‹ Traité historique et pratique de la syphilis [electronic resource]Chapitre 30 sur 107 · DYMES ET DES TESTICULES · texte numérisé non relu

DYMES ET DES TESTICULES

a. Les muscles, à part les douleurs dont il a déjà été parlé, peuvent, dans le cours des éruptions ci-dessus décrites, être affectés de phénomènes passagers, tels que contracture ou rétraction. Ce sont là des symptômes relativement rares, et que, pour celte raison, nous nous réservons de faire connaître lorsque nous traiterons des productions goraraeuses des muscles.

b. Les os n'échappent pas toujours aux atteintes de la syphilis se-

(1) Voy. Blachez, De l'ictère grave. Thèse de concours d'agrégation. Paris, 1860, p. 62. — Faligan, Thèse de doctorat. Paris, 1863, p. 57. (i) y'iTchow's Archiv fur pathoîoffische Anatomie, 1855.

conduire. Ceux qui sont superficiels, comme les tibias, les clavicules, les os crâniens, y sont le plus exposés ; ils sont affectés de douleurs ordinairement violentes, supportables dans le jour, quelquelbis intolérables dans la nuit, et surtout de 9 heures du soir à 4 ou 5 heures du matin, moment où elles produisent l'insomnie et troublent le repos des malades. Peu différentes, quant à leurs caractères, des douleurs de la période qui suit, celles-ci existent sans qu'il soit toujours possible de les rattacher à une lésion matérielle de l'os. Ce n'est pas à dire, toutefois, que les os ne soient pas altérés, car, en présence des modifications concomitantes des systèmes cutané ou muqueux, il y a tout lieu de croire que ces organes ne sont pas, alors, toujours intacts. Bassereau (1), du reste, a pu voir naître une périostose dans ces conditions, où il nous a été possible d'observer deux fois une périostite. Il s'agissait d'individus jeunes et tjui étaient dans la période des syphilides exanlhématiques ; chez eux apparut, en même temps qu'une légère tuméfaction de la face antéro-supérieure des tibias, une rougeur diffuse accompagnée de douleurs spontanées que la pression parvenait encore à aggraver. Un traitement mercnriel ne tarda pas à avoir raison de ces accidents dont la marche fut d'ailleurs plus rapide que celle que l'on remarque dans les affections plus tardives. Ainsi, modifications passagères du tissu osseux, périclites superficielles et légères, ne laissant à leur suite aucune trace appréciable de leur passage; tels sont, en somme, les désordres que présente le .système osseux pendant le cours de la période d'éruption secondaire. Les mêmes différences anatomiques qui séparent les syphilides superficielles des syphilides profondes distinguent donc aussi les lé-' sions osseuses secondaires des lésions tertiaires ; ces mêmes différences se retrouvent entre les arlhropathies de la seconde et de la troisième période, et cette circonstance nous a paru assez importante pour que nous ayons cru devoir scinder la description do ces dernières manifestations.

c. Artfiropathics secondaires. — Plusieurs auteurs, postérieurs ou même antérieurs à Aslruc, avaient bien remarqué que la syphilis pouvait parfois porler ses effets sur certaines articulations, mais aucun d'eux, que je sache, n'avait eu l'idée quil pût y avoir quelque différence dans l'affection articulaire, suivant qu'elle coexistait avec les

(I) Voir Observation p. 395 de son livre.

PÉRIODE d'éruption GÉNÉRALE.

accidents secondaires ou tertiaires. Aslnic n'aperçut pas davantage cette différence que Babington, l'un des premiers, sut reconnaître.

(( Il se présente de temps en temps, quoique rarement, dit cet auteur (1), des cas oii l'inflammation de la membrane synoviale des articulations se manifeste en coïncidence avec des symptômes secondaires de caractère non douteux, augmente d'intensité pendant la période d'accroissement de ces symptômes et se dissipe aussitôt que l'éruption cutanée ou l'affection de la gorge est combattue avec succès par l'emploi du mercure. Dans les cas de cette espèce, l'inflammation synoviale se présente sous forme aiguë, et s'accompagne d'une douleur, d'une tension et d'une rougeur superficielle très-intenses, qui suflSsent pour la faire distinguer de la forme lente et astliénique de la même affection, que l'on observe fréquemment dans les cas de cachexie générale.» Tout récemment (2), nous avons été conduit, par des observations personnelles, à admettre la même distinction. Deux faits nouveaux, recueillis par nous depuis celte époque, nous ont fourni, sur ce point, les éléments d'une conviction absolue. Voici ces faits, ils sont d'une éloquence qui surpasse tous les raisonnements.

Chancre, plaques muqueuses et roséole, arthropathies, grossesse.

Obs. XIV. — La nommée B , âgée de 26 ans, couturière, entre le

16 juillet 1864 à i'Hôtel-Dieu. Elle est couchée au n° 14 de la salle Saint- Antoine. Cette fille habile Paris depuis quatre ans, elle est parfaitement bien consliluée, elle n'a fait jusqu'alors aucune maladie; ses parents sont aussi très-bien perlants.

Elle est enceinte de cinq mois environ ; elle a eu ses règles pour la dernière fois le 20 février. Deux mois après la dernière époque menstruelle, elle eut à l'anus d'abord un seul boulon, puis un aulre, qui tous les doux prirent un volume assez considérable. Avant celle époque, elle dit n'avoir rien eu à la vulve (elle affirme n'avoir eu de rapports qu'avec un seul individu). Le H juillet, au malin, elle s'aperçoit d'une éruption consliluée par des taches érylhémaleuses. Elle consulte un médecin qui lui prescrit des pilules. — Enfin, le 16 juillet, elle entre à l'Hôtel-Dieu.

Le lendemain, 17, elle raconte que depuis le 9 juin elle se sent fatiguée, courbaturée. Elle ne peut rester assise. Elle éprouve des douleurs dans les jambes. «J'ai les bras, dit-elle, comme si l'on m'avait ballue. » Malgré ce brisement général, pas de céphalée, mais deux plaques muqueuses sur chacune des grandes lèvres; tubercules muqueux à la partie externe des plis cruraux et à l'anus; rien à la gorge; sur toute la paroi abdomi-

(1) Ilunter, œwure* cowp/è^e*, trad. de Richelof, p. C5I. Paris, IS-iO.

(2) Lancereaux, Mémoire communiqué à la Société de chirurgie, sept. 18G3.

nale, taches nombreuses, légèrement saillantes, d'im jaune un peu cuivré, de la grandeur d'une pièce de 20 centimes ou un peu moins larges; à peine quelques taches sur les jambes, quelques-unes sur les avant-bras. —-Absence d'adénopathies; quelques jours plus tard, un seul ganglion à la racine des cheveux en dehors de l'insertion du muscle trapèze. Douleurs dans un grand nombre de jointures : deux pilules de Dupuytren.

Le 27 juillet, les douleurs osseuses et articulaires n'ont subi aucune modiflcation appréciable; les genoux, les articulations tibio-tarsiennes, les coudes, les articulations des doigts et le sternum sont tuméfiés, douloureux. La peau qui les recouvre est rouge sur quelques points, les mouvements sont douloureux, et la malade se trouve dans l'impossibilité de marcher ; la douleur toutefois est moins vive que dans la plupart des affections rhumatismales. — L'éruption persiste, les plaques muqueuses se modifient. Plusieurs ganglions dans les aines. — Absence de fièvre.

Du 28 au 30, l'élat des articulations n'a pas changé. Douleurs ostéocopes plus vives la nuit que le jour. Roideur des jambes et des jointures. — Insomnie.

Du 30 juillet au 3 août. Légère amélioration du côté des plaques muqueuses.— Épanchement manifeste dans les articulations des genoux, rougeur légère de la peau au niveau de ces articulations.

Le 4 août, l'éruption commence à pâlir.

Le 6, on établit sur les genoux une compression à l'aide de bandes de caoutchouc. Deux jours après, les douleurs ont beaucoup diminué ; le 9, elles sont à peine senties, et cela aussi bien dans les genoux que dans les autres articulations.

A dater de cette époque, les plaques muqueuses étant déjà en partie cicatrisées, l'éruption rubéolique s'efface de jour en jour, les articulations, bien moins volumineuses, sont à peine douloureuses dans les mouvements, et la malade sort sur sa demande, le J5 août, à peu près débarrassée des accidents qu'elle présentait, et sans avoir jamais cessé de prendre chaque jour ses deux pilules de Dupuytren.

Chancre induré, sxjphilidc érythémateuse et papuleuse, deux nouveaux cliancres, dont l'un est phagédénique, récidive de roséole, fièvre et arthropathies syphilitiques.

Obs. XV. — Le 24 juillet 1863, M. X..., étudiant en médecine, contracte un chancre induré de la couronne di\ gland, avec une femme chez laquelle il constata peu de temps après une adénite inguinale.

Environ deux mois plus lard, adénopathies inguinales, syphilides érythémateuse et papuleuse, celte dernière principalement localisée à la paume des mains, plaques muqueuses multiples, nombreuses surtout à l'anus. — Pilules de Dupuytren pendant un mois. Bains sulfureux.

En février 18G4, nouveau chancre, auquel Cullerier assigne le nom d'ulcère induré, mais qui guérit en dix jours; le malade avait en môme temps des plaques muqueuses dans la bouche. Continuation du traitement mercuriel.

PÉRIODE d'ÉRCPTION GÉNÉRALE.

En juillet 1864, chancre phagédénique bientôt suivi de bubons suppurés qui ne cèdent pas au traitement abortif (Viisicatoires et badigeonnages à la teinture d'iode), et qui nécessitenU'ouverlure par le bistouri ; suppuration longue, cicatrisation lente malgré des soins minutieux.

En novembre 1 864, après excès de boissons et de femmes, apparition d'une roséole qui dure au moins trois semaines. — Dansle cours de janvier 1865, malaise, courbature, fatigue, fièvre par moments, bronchite légère et laryngite, en même temps qu'apparaissent des douleurs qui se localisent aux deux poignets. Ceux-ci deviennent bientôt le siège d'un gonflement notable et se recouvrent d'une rougeur disséminée sous forme de taches. Les douleurs sont plus violentes la nuit et pendant les mouvements. Le malade les compare volontiers à une sensation de brisement. (Proto-iodure de mercure, chaque jour 2 pilules de O6'',02o). Quinze jours de ce traitement font cesser les lésions articulaires, mais ceJles-ci se manifestent de nouveau un mois et demi plus tard et elles se localisent enfin aux membres supérieurs et principalement aux poignets ; cette fois elles sont plus violentes, mais le gonflement est moindre; la rougeur articulaire se présente encore sous forme de taches.

Cette seconde poussée articulaire durait depuis cinq à six jours, lorsque le malade, se mettant à l'usage de Tiodure de potassium, 1 gramme par jour, est débarrassé après quatre jours de l'emploi de ce médicament. En avril, il n'existe plus aucun accident. Santé générale bonne.

De ces deux observations nous pourrions rapprocher un cas que nous a dit avoir observé notre savant ami le docteur Charcot, et un autre qui se trouve inséré dans notre Mémoire à la Société de chirurgie. Ces faits, dans lesquels la lésion articulaire, toujours concomitante des éruptions syphilitiques secondaires, a suivi une évolution particulière, ne laissent, à notre avis, aucun doute sur le rapport de causalité qui rattache à la syphilis les désordres pathologiques dont il s'agit ; et la preuve en est que ces manifestations articulaires, auxquelles on avait pu attribuer une origine rhumatismale, n'ont cédé que le jour où, reconnaissant leur véritable nature, on eut recours à une médication antisyphililique.

Les symptômes propres aux arthropathies de la syphilis secondaire ont une grande ressemblance avec ceux du rhumatisme, Dana les deux maladies, les articulations sont le siège de gonflement, de rougeur et de douleur; mais, avec la syphilis, le gonflement articulaire est, en général, peu considérable, la rubéfaction est moins étendue. La douleur, que les malades comparent volontiers à une sensation de brisure ou de déchirement, est sujette h des exacerbations nocturnes, et peu exaltée par les mouvements. Les genoux,

186 SYPHILIS ACCIDEMELLE.

les poignets, les coudes, les articulations des doigts, étaient isolément on simultanément lésés dans les faits qui ont passé sous nos yeux. Une fois seulement il y avait de la sérosité épanchée dans l'une des articulations fémoro-tibiales. Rarement une seule articulation était affectée, et ce fait ne doit pas surprendre qui sait que la généralisation des états pathologiques est le propre de la syphilis à ce moment de son existence. Toutefois, si les arthropathies secondaires, de même que les arthropathies rhumatismales, sont multiples, disons qu'elles n'ont pas la mobilité de ces dernières et que leur durée est généralement plus longue, à moins que l'on ne fasse intervenir un traitejnent spécifique. La fièvre, d'ailleurs, est peu intense avec les localisations articulaires syphilitiques, qui, par là, se distinguent encore des manifestations rhumatismales, comme aussi par lèur coexistence avec des adénopalhies et des éruptions différentes de celles du rhumatisme.

Le pronostic des arthropathies syphilitiques secondaires est relativement peu sérieux, ce qui résulte de ce que ces affections, n'attaquant que la partie la plus superficielle des surfaces articulaires, ne laissent à leur suite aucun désordre consécutif dans les articulations.

d. Orchopathies secondaires. — Les testicules peuvent , comme les muscles et les os, subir l'influence de la syphilis secondaire. En effet, les affections syphilitiques de ces organes tantôt accompagnent ou suivent de près les éruptions exanthémaliques, tantôt se manifestent à une époque éloignée et beaucoup plus tardive. Vraisemblablement, l'altération morbide n'est pas tout à fait identique dans l'un et l'autre cas; mais, jusqu'ici, aucun fait, à notre connaissance du moins, n'a permis d'étudier les modifications anatomiques qui constituent l'aflection secondaire du testicule. Cette affection, quoi qu'il en soit, occupe de préférence l'épididyme, tandis que, plus tard, c'est la glande clle môme qui est tout particulièrement atteinte. Bassereau a vu une fois l'épididymite coïncider avec une syphilide érythémateuse. Dans cinq cas observés par Dron, la tumeur de l'épididyme s'est montrée le plus tôt deux mois après le chancre, le plus tard einq mois, en moyenne trois mois et demi. Ainsi, les manifestations secondaires du testicule ne peuvent être mises en doute ; mais comme ces manifestations sont beaucoup plus rares que celles qui surviennent à une période plus avancée, nous nous proposons de compléter leur étude lorsqu'il sera question de ces dernières.

pÉniODE d'éruption générale.

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