‹ Traité historique et pratique de la syphilis [electronic resource]Chapitre 56 sur 107 · NEKFS PNEUMO-GASTBIQUES ET SPINAUX OU DIXIÈME ET ONZIÈME PAIRES · texte numérisé non relu

NEKFS PNEUMO-GASTBIQUES ET SPINAUX OU DIXIÈME ET ONZIÈME PAIRES

Il n'est jusqu'ici, à notre connaissance du moins, aucun fait positif qui indique que les nerfs pneumo-gastriques aient jamais été le siège réel d'une localisation syphilitique.

Celte lacune peut tenir aux connaissances imparfaites que nous avons des fonctions des nerfs pneumo-gastriques, à la grande facilité de confondre avec des désordres pulmonaires les troubles qui résultent de l'aliération de ces nerfs, comme aussi au peu de soin que l'on met à rechercher les lésions dont ils peuvent être affectés. Quoi qu'il en soit, il y a lieu de se demander si ce n'est pas à l'altération des nerfs pneumo-gastriques ou des nerfs spinaux que doivent se rattacher certaines paralysies du pharynx, certaines affections asthmatiques (1) ou gastralgiques (2), qui ont paru céder assez rapidement à l'emploi d'un traitement spécifique.

NERFS HYPOGLOSSES ET GLOSSO-PHAKYNGIENS.

L'existence d'une lésion syphilitique des nerfs hypoglosses n'est jusqu'ici nullement établie, et si, dans certains cas de syphilis, il est fait mention de la difficulté ou de l'impossibilité d'articuler les sons, ce trouble se rattache à une altération tout à fait indépendante de ces nerfs (3).

Aucun fait, que je sache, n'indique de lésion ou de troubles syphilitiques avérés du côté des nerfs glosso-pharyngiens.

NERFS TRIJDMEAUX.

Les symptômes qui se rapportent aux lésions du nerf trifacial varient non-seulement avec le degrédecompressionou d'altération de ce nerf, mais encore avec la branche nerveuse affectée, car nous savons que ces diverses circonstances sont susceptibles d'être rencontrées. Des sensations diverses, des douleurs plus ou moins violentes, parfois de l'anesthésie ; tels sont, avec des troubles musculaires du côté des

(1) Voy. B. Bell, Traité de la gonorrhée virulente et de la maladie vénérienne. Paris, 1802, p. 638. — L. Gros et Lancereaux, loc. cit.

(2) Trousseau et Andral, cités par Gros et Lancereaux. Loc. cit.., p. G7.

(3) Voy. Lagneau, Affect. nerveuses syphilitiques. Paris, 1860, p. 322.

mâchoires, les désordres observés en pareil cas. Une malade de Lalleraand (1) conserva, à la suite d'une hémiplégie syphilitique momentanée, des fourmilleraeuls et des engourdisseraenls dans tout le côté droit de la face, comme si une toile d'araignée eût été appliquée sur sa peau. Une sensation semblable existait dans la moitié droite de la langue et dans le pouce droit. Un cas rapporté par Hérard et Baudot (2) fait mention d'un engourdissement de l'aile droite du nez et des parties voisines de la joue et de la lèvre supérieure.

La douleur, phénomène le plus constant peut-être, occupe en général l'une des moitiés latérales de la tête (Waton, Guérard, Rayer, Badin d'Hurtebise, Yvaren). Quelquefois elle change de côté, comme chez une malade de Guérard, oii elle passa de gauche à droite ; ou bien elle se manifeste en même temps des deux côtés (Benj. Bell, Graffenauer, Gruveilhief, Yvaren). D'autres fois, elle reste limitée à l'une des branches du trijumeau, ou même à l'un des rameaux de ces branches, au rameau frontal de l'ophthalmique. Quelques auteurs, comme Plenck, Meckel, J. Frank, etc., ont admis une odontalgie syphilitique, mais sans aucun fait à l'appui. Par cela seul qu'elle est syphilitique, la névralgie trifaciale n'a pas de signes distinctifs. Plus violente au niveau de quelques points, elle s'irradie dans des directions variées ; chez une malade de Rayer, elle eut d'abord son maximum d'intensité à la tempe gauche, plus tard sur le front, puis sur le côté gauche de la racine externe du nez, suivant le trajet du rameau externe du nerf nasal qui est une émanation de l'ophlbalmique de Willis. Sans vouloir insister plus longuement sur le siège de ces douleurs, disons qu'elles présentent quelquefois des paroxysmes nocturnes (Frank), et qu'elles sont, dans certains cas, accompagnées de désordres indiquant que la petite racine, ou racine motrice du même tronc nerveux, participe à l'altération. Au sujet d'une malade observée par Ozia-Aimar, et qui guérit par un traitement spécifique, il est dit : 0 Mandibulas fréquenter agitabat (morbus),ita ut lintea continue inlra dentés habere cogeretur, quaî identidem mordebat ac dentibus conterebat. » Dans deux cas observés, l'un par Waton (3), l'autre par Schutzenberger (4), il est également fait mention d'un tremblement

(I) liech. anat. path. sur l'encdph., t. III, p. 101. il) U7iion médicale, 2 iam. 1859.

(3) Deux observ. de tic douloureux de cause A'énérienne, Rec. pér. de la société de médecine de Paris, t. IV, p. 178.

(4) Gaz. méd. de Strasbourg , 20 mars 1850. — Lagneau, lac. cit., p. 258.

de la mâchoire inférieure. On a vu l'anesthésie el l'analgésie succéder à ces désordres; c'était là sans doute l'indice d'une destruction du tronc nerveux.

Le diagnostic des lésions syphilitiques du trijumeau repose à peu près entièrement sur les comméraoratifs et les antécédents des malades. Il importe aussi de tenir compte des manifestations concomitantes. Le pronostic n'est pas grave, pourvu que l'on n'intervienne pas trop tard.

NERFS RACHIDIENS,

Moins exposés que les nerfs crâniens à l'influence de la syphilis, les cordons nerveux rachidiens manifestent pourtant quelquefois des troubles de la motilité et de la sensibilité qu'il est impossible de ne pas rattacher à cette maladie. Ces troubles se montrent sous forme de contracture et de paralysie, ils simulent des névralgies, l'analgésie ou l'anesthésie.

Schutzenberger signale chez la malade qui fait le sujet d'une de ses observations une douleur de l'épaule et de l'extrémité droite, survenant sans cause connue ; cette douleur est parfois accompagnée de crampes qui font incliner la tête vers l'épaule droite et d'une contracture des fléchisseurs des doigts.

Lorsque les nerfs intercostaux sont lésés, les douleurs occupent les côtés de la poitrine, comme cela s'observait chez un malade de Ebrard, qui ne pouvait dormir à cause d'une conslriction et d'une pesanteur dans les parois du thorax. Piorry guérit à l'aide d'un traitement spécifique un individu qui soufi"rait de douleurs dans les plexus lombaire et scialique.

On trouve dans notre traité des affections nerveuses syphilitiques (1), trois cas de névralgie sciatique depuis longtemps rebelles à toute médication et qui cédèrent comme par enchantement, quand, venant à soupçonner une syphilis, on prescrivit un traitement mercuriel et ioduré. Vandekeere (2) a relaté un cas de névralgie ilio-

(1) Loc.cit., p. 63. Comparez : Cirillo, Traité complet sur lesmalad. vénér. Paris, 1803. — J. J. Plenk, Dodrina de morh. vener.. Vienne, 1779. — Zambaco, Afjfect. nerv. syph., I8G2. — E. Bruneau, Sciatique sypliil. (Gaz. des hôpit., ISG'i, p. 118).

(2) Mém. sur les formes insolites de la sypliilis,Aans Joum, génér. de méd. et de chirurrj. de Sédillot, t. CII, p. 310. — Consultez : E. Vaulpré, Quelques faits de névralgie syphilitique [Bullet. de thérapeutique, 30janv. 1852, e.i Ann. des matad. de la peaUy t. IV, p. I37).

scrolale qui fut combattue avec succès par la liqueur de Van Swieten.

A côté des douleurs névralgiques qui se rattachent à la sypliilis {]), se placent des cas de paralysie partielle, auxquels il est parfois difficile de ne pas attribuer une origine spécifique. Un homme âgé de 42 ans, traité pour des douleurs rhumatismales dans le dos, le cou et les bras, a plus tard une atrophie de la région supérieure du cou et du membre supérieur gauche avec affaiblissement des muscles de ces régions. Les eaux d'Aix en Savoie avaient dissipé les douleurs ; l'atrophie et la paralysie résist;.icnt même aux moxas et aux vésicatoires, quand une éruption de syphilis conduisit à administrer l'iodure de potassium, et cet agent fit cesser tous les accidents (2). Un fait ircsanalogue est rapporté par Vidal de Cassis (3). Nous avons pu nous assurer, pour notre compte, qu'un certain nombre de paralysies partielles avec atrophie et perte de l'excilabiliié électrique des muscles, dont la cause avait pu rester méconnue, provenaient en réalité de la syphilis.

Le fait suivant, qui nous a élé communiqué par l'un de nos meilleurs amis (A), vient appuyer notre observation. Une femme âgée de 33 ans a contracté un chancre, il y a sept ans (1857) ; elle a eu depuis une roséole, et pendant trois mois elle fut soumise à un traitement par des pilules. Disparition complète des premiers accidents. Un an après, douleurs et gonflement du genou droit ; pendant toute l'année souffrances nocturnes; frictions inutiles. (Traitement des accidents tertiaires : 3 grammes d'iodure de potassium par jour.) Guérison après Iroismois. Le traitement n'est pas continué. Lesdouleurs revenant quelques années plus tard, la malade reprend l'iodure de potassium. En novembre 1864, nouvelles douleurs au niveau de l'épaule gauche, l'humérus est volumineux et déformé par la présence de péricsloses. Les muscles des régions sus- épineuse et sous-épineuse sont atrophiés, les muscles deltoïde et grand pectoral ont subi la môme altération, ils répondent à peine à l'excitabilité électrique. 11 y a exorbitisme et grande difficulté de mouvoir les mâchoires; l'œil droit, sorti de l'orbite, paraît plus ferme ; les tissus se dépriment sous les doigts, qui laissent une dépression comme dans l'œdème dur.

(1) Ajoutez aux Indications ci-dessus : Franceschi, Cas de syphilis tei'tiaire, dans // Haccoglilore medico, 1848; el Gaz. méd, de Paris, 1848, p. Cl 4. — Leubusclier, Deutsche Klinik, \\° G, 18G1.

(2) Niepce, Moniteur des hôpitaux, 185-3, p. 383.

(3) Traité des malad. vénér., p. 441, 1865.

(4) Le docteur Paul Rousseaux, aujourd'liui médecin distingué à Vouziers.

Le Iraitemcnl ioduré est repris. Le 26 janvier 1864, celle femme continuait son traitement ; elle avait, de plus, de l'oedème aux membres inférieurs et de l'albumine dans les urines; mais plus tard son état s'améliora.

En consultant les faits de paralysie partielle rapportés par Duchenne (de B julogne), dans son Traité de i'éleclrisation localisée, je me suis demandé si la syphilis n'était pas quelquefois en cause et j'ai été porté à croire qu'il en était ainsi dans quelques cas.

Au résumé, la plupart des troncs nerveux peuvent subir l'influence de la diathèse syphilitique ; mais, malgré .une altération à peu près identique, chaque nerf traduit sa souffrance par des symptômes particuliers en rapport avec la fonction qui lui est dévolue.

Les nerfs cérébraux sont ceux dont l'altération est la plus fréquente, viendraient ensuite le nerf sciatique, puis les autres troncs nerveux.

Les désordres correspondants n'ayant aucun caractère distinctif, il importe pour le diagnostic de s'appuyer sur les coramémoratifs des malades et de tenir compte de l'exacerbation nocturne des douleurs. Tant qu'il n'y a pas de destruction des éléments nerveux, ces affections peuvent guérir. Plus tard la guérison doit être regardée comme difficile ; elle n'est peut-être pas impossible, puisque les lubes nerveux sont susceptibles de reproduction, ainsi que l'ont établi les belles recherches de Phihppeaux et Vulpian (1).

NEHFS SPLANCHNIQUES.

L'histoire des viscéralgies étant jusqu'ici très-incomplète, il n'est pas étonnant que celles de ces affections qui reconnaissent une origine syphilitique soient peu connues.

Cependant nous avons pu réunir autrefois six faits oti l'existence d'une altération syphilitique des nerfs splanchniques peut toutau moins être soupçonné (gastralgie, entéralgie, hépatalgie). Ces faits sont empruntés à des auteurs recommandables (Trousseau et Pidoux, Andral, Portai, Baumès), et malgré l'absence d'une démonslrationan atomique, il y a lieu de croire que le trouble dont ils font mention était sous la dépendance plutôt d'une modification du nerf que d'une lésion matérielle de l'organe souffrant. Il faut convenir en tous cas, que les

(1) Recherches expérimentales sur la régénération des nerfs séparés des centres nerveux, dans Mém. de la Société de biologie, année 1850.

f>04 SYPHILIS ACCIDENTELLE.

viscéralgies syphilitiques ne consliLiient pas des affections graves et sérieuses, puisqu'ellesontgucri la plupart du temps avec rapidité(4).

Page 1