LÉSIONS SYPHIUTIQDES DES DOIGTS. — PANARIS SYPHILITIQUE
Van Oordt, Thèse de Paris, i8o9, p. 41 et 45. Gommes des tendons;. — Chassaignac, De la dactylite syphilitique, Clinique européenne, p. 239, 23 juillet i8o9. — Néiaton, Du panaris syphiliti(|ue, Gaz. des hôpitaux, fév, 1860, extrait dans Bullet. do thérapeutique, t. LVIII, p. 233. — Bekgh, Sur les lésions syphilitiques des ongles et le panaris syphilitique. HospitalTidendefTi" i^, 1860, traduit du danois dans Behrend's Syphilidolog. 111,3, 1861.
Les différents tissus qui entrent dans la composition des doigts peuvent être simultanément ou isolément atteints par la syphilis, et ainsi sont susceptibles d'être observées les diverses espèces de panaris admises parles auteurs. Nous n'avons pas à revenir sur l'onyxis,
(1) De la gonorrhée virulente et dila maladie vé}iérienne,l. II , p. 187, Pàfis, 1802 .
(2) Compar z : Nolla, Rech. sur une affection particulière des gadies tendineuses de la main, caractérisée par le développement d'une nodosité sur le tendon des fléchisseurs des doigts. Arch. gén. de médec, t. XXIV, i* série, p. 142.
dont il a été question plus haut. Qu'il nous suffise de rappeler que la peau des doigts est exposée aux manifestations syphilitiques de tout le système cutané, et par conséquent à des éruptions multiples. Le tissu cellulaire sous-cutané des doigts n'est pas sous ce rapport plus épargné que celui des autres régions. Des tumeurs gommeuses peuvent s'y développer (dactylite gommeuse). Le tendon de l'un des doigts médius est le siège d'un dépôt gomraeux dans l'une des observations (obs. IV) consignées dans la thèse Van Oordt. Il n'y a aucun motif pour que la synoviale et la gaîne fibreuse des tendons ou même les muscles inlerosseux ne subissent pas l'influence syphilitique. Quant au périoste et à l'os, ils ne sont pas plus exempts ici qu'ailleurs, et la dactylite périostite peut, à la rigueur, se terminer par carie et surtout par nécrose.
Le plus souvent, toutefois, ces diverses parties sont en même temps affectées, du moins à une certaine période, et alors il devient difficile de savoir quel a été le point de départ du processus morbide. Les faits jusqu'ici très-peu nombreux sur ce sujet nous engagent à donner ici, entre plusieurs autres, une observation intéressante rapportée par le professeur Nélalon dans l'une de ses cliniques. « Un homme âgé d'une cinquantaine d'années entre à l'hôpital de la Clinique pour se faire traiter d'une affection du doigt médius de la main droite. Il raconte que cette maladie s'est déjà reproduite deux fois; ce doigt est devenu gros et douloureux, puis ces accidents se sont dissipés graduellement, et finalement il a pu reprendre ses travaux, conservant toutefois son doigt un peu gros et un peu douloureux ; une seconde rechute eut lieu suivie d'une guérison apparente, comme la première fois; enfin, après la deuxième récidive, voici l'état que présente cet homme. Le médius de la main droite est plus volumineux qu'il ne devrait l'être. Il a environ 1 cenlimèlre de plus que son congénère du côté opposé. Cette augmentation de volume porte principalement sur la première phalange, un peu moins sur la seconde, elle est à peu près nulle sur la troisième. Les téguments, légèrement tendus, ont conservé leur aspect normal, ils offrent seulement une teinte violacée. Les mouvements sont peu gênés, la pression est faiblement douloiu'euse, mais il survient à divers instants de la journée et quelquefois pondant la nuit des douleurs spontanées.» Le même auteur rapporte en môme temps un autre fait qui a de grandes analogies avec le précédent.
ARTICLE m. — APPAUEIL GÉNITO-UniNAinE.
Nous avons précédemment fait connaître les localisations primitives et secondaires de la syphilis sur les organes génitaux. Les altérations tardives de ces organes chez l'homme et chez la femme, les lésions de l'appareil urinaire vont être maintenant l'objet de notre étude.
§ 1. — Organes génitaux de l'homme.
Asthuc, Traité des maladies vénériennes, trad. franç. de Louis, 1777. — Berij Bell, Traité de la Konorrhée virulente, etc., trad. franç. de Bosquillon. Paris, 1802, t. II, 190. — Dupuytren, Leçons orales de clinique chirurgicale, t. I. Paris, 1832. — Ast. Cooper, Diseases of the testis. London, 1835, p. 135, et Œuvres chirurgicales, trad. française par Richeiot et Chassaignac. Paris, 1837. — Hunter, Œuvres complètes, traduct. française, p. 580. Paris, 1841, — Hamilton, Essay on syphililic Sarcocele. Dublin, 1840. — Ph. BoYER, Testicule syphilitique. Gazelle méd., 1840, p. 754. — VtLPEAO, Dictionnaire en 30 volumes. — Ricohd, Clinique iconographique de l'hôpital des vénériens, et Gaz. des hôpitaux, 1845, p. 503. — John Hamilton, Essay on syphilitic Sarcocele. Dublin, 1849. — Hélot, Mémoire sur le testicule syphilitique, Journal de chirurg., t. IV, 1846, p. 106. — Vidal (de Cassis), Du Sarcocèle syphilitique. Mémoires de la Société de chirurgie, 18,51. — Nélaton, Gazette des hôpitaux, 8 avril 1852, et Annales des maladies delà peau, t. IV, 218. — Calvo, De l'albuginite syphilitique, etc.. Thèse de Paris, 1854. — B. Curling, Traité pratique des maladies du testicule, trad. franç. par L. Gosselin. Paris, 1857, p. 357. — Venot, Du Sarcocele syphilitique. Thèse de Paris, 1858. — Rollet, Mémoire sur le Sarcocèle fongueux syphilitique. Lyon, 1858. — Fossard, De l'orchlte tuberculeuse. Thèse de Paris, 1855. — M. Lebrun, Du Sarcocèle syphilitique. Thèse de Paris, 1855. — A. Lejeal, Du Sarcocèle syphilitique. Thèse de Paris, 1855. — Vidal (de Cassis), Du Sarcocèle syphilitique, ses effets sur le testicule et sur la virilité. Mém. de la Sociélc de chirurgie, 1856. — Virchow, Syphilis constit., trad. franç. Paris, 1859. — De Meric, Fungus of Ihe testicle in syphilis, The Lancel, March 19, 1859. — J. F. West, Sur le fungus syphilitique du testicule, dans Dublin Quarterly Journ. of med. Science, nov. 1859. — Ch. Hardy, Études sur les inflammations du testicule. Thèse de Paris, 1860, p. 48 et 49.— Lewin, Sludieii iiber Iloden, Deutsche Klinik, n» 24, 1861, et Canstatt's Jahresbericht, 1861. — Bergu, Om dem syphilit. Teslikellid. Hospit. Tidende, n=^9, M, 1861. — A. Dron, De l'épididymite ' s-^ph'diUqvm, Arckiv. générales de médeciiie, 0° série, t. II, nov. et déc. 1863. — Fr. Tendre, Il fungo benigno del testicolo e la Sifilide costituzionale. Napoli, 1863, et Ann. univers., t. 187 (4''série, 41), p. 170. — Verkeuil, Article Aine du Dicl. eitcyclopédùjue des Sciences médicales, t. II, p. 286.
A. AFFECTIONS SyPHir.ITIQUES DES TESTICULES ET DES KPIDIDYMES.
Signalées par Astruc et déjà bien décrites par B. Bell, les affections syphilitiques des testicules ont été mieux étudiées par A. Gooper (1) et par Dupuylren; mais c'est véritablement à Ricord, à Vidal (de Cassis), à Curling et au professeur Gosselin que sont dus les travaux les plus importants sur la matière.
Comme la plupart des lésions syphilitiques, les altérations du testicule dans la vérule se montrent sous deux formes distinctes, l'une diffuse, l'autre circonscrite; quelquefois combinées, d'autres fois isolées et indépendantes, ces deux formes morbides méritent, pour ce dernier motif, chacune une description séparée.
Étdde ànatomiqbe. — Forme diffuse. Orchite interstitielle. — Qu'elle envahisse une partie ou la totalité de l'organe, qu'elle soit simple ou double l'orclii te syphilitique diffuse est caractérisée, à son début, par une hypéréraie vasculaire, et bientôt après par l'apparition, au sein du tissu interstitiel ou connectif, de nombreux noyaux auxquels succèdent le plus souvent des fibres de tissu conjonctif. A cette dernière période, des cloisons blanchâtres, des cordons radiés etd'aspect tendineux, partant de la tunique albuginée épaissie, traversent une partie ou toute l'épaisseur de l'organe, s'insinuent entre les canalicules séminifères, les compriment et les écartent les uns des autres. D'abord confondus avec le tissu néoplasique, ces canalicules ne lardent pas à s'atrophier, et alors les cellules épithéliales qu'ils renferment, devenues granuleuses par suite du dépôt d'un pigment brun noirâtre, se détruisent peu à peu en subissant la métamorphose graisseuse. Le testicule devient alors dur, résistant, il crie sous le scalpel ; il n'est plus constitué en effet que par des élémentsde tissa connectif auxijuels s'ajoutent des particules de matière grasse, il a subi une véritable transformation fibro-graisseuse. En général plus volumineux au début de l'évolution pathologique, cet organe diminue plus tard de volume et se rapetisse peu à peu à mesure que se rétracte le tissu de nouvelle formation. De là résulte une atrophie générale si l'inflamma-
(1) On se fera une juste idée de l'invariabilité des caractères anatomiques des lésions syphilitiques du testicule, en comparant les planches laissées par A. Cooper avec celles que nous a léguées Ricord et celles qui font partie de ce travail. Il sera impossible, après cet examen, de ne pas reconnaître la spécificité des manifestations internes de la vérole.
lion est étendue, une dépression ressemblant à une cicatrice lorsque la phiegmasie est limitée ou seulement lobulaire. Dansées conditions, le cordon est le plus souvent intact; quelquefois cependant il s'est trouvé confondu de façon à ne faire plus qu'une seule masse avec le testicule.
La tunique vaginale participe le plus souvent, à l'altération du testicule (périorchite, vaginalite). Tout d'abord elle renferme de la sérosité, qui, plus tard, se résorbe lorsque ses deux feuillets viennent à se tapisser de dépôts pseudo-membraneux et à produire des adhérences plus ou moins complètes. La périorchite isolée et indépendante de la l'altération testiculaire est tout au moins fort rare, si toutefois elleexiste.
L'inflammation aiguë simple et non spécifique du testicule est à peu près la seule lésion qui puisse être confondue avec l'orchite syphilitique. Elle s'en distingue par une hypérémie et une friabiUté plus considérables, et surtout par une évolution beaucoup plus rapide, en sorte qu'elle ne produit ni le môme épaississement de la trame interstitielle, ni l'atrophie qui en résulte. L'inflammation qui succède à une blennorrhagie ou à tout autre désordre de l'urètre porte, avaul tout, sur le cordon et sur l'épididyme. Je ne chercherai pas à différencier l'orchite syphilitique de l'orchite chronique, dont l'existence n'est pas jusqu'ici nettement établie. Je pense, avec le professeur Gosse lin, que la plupart des cas d'orchite chronique connus peuvent bien avoir une origine syphilitique.
Forme circonscrite. Orchite gommeuse. — Cette forme coexiste fréquemment avec celle qui précède, et aux caractères ci-dessus signalés s'ajoutent alors ceux de lâ tumeur gommeuse (1). D'autres fois, les gommes du testicule se développent isolément, elles ont pour point de départ la tunique externe d'un vaisseau ou la membrane d'un canalicule sperniatique, elles sont le plus souvent multiples et dispersées en dillérents points 'ou groupées sur un seul. D'un volume qui varie de la grosseur d'une lentille à celle d'une noisette, d'une noix ou même d'un œuf, ces dépôts arrondis ou mamelouués, d'une coloration grisâtre ou d'un blanc jaunâtre, ont une consistauce ferme, qui devient plus molle vers le ceulre; à la coupe, ils sont secs plutôt qu'humides, c'est-à-dire qu'ils laissent échapper peu ou pas de liquide sous l'influence de la pression. De même que la plupart des
(I) Les planches de l'Iconographie de Ulcord et les nôLics fournissent des excmplea de cette double allcialion.
PÉKIODE DES PKODUCTIONS GOMMEUSES. 271
tumeurs gommeiises des organes internes, les gommes du testicule sont entourées dès leur début d'une aréole grisâtre, parcourue de vaisseaux visibles à l'œil nu; plus tard elles sont enveloppées d'une sorte de capsule fibreuse blanchâtre, dont il est parfois difficile de les séparer.
La constitution histologique de ces tumeurs n'est pas toujours parfaitement identique, au moins quant à la forme des éléments constitutifs; taudis que les unes sont presque entièrement fibreuses, les autres, au contraire, sont composées à peu près uniquement de noyaux ou de cellules. Dans un cas je n'ai pu y trouver que des éléments altérés et informes, des granulations graisseuses abondantes et des cristaux de matière grasse (margarine). Ces productions passent par les diverses phases que subit toute tumeur gommeuse, et la dégénérescence régressive y est en général d'autant plus avancée qu'on examine des parties plus centrales, d'où la possibilité dans certains cas de distinguer dans ces tumeurs trois zones distinctes par le degré d'altération des éléments.
S'il arrive qu'un seul testicule soit malade, quelquefois les deux organes sont simultanément affectés. Le corps du testicule est le siège ordinaire des dépôts syphilitiques; l'épididyme et le cordon spermatique, toutes les fois qu'un examen anatomique a pu être fait, n'étaient en général altérés que par suite de l'extension de l'alfection testiculaire. Ce siège sert à différencier la gomme du tubercule proprement dit, qui se développe d'habitude dans l'épaisseur de l'épididyme ; mais afec ce dernier coexistent ordinairement de petits tubercules miliaires et grisâtres (granulations tuberculeuses). L'évolution de ces produits n'est d'ailleurs pas identiijue ; le tubercule se ramollit plus rapidement, enflamme les tissus voisins, adhère à la peau et devient le siège de trajets fistuleux plus ou moins nombreux. Le cancer produit par l'hypergénèse des éléments de tissu conjonctif est une production vasculaire anatomiquement différente, par conséquent, de la tumeur gommeuse. Quand au contraire le néoplasme cancéreux est constitué par des cellules èpithéliales, ses éléments constitutifs le séparent nettement de toute production syphilitique.
Entre autres exemples d'altération gommeuse des testicules, nous donnons le suivant, dans lequel ces organes, plus volumineux qu'à l'état normal, sont presque entièrement constitués par une substance jaunâtre homogène quelque peu analogue au jaune de l'œuf bien cuit.
SYPHILIS ACCIDEINTELLE.
A peine, ea effet, Irouvait-on à la périphérie de celte masse à surface irrégulière et déprimée quelques vestiges de la tunique albuginée; cette membrane, qui avait subi une transformation identique à celle du reste de l'organe, n'était en aucune façon distincte.
Accidents syphilitiques traités à l'Hôpital du Midi, gommes et ulcères de la jambe; sarcocèle syphilitique; cachexie. — Mort et autopsie : gommes multipliées du foie; lésionsdes ganglions viscéraux, orchiteinlerstitielle et tumeurs gommeufes des testicules.
Obs.XXV. — D..., âgé de quarante-quatre ans, tailleur d'habits, fut longtemps traité à l'Hôpital du Midi, dans le service de M.CuUerier, pour une maladie syphilitique. Le5 avril 1862, ilentra àrhôpital delaPilié dans le service de M. Michon. C'est un homme d'une taille élevée, mais très-amaigri, qui offre toutes les apparences d'un état cachectique avancé, savoir : décoloration et teinte jaunâtre des téguments, œdème des membres inférieurs, mollesse et flaccidité des tissus, appétit presque nul et diarrhée. Il est d'une faiblesse excessive, et il demande plutôt à reprendre ses forces qu'à se faire traiter d'une large ulcération d'aspect gangreneux qu'il porte à la partie antérieure et inférieure de la jambe droite, et qui paraît résulter d'une gomme ancienne et ramollie. La faiblesse de ce malade croissant de plus en plus, il succombe au bout de quelques jours dans le marasme le plus complet (25 avril), sans avoir présenté d'autres symptômes que ceux qui viennent d'être rappelés.
Autopsie. — Les cheveux sont en grande partie conservés; plusieurs dents sont cariées; la couche épidermique est partout mince et légèrement desquammée, une large ulcération (0"',50 de diamèt.)sanieuse et verdàtre, un peu foncée, existe à la partie inférieure de la jambe droite. Le gland offre à sa partie antérieure et inférieure une perte de substance et une cicatrice qui a amené un hypospadias. On constate en outre quelques cicatrices blanches et irrégulières de la peau à la région antérieure de la poitrine et plusieurs croûtes d'eclhyma sur l'épaule droite. Absence de tumeurs osseuses ou musculaires.
Le cerveau est sain, mais pâle et décoloré. L',arachnoïde épaissie, grisâtfc au niveau du bulbe, adhère intimement à la substance nerveuse. Néomembrane de peu d'étendue à la surface interne de la dure- mère, au voisinage de la faux du cerveau. Les os sont intacts.
Cauite f/ioraci'îMe. — Le péricarde renferme une petite quantité de sérosité. Le cœur, large et mou, se trouve recouvert d'une légère couche de graisse et d'une plaque blanche et laiteuse. 11 est presque exsangue, et cependant on aperçoit à sa surface quelques taches ecchymotiques. Les valvules mitralcs sont un peu épaissies; le tissu du cœur n'est pas altéré.
Taches vineuses ccchymotiques et nombreuses à la surface des plèvres et plus particulièrement de la plèvre diaphragmaticjue. Absence d'adhérences, mais épanchemenl peu abondant et séro-sanguinolenl dans la ca-
■vité pleurale gauche. Adhérences nombreuses du poumon droit avec la paroi thoracique, intégrité de l'organe. Le poumon gauche est, au niveau de son bord postérieur, le siège d'une induration brunâtre due à une pneumonie avec ineitration sanguine.
Cavité abdominale. — Le foie, augmenté de volume , déborde le rebord des fausses côtes, son diamètre antéro-postérieur est de 0'",22, le transversal est de 0"',32. Cet organe adhère en plusieurs points avec les parties voisines et plus particulièrement avec le diaphragme, à l'aide de fausses membranes allongées et blanchâtres. Au niveau de chacune des adhérences il existe, soit une dépression plus ou moins profonde et comblée en partie par du tissu fibreux, soit une petite tumeur arrondie, blanchâtre, du volume d'un gros pois ou d'une noisette. La plupart des dépressions sont étoilées de trois branches, et les lèvres qui limitent la perte de substance sont réunies -par de fins tractus de tissu conjonctif. Les tumeurs que l'on remarque à la surface du foie sont enveloppées d'un tissu fibreux blanchâtre au-dessus du niveau duquel elles font saillie (pl. 1, fig. 5 et fig. 5'). Assez abondantes et régulièrement disséminées à la surface convexe du foie, ces petites tumeurs sont beaucoup plus rares à la face concave de cet organe. On en rencontre plusieurs au niveau du bord droit, l'une d'elles donne lieu à une échancrure manifeste de ce bord. Une trame fibreuse, au sein de laquelle se rencontrent des noyaux arrondis et de nombreuses granulations graisseuses, telle est la constitution des tumeurs dont il s'agit.
Dans le tissu grisâtre qui enveloppe ces tumeurs , il n'existe que des noyaux arrondis ou elliptiques et des fibres de lissu connectif. Les cellules hépatiques voisines des tumeurs sont remplies de graisse et déformées; mais dans le reste de l'étendue du foie, elles sont à peu près normales.
Il est facile de s'assurer que ces tumeurs sont, pour la plupart, développées au pourtour d'un canalicule biliaire. A leur centre, en effet, existe une tache jaune ou verdâtre, due à la présence de la matière colorante de la bile, et à laquelle un canalicule vient aboutir. La coloration des nodules est blanchâtre, leur consistance est assez ferme ; quelques-uns d'entre eux, plus mous, sont en même temps plus jaunâtres. Après une section de l'organe, on aperçoit plusieurs petits points grisâtres vers lesquels convergent des sillons fibreux; ainsi le même tissu rétractile que nous avons vu à la surface de l'organe enveloppant les tumeurs gommeuses se retrouve à l'intérieur où il semble indiquer l'existence de tumeurs antérieures en ces divers points. La coloration du parenchyme hépatique est jaunâtre, ce qui tient aux nombreuses granulations graisseuses que renferment les cellules propres du foie. Dans plusieurs endroits où il n'existe pas de tu meurs, on trouve encore quelques canalicules dilatés, avec épaississement de leurs parois, et contenant à leur intérieur \me matière colorante verdâtre.
La rate, augmentée de volume, est couverte de plaques laiteuses. Los ganglions de l'abdomen sont volumineux, d'un rouge grisâtre ou vineux, Lancereaux. ' 1 o
plus mous qu'à l'état normal et sans aucun doute altérés. Les reins sont pâles et décolorés, mais d'ailleurs sains. La vessie est saine. Le tube digestif est intact, à part une ulcération de petite étendue, mais profonde, qui se rencontre à l'union de l'S iliaque et du rectum.
Les deux testicules sont altérés. A la palpation, le testicule gauche est augmenté de volume, la sensation qu'il fournit est celle d'un corps piriforme ferme, légèrement irrégulier, partout également résistant. A droite, le volume en est peu modiûé, mais on sent des points indurés et élastiques qui paraissent avoir pour siège la tunique albuginée. L'examen anatomique de ces organes révèle à gauche une adhérence intime des deux feuillets de la tunique vaginale. Le feuillet viscéral, la tunique fibreuse ou albuginée, et la substance testiculaire sont confondus entre eux et forment une masse jaune élastique, peu friable et d'une consistance uniforme; cette masse, qui a le volume d'un giosœuf de poule et présente quelques bosselures à sa face antérieur e, est uniquement constituée par un produit nouveau, on n'y trouve plus de canalicules spermatiques. Toutefois, au voisinage de l'épididyme, la tunique albuginée se distingue encore de la substance sous-jacente ; la tunique vaginale s'y trouve épaissie, doublée d'une fausse membrane vasculaire; absence de liquide épanché. La substance, assez analogue à un jaune d'œuf bien cuit, qui remplace ce testicule est composée d'une matière fibroïde, de noyaux et de cellules parsemées de granulations. On y trouve de nombreux amas de cristaux de graisse {margarine) et d'abondantes granulations graisseuses.
Lorsque, par la dissection, on arrive à droite sous le feuillet pariétal de la tunique vaginale, on remarque la présence d'une vascularisation, et de plus un épaississement qui tient en grande partie aux adhérences qui unissent les deux feuillets; les adhérences sont nombreuses, et entre elles se trouve épanchée une petite quantité de sérosité. La tunique albuginée est épaissie aussi bien que les cloisons qui en émanent ; par-ci par-là, on aperçoit de petites tumeurs jaunâtres plus ou moins molles; la substance testiculaire présente une coloration jaunâtre disposée linéairement suivant la direction des canalicules spermatiques, un grand nombre de ces derniers renferment descellules épilhéliales altérées et des granulations graisseuses. Dans les parties molles et jaunâtres, les gouttes d'huile et les granulations graisseuses sont abondantes ; on trouve même des cristaux de cholestérine {pl. I, fig. 8 et fig. 8').
Sans parler ici de l'altération du foie, sur laquelle nous aurons à revenir, il y a lieu de penser que c'est dans les cas de ce genre et à la suite de l'envahissement de la tunique vaginale par le produit gommeux que l'on voit naître ces fongus syphilitiques du testicule qui naguère ont fixé l'alleniiondes observateurs d'une (açon plus particulière. On conçoit en effet que celle production, venant à se ramollir, puisse enflammer, ulcérer et même perforer le scrotum,
PÉRIODE DES PnODUCTIONS G0MMEU8ES. 275
d'où SOQ issue au dehors, et l'accident décrit sous le nom de fongus. Ce mécanisme, par conséquent, ne diffère en rien de celui que nous avons signalé à propos des gommes du tissu cellulaire sous-cutané. C'est à tort, à notre sens, qu'on a voulu faire provenir cet accident d'une suppuration du produit syphilitique. Il est bien évident qu'en pareil cas les éléments glandulaires qui avaient pu rester intacts, faisant hernie avec le dépôt gommeux, ne tardent pas à s'altérer, et que l'organe est toujours gravement compromis.
Étude SYHiPTOMATiQnE. — Les manifestations syphilitiques des testicules (orchite, gommes) ont un début insidieux; rarement une douleur violente traduit leur existence, de sorte que le malade ne s'aperçoit souvent de leur présence que par hasard ou par la gêne que détermine l'augmentation du volume de l'organe malade. Celuici s'accroît en effet peu à peu, il devient plus lourd, dur, ferme à la palpation; il est inégal et bosselé lorsque des gommes ont leur siège à sa surface ou que des fausses membranes épaisses occupent la tunique vaginale. Dans ces conditions, un certain degré de tiraillement exercé sur le cordon produit quelquefois des douleurs lombaires ou abdominales, et, suivant A. Cooper, le testicule lui-même peut être le siège d'une douleur peu intense s'exaspérant la nuit.
La sensibilité à la pression, si tant est qu'elle soit accrue au début, s'affaiblit avec la progression du mal, et le testicule peut devenir complètement indolore. Les bourses conservent leur coloration et leur souplesse, excepté dans les cas rares de fongus; le cordon et l'épididyme, le plus souvent intacts, sont enchâssés, le dernier du moins, dans la masse du testicule. Après un certain temps, l'organe affecté constitue en effet une masse ordinairement piriforme, relativement lourde, lisse ou le plus souvent parsemée de petites inégalités ; dans l'un de nos cas, il donnait la sensation d'une agglomération de tumeurs volumineuses, bosselées, arrondies et élastiques; d'autres fois, il est comme enveloppé d'une coque ferme et résistante; ce sont là autant de différences dont l'analomie pathologique rend parfaitement compte. L'hydrocèle, symptôme assez ordinaire du début de l'affection, est en général peu abondant, et est plus tard résorbé par les fausses membranes une fois organisées. Contrairement à l'opinion de Curling, il nous a paru que les deux testicules [)articipent le plus ordinairement à celte altération, qu'ils soient simultanément ou successivement affectés.
Les désirs vénériens sont faibles ou nuls. Les fonctions génératrices perdent peu à peu de leur énergie; l'érection devient de plus en plus difficile; la sécrétion" du sperme diminue, elle peut cesser complètement, si les deux testicules sont lésés, et de là l'impuissance et l'infécondité si fréquemment liées à l'existence de l'orchite syphilitique. Il suffit toutefois que l'un des organes reste sain pour qu'il n'y ail aucun trouble appréciable des fonctions génératrices, ainsi que le fait remarquer avec raison le professeur Gosselin.
Le fougus qui résulte d'une orchite syphilitique se présente sous forme d'une tumeur, en général régulière^ d'une consistance partout égale, ayant assez l'aspect d'un chapeau de champignon. La surface de cette tumeur est granuleuse, elle sécrète un pas louable et de bonne nature. La peau qui la circonscrit est parfaitement libre et intacte, les ganglions inguinaux correspondants sont sains.
L'orchopathie syphilitique se montre quelquefois dans l'année qui suit l'infection primitive, et alors elle peut coexister avec certaines éruptions précoces, l'iritis et la périostite; ou bien elle survient tardivement, c'est-à-dire, trois, cinq, ou même dix ans après l'accident primitif, et simultanément avec les affections des viscères. A l'une et à l'autre de ces deux époques, l'affection dont il s'agit est quelque peu différente dans son siège, dans sa marche et dans son aptitude à céder aux remèdes. En général, plus elle est rapprochée du début de la maladie, plus son développement est rapide, plus aussi elle manifeste de tendance à envahir l'épididyme. Car, s'il est vrai que cette portion de la glande spermatique n'est jamais primitivement affectée dans la période tertiaire, il n'en est pas de même dans la période secondaire. Quelques auteurs pensent, en effet, que la syphilis peut déterminer dans l'épididyme des modifications tout à fait indépendantes de celles du testicule, et ils admettent parallèlement à l'orchite syphilitique une épididymile de même nature. Le docteur Dron {{) a tout particulièrement insisté sur ce point. Après avoir résumé les opinions des auteurs sur la matière, il rapporte un nombre d'observations assez imposant pour qu'il y ait lieu de ne plus mettre en doute l'épididymite syphilitique. Un premier point ressort de ces observations, c'est que l'altération dont il s'agit atteint d'ordinaire les deux épididymes à la fois et qu'elle a son siège le plus habituel au
(1) De l'épydidimitc syphilitique [Archives de médecine, 1863).
niveau du globus major. Un autre point non moins important est l'époque d'apparition de cette lésion des épididymes par rapport aux manifestations diverses de la syphilis. Or, les recherches en question nous apprennent que c'est en moyenne trois mois et demi après l'accident primitif que se montre cette altération, en même temps par conséquent que les éruptions superficielles précoces.
On constate au niveau de l'épididyme l'existence d'une tumeur fermCj résistante, solide, inégale et bosselée, appliquée contre le testicule sans jamais l'emboîter, et ainsi distincte delà glande séminale. Indolente, cette tumeur passe souvent inaperçue pour le malade, et, après une durée en général fort longue, elle finit par se résoudre sans avoir entravé les fonctions de l'organe lésé.
L'orchite syphilitique, affection toujours lente dans son évolution, et d'une durée qui parfois dépasse une année, subit des phases diverses dont le dernier terme peut être la transformation fibreuse et l'atrophie de l'organe malade.
La transformation calcaire de cette altération, quoique possible, ne repose encore sur aucun fait avéré. Quant à la suppuration, tout porte à croire que le testicule syphilitique n'y est pas plus sujet que les autres organes. Cette opinion, qui est celle du professeur Gosselin, de Ricord et la nôtre, a l'avantage de reposer sur des faits nombreux. La destruction du testicule est loin d'être un phénomène constant, et Curling pense que l'orchite syphihtique guérit habituellement. En tout cas, il peut y avoir conservation de la fonction lorsqu'on fait intervenir assez tôt, c'est-à-dire avant l'atrophie complète des canalicules spermatiques, un traitement approprié. Gosselin a pu s'assurer que le sperme arrivait alors à recouvrer ses qualités normales.
Les gommes finissent en général par se résoudre, laissant àleur suite une altération plus ou moins profonde du testicule; sinon, leur ramollissement rapide donne lieu à des foyers qui ulcèrent les parties voisines, et de là un fongus simple, ainsi qu'il est prouvé par les observations de Rollet, de Gosselin et de plusieurs autres observateurs.
Diagnostic. — Les affections avec lesquelles il est possible de confondre le sarcocèle syphilitique sont nombreuses ; les orchites blennorrhagiques et toutes celles qui ont le canal de l'urètre pour point de départ s'en distinguent par ce fait qu'elles sont précédées d'une urétrite et qu'elles commencent par l'altération du cordon spermatique et de l'épididyme. L'orchite aiguë spontanée ou traumatique
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se reconnaît à une douleur vive avec gonflement du testicule et rougeur des bourses. L'orcliite chronique non spécifique est plus difficilement séparable ; mais, ainsi qu'il a déjà été dit, les faiis qui ont servi à éditier cette dernière affection sont vraisemblablement, du moins pour la plupart, sous la dépendance d'une infection syphilitique méconnue. Quoi qu'il en soit, la tendance à affecter les deux testicules, la résistance à la suppuration, une infection syphilitique préalable, telles sont les circonstances qui plaident en faveur du sarcoccle syphilitique. Des douleurs lancinantes, un accroissement rapide, des bosselures saillantes et irrégulières qui ne tardent pas à se ramoUir, l'altération consécutive des bourses et des ganglions lombaires, c'est en quoi consistent les signes qui caractérisent le cancer des testicules, et qui le différencient de l'orchite syphilitique. L'affection tuberculeuse des testicules débute en général par l'épididyme, elle n'envahit pas entièrement le corps de la glande, elle ne tarde pas à adhérer aux bourses, à modifier l'état normal du scrotum et à produire en dernier lieu des abcès bientôt suivis de trajets fistuleux, ce qui n'arrive pas dans le sarcoccle syphilitique. De plus l'hydrocèle est très-rare dans l'affection tuberculeuse qui du reste est le plus souvent accompagnée d'une lésion analogue de la prostate et des vésicules séminales.
Pronostic. — Considérée en elle-même, l'affection syphilitique du testicule n'est pas dangereuse, puisqu'elle ne compromet en rien l'existence de l'individu et qu'elle cède le plus souvent à un traitement approprié. Dans quelques cas pourtant, elle présente un certain degré de gravité en raison de sa longue durée, de la possibilité d'une transformation fibreuse ou peut-être calcaire et de la destruction des éléments sécréteurs, conditions dans lesquelles les fonctions génératrices se trouvent pour toujours abolies. Comme la |)lupart désaffections syphilitiques du reste, l'orchite est sujette à récidives.
B. AFFECTIONS SYPHIUTIQUES DES CANACX DÉFÉRENTS, DES VÉSICULES SÉMINALES