chevelu. Paris, 1850. — DiDAY, Histoire naturelle de la syphilis. Paris, 1864.

L'alopécie, qui est la chute partielle sinon totale des cheveux ou des poils, doit être regardée comme une des manifestations importantes de l'infection syphilitique. Elle survient en même temps que les symptômes prodromiques, ou tout au moins au début des formes précoces de la syphilis cutanée. Cependant elle se montre aussi plus tardivement; mais dans ce cas,clleest le plus souvent la conséquence^ i ou d'une lésion du cuir chevelu, et nécessairement du bulbe pileux," I ou d'une altération des os du crâne (exostoscs ou périostites). 0"ei- |

(1) V. Tanturrl, De la syphilide pigmentaire à fond jaune {Il Morgagni, 1803, lï Napoll).

PÉRIODE d'Éruption générale. 1*7

quefois enfin, l'alopécie, résultat en quelque sorte de la débilité générale de l'organisme, est, comme la chute de l'épiderme, un signe de cachexie. De là plusieurs variétés d'alopécie qu'il est possible de grouper sous deux chefs et qui, par opposition, peuvent être appelées l'une primitive, l'autre consécutive. La première seulement de ces deux variétés fait partie de la période d'éruption générale et doit nous occuper dès maintenant.

L'alopécie, si l'on en croit plusieurs autorités imposantes du seizième siècle, ne se serait pas manifestée tout d'abord au début de la grande épidémie, mais seulement après plusieurs années. « Depuis environ six ans, dit Fracastor (1), la maladie (syphilis) a encore changé considérablement. On ne voit maintenant des pustules que chez très-peu de malades, presque point de douleurs, ou des douleurs bien plus légères, mais beaucoup de tumeurs gommeuses. Une chose qui a étonné tout le monde, c'est la chute des cheveux et des autres poils ; cela donne un air ridicule ; les uns n'ont point de barbe, les autres point de sourcils; d'autres ont la tête chauve. D'abord, on attribuait cet accident aux remèdes, surtout au mercure; mais quand on a été mieux instruit, on a reconnu qu'il venait du changement de la maladie. » Brassavole (5) assure, de son côté, que depuis vingt ans (c'est-à-dire 1533) il a paru des accidents vénériens qui font douter si la maladie est sur son déclin, ou si elle est changée. Le premier de ces accidents est la chute des poils, qui donne aux malades une figure ridicule ; car on ne peut s'empêcher de rire, en voyant des hommes sans barbe, sans sourcils et sans poils aux paupières, f allope (3) n'est pas moins explicite à cet égard, car il dit (1560 ou 1561) : « Durant les quarante premières années (c'est-à-dire avant 1534), il n'y avait point àe chute de poils; mais elle a commencé depuis trente ans. »

Il est évidemment peu probable que l'alopécie syphilitique se soit manifestée aussi tardivement, et il y a bien plutôt lieu de croire qu'elle passa inaperçue jusqu'à cette époque. Mais, quoi qu'il en soit, c'est à partir de ce moment que l'on a commencé à considérer la chute des cheveux comme un symptôme de la syphilis. A. Paré, Rondelet (4),

(1) 7)e morbis contagions, lib. III, cap. ii. Venise, 1546.

(2) De morbo gallico. Venise, 1553.

(3) De morbo gall., cap. xxiii, 156. Comparez Hercule de Saxonia, Luis venerete perfeclissimus Tractatus. Patavii, 1597.

(4) Aphrodisiacus, 938.

N. Massa et beaucoup d'autres auteurs en font mention. Fernel n'en parle pas seulement d'une façon particulière, il signale encore l'époque habituelle de son apparition ; il prétend que, dans le premier degré de la vérole, le virus s'insinue sous l'épiderrae comme une vapeur, d'oîi la chute des poils et des cheveux ; ainsi il fait de l'alopécie l'une des premières manifestations de l'infection consécutive.

Cet accident, souvent lié à la céphalée prodromique, est assez fréquent pour que Diday l'ait observé 53 fois sur 60 malades. Son siège est le cuir chevelu, plus rarement les sourcils, la barbe et les poils du corps. Mais les femmes, au rapport de ce même auteur, sont plus sujettes que les hommes à la chute des poils du visage. L'une des premières modifications du poil est un état de sécheresse qui n'est pas ordinaire ; s'il s'agit des cheveux, on les voit bientôt perdre leur brillant et leur élasticité ; ils deviennent cassants, lanugineux, et parfois même leur couleur s'altère par suile d'une diminution dans la formation du pigment.

Sigmund va jusqu'à prétendre que les cheveux noirs de l'adulte peuvent grisonner dans ces conditions. Mais, quoi qu'il en soit, les cheveux tombent en général sous l'influence de la plus légère traction. La chute n'en est le plus souvent que partielle, elle se fait par ilôts (simple éclaircissement de la chevelure), dans une plus ou moins grande étendue du cuir chevelu ; plus rarement elle se fait en masse, et elle reste limitée à certaines régions et particulièrement aux régions temporales. Ce n'est pas communément que cet accident envahit toute la surface cutanée. Cependant un malade observé par Vidal de Cassis (1) présenta, dans la convalescence d'un eczéma syphilitique généralisé, la chute des cheveux et de tous les poils de la face et de la partie supérieure du corps. Il y eut guérison.

L'alopécie fait son évolution lentement et dure ordinairement de un à plusieurs mois; mais qu'elle soit partielle ou générale, si elle a lieu au début de la diathèse, la guérison complète en est la règle ; les cheveux repoussent ; d'abord plus fins qu'auparavant, ils ne tardent pas à reprendre la vigueur et la consistçince primitives.

Cet accident n'est pas seulement un symptôme de la syphilis secondaire, il se rencontre encore dans un grand nombre de maladies qui portent une profonde atteinte à la constitution. On le voit surve-

(1) Traité des maladies vénériennes, 1855, p. 420.

PÉRIODE d'ÉBUPTION GÉNÉRALE. 149

nir à la suite delà fièvre typhoïde, de l'état puerpéral, etc. Toutefois, il est possible de reconnaître ces différentes sources, pour peu qu'on soit renseigné sur les antécédents morbides du malade. Il est des cas d'ailleurs oîi le simple siège de l'affection suffit pour éclairer le diagnostic. Ainsi, la calvitie qui occupe uniquement la partie supérieure et moyenne du crâne n'a pas ordinairement une origine spécifique . Ce point est important à connaître, car il n'est aucune circonstance qui ne doive être invoquée pour le diagnostic comme pour le pronostic de la syphilis, et, à ce dernier point de vue, l'alopécie, lorsqu'elle est étendue et qu'elle persiste pendant longtemps, une année par exemple, peut être regardée comme un signe fâcheux. Rarement, en effet, la syphilis qu'elle accompagne guérira d'une manière spontanée (1).

Tous les auteurs ne s'accordent pas sur la condition pathogéniqne de l'alopécie syphilitique. Cet accident, qui, suivant les uns, est la conséquence d'une éruption du cuir chevelu, est regardé par les autres comme un effet de l'anémie que détermine l'infection syphilitique. Le mercure aussi a été mis en cause, mais à tort. Bassereau, qui partage la première opinion, prétend que les cheveux tombent d'autant plus abondamment qu'il s'est formé un plus grand nombre de pustules sur le cuir chevelu. Mais cependant on ne peut soutenir que la chute des poils soit uniquement et nécessairement produite par cette éruption. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle s'observe sur des points où l'on ne trouve souvent aucune trace de lésion cutanée. Il n'en faut pas moins reconnaître qu'elle est le résultat d'une lésion du follicule pileux, tantôt directe et primitive, tantôt indirecte ou consécutive.

LÉSIONS DE l'ÉPIDEBME ET DES ONGLES.

A. Lésions épidermiques. — Les modifications de l'épiderme connexes des diverses éruptions ci-dessus décrites sont comprises par Vidal de Cassis sous la dénomination de chute de l'épiderme. « On voit, dit cet auteur, et cela pour tout accident consécutif, l'épiderme s'épaissir un peu, se décolorer, devenir plus blanchâtre, grisâtre, puis se détacher par petits disques et laisser au-dessous le corps papillaire recouvert seulement par une couche très-mince d'un épiderme nouveau. Ces phénomènes se produisent surtout à la paume des mains. Quand ces plaques se multiplient, se touchent, se confon-

(1) Diday, Histoire naturelle de la syphilis, p. 107.

(lent, la chute de l'épidcrrae peut s'opérer dans une assez grande étendue ; les doigts sont ainsi quelquefois dénudés. Certains auteurs ont appelé Pelade cette chute de l'épiderme des mains, des pieds et d'autres points du corps. Quelquefois l'épiderme tombe par desquamation extrêmement fine, furfuracée, et cela au cuir chevelu, quand il y a alopécie, même quelquefois sans chute des cheveux. On rencontre aussi ces affections de l'épiderme à la face, dans la barbe, aux sourcils. Souvent cette chute de l'épiderme est une suite d'une affection érythémateuse, impétigiueuse ou papuleuse. C'est le pityriasis des auteurs. »

B. Altérations des ongles {Onyxis). — L'altération des ongles est le plus ordinairement la conséquence d'une modification survenue dans la matrice qui est l'organe sécréteur de la substance cornée. Au dire de Brassavole, la chute des ongles, comme la chute des poils, n'aurait pas été observée dès les premiers temps de l'apparition du mal français, mais seulement quarante ans plus tard, vers 1533. Quoi qu'il en soit, il faut arriver à ces derniers temps pour trouver une description un peu complète de cette manifestation de la syphilis. Simple dépendance de la peau, la matrice de l'ongle, comme on le conçoit, peut présenter la plupart des formes éruptives ci-dessus décrites. Mais en outre, le repli sous-unguéal est souvent envahi parles plaques muqueuses, accidents que nous étudierons bientôt, et alors s'établit à son niveau un suintement blanchâtre ou brunâtre tout spécial. Deux observations de Lélut, relatées par Rayer (l), semblent se rapporter à une lésion de ce genre. Ces observations, que l'on pourra consulter avec fruit, donneront une idée exacte des caractères des plaques muqueuses de la sertissure des ongles.

Le psoriasis de la matrice de l'ongle ne diffère du psoriasis de la paume des mains que par la modification de la lame cornée unguéale. Le fait suivant, observé sur un étudiant de nos amis, est un exemple de cette affection :

Obs. IX. — X***, jeune Valaque, âgé de 23 ans, remarqua, en avril i8o9, la présence, sur la verge, d'un chancre induré pour lequel il consulta M. Ricord. Traite pendant quatre mois, il prit 180 pilules de protoiodure de mercure, ce qui ne l'empêcha pas de voir paraître en août une nouvelle ulcération sur les caractères de laquelle il est peu explicite. En septembre, il prend de l'iodure de potassium pendant trois semaines. Dans le courant

(1) Traité des maladies de la peau, 2« édit., p. 341, Paris.

PÉRIODE d'Éruption générale.

de janvier apparaît à la paume des mains une éruption papuleuse qui est appelée du nom de psoriasis palmaire. Cette affection disparaît l apidement après quelques jours de traitement, mais survient une angine qui persiste plus longtemps. Le bichlorure de mercure, administré tout d'abord, est cessé en mars, et, à partir de cette époque, l'iodure de potassium, de nouveau employé, est continué jusqu'en juin. Dans le courant d'avril, ce malade, qui avait eu antérieurement des accès de fièvre intermittente, est repris par cette même maladie, contre laquelle, cette fois, le sulfate de quinine a peu de siiccès. Pendant le mois de juin, de nouvelles plaques muqueuses apparaissent au niveau des amygdales très fortement tuméfiées et sur le voile du palais ; le psoriasis palmaire se montre de nouveau. C'est à cette époque que je fus consulté. Au niveau du pli unguéal de la plupart des doigts existe un gonflement d'une teinte rouge sombre qui se recouvre bientôt d'une desquamation épithéliale, les ongles sont parsemés de points blancs légèrement saillants. J'ordonne une pilule de protoiodure chaque soir et des poudres ferrugineuses. Huit jours plus tard, les plaques muqueuses étaient effacées, le psoriasis moins apparent, ainsi que l'altération de la matrice unguéale. Les ongles cependant n'ont pas encore repris leurs caractères ordinaires ; quelques-uns offrent une coloration légèrement pâle et des sillons longitudinaux, il en est d'autres dont la matrice est manifestement altérée et qui présentent à leur surface de petites dépressions analogues à la marque que produirait la tête d'une épingle sur un corps lisse et peu dur : il y a là un pointillé légèrement blanchâtre que peuvent voiler certains reflets, mais qui se voit bien à contre-jour. Les sillons normaux sont effacés au niveau de celte lésion qui occupe à peu près la partie moyenne de l'ongle. Malgré le traitement institué, la guérison n'était pas encore complète dans le mois de novembre.

Dans d'autres circonstances, l'onyxisestla conséquence d'une syphilide pustuleuse. Un cas de ce genre observé par Bassereau nous apprend que les ongles des mains offraient à leur surface une foule de points mats, blancs, déprimés et comme vermoulus; leur bord libre épaissi, fendillé, se détachait par lamelles. D'autres éruptions appartenant à cette même période peuvent produire de la même façon l'onyxis syphilitique. Jamais cependant on n'observe alors d'ulcérations profondes de la matrice de l'ongle. Il n'en est pas de même dans l'avenir, où souvent l'onyxis succède à un tubercule cutané de la peau , ou à une ulcération grisâtre, sanieuse et fétide de la partie latérale de l'ongle, car alors la matrice s'enflamme, l'ongle se décolle, il tombe et ne se reproduit qu'autant que la matrice n'est pas complètement détruite. Dans ce dernier cas, l'ulcération syphilitique est remplacée par une cicatrice formée de quel-

152 SYI'UILIS ACCIDENTELLE.

ques plaques cornées de petite étendue et plus ou moins informes.

Il est des cas néanmoins où la lésion élémentaire fait défaut si elle ne passe inaperçue, et où rulcéralion paraît êire primitive; cette variété de l'onyxis, qui atteint les orteils plus souvent que les doigts, a été décrite par Delpech (i). « Un symptôme fort insolite et tout à la fois très-incommode, dit cet observateur, est une ulcération spontanée de l'organe sécréteur de l'ongle, soit de la main, soit du pied. Une douleur se déclare spontanément, ou à l'occasion de quelque légère violence, autour de la racine d'un ongle et sous son extrémité. Les parties douloureuses sont soulevées par un léger engorgement et ont une couleur rouge brun. L'ulcération se déclare d'abord à l'extérieur en contournant la racine de l'ongle. Elle présente ordinairement une surface fongueuse, humide, brunâtre, saignant aisément par le contact et fournissant une suppuration ichoreuse et fétide. Le sommet de l'ongle se détache, et cet isolement, qui s'étend insensiblement vers la base, est suivi bientôt de l'ulcération de la nouvelle surface. Si cette dernière ne fournit qu'un suintement médiocre, ce qui a lieu quelquefois, l'ongle conserve de la consistance ou n'est que peu ramolli. Il est d'un blanc pâle, légèrement boursouflé et renversé en dehors. Si, au contraire, la suppuration qui provient des parties que l'ongle a abandonnées est abondante, l'ulcération de ces dernières est plus profonde, leur isolement par rapport à l'ongle est plus étendu vers sa racine, l'ongle lui-même est plus ramolli, se décompose insensiblement et se réduit à quelques brins d'organisation cornée qui occupent la région de ce que l'on appelle la lunule, se déjettent en dehors et se trouvent ainsi plongés au milieu d'une grande ulcération. En cet état de choses qui est le plus haut degré de développement, à moins qu'il n'entraîne la nécrose de la phalangette, l'extrémité du doigt ou de l'orteil est fort engorgée, de couleur violette, et le malade éprouve le plus souvent des douleurs vives qui vont jusqu'à troubler les grandes fonctions de l'économie. » Ces diverses lésions des ongles font partie de la période des accidents secondaires et coexistent, en général, avec les éruptions cutanées ; dans un cas rapporté par Vidal, l'ulcération unguéale aurait coïncidé avec une épididymite syphilitique.

Telles sont les principales variétés d'afleclions syphilitiques un-

(1) Chirurgie clinique de Montpellier, 1823, 1. 1, p. 3G5.

PÉRIODE d'éruption GÉNÉRALE. 1 S3

guéales appartenant à la période d'éruption générale. Il est d'autres manifestations ayant môme siège que les précédentes et n'en différant que par les suites plus graves de la lésion élémentaire et par une apparition plus tardive, qui nous occuperont plus loin. Quant aux premières, elles représentent deux variétés selon qu'il y a ou non ulcération et suintement séreux de la matrice de l'ongle. La syphilide unguéale sécrétante , paronychia syphilitica de quelques auteurs, consiste surtout dans l'altération de la circonférence de la matrice de l'ongle; elle a été bien décrite parDelpech, ainsi que nous venons de le voir. La syphilis unguéale sèche a été, de la part d'A. Cazenave, l'objet d'une étude particulière.

« L'ongle, dit cet auteur, tantôt piqueté dans plusieurs points, devient seulement grisâtre, sec et cassant à son extrémité libre. Tantôt, indépendamment de ces altérations, il s'épaissit dans les deux tiers de son étendue, il devient opaque, chagriné, sa surface exfoliée est rugueuse, inégale, et, chose remarquable, il y a ordinairement une ligne de démarcation bien tranchée qui sépare cette partie malade de la partie saine représentée habituellement par une surface qui commence un peu au delà de la lunule, surface où l'ongle conserve son éclat, son poli, sa couleur. Dans quelques cas cependant, l'altération de structure est générale, et l'ongle est converti en une production cornée, sèche, grisâtre, chagrinée, très-friable. Celte forme, qui était bien connue des anciens, est, je le répète, très-commune. Il est même rare qu'une syphilis existe depuis longtemps sans que les ongles du malade soient plus ou moins altérés. Elle est toujours secondaire, c'est quelquefois le seul symptôme qui traduise une syphilis consécutive (1). T>

La marche de l'onyxis syphilitique secondaire est ordinairement lente, moins toutefois que celle de l'affection unguéale concomitante des accidents plus tardifs; la guérison en est la terminaison ordinaire, sinon constante. Le pronostic est sans gravité, le seul inconvénient est celui qui résulte de la chute de l'ongle et de l'inquiétude qu'en éprouvent les malades.

Diagnostic. — Les antécédents du malade et les affections concomitantes de l'altération unguéale sont des circonstances qu'il importo de rechercher, si on veut arriver au diagnostic précis de l'onyxis sy-

(1) Cazenave, Traité des syphilides. Paris, 1843, p. 429.

154 SYPHILIS ACCIDJiNTliLLE.

pliilitiqiie. Avec la forme humide ou ulcéreuse de cette manifestation on pourrait confondre l'aCreclion décrite sous la dénomination d'ontjle rentré dans les chairs. Mais l'ulcération dans ce dernier cas, liabiluellement peu profonde, n'occupe pas primitivement la matrice unguéale.

Le psoriasis des extrémités digitales n'est pas sans analogie avec la forme sèche, il se distingue sinon par ses caractères objectifs, du moins par la coexistence habituelle de plaques psoriasiques aux coudes et aux genoux. Le renflement des extrémités des doigts chez les individus atteints de lésion cardiaque ou de plithisie pulmonaire, n'amenant, en général, aucun désordre appréciable dans la nutrition de l'ongle, ne pourra faire croire à une onyxis syphihlique.

§2. — Affections des membranes muqueuses. — Syphilides énantliématiques.

Les manifestations syphilitiques secondaires des membranes muqueuses ne sont, pour certains auteurs, qu'une reproduction des éruptions cutanées, tellement qu'il est possible de retrouver, à la surface de ces membranes, les diverses lésions élémentaires que l'on observe à la peau. Cette manière de voir est, à notre avis, très-acceptable, d'autant mieux qu'elle concorde parfaitement avec nos recherches personnelles.

De même que les syphilides exanihéraatiques, les affections dont il s'agit se manifestent soit par des plaques érylhémateuses, soit par des papules ou des pustules qui d'ordinaire se terminent par une ulcération légère et peu profonde, ne laissant à la suite aucune trace appréciable de son passage. De là deux variétés principales de syphilides énanthématiques, les unes érythémateuses, les autres ulcéreuses.

A. SYpniLiDE ÉnyiaÉUATEusE (angines, bronchites syphilitiques).

Nous comprenons sous le nom de syphilide énanthématique éry- Ihémateuse des éruptions syphilitiques caractérisées par l'apparition de simples taches. Les membranes muqueuses buccale, pharyngienne et laryngée sont le siège ordinaire de celte manifestation dont les bronches et l'intestin ne sont peut-ôlre pas toujours exempts. Voyons quels sont, dans ces divers points, les caractères propres à cette détermination morbide.

a. Membrane muqueuse de la bouche et du pharynx. — Une description déjà passable de l'érythème syphilitique bucco-pharyngé nous a été laissée par Swediaur. a Quand le virus syphilitique,

pÉnioDE d'éruption générale. 155

dit cet auteur, est absorbé dans la masse du sang, il porte le plus souvent sa première action sur la gorge. Le malade accuse peu de douleur, ou simplement du malaise et une déglutition pénible. Eu examinant la gorge on ne trouve, parfois, qu'un gonflement considérable des amygdales et de la luette, accompagné d'une rougeur vive qui s'étend aux parties environnantes. Le malade ne soupçonnant pas la cause de son mal, croit avoir pris froid, et le médecin inattentif s'y trompe souvent avec lui. Mais le mal persiste, et ce n'est que plus lard qu'il prend la forme ulcéreuse. »

Gullerier etRalier (1), Babington (2), Ricord (3), Alph. Gazenave(4:), Bassereau (b), ont également signalé l'existence de cette affection. Très-explicite à ce sujet, Baumès (6) écrivait : « Il est une forme d'affection sypbililique de la gorge qui correspond à la syphilide exanthématique; ce sont des plaques plus ou moins irrégulières, d'un rouge plus ou moins vif, quelquefois blanchâtres au centre, sans gonflement ou avec gonflement de la muqueuse, se confondant insensiblement avec le reste de la membrane. Ces plaques apparaissent sur le palais, le voile pafalin, le pharynx, et même sur la surface interne des lèvres et des joues; elles durent peu et disparaissent presque en même temps que l'éruption correspondante. » Mac-Carthy (7) insiste sur cette éruption à laquelle Martellière (8) et Pillon (9) consacrent la majeure partie de leurs thèses si justement estimées. Sur il 4 observations de syphilis par lui relevées, Pillon a trouvé l'énanthème pharyngé 65 fois, et l'apparition de cette manifestation a coïncidé, le plus souvent, avec celle de la roséole. Dans tous les cas, s'il ne précédait ou accompagnait l'exanthème cutané, l'érythème du pharynx coexistait du moins avec des plaques muqueuses de la peau ou du tégument interne.

A peine prévenus du début de cette affection, les malades accusent moins une douleur qu'un sentiment de sécheresse cuisante qui rend

(1) Did. de méd. et de chirurg. pratiques, art. Syphilides, t. XV, p. 157. Paris, 183G.

(2) Notes à Hunier, CEMi;reico»2;)/è/es,trad. française de Richelot. Paris, 1839-1842.

(3) Ibid.

(4) Traité des mnlad. de la peau.

(5) Traité des affections de la peau symptomatiq. de la syphilis, Paris, 1852. (G) Traité des maladies de Idpeau, t. II, p. 44".

(7) Thèse de Paris, 1844.

(8) De l'angine sy phi litir/ue. Thèse de Paris, 1854.

(9) Des exanthèmes syphilitiques. Thèse de Paris, 1857.

lob SYPHILIS ACCIDENTELLE.

toute dégluliiion pénible, même celle de la salive. Une rougeur uniforme, non violacée, d'intensité médiocre, règne sur le voile du palais, sur les piliers et sur les amygdales. Souvent même elle envahit la paroi postérieure du pharynx, mais sans jamais offrir de saillie ni de solution de continuité appréciable.

Parfois diffuse à son début, cette rougeur ne tarde pas à se localiser à l'isthme du gosier ou à une partie seulement de son étendue. Tantôt elle s'arrête à la limite externe des piliers, d'autres fois elle envahit toute la partie supérieure du pharynx accessible à la vue ; mais toujours ses délimitations sont brusques et tranchées. Ce caractère, sur lequel Martellière insiste avec raison, n'est pas sans importance; il peut, à la rigueur, servir à distinguer cette affection de l'angine érythémateuse simple. Comme cette dernière, l'érythème syphilitique se propage quelquefois à la muqueuse des trompes d'Eustache; mais, en général, il ne trouble pas l'audition.

Cullerier et Pillon prétendent que l'érythème syphilitique n'a pas toujours un aspect lisse et uniforme ; ils lui ont trouvé une surface inégale ou granulée. Plusieurs observations, rapportées par Martellière, indiquent que cette éruption du pharynx est susceptible de prendre une teinte grisâtre diffuse, et qui résulterait d'une modification particulière de l'épithélium. Cette teinte circonscrite sous forme de taches non saillantes, mais cependant bien déhmitées, apparaît en général sur les piliers du voile du palais et sur les amygdales. Plus tardive dans son apparition, cette variété d'érylhème coïncide aussi avec des éruptions plus avancées que la roséole.

Quoique l'érythème pharyngien se montre en dehors des causes connues de l'angine inflammatoire ordinaire, dans quelques cas il se manifeste avec une telle intensité, que la confusion avec celte dernière affection serait possible si les antécédents ne venaient en aide au diagnostic. D'autres fois, il affecte une allure plus calme, son début insidieux est à peine remarqué des malades, et toute la sagacité du médecin est nécessaire pour le reconnaître. Sa durée, comme celle de la roséole cutanée, qu'il accompagne assez souvent, est ordinairement longue, ses récidives ne sont pas tellement rares que Pillon n'ait pu en observer plusieurs cas. Son pronostic, on le conçoit, est sans gravité.

La syphilide érythémateuse du pharynx pourrait cire confondue avec les angines rubéolique ou même scarlatineuse. Mais elle se

PÉRIODE d'Éruption générale. 4 57

distingue de ces affections par son peu d'intensité et une faible réaction fébrile, par une disposition en plaques n'occupant, en général, qu'une partie de la gorge, enfin par la concomitance habituelle des symptômes syphilitiques et particulièrement d'une éruption cutanée. Ajoutons que souvent, au moment même de l'apparition de la syphilide érythémateuse du pharynx, l'accident primitif, ou tout au moins la cicatrice qui lui succède, sont encore là pour témoigner que le malade est sous l'empire de l'infection vénérienne.

h. Membrane muqveuse intestinale. — Savoir si l'exanthème érythémateux syphilitique peut franchir la limite inférieure du pharynx et se manifester à la surface de la membrane muqueuse intestinale, est une question qui n'est pas encore parfaitement élucidée. «Chez quelques filles de mon service, mortes d'affections aiguës intercurrentes et chez lesquelles on avait constaté, entre autres symptômes, des plaques muqueuses de la gorge, je n'ai jamais trouvé, dit Gullerier (1), la trace de ces lésions au-dessous de la limite inférieure du pharynx; de même, je n'ai rien vu au-dessus du sphincter anal chez celles qui portaient à l'anus le même symptôme secondaire. » Ce chirurgien ne nie cependant pas d'une façon absolue la possibilité d'une entérite syphilitique. Pillon, son élève (2), rapporte trois observalions dans lesquelles il n'hésite pas à admettre une entérite secondaire. Ces faits, toutefois, manquant du contrôle anatomique, ne peuvent donner de preuves absolues. Mais, quoi qu'il en soit, l'apparition fréquente de troubles gastro-intestinaux au début ou dans le cours d'un certain nombre de cas de syphilis secondaire est un fait qu'il n'est pas possible de contester. A ce point de vue, l'observation suivante n'est pas dépourvue de tout intérêt; elle est, du reste, un bel exemple de la multiplicité des manifestations syphilitiques secondaires.

Douleurs rhumatoïdes, désordres gastro-intestinaux, syphilide varioliforme, plaques muqueuses et angine syphilitique.

Obs. X. — P. Héloïse, âgée de 19 ans, blanchisseuse, est une jeune fille robuste qui a toujours été bien portante, sauf un gonflement non douloureux des articulations tlbio-tarsienncs qu'elle eut, il y a un an, et qui persista durant plusieurs mois. Son père est mort de la poitrine. Sa mère et son frère unique, âgé de 8 ans, jouissent d'une bonne santé.

Vers le 13 mai 1860, elle est prise de douleurs de reins qui l'empêchent

(1) De l'entérite syphilitique [Union médicale, 1854).

(2) Des exanthèmes syphilitiques. Thèse de Paris, 1857.

de marcher; ces douleurs, qui s'irradient de la colonne vertébrale vers les flancs, s'exaspèrent le soir vers 6 heures, et continuent toute la nuit pour cesser à l'approche du jour. En raCme temps, malaise, courbature générale, perte de l'appétit. — Dans le cours du mois de juin, diminution dans Tintensilé des douleurs; mais l'insomnie persiste avec la céphalalgie et il survient de la fièvre le soir. Vers la fin du mois, à tous ces phénomènes s'ajoutent un mal de gorge et des douleurs de cou, en même temps que l'embarras gastrique se prononce davantage : état saburral de la langue, anorexie complète. Un vomitif est administré; le même jour apparaît, dans la soirée, une éruption qui envahit bientôt presque tout le tégument et qui fait croire à une variole.

Le 4 juillet, deux jours après le début de l'éruption, la malade entre à l'hôpital de la Pitié (salle Saint-Charles, n" 30). Voici ce qu'elle présente : embarras gastrique très-prononcé; langue saburrale, anorexie complète, dégoût des aliments, digestions difficiles, diarrhée; céphalalgie et en même temps insomnie. Il existe de plus une éruption papulo-pustuleuse disséminée, abondante surtout au niveau de l'abdomen et du dos, peu prononcée sur les membres et qui manque complètement sur les régions habituellement découvertes. Cette éruption, très-analogue à une éruption railiaire, se compose de petites papules portant à leur sommet des pustules plus petites encore. Ces papulo-pustules ne tardent pas à se couvrir de petites squames qui tombent bientôt laissant à leur place une tache circulaire de teinte cuivi ée. La malade porte en outre des plaques muqueuses à l'anus et à la vulve; elle est atteinte d'une angine caractérisée par une coloration brunâtre ou bronzée de la muqueuse pharyngée.'Vomitif, et, quelques jours plus tard, liqueur de Van Swietcn, à la dose de 10 et 15 grammes par jour.

En peu de temps l'éruption s'efface, les plaques muqueuses se cicatrisent, la diarrhée cesse, l'angine disparaît, les fonctions digestives se rétablissent. La liqueur est supprimée. Six ou sept jours plus tard, la malade est prise de douleurs très-vives aux avant-bras et aux jambes. Il y a de la fièvre. A la partie; antérieure des tibias on observe des plaques rouges, légèrement empâtées, très-douloureuses à la pression : périoslile syphilitique ; protoiodure de mercure, opium, vésicatoire.

Le 15 août, l'état de la malade est sensiblement amélioré, lorsqu'elle est de nouveau prise de malaise, de courbature, de céphalalgie, d'oppression, de palpitations et de fièvre (100 puis.); somnolence le jour,insomnie la nuit. Même état les jours suivants en même temps que surviennent des épistaxis qui se répètent à peu près chaque jour pendant huit jours. La malade a complètement perdu l'appétit; elle accuse la sensation d'un corps étranger qui remonterait vers la gorge. L'emploi de l'iodure de potassium amène un mieux rapide et la malade quitte l'hôpital le 8 septembre.

En résume, des troubles gastro-intestinaux précèdent et accompagnent une sypliilide papulo-pustulcuse et une angine syphilitique; un Irailenienl approprié a bientôt raison de tous ces accidents,

PÉRIODE d'éruption GÉNÉRALE. lî)9

puis les mêmes troubles reparaissent avec une périostite, pour cesser ensuite sous l'influence du traitement qui combat l'altération du périoste. Ici se pose une double question. Est-ce à la syphilis qu'il convient de rapporter le dérangement des fonctions digeslives, et, dans ce cas, doit-on l'attribuer à une lésion de la membrane muqueuse gastro-intestinale comparable à celle de la muqueuse pharyngée? La marche simultanée des désordres digestifs et des manifestations cutanées et périosliques dispose certainement à ne voir, dans ces différents symptômes, que des localisations diverses d'un même ac te morbide. Mais ce fait et quelques autres ne sont pas suffisants pour permettre d'affirmer que les membranes muqueuses de l'estomac et de l'intestin peuvent, à l'exemple de celle du pharynx, devenir le siège de manifestations secondaires. De sorte que, même en tenant compte des données que fournit l'analogie, il est prudent d'attendre de nouveaux faits avant de porter, sur ce point, un jugement décisif.

c. Membrane muqueuse du nez, du larynx et de la trachée. — La membrane de Schneider n'échappe pas toujours aux atteintes de la syphilis secondaire; quelquefois rouge et boursouflée, elle sécrète une matière jaunâtre, épaisse, peu abondante, il y a de l'enchifrènement, l'odorat s'affaiblit, et, n'était l'absence d'éternument, on pourrait croire à un coryza ordinaire.

Cette modification se retrouve, avec des caractères assez semblables, dans le larynx. L'érythème syphilitique du larynx n'a été véritablement étudié que depuis l'invention du laryngoscope. Déjà les recherches de Czermak et de Ludwig Turck (i) tendent à établir que cet érythèrae ne diffère pas sensiblement de celui qui, sous la môme influence, envahit quelquefois la bouche et le pharynx ; les observalions intéressantes de Gusco, consignées dans la thèse de Dance, son élève (2), ne laissent pas le moindre doute sur cette manière de voir. En même temps que la roséole, apparaît en général l'érythème laryngé syphilitique; partant de l'isthme du gosier, il s'avance vers la glotte et Pépiglotte, au lieii de se porter vers le pharynx, et il envahit rapidement toute la portion sus-glottique de la muqueuse laryngée ainsi que celle des cordes vocales supérieures et inférieures. La rougeur sombre ou violacée qui le caractérise est tantôt sous forme

(1) Voyez, plus bas, Bibliographie des affections syphilitiques du larynx.

(2) Eruptions du larynx survenant dans la période secondaire de la syphilis. Thèse de Paris, 18G4.

de plaques parfailoment distinctes et bien délimitées, tantôt, au contraire, elle est tout à fait diffuse et sans limites bien appréciables. A celte rougeur s'ajoute parfois un léger gonflement, le plus souvent limité à la région sus-glottique, aux cartilages aryténoïdes et aux cordes vocales supérieures.

Il est très-admissible que la muqueuse trachéale puisse devenir le siège d'altérations semblables, mais il n'existe encore, à cet égard, aucune donnée bien positive.

Les symptômes de la laryngite syphilitique secondaire sont objectifs ou fonctionnels ; nous connaissons déjà les premiers. Relativement aux seconds, si la respiration est généralement peu gênée, il n'en est pas toujours de même de la phonation. Les malades, en parlant, ont la sensation d'un,corps étranger ; le timbre de la voix, plutôt que le ton, se trouve affecté, la voix est 'enrouée ou rauque. Cette modification, au rapport de Dance, se serait montrée 3 fois sur 13 cas de syphilide érythémaleuse, 7 fois sur 16 cas de syphihde papuleuse. Diday, de Lyon, nous paraît avoir très-bien décrit ce trouble de la phonation; mais c'est à tort, croyons-nous, qu'il l'a rattaché à une paralysie des muscles du larynx. « Du troisième au sixième mois à partir de l'accident primitif, le malade, sans être exposé aux causes, ni présenter les symptômes du coryza ni de l'angine, ni de la bronchite, s'aperçoit qu'il ne peut plus faire entendre le même volume de son qu'à l'ordinaire; la voix a perdu de son timbre, cette altération augmente rapidement, en quelques jours elle est arrivée à ce point que lorsqu'il veut forcer la voix, il ne parvient qu'à produire un souffle à peine perceptible à l'oreille. A part l'altération de la sonorité, les autres fonctions de l'appareil vocal demeurent intactes; la prononciation est claire et distincte, la respiration parfaite; il n'y a ni douleur, ni toux, ni dyspnée, ni fièvre (1). »

L'érythème syphilitique du larynx a une marche plus lente que celle des phlegmasies communes de cet organe. Il a une termiiiaison toujours heureuse, contrairement aux affections plus profondes. Cette manifestation ne présente en général, même à l'examen laryngoscopique, aucun caractère spécifique, et ainsi la sûreté de son diagnostic repose, avant tout, sur la connaissance dos affections antérieures et concomitantes. Ajoutons que les laryngites franchement

(!) Gaz. méd. de Lyon, n" 2, 18G0. Note sur une forme peu connue d'aphonie syphilitique.

PÉKIODE d'ÉUUPTION GÉNÉRALE. l&l

inflammatoires se distinguent facilement par l'état fébrile qui les accompagne, tandis que les laryngites chroniques les plus fréquentes, effets, soit d'excès alcooliques, soit d'une diathèse tuberculeuse ou dartreuse, ont pour élément de diagnostic, dans un cas, les antécédents spéciaux du malade, dansTautre les manifestations diathésiques concomitantes de l'affection laryngée.

d. Mcm.brane muqueuse des bronches. — Des auteurs d'une grande, autorité s'accordent à reconnaître l'existence 3'une bronchite syphilitique secondaire. Stokes (l) prétend que la bronchite syphilitique se montre sous la forme aiguë et sous la forme chronique. Dans la première circonstance, elle est analogue aux irritations bronchiques des exanthèmes, tandis que dans la seconde il y a une irritation chronique qui, venant à se combiner avec la cachexie syphilitique, ressemble parfaitement à la phthisie. La forme aiguë, la seule dont nous ayons à nous occuper ici, s'observe après un temps plus ou moins long à la suite de l'infection; le malade présente de la fièvre avec tous les symptômes d'une irritation bronchique , et , après quelques jours, une éruption confluente de taches d'un rouge brun apparaît sur la peau, et l'affection interne se dissipe souvent complètement. Byrne, médecin deLock-Hospital (hospice des vénériens de Londres), dit avoir vu fréquemment des malades qui, entrés à l'hôpital après une première' infection, étaient pris d'une bronchite intense avec fièvre. L'invasion était subite, et l'incommodité parfois si grande qu'une saignée devenait nécessaire. On voyait presque aussitôt survenir une éruption abondante, ayant tous les caractères du lichen et de l'affection squameuse : la bronchite cessait à ce moment. Graves (2) ne sait pas au juste quelle est la partie du poumon qui subit en pareil cas l'influence du virus syphilitique; mais il pense que c'est plus particulièrement la muqueuse bronchique, bien que la syphilis puisse, à l'exemple de la scarlatine et de la rougeole, produire quelquefois la pneumonie.

Tel est l'état des connaissances relatives à la bronchite syphihtique ; secondaire. Observée à peu près uniquement en Angleterre, cette manifestation de la syphilis a été jusqu'ici l'objet d'une étude trop ini complète pour qu'il soit possible de l'admettre sans réserve. Je dois avouer cependant que j'ai vu survenir et se développer tous les signes

l\) Diseuses ofihe chcst, p. 93. London. (2) Clinical Medicine, Dublin, 18'i3, p. 2-40.

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