A. ULCÉRATIONS TARDIVES, ULCÈRES PROFONDS
Les amygdales, le voile du j)alais et ses piliers, la partie supérieure et postérieure du pharynx sont le siège de prédilection de ces accidents. Suivant Babington, l'un des auteurs qui les aient le mieux décrites, ces affections, lorsqu'elles coïncident avec le rupia, débutent d'ordinaire à la surface de la membrane muqueuse par une petite ulcération putride qui se transforme de bonne heure en une gangrène rapide et étendue. Elles sont (pielquefois précédées et toujours accompagnées de beaucoup de douleur et d'inflammation. Le voile du palais se tuméfie et s'abaisse; les teniatives pour l'élever dans l'acte de la déglutition provoquent une douleur atroce ; dans l'acte de la prononciation, il paraît rester entièrement immobile. L'irritation de ce voile par la
présence de l'eschare détermine une abondante sécrétion de salive, et souvent beaucoup de toux. L'angoisse qui en résulte quelquefois, se peint d'une manière remarquable sur le visage. Ce phénomène morbide, joint à un amaigrissement rapide, à l'accélération du pouls et à l'expectoration de crachats puriformes, donne à penser que le malade court un grand danger, et fait naître souvent l'idée qu'il est atteint de phthisie.
Lorsqu'ils coïncident avec les éruptions tuberculeuses du tégument commun, ces ulcères paraissent débuter, dans leur forme la plus franche, par le centre de l'amygdale. Dans la première période, il y a trèspeu de douleur et de gonflement. L'on fait rarement attention à la maladie avant qu'elle ait produit un ulcère distinct. Mais si, par une cause quelconque, l'attention est dirigée vers la gorge, on peut quelquefois saisir l'état morbide qui précède la période d'ulcération. L'amygdale est légèrement gonflée ; on aperçoit quelque chose de jaune qui a son siège dans la substance de cet organe et brille à travers la membrane qui en recouvre la surface encore intacte. Au bout d'un ou deux jours, l'ulcération s'établit et laisse apparaître une eschare jaune ou bleuâtre qui pénètre profondément dans le centre de l'amygdale. D y a peu de tuméfaction, et les parties environnantes ne sont pas violemment enflammées. La marche de cette affection est lente et le trouble qui l'accompagne est peu considérable. De même que l'altération précédente, elle s'étend en profondeur ou en superficie ; de là des ulcères serpigineux et des ulcères perforants présentant dans quelques cas une apparence phagédénique.
Les ulcères serpigineux occupent de préférence le voile du palais; aussi succèdent-ils le plus souvent à la première variété. Leur extension progressive est telle que le tissu de l'organe semble fondre sous l'ulcération, et que sotivent la plus grande partie ou la totahté du voile du palais est détruite avant qu'on ait pu l'arrêter, bien qu'il ne soit pas possible de voir une eschare distincte se séparer dans tout le cours de la maladie. Le fond de l'ulcère est blafard, lisse, ou bien il s'en élève des fongosités dans l'intervalle desquelles stagne un pus ichoreux; ses bords sont irréguliers, déchiquetés, décollés parfois dans une étendue considérable, bordés par une zone inflammatoire étroite (Martellière). La muqueuse est en général la seule membrane aff'ectée, les parties plus profondes participent rarement à la formation de l'ulcération.
Les ulcères perforants gagnent en profondeur ce qu'ils perdent en étendue. Le voile du palais, la voûte palatine, les amygdales et le pharynx sont les régions où ils exercent leurs ravages. Les parties molles sont détruites avec une rapidité quelquefois très-grande. Tous les tissus sont réduits en une bouillie ou matière putrilagineuse adhérente au fond de l'ulcère dont les bords oedémateux, de forme cir-' culaire ou ovale, sont taillés à pic. La lésion commence par une rougeur inflammatoire modérée, accompagnée d'un peu d'endolorissementdes parties mobiles de l'isthme du gosier, tandis que le palais luimême reste indolent. Au bout de quelques jours une tache d'un blanc sale apparaît au centre de la zone enflammée, elle se creuse et devient le point de départ de l'ulcération perforante.
Au voile du palais, l'ulcération, au dire de Babington, commence d'ordinaire par sa face postérieure, et le ronge d'arrière en avant jusqu'à ce qu'elle l'ait détruit et ait amené la chute de la luette. Dans un cas observé par Herbert Mayo (1), après avoir débuté sur l'un des côtés de la gorge, elle avait pénétré jusqu'à l'artère linguale qu'elle allait sans doute atteindre, si ce chirurgien n'eût pratiqué une ligature préventive et fructueuse de la carotide interne. Rufz (2) a rapporté un fait dans lequel l'arrière-bouche ne présentait plus qu'une vaste caverne dont toutes les parties étaient recouvertes d'une couche verte grisâtre assez semblable à la mousse d'un vieux mur. Quelquefois le périoste finit par être compris dans cette destruction ,et les os mis à nu se nécrosent. Cet accident, fréquent surtout à la voûte palatine, s'observe encore au larynx et au pharynx. J. Frank (3) a rapporté le fait d'une paralysie du bras due à l'inflammation de la moelle épinière par suite du progrès d'une carie vertébrale consécutive à un ulcère syphilitique de la gorge. Lagneau et Gibert (4) ont vu chacun un cas d'ulcère syphihtique pharyngien avec carie de la colonne vertébrale. Il ne seraitpasexact cependant de croire que toutes les ulcérations syphilitiques de la gorge produisent de pareils désordres, quisqu'on les voit en général se limiter à l'épaisseur de la membrane muqueuse. Il importe de savoir que l'iodure de potassium est l'agent qu'il convient d'employer dans ces cas où le mercure restesouvent sans succès.
(1) Treatise on syphilis. honAon, 1840. ^
(1) Journ. hebd., t. ym, m2.
[Z] Traité de palholog. interne, trad. fr., t. V, 1857.
(4) Traité des maladies de la peau et de la syphilis, p. 359, t. II.
SYPHILIS ACCIDliNTELLE.