I.A.\CEnEAUX
d'une inflammation subaiguë des bronches, y compris la dyspnée, chez une jeune personne qui, quelques jours plus tard, fut atteinte d'une éruption manifestement syphilitique. Mais ce fait isolé, bien que comparable à ceux des médecins anglais, ne peut autoriser à regarder comme certaine l'existence d'un énanthème syphilitique de la trachée et des bronches.
B. SYPHILIDES ULCÉREUSES SUPERFICIELLES DES MUQUEUSES.
Sous cette dénomination nous comprenons toutes les affections syphihtiques du tégument interne qui, à un moment donné de leur évolution, se traduisent par des ulcérations multiples et superficielles. Ordinairement contemporaines des éruptions exanthématiques, ces manifestations débutent par des lésions élémentaires en tout comparables aux papules ou aux pustules ci-dessus étudiées. La membrane muqueuse de la conjonctive est bien placée pour nous permettre de saisir ce rapprochement. Là, en effet, nous pouvons suivre les différentes phases que subit l'altération.
Suivant Lawrence (1), les paupières peuvent devenir le siège d'ulcérations syphilitiques qui, tantôt, à la façon d'un orgelet, débutent par une petite dureté au niveau du bord ciliaire pour de là s'étendre sur l'une ou l'autre des surfaces cutanée ou muqueuse, et qui tantôt apparaissent sous forme d'une pustule à l'angle externe de l'œil. Toutefois, lorsque l'on consulte les faits rapportés par cet auteur, on voit qu'il n'en est qu'un petit nombre où les lésions soient susceptibles d'être sûrement rattachées à la période secondaire; mais, néanmoins, les éruptions secondaires des paupières ne peuvent être mises en doute. Les éruptions de la conjonctive oculaire ne peuvent pas non plus être contestées, malgré leur rarelé, qui est telle, d'après John France (2), qu'il n'en a été observé que trois cas, pendant l'espace de seize années, dans l'un des plus grands établissements hospitaliers de Londres. Ces éruptions, dans quatre cas rapportés par l'auteur précité, se traduisaient par de petites taches circonscrites, saillantes, non vasculaires, et d'un gris rougeâtre, jaunâtre ou cuivré, sans différence tranchée avec les éruptions cutanées concomitantes.
(1) Sur les éruptions syphilitiques de la conjonctive, dans Guy's hospital Reports, t. Vil, 109, I8C1.
(2) A Trentise on the Venereal diseases of Ihe Eye, London, I830,et Arch. gin. de méd., t. XXIX, p. 654, 1832.
PÉRIODE d'Éruption générale. 163
Lesnarines, la langue, les piliers antérieurs du voile palatin, les amygdales et la surface interne du pharynx, tel est le siège le plus habituel des éruptions, qui finissent en ulcérant la membrane muqueuse. Les ulcérations de la langue occupent la pointe et les bords, de préférence à la face supérieure; elles ont l'aspect de petits points jaunâtres disséminés, qui peuvent causer aux malades un picotement très-incommode. Elles succèdent parfois aux plaques muqueuses, et il est assez difficile, dans certains cas où elles se montrent sous forme de fissures, de les distinguer sûrement de ces dernières déterminations morbides.
Connus de Hunter, qui les désignait sous le nom d'excoriations ulcéreuses et les regardait comme étrangers à la syphilis, les ulcères superficiels du pharynx furent confondus par Babington avec les plaques muqueuses. Envisagés à leur véritable point de vue par Baumes et Cazenave, ils ont été bien étudiés par Martellière. Nombreux au niveau du voile du palais et de ses piliers, ils sont précédés quelquefois d'un érylhème uniforme avec sécheresse et douleur au moment de la déglutition (1). Ils se montrent à leur début sous la forme de petites saillies qui paraissent n'être que des glandules augmentées de volume. A ces saillies succèdent bientôt des ulcérations entourées d'une aréole d'un rouge foncé et recouvertes d'une matière jaunâtre pultacée. Superficiels, arrondis ou sous forme de fissure allongée, ces ulcères ont un fond grisâtre ou blafard couvert de bourgeons aplaiis. Ordinairement douloureux au contact des corps étrangers, ils donnent une sensation continue de chaleur et de cuisson, plus intense le soir (Martellière). Baumès les compare pour leur aspect et leur forme irrégulière à une brûlure du premier ou du second degré. Lorsqu'ils approchent de la guérison, l'aréole inflammatoire pâlit, l'épithéliura se reforme des bords vers le centre, et ils s'effacent sans laisser d'autres traces qu'une teinte brunâtre ou grisâtre, qui persiste un certain temps à leur place avant que la muqueuse revienne complètement à son état normal.
Les aphthes, la stomatite et l'angine mercurielles sont les affections qui se rapprochent le plus des ulcérations secondaires de la muqueuse bucco-pharyngée. Les aphthes, dont Tanalogie avec les affections vdsiculeuses de la peau est telle qu'elle a conduit Bateman à comparer ces lésions à l'eczéma, forment de petites élevures blanches
(1) Comparez : Rufz, de l'angine syphilitique, Journ. hebdomad., t. VIII, 1832.
qui peuvent bien présenter de légères excoriations, mais dont le vo- Inme ne dépasse pas ordinairement celui d'une grosse tête d'épingle. Leur durée d'ailleurs est courte, et leur guérison toujours rapide. La stomatite mercurielle, par l'odeur qu'elle exhale et le gonflement des gencives auquel elle donne lieu, ne peut guère prêter à l'erreur. On ne saurait en dire autant de l'angine mercurielle, alTection rare sans aucun doute et qui est généralement rejetée, mais à tort.
Dans un mémoire sur les maladies produites par le mercure, Colson (l) décrit déjà des ulcères mercuriels du pharynx dont les caractères se rapprochent de ceux des ulcères syphilitiques. G.-L. Dietrich (2) n'hésite pas à admettre l'existence d'une pharyngite mercurielle caractérisée par une rougeur violacée disposée par plaques isolées avec une apparence de taches sombres, et où l'on voit, parsemés çà et là, des points jaunes, pisiformes, un peu élevés, dus au développement des follicules muqueux. Mais, malgré la légitime autorité de ces auteurs et de plusieurs autres que je pourrais citer, le doute règne encore au sujet de l'angine mercurielle. Cependant le fait suivant, que j'ai observé avec mon savant maître, le docteur Hérard, ne me paraît pas propre à justifier l'opinion de ceux qui refusent au mercure toute action sur la membrane muqueuse du pharynx. Il peut servir, du reste, à faire connaître les différences symptomatiques qui séparent l'angine mercurielle de l'angine syphilitique.
Angine et stomatite merciirielles. Gale.
Obs. XI. — P , chapelier, âgé de 18 ans, entre dans le service de
M. Hérard, n" 14 de la salle Sainte-Joanne (Hôtel-Dieu), le 3 juin 1864. C'est un jeune homme brun, lymphatique, de petite taille, mais ordinairement bien portant. Son père a succombé à une maladie du péritoine. Sa mère et quatre sœurs soni bien portantes. — Il y a trois mois,?.., s'aperçoit qu'il porte à la partie inférieure de la muqueuse de la verge une pelite ulcération qui disparaît au bout de trois mois environ; aujourd'hui cette ulcération est remplacée par une cicatrice qui n'est ni indurée, ni déprimée, ni colorée. L'absence de ces trois caractères et la courte durée de l'ulcère portent déjà à croire qu'il ne s'agissait pas là d'un chancre induré.
Toutefois, à l'occasion de son ulcération, P... consullaun pharmacien qui fit panser la plaie avec une pommade et donna des pilules à l'intérieur. Le malade en prit 40, et il avait cessé ce traitement depuis quelques jours,
(1) Journ. Iiebdomad., 1831, p. 36.
(2) Die Mercurial Krankheilen, p. 267 et sulv. Leipsig, 1837 ; et Martellière, loc. cit., p. 64.
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lorsque se manifesta dans la gorge et la bouche une airection, laquelle, au moment de l'entrée à l'hôpital, datait de trois semaines et se traduisait par les symptômes suivants : odeur fétide de l'haleine, gonflement douloureux des gencives; sur la paroi buccale gauche exsudation jaunâtre de l'étendue d'une pièce de un franc ; exsudations de même nature sur les amygdales, surtout à droite. Adénopathies multiples sous-maxillaires. Un gargarisme avec 4 grammes de chlorate de potasse prescrit par M. Hérard est continué les jours suivants.
Bientôt les concrétions pseudo-membraneuses se détachent, et on aperçoit alors trois ulcérations peu profondes et de l'étendue de i cent, environ l'une siège à la partie postérieure de la langue, l'autre sur l'amygdale droite, la troisième surla paroi buccale gauche, celle-ci n'est pas encore complètement débarrassée de sa concrétion pseudo-membraneuse. L'amélioration à partir de ce moment est on ne peut plus rapide sous l'influence du chlorate de potasse, au point que le malade sort presque complètement guéri, le 13 juin. — Je dirai, en passant, que ce malade avait la gale et qu'il en fut débarrassé en un jour par des frictions au savon noir et à la pommade d'Helmerich et quelques bains sulfureux.
La muqueuse laryngée n'est pas entièrement à l'abri des ulcérations syphilitiques en question. Celles-ci succèdent à une éruption papuleuse, et n'arrivent, en général, au larynx qu'après avoir envahi précédemment les amygdales, le voile du palais et l'isthme du gosier. Elles débutent plus rarement par le larynx, et alors on y aperçoit des papules d'un aspect grisâtre, limitées par une ligue rouge, le plus souvent exulcérées de manière à revêtir la forme des pla({ues muqueuses. Leur siège d'élection est à peu près le même que celui de rérythème, c'est-à-dire la portion sus-glottique du larynx et les cordes vocales supérieures et inférieures. Au niveau de ces dernières parties, on constate une légère tuméfaction, en même temps qu'un épaississement plus ou moins marqué des bords de l'épiglotte. L'enrouement, la raucité de la voix, une toux peu violente, sont les principaux symptômes qui correspondent à ces ulcérations; mais comme ces symptômes ne diffèrent pas notablement de ceux de l'érythème syphilitique, il en résulte qu'il est parfois difficile de séparer ces deux lésions, ce qui heureusement importe assez peu et pour le pronostic et pour les indications thérapeutiques.