C. AFFECTIONS NERVEUSES
Les névralgies, et par ce mot nous entendons des douleurs fixes et non les douleurs vagues et erratiques dont il a déjà été question, ne sont pas absolument rares dans le cours de la période secondaire. Les nerfs encéphaliques y sont tout particulièrement prédisposés; aussi les névralgies du front et de la tête sont-elles les plus communes, quoique les autres nerfs ne soient pas toujours exempts de cette aflection. Dans tous les cas, ces névralgies n'ont aucun caractère spécifique; elles coexistent fréquemment avec une céphalée opiniâtre, et sont quelquefois intermittentes, ou même périodiques. Les antécédents du malade et les symptômes syphilitiques qui les accompagnent permettent de les rattacher à leur véritable cause, et de leur opposer un traitement efficace.
A cette époque de la syphilis, les paralysies ne sont pas fréquentes, celles-là dû moins qui se lient à une lésion matérielle des centres nerveux. Parmi les nombreuses observations que renferme noire ouvrage sur les affections nerveuses syphilitiques, il est un seul cas d'hémiplégie syphilitique secondaire, et encore n'indique-t-il aucune lésion cérébrale appréciable. Il s'agit, d'un homme jeune affecté d'un impétigo syphilitique, six mois après l'apparition d'un chancKP, et qui, presque subitement, est pris d'une hémiplégie droile. L'autopsie ne révèle aucune lésion appréciable à l'œil nu , il n'y a pas d'examen microscopique (1). Notre savant collègue, le docteur E. Vidal, a pu observer un cas assez semblable. L'hémiplégie survint peu de temps après la disparition de la roséole; la guérison ne fut pas tout à fait complète. Le docteur Kuh a rapporté tout récemment (2) un fait qui mérite d'être rapproché des précédents. Une femme âgée de 47 ans vit venir, quatre à cinq semaines après la manifestation d'un écoulement aux parties génitales, une syphilide papulo-squaraeusc avec adénopathie et alopécie. Quinze jours plus tard, elle éprouva de la céphalalgie, des douleurs dans l'œil droit, avec diminution de la vue de ce même côté, en môme temps que survint de la faiblesse des membres inférieurs. Dans l'examen que l'on fit de cette malade, quelques jours plus tard, on constata, outre ces symptômes, une irilis et des condylomes à la région des lèvres. La
(1) Obs. XLVi, p. 173.
(2) Prayer Med. Wochenschr. 23, 186^ ; et Schmldl's Jahrb. Bd. CXXV, s. 312.
faiblesse du membre inférieur gauche se changea bientôt en une paralysie complète, qui succéda avec la chute de la paupière de l'œil droit à une attaque convuisive. Par suite de l'emploi de l'iodure de potassium, une légère amélioration se manifesta, mais de nouvelles convulsions amenèrent l'apathie, la somnolence, la sterteuretenfin la mort. L'ouverture cadavérique montra une infiltration des méninges de la convexité par un exsudât jaune que l'on retrouva encore sous forme de petites masses dans l'épaisseur de la substance des hémisphères. Tels sont, à notre connaissance, les faits de lésions cérébrales secondaires ; maintenant que nous avons indiqué ces faits, nous nous garderons de les commenter. Ils sont trop peu nombreux, en effet, pour autoriser à admettre avec certitude l'existence de manifestations secondaires syphilitiques du côté de l'encéphale.
Une semblable réserve ne peut avoir lieu à l'égard de certaines paralysies locales, qui affectent particulièrement ceux des nerfs encéphaliques qui parcourent les canaux osseux de la base du crâne. Dans ces conditions toutefois, on se demande si la paralysie n'est pas plutôt un effet de l'altération du canal fibro-osseux que de celle du nerf lui-même, s'il ne s'agit pas simplement d'une paralysie indirecte. Le siège même de ces paralysies semble en effet justifier jusqu'à un certain point cette manière de voir.
Bassereau (1) a vu deux cas d'hémiplégie faciale apparaître peu de temps après le début d'une syphilide érylhémateuse. Davaine (2) a vu survenir cette affection un mois après les accidents primitifs. Plusieurs faits assez semblables ont été consignés par nous dans un travail antérieur (3). Depuis lors ont été publiés deux nouveaux cas (4) où, comme dans les faits précédents, l'hémiplégie faciale se montra avec une syphilide exanthématique. Enfin nous avons connaissance d'un dernier fait du même genre qui a été communiqué à la Société médicale du 2' arrondissement par le docteur Lefeuvre. Dans tous ces faits, l'hémiplégie faciale, le plus souvent subite, n'était pas tout à fait complète, le muscle orbiculaire des paupières était touché cependant, et l'excitabilité électrique était diminuée. Les symp-
(1) Traité des affect. de la peau sympt. de la syphilis, p. 76.
(2) Comptes rendus de la Société de biologie, t. IV, p. 109; IS52.
(3) Voir Léon Gros et Lancereaux, Des affect. nerv. syphilitiques, observ. lxviii,
LXIX, CCLVm, CCLIX, CCLX et CCLXI.
(4) Langleberf, Gaz. des hôiiitaux, p. 473; Bahuaud d'Angers, même journal, p. 582; 18G3.
pÉuioDE d'Éruption générale.
lômes anaraiiestiques ou concomitants ont seuls servi à fixer le diagnostic, car aucuu signe particulier ne venait révéler l'origine du mal.
Le pronostic des paralysies syphilitiques secondaires n'est pas trèssérieux, même lorsqu'on méconnaît leur liaison avec la syphilis; mais la connaissance de cette liaison 'permet d'activer la marche de la maladie et d'obtenir une guérison beaucoup plus prompte.
Dans rétude que nous avons faite des exanthèmes syphilitiques, nous avons dit quelques mots des principales manifestations secondaires des organes de l'olfaction et de l'audition. Nous n'avons pas à revenir sur ce sujet; cependant, pour compléter l'étude des lésions secondaires, nous devons faire connaître les affections fréquentes et trop souvent sérieuses des diverses membranes de l'œil.