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B. LÉSIONS SYPHILITIQUES DES, APONÉVROSES ET DES TENDONS

Malgré une organisation peu vasculaire, les aponévroses et les teQv dons n'échappent pas aux manifestations de la syphilis constitutionnelle. L'inflammation syphilitique adhésive est, en effet, essentiellement propre aux tissus fibreux, quel que soit leur degré de vascularilé. Les lésions que l'on constate dans ces dépendances du système musculaire ne diffèrent pas notablement de celles que nous venons de voir au sein des muscles. Elles consistent, en effet, ou dans un simple épaississement partiel (infiltration plastique, hyperplasie des éléments cellulaires), ou dans la présence de petites tumeurs (nodus) ou de noyaux durs (gommes) dans l'épaisseur des toiles membraneuses ou des cordons tendineux.

Connues d'Astruc (1) et d'un grand nombre de ses prédécesseurs, les lésions syphilitiques des membranes fibreuses et des tendons, ne peuvent être mises en doute, bien que les observations, sur lesquelles repose leur description, soient en général fort laconiques et souvent incomplètes.

Nous avons vu plus haut l'altération d'une des toiles aponévroliques des muscles de la jambe par une substance plastique qui l'infiltrait. Une semblable altération envahit parfois d'autres aponévroses. Celles-ci peuvent être aussi le siège de tumeurs gommeuses, mais plus rarement que les lendods. Tantôt ferj^es et solides, les gommes des tendons semblent produites par une hypertrophie circonscrite du tissu (Bouisson) ; tantôt plus molles et moins consistantes, elles paraissent tenir à un épanchement de matière comme gélatineuse. Le tendon qui les contient est à peine injecté ou altéré; si néanmoins l'ossification s'empare de ces productions, elle peut gagner toute la

(1) Traité des maladies vénériennes, t. IV, p. 11 et 75.

PÉRIODE DES PRODUCTIONS GOMMlîUSES. 26S

longueur du cordon fibreux; sinon rester limitée à la partie malade, et ainsi former une sorte d'os sésamoïde accidentel.

Ces tumeurs sedéveloppentà la surface, ou au centre des tendons. Le premier siège est le plus fréquent, apparaît une saillie plus ou moins abrupte sur le trajet du tendon , et lorsque survient la métamorphose régressive, la continuité de la corde fibreuse se trouve respectée. Quand ils occupent le centre même de cette corde, les produits de nouvelle formation écartent les fibres tendineuses, et la tumeur prend alors une forme ovoïde ou fusiforme. Bouisson a observé et dessiné une pareille tumeur qui siégeait dans l'un des tendons des fléchisseurs des doigts; la fluctuation était sensible à travers l'enveloppe fibreuse, et la tumeur avait à peu près la forme et le volume d'une amande. Cet auteur pense que l'affection désignée par Lisfranc sous le nom de nodosités blanches des tendons lU'est tout simplement qu'un cas particulier de nodus syphilitique. L'observation de Lisfranc (i) sur ce sujet a trait, comme on sait, à un danseur de l'Opéra, qui portait une tumeur volumineuse, développée dans le tendon d'Achille, et qui guérit par l'emploi de Tiodure de potassium.

Les tendons les plus épais et les plus résistants sont le siège le plus habituel des lésions syphilitiques. A cet égard, par conséquent, il convient de placer en première ligne le tendon d'Achille et celui du biceps ou du triceps crural. Nélaton a rencontré deux tumeurs gommeuses développées dans ce dernier tendon, oii elles simulaient un corps étranger du genou. Dans un autre cas observé dans le service du même professeur, la tumeur, qui occupait le droit antérieur de la cuisse, était devenue le point de départ d'une hydarthrose qu'il était facile de prendre pour une tumeur blanche (2).

Qu'elles affectent les aponévroses ou les tendons, les lésions syphilitiques sont ordinairement peu ou pas douloureuses. Cependant, lorsqu'elles occupent les tendons, elles sont, pendant la contraction des muscles correspondants aux tendons lésés, le siège d'une douleur quelquefois vive, et entravent ainsi plus ou moins les mouvements. Le plus souvent situées sous la peau, ces tumeurs tendineuses sont d'abord dures, petites et circonscrites; plus tard, lorsqu'elles se ramol-

(1) Gazelle des hôpitaux, 1842.

(2) S. Arrzomann, Tlièse de Paris, J868.

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lissent, la peau devient rouge, elle s^enflamme, s'ulcère, se perfore el livre passage au produit gommeux mortilié. Celui-ci n'est pas du pus, je l'ai dit plus haut, et déjà B. Bell (1) avait noté les différences qui le séparent du liquide purulent : « Cotte matic-re ténue, presque sans couleur, ou un peu teinte de sang, n'a peut-être jamais aucun des caraclcres du pus. » Les ulcères qui en résultent, ajoute le môme auteur, sont sordides et communément plus difficiles h guérir qu'aucun des autres qu'on observe dans cette maladie.

A une certaine époque de leur évolution, et lorsqu'elles commencent à se ramollir, les nodosités syphilitiques des tendons peuvent être d'un diagnostic facile; mais il n'en est pas de même dans la première phase de leur développement. Alors elles peuvent être confondues avec bienxl'autres tumeurs, et particulièrement avec ces petites tumeurs résultant d'une accumulation de sérosité dans les bourses muqueuses naturelles ou accidentelles, et auxquelles on a donné le Ht)m de ganglions. Ces dernières lésions sont réductibles, et leur évolution est bien différente de celle des tumeurs gommeuses. Certains névromes peuvent encore induire en erreur; mais leur siège un peu différent, et la douleur qui les accompagne, aident à les différencier (2).

Le pronostic de ces affections n'est généralement pas sérieux, en raison du peu d'importance fonctionnelle des organes lésés.

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