A. AFFECTIONS SYPHILITIQUES DES OVAIRES
Non moins importantes et non moins fréquentes peut-être que les affections des testicules, les lésions syphilitiques des ovaires ont si peu fixé l'attention des observateurs, qu'un grand nombre de médecins doutent encore de l'action possible de la syphilis sur ces organes. Astruc (1) parle cependant de tophus, de squirrhes et de tumeurs ovariennes; mais ce qu'il dit à cet égard est tellement vague et entaché des théories de l'époque, qu'il n'est guère possible de tenir compte de ses indications. Après Astruc, le docteur Richet est peut-être le seul auteur qui fasse mention de ces altérations; parlant des tumeurs du sein, on y rencontre déplus, dit-il, une variété de tumeurs sur laquelle aucun auteur, que je sache, n'a insisté, et qui survient sous l'influence de la diathèse syphilitique : c'est ce que j'appellerai la tumeur syphilitique du sein, analogue à celle de nom semblable qu'on ti'ouve au testicule et dont j'ai également recueilli quelques observations pour l'ovaire (2). On trouve bien dans une thèse, soutenue en 1858 devant la faculté de Paris, le passage suivant dont nous n'avons pu retrouver le texte original : « Il a été lu le 29 juin 1858, à la Société anatomique, l'observation d'une jeune fille de 12 ans (service de M. Blache, hôpital des enfants) présentant des tumeurs gommeuses des deux ovaires, qui furent reconnues au microscope, ainsi qu'un& autre située dans le tissu cellulaire sous-cutané du cuir chevelu (3). » Mais cette courte note laisse tout au moins à douter sur la nature de l'altération ovarienne. A ces seules données se réduisent nos connaissances sur les alfections syphilitiques des ovaires ; l'histoire de ces affections reste donc à faire tout entière. Leur fréquence rela* tive n'est nullement connue ; mais, en raison de leur structure fibreuse, les ovaires semblent particulièrement prédisposés ;iux lésions syphilitiques. Celles de ces lésions que nous connaissons ont du reste la plus grande analogie avec celles des testicules, et il y a lieu de leur reconnaître les mêmes formes anatomiques, diffuse et circonscrite. La forme diffuse ou ovarite syphilitique n'a été vue par nous qu'à la
(1) Loc. cit., t, IV, p. 103.
(2) Traité d'aïuUoinie chirurg. Paris, 1857.
(3) Ihé^twi, Élude sur les tumeurs gommeuses du tissu cellulaire et des muscles . Thèse de Paris, p. 30, 1858.
période atrophique, mais elle présente une telle ressemblance avec l'orchite syphilitique qu'il est permis de croire qu'elle suit la même évolution, à savoir : au début, multiplication des éléments du tissu conjonctif et augmentation de volume de l'organe ; plus tard organisation ou développement complet de ces éléments, épaississement fibreux (1), induration ; puis, peu à peu, rétraction et atrophie : c'est du moins ce que paraissent indiquer plusieurs de nos faits où, chez des femmes non encore arrivées à l'âge de la ménopause, nous avons trouvé des ovaires d'un volume ordinaire ou petit, mais entièrement fibreux, quelquefois parsemés de cicatrices et ne renfermant plus de vésicules de Grraafe. La forme gommeuse de la syphilis ovarique présente la plus grande analogie avec l'orchite gommeuse, comme le prouve la figure de la planche II, que nous devons à l'obligeance du docteur Richet. L'ovaire volumineux contient une masse molle, sèche, jaunâtre qui trahit parfaitement son origine spécifique. Un cas que le docteur Lécorché a communiqué à la Société de biologie donne lieu de penser que ces productions sont susceptibles de se calcifier. « A la surface de la coque fibreuse de chaque ovaire, on aperçoit, dit notre collègue et ami, des dépôts
(1) Chez une fille de 33 ans, qui avait eu des accidents syphilitiques, et qui succomba à l'hôpital delà Pitié, j'ai trouvé ce genre d'altération.
Cette fille, brodeuse, était entrée à l'hôpital le 4 février 1860, et se trouvait couchée au n" 24 de la salle Sainte-Marthe. Elle avait eu des accidents de vérole constitutionnelle dix ans auparavant. A son entrée à l'hôpital, elle présentait une hémiplégie faciale du côté gauche et une paralysie du moteur oculaire externe ; elle accusait des douleurs nocturnes violentes dans la tête et aussi dans les tibias. Déjà elle avait prispour combattre ces douleurs ostéocopes de l'iodure de potassium , qui les avait fait disparaître. Cette fois l'action du médicament fut sans résultat (lgr,50] ; la malade finit par succomber après avoir eu des vomissements, et sur la fin un peu de délire.
A l'autopsie, pas trace de cicatrices sur la surface cutanée, rien de particulier aux os du crâne ni aux méninges; les glandes de Pacchioni sont nombreuses et développées. Le cerveau a une consistance à peu près normale (les facultés intellectuelles étaient bien conservées) ; les ventricules sont un peu dilatés, mais rien d'apparent au niveau des nerfs faciaux et oculo-moteurs externes; les os de la base ne furent pas examinés.
Dans le petit bassin il existait des adhérences entre l'ovaire, l'utérus et les parties voisines; le cul-de-sac péritonéal contenait une petite quantité de pus; les reins étaient couverts d'une couche de pus, ainsi que les uretères; il semblait que l'inflammation et la suppuration avaient pu fuser le long de ces conduits.
L'un des ovaires, plus volumineux, est le siège d'une induration blanche disposée par plaques, il est manifestement lésé dans sa plus grande étendue, il adhère à la trompe et aux parties voisines. Le col de l'utérus est infléchi sur la partie antérieure du corps.
calcaires nombreux qui font effervescence avec l'acide azotique et qui se sont formés sans doute sous l'infliience d'inflammations fréquentes et répétées. » Il s'agissait dans ce cas d'une femme atteinte de cachexie et présentant une syphilide papuleuso à la région frontale. On trouva dans les poumons trois masses qu'on crut tuberculeuses, mais que nous serions tenté de regarder plutôt comme des tumeurs gommenses.
Etdde symptomatique. — Les symptômes qui s'associent aux lésions dont il s'agit, fixent peu l'attenlion ; aussi, sans l'examen cadavérique, ces lésions passent-elles le plus souvent inaperçues. Une douleur sourde, obtuse, peu intense, semble constituer parfois le seul symptôme de la syphilis ovarique ; mais un trouble plus fréquent et à la fuis très-difficile à constater, c'est l'abolition de la fonction de reproduction. L'anaphrodisie, la stérilité, paraissent être en effet une conséquence nécessaire des désordres anatomiques que nous venons de signaler, pourvu toutefois que les deux ovaires soient affectés. En raison de leur siège, ces organes sont peu accessibles à nos moyens d'investigation, mais il est possible néanmoins de constater, dans certains cas, une augmentation de leur volume manifeste à la palpalion abdominale et au toucher vaginal combinés.
Chez une malade âgée de 43 ans que nous avons observée en i859, lorsque nous avions l'honneur d'être l'interne du professeur Laugier, il existait, en même temps que des douleurs osléocopesdu crâne, deux tumeurs du volume d'un œu; , situées à la région des ovaires et allongées suivant la direction du ligament large. L'iodure de potassium administré p;ir notre savant maître, dans l'hypothèse d'une affection syphilitique des ovaires, amena une diminution ra[)ide de ces tumeurs, et après 20 jours de traitement, quand la malade demanda sa sortie, on put consiaterque l'une d'elles, celle du côté gauche, avait disparu, car on ne la retrouvait plus à la palpation. Une chute faite sur l'abdomen, telle était, au dire de lamalade, l'occasion du dcveloppement de ces productions.
Diagnostic et Pronostic. — Le diagnostic de la syphilis ovarique est difficile; il repose, en dehors du trouble ou de l'abolition des fonctions génératrices, sur les antécédents de la malade, la concomitance d'accidents sy[)hiliiiqucs, l'état cachectique, et, dans certains cas, sur la présence d'une ou de deux tumeurs à la région des ovaires, et la modification rapide qui peut résulter d'un traitement spécifique. Le ])ro-
nostic est sans gravité au point de vue de l'individu ; il n'a d'importance qu'autant qu'il est envisagé par rapport à l'espèce.
B. AFFECTIONS SYPHILITIQUES DES TROMPES UTÉRINES, DE t'UTÉRUS ET DU VAGIN.
P. Maynard, in Aphrod. Luisin., p. 392. — Gosselin, Archiv. générales de médecine, t. II, p. 145, 1848. — Robert, Affection du col utérin. Thèse de concours. Paris, 1848, p. 37 et 38. — Bernutz, Des affections syphilitiques de l'utérus. Mémoire lu à la Société médicale des hôpitaux, 1855. — Stan. RossiGNOLjAperçu médical sur la maison de Saint-Lazare. Thèse de Paris, 1856. — Mac-Clintoock, Sur les tumeurs des lèvres, du clitoris et du vagin, Schmidt's Jahrb.,l. CXIX, p. 56.— N.Venot,Du chancre de l'utérus. Journal de Bordeaux, 8' série, Vlll, p. 554. —Sigmund, Syphilis an dem Scheidentheile der Gebarmulter; Spital Zeitung, 8 et 9, 1863.
Aucun fait, à ma connaissance, ne mentionne l'altération syphilitique des trompes utérines, mais on conçoit facilement la possibilité d'action de la syphilis sur ces conducteurs des ovules. Des manifestationssyphilitiques diverses appartiennent à l'utérus. Gosselin, Robert, Bernutz, Rossignol, ont étudié avec soin l'accident primitif et les localisations syphilitiques secondaires du col utérin. Mais à côté de ces affections qui ne doivent plus nous occuper ici, l'utérus ne peut-il, ainsi que la plupart des organes internes, subir l'influence de la syphilis arrivée à sa période la plus avancée? A la vérité, quoique je ne possède aucun fait personnel, je ne pense pas, néanmoins, qu'il puisse y avoir de doute à cet égard. Dans son fameux Traité des maladies vénériennes, Astruc n'oublie pas plus les alfections delà matrice que celles des autres viscères, et après avoir parlé des ulcères de l'utérus, il signale le squirrhe vénérien qui souvent dégénère en cancer et produit par degrés la douleur, les élancements, l'ulcération. Qu'entend parla cet auteur? C'est ce qu'il est difficile de préciser: dans l'hypothèse d'une induration cancéreuse, il faut reconnaître que l'altération signalée par Astruc n'a aucun rapport avec la vérole; mais dans le cas contraire, elle pourrait bien avoir quelque liaison avec cette maladie, et il serait possible de songer à l'une de ces productions gommeusos qui ne sont du reste pas très-rares dans les viscères.
Depuis Astriic, on s'est peu occupé des métropathies syphilitiques tertiaires. Le docteur Whiiehead (1) prétend que l'utérus peut devenir le
(I) De la transmission des parents aux enfants de quelques formes de maladies. Londres, 1857. Analyse dans Archives gêner, de médecine, t. II, p. 375, 1857.
siège de lésions spéciales dépendantes de la lues venerea. Ce sont : 1" riiyperlrophie, avec ou sans induration, occupant d'abord le segment inférieur de l'utérus, et s'étendant à une portion plus ou moins étendue ou à la totalitédecet organe; 2" l'éry thème présentant une surface d'un rouge foncé, lisse ou parsemée d'élevures blanches, connues sous le nom d'hypertrophies folliculeuses ; 3° les excoriations ; 4» les ulcérations aphtheuses; 5" l'endométrite ; 6° les excroissances verruqueuses. Ces lésions, en admettant qu'on pût les rattacher à la syphilis, ce qui n'est rien moins que prouvé, appartiendraient en tout cas aux premières périodes plutôt qu'à la dernière; mais rien ne conduit à penser que la plupart d'entre elles aient une origine syphilitique, on pourrait même dire que c'est tout l'opposé.
Il y a cepend nt des faits oîi des médecins instruits, portés à soupçonner une lésion tertiaire de l'utérus, ont pu voir leur diagnostic justifié par les bons effets d'un traitement spécifique.
Chez une malade qui avait eu trois enfants syphilitiques et scrofuleux, on découvrit un engorgement dur et mamelonné du col de Tutérus qui dilatait et amplifiait le fond du vagin ; sa superficie lisse présentait une dépression avec inégalité en dehors de la commissure gauche du museau de tanche, et là où le toucher devenait beaucoup plus douloureux, il sembla qu'il existait une ulcération. La malade ne voulut pas se soumettre à l'exploration par le spéculum. Il s'écoulait incessamment de la vulve une humeur jaunâtre et parfois sanguinolente, d'une odeur fade et nauséabonde. Outre les douleurs continuelles des reins et la sensation d'une brûlure dans le bas du bassin, des douleurs lancinantes revenaient à des intervalles assez rapprochés, et pendant la nuit réveillaient subitement la malade, quand, accablée par le mal et les fatigues, elle se livrait à quelques instants de repos. Sous l'influence de frictions faites à la partie interne des cuisses, avec le calomel incorporé dans de l'axonge, en moins de trois mois, le col de l'utérus reprit son volume ordinaire et les règles se rétablirent.
La maladie récidiva; on putcroire à l'existence d'un squirrhe ulcéré du col del'ullérus, tant était volumineux et dur l'engorgement, tant l'ulcération était large et profonde. Cependant, gi àce à la connaissance des antécédents vénériens du mari, les mêmes moyens qui dès le principe du mal avaient produit d'heunux efiéls, ayant été mis en usage et renforcés par les boissons sudorifi(iues et des pilules de deutochlorure, laguérison se fit assez promptement et d'une manière si complète, que, depuis six ans, elle ne s'est pas démentie (I).
Madame E,..., âgée de cinquante ans, d'une bonne santé habituelle, n'a pas eu d'enfants depuis une douzaine d'années qu'elle est mariée en se-
(1) Duparcque, Maladies de la matrice, p. 133. Taris.
condes noces, et cela bien que son second mari en ait eu d'un premier lit. Avec son premier mari, cette dame a eu trois enfants, qui tous trois sont morts, le premier au bout de trois ans, il présentait des boutons sur le corps; le deuxième, après 18 mois, est mort dans les convulsions; le troisième enfin n'a vécu que i 5 jours. Elle ne |"se souvient pas d'avoir ja- ' mais eu le moindre àccidenl vénérien, mais elle pense que son premier mari, qui est mort jeune et à la suite d'excès, a été atteint d'accidents de ce genre. Madame E.... fait remonter à 6 mois le début de ses souffrances; elle a commencé à ressentir des maux de reins et de la fatigue dans les jambes; puis peu à peu elle a éprouvé des douleurs de plus en plus vives dans les cuisses, il est survenu de la constipation, et l'expulsion des matières fécales est douloureuse; un écoulement assez abondant d'une matière jaunâtre verdâtre, tachant le linge, s'était montré quelques mois plus tard. Le teint est d'un jaune profondément cachectique; la face amaigrie exprime la souffrance, les yeux sont caves, plombés; l'appétit estpresque nul, l'amaigrissement prononcé ; les nuits sont mauvaises, le décubitus dorsal est fatigant, des rêves fréquents interrompent le sommeil. Au fond du vagin on trouve une masse de la grosseur environ d'une tête de fœtus de sept mois ; cette masse, plutôt dure que molle, un peu bosselée, est • sans aucun point mou ou fluctuant. Elle est libre dans le bassin , comprimant à la fois et le rectum et la vessie. Elle ne paraît ulcérée en aucun point. Elle constitue une tumeur sans forme déterminée, et c'est à peine si au milieu on sent un léger hiatus qui peut être le museau de tanche. La palpation par le ventre donne la sensation d'un corps dur, arrondi, remontant à trois travers de doigt au-dessus du pubis. L'examen au spéculum n'apprend rien, il n'existe aucune ulcération.
Le diagnostic reste indécis ; le professeur Velpeau, consulté, ordonne l'iodure de potassium à l'intérieur et des frictions sur le ventre avec une pommade d'iodure de plomb. Vingt-cinq jours plus tard, la malade était mieux, et on constatait au devant du tibia gauche l'existence d'une périostose gommeuse. La tumeur utérine avait diminué de près de moitié; on pouvait aisément la contourner avec le doigt; le col de l'utérus était appréciable et le doigt donnait la sensation d'un corps à peu près sain, en place de cette sensation de dureté qui existait primitivement.
C'est dans ces conditions que M. Velpeau revoit la malade, et que supposant avoir affaire à une affection syphilitique, il conseille de prendre matin et soir une pilule avec i centigramme de sublimé, etc.
Six semaines plus tard, l'utérus présente au toucher son aspect normal sa consistance ordinaire; on ne trouve plus aucune bosselure, il n'existe plus de douleurs aux reins, ni aux cuisses, ni au ventre. La tumeur de la jambe s'est fondue aussi, laissant à sa place un petit noyau oblong, induré et complètement indolore, même à la pression. Madame E.... a recouvré toutes ses forces ; son teint est rosé , son appétit très-grand, et son embonpoint est parfaitement revenu (1).
(!) Montanier, Gazette des hôpitaux, I8G2, p. 450.
Ces faits, bien que peu nombreux , conduisent à croire que l'utérus, comme la plupart des organes internes, est susceptible d'être affecté dans le cours de la syphilis tertiaire. L'altération dont cet organe peut être le siège n'a pas, il est vrai, été constatée de visu; mais il est probable, si Ton s'en rapporte aux sensations fournies par le loucher, qu'elle ne doit pas différer de celle que nous retrouvons partout ailleurs. Ce serait encore par conséquent l'inflammation interstitielle produisant une induration plus ou moins étendue, ou le produit spécifique auquel nous donnons le nom de gomme, qui constituei'ait ici la lésion utérine.
Ne serait-il pas possible d'expliquer la rareté de ces lésions par la facilité qu'il y a de les confondre avec les altérations les plus ordinaires de l'utérus et les tumeurs fibreuses en particulier? L'examen de toute malade et de toute la maladie doit être ici de la plus grande importance pour la détermination anatomique et cliniquede l'affection en question. La marche, du reste assez différente, des lésions cancéreuses et des lésions syphilitiques finirait certainement par éclaircir le diagnostic, s'il restait douteux.
Déjà rarement affecté dans les périodes primitive et secondaire, le vagin est encore moins fréquemment lésé dans la période tertiaire de la syphilis. Jusqu'ici, du moins, on connaît peu d'altérations de ce conduit auxquelles il soit possible d'attribuer sûrement une origine syphilitique. Ce canal pourtant, on le conçoit, peut être le siège de tumeurs gommeuses, d'ulcérations plus ou moins profondes, lesquelles, en se cicatrisant, sont susceptibles d'amener un rétrécissement plus ou moins considérable. Si dans les travaux récents nous trouvons peu de faits à l'appui de cette manière de voir, disons au moins qu'il est possible d'en rencontrer quelques-uns chez les anciens auteurs. Le cas suivant ne manque pas d'intérêt, malgré son ancienneté. « Mu~ lierem etiam vidimus (dit Ant. Benivenius), cui morbus quem vulgo gallicum appellant, totam vulvam eroserat, et incuria medici, quicquid erosum fuerat^ oris invieem junctis obcalluit. Indeque sola wina, et ea ex parvo quidem foramine reddebatur. Huic nos (proplerea quod callus ipse altior esset, quam ut citra mortis discrimen incidi posse aeslimaremus), consuluimus, ut incurata polius vivere, (juam tanto se periculo exponere vellet (1). » Cette dernière lésion,qui peut met-
(l)De abdilismorbor. causis, obs. xxxi, p. 235, elAphrodis., p. 85 du supplément.
tre obstacle à l'accouchement, est encore, de même que celles qui portent sur l'utérus et les ovaires, susceptible de produire un symptôme déjà signalé par Asiruc (1). Ce symptôme à causes multiples, qui est la stérilité, s'observe d'une façon du reste assez fréquente dans le cours de la syphilis; mais à côté de lui, il en est un autre qu'il n'est pas moins important de connaître, c'est l'avortement. Ce dernier efifet de la syphilis, le plus souvent inhérent au fœtus, nous occupera plus loin. Disons qu'il n'est pas bien démontré qu'il puisse tenir parfois à une simple lésion du placenta ou de la matrice. A la vérité, on trouve dans le travail cité de Wilks (2) un petit nombre de faits tendant à faire croire que la syphilis n'est pas sans action sur le placenta, et bien qu'il soit fait mention dans ces cas de l'existence de fausses membranes produisant un épaississeraent du chorion, rien ne prouve que ce soit réellement celte lésion qui ait été la cause véritable de l'avortement, et il y a tout lieu de penser que, dans ces cas comme dans beaucoup d'autres, la mort du fœtus a été la conséquence de la syphilis héréditaire. C'est un point du reste sur lequel nous nous expliquerons ailleurs.
§ 3. — Organes urinaires dans les deux sexes.
A. AFFECTIONS SYPHILITIQUES DU CANAL DE l'dRÈTRE, DE LA VESSIE ET DES
URETÈRES.
Une certaine analogie de structure semble indiquer que le canal de l'urètre peut, par le fait de la syphilis, présenter des altérations analogues à celles que l'on observe dans le conduit trachéen ou dans le canal digestif. Or, sur ce point, l'observation est venue confirmer les prévisions de l'esprit, en montrant dans les canaux urinaires et dans lesconduiisaériensdes désordres anatoraiques très-analogues.
«Les ulcérations et les cicatrices du canal de l'urètre sont très-bien connues, dit Virchow, elles ont exactement le même caractère que celles du larynx; j'ai rencontré quelquefois ces lésions dans l'urètre de la femme, et j'ai décrit avec détail (3) le cas d'une personne chez laquellel'ulcération s'était étendue jusqu'à la vessie et était cicatrisée. » Nos faits ne nous permettent malheureusement ni de confirmer, ni
(1) Traité des maladies vénériennes, t. IV, p. 15 et 104.
(2) On the syphilitic affect. of internai organs, p. GO.
(3) Wûrzburfjer Verhandlmyen, vol. III, p. 36G.
d'infirmer les assertions du professeur de Berlin. L'étude des lésions syphilitiques tertiaires delà membrane muqueuse ou du tissu sous-muqueux des organes en question demande en tout cas des recherches plus complètes. Relativement aux altérations descorps caverneux, nous possédons des données un peu plus étendues. « Quelquefois, dit Ricord, chez un malade à la troisième période de la vérole, il arrive qu'un petit point dur se manifeste dans les corps caverneux de la verge ou dans l'un d'eux. Un jour, sans avoir été averti par aucune douleur, par aucun phénomène appréciable, le malade sent, dans l'épaisseur de la verge, une petite dureté de la grosseur d'un grain de millel. Peu à peu cette dureté augmente de volume, va progressant, soit d'un seul, soit des deux côtés à la fois, sans occuper un point des corps caverneux de préférence à tout autre : ainsi, on la trouve aussi bien en dessous qu'en dessus ou latéralement. La maladie marche lentement sans douleur aucune ; mais à mesure que l'induration fait des progrès , la verge commence à dévier de la ligne droite, et voici ce qui arrive : si l'on a affaire, par exemple, à une induration latérale d'un seul corps caverneux, le tissu érectile perd sa perméabilité dans le point induré; que le malade ait une érection, le corps caverneux du côté sain se gonfle seul, le corps caverneux malade reste avec les dimensions qu'il présente à l'état de flaccidité, et la verge décint une ligne courbe à concavité latérale; le malade présente une érection qu'on pourrait appeler inguino-crurale, l'extrémité de la verge regardant le pli de l'aine. L'induration a-t-elle pour siège le dos de la verge, celle-ci se redresse pendant l'érection, et forme un arc de cercle à concavité supérieure, le gland venant rejoindre la symphyse du pubis. Nous avons observé toutes les variétés de la maladie que nous décrivons, et nous avons vu certains malades chez lesquels la verge décrivait un anneau complet.»
Les altérations syphilitiques de la vessie, si elles existent, ce qu'il y a tout lieu de supposer, sont jusqu'ici fort peu connues. Folhn (I) a présenté à la Société de biologie la vessie d'une femme sur la muqueuse de laquelle il y avait une douzaine de petites tumeurs larges comme une lentille, s'élevant d'un millimètre à la surface de la vessie et présentant une grande ressemblance avec les tubercules muqueux qui se manifestent sur les grandes lèvres de la vulve. La na-
(1) Gaz. mcrf.ip. 492, 1849.
ture syphilitique de ces productions parut d'autant plus probable que la femme sur laquelle elles furent observées avait le voile du palais et la voûte palatine détruits par une affection vénérienne. Mais, outre que la ressemblance dont il est ici question ne suffit pas évidemment pour faire admettre une origine syphilitique, les tubercules muqueux ne coexistent généralement pas avec les affections tertiaires, telles que la perforation de la voûte palatine. Nous ne croyons pas davantage qu'il faille voir une lésion syphilitique dans un certain épaississement de la paroi vésicale, noté dans l'observation vu du travail de Virchow, pas plus que dans ces autres cas oîi il existe tout à la fois une ulcération de l'urètre et une cicatrice de la vessie. L'hypertrophie des parois vésicales, l'atrophie de ces mêmes parois, sont des lésions encore notées dans un certain nombre d'observations; mais il n'est nullement prouvé qu'il faille les relier à la syphilis.
Les lésions syphilitiques des uretères et des bassinets sont encore à chercher, et bien qu'il y ait lieu de penser que certains cas d'hydronéphrose peuvent avoir une origine syphilitique, il faut bien avouer que, jusqu'à ce jour, les faits manquent pour établir sûrement cette vue de l'esprit.