ARTICLE IX. — APPAIIEIL DES SENSATIONS SPÉCIALES
Il a été question plus haut des affections dos organes des sens qui se rattachent à la période secondaire; il nous reste à faire ici l'étude des lésions tertiaires portant sur les parties constitutives des appareils des sens. Trois de ces appareils seulement arrêteront notre attention ; plus complexes que les deux autres, ils sont formés chacun par une cavité osseuse dans laquelle se trouve contenu l'organe auquel vient aboutir le nerf de sensation spéciale.
§ I . — Appareil de l'olfaction.
La membrane muqueuse, les os, les cartilages, les nerfs olfactifs, tous les tissus, en un mot, qui concourent à la formation de cet appareil, peuvent être isolément ou simultanément affectés. Fidèle à notre plan, nous étudierons successivement les lésions propres à ces diverses parties ; nous nous dispenserons d'un historique en règle, ces affections ayant été reconnues de la plupart des auteurs.
HHINITE SYPHILITIQUE ULCÉREDSE, OZÈNE SYPHILITIQUE.
Une forme des plus graves parmi les inflammations ulcéralives des membranes muqueuses, est la rhinite syphilitique, affection d'autant plus sérieuse qu'elle est souvent méconnue et qu'on ne s'aperçoit de son existence que lorsqu'elle a fait des ravages irréparables. Dans le principe, le malade ressent de l'embarras dans l'une des narines, avec sensibilité et douleur fixe sur un point particulier, il présente les symptômes de l'enchifrèncment et de l'étal calarrhal, il expulse de temps en temps une croûte poreuse, noirâtre, teinte de sang à la surface, adhérente; un liquide séreux, inodore, à peine teinté, est sécrété en môme temps que le mucus.
Jusqu'ici l'altération est superficielle. Plus profonde et plus étendue, elle donne lieu à l'écoulement permanent d'un liquide séro-sanieux d'autant plus fétide que des parties plus profondes sont affectées. Celle altération vient-elle à occuper l'orifice antérieur des fosses
(1) Voy. L. Gros et Lancerenux, /l/7ec/. nerv. syph. — Laboulbène, Des Viscéralgies. Thèse d'agrégation. Paris, I8C0.
nasales, on aperçoit, en général sur la cloison ou à la face interne des ailes du nez, une en ùle jaunâtre qui recouvre un ulcère arrondi et comme fongueux. Est-elle plus élevée, le rhinoscope parvient quelquefois à la découvrir; à l'aide de cet instrument, Tûrck a pu voir sur la face postérieure du voile du paFais des ulcérations confluentes recouvertes de pus, et des végétations nombreuses au niveau de l'orifice postérieur des fosses nasales et de la paroi supérieiu'e de l'espace naso-pharyngien. Dans ti'ois cas observés par cet auteur, les ulcérations de l'espace naso-pharyngien étaient accompagnées d'une lésion analogue de la paroi postérieure du pharynx.
Que l'altération de la membrane de Schneider entraîne la destruction de l^os ou du cartilage sous-jacent, ou que ces parties soient primitivement lésées, on voit quelquefois des portions considérables d'os ou de cartilages dénudés se détacher et être expulsées. Le liquide qui s'écoule alors est d'un noir sale et dé la plus grande fétidité. Dans ces conditions, l'odorat est affaibli ou totalement perdu, les parties qui avoisinent les ulcères se turaéflent, deviennent rouges et douloureuses, le nez change de forme, il s'affaisse et s'aplatit (nez de punais) si la cloison est attaquée. Dans d'autres circonstances, la peau qui recouvre les cartilages du nez s'enflamme d'abord ; elle reste quelque temps rouge et sensible, puis surviennent de petits ulcères qui par leur réunion ne font bientôt plus qu'une seule plaie; les cartilages sont peu à peu détruits, et le nez prend une forme effilée un peu crochue, qui lui a valu la dénomination de nez de mouton. Ces diverses altérations, qui finissent par l'élimination des os ou des cartilages, étaient déjà connues de Baillou. Cet auteur écrit en effet (I) : « Il est une espèce d'anosmie qui vient dans le troisième temps de la vérole, lorsque l'intérieur des narines a été rongé et ulcéré. » C'est à ces altérations que s'applique la dénomination de nécrosie syphilitique, sous laquelle elles ont été décrites tout récem
A côté de ces lésions, signalons encore des tumeurs gommeuses analogues à celles que l'on observe dans le larynx ; ces tumeurs, à parties désordres directs qu'elles déterminent, sont une cause d'altération secondaire des tissus osseux et cartilagineux (3).
(1) Baillou, Parndigma, n" 47, et Sauvages, trad. franç., t. II, p. 213.
(2) G. Lagneau, dans Gaz. hehdom. de médecine et de chirurgie, p. 441. Paris, 1860.
(3) Si Arroman, Thèse de Paris, 1858, p. 18.
S06 SYPDILIS ACCIDENTELLE.
Les modifications qui peuvent intéresser les nerfs olfactifs produisent ordinairement des désordres fonctionnels plus graves; mais on a rarement lieu de les observer. Parmi les faits qui établissent l'envahissement possible des nerfs olfactifs par la syphilis, nous citerons une observation de Bayle et Kergaradec (1) où il est question de la destruction de ces nerfs, un cas de Virchow oti ils se trouvent comme perdus dans une désorganisation considérable du cerveau. Le travail qui nous est commun avec le docteur Gros contient des faits analogues; malheureusemen-t les désordres fonctionnels ont été la plupart du temps mal observés. Quoi qu'il en soit, les expériences physiologiques relatives aux nerfs olfactifs sont trop explicites pour qu'on puisse se refuser à admettre que leur altération soit possible sans une anosmie partielle ou totale.
Les signes diagnostiques des affections syphilitiques de l'organe de l'olfaction varienf suivant que l'une ou l'autre des lésions ci-dessus indiquées prédomine. Il est facile de reconnaître l'érythèrae syphilitique et les plaques muqueuses du nez ; mais il n'en est pas ainsi des ulcérations profondes et des désordres qu'elles entraînent à leur suite, bien que leur diagnostic, aujourd'hui facilité par l'emploi du rhinoscope, puisse s'appuyer sur la concomitance d'autres lésions de même ordre.
Les afléctions dépendantes de la morve, du farcin et de la scrofulose, se rapprochent, par quelques-uns de leurs caractères, des lésions syphilitiques dont il s'agit. Les rhinopathies morveuses se distinguent toutefois à leur début par la présence, sur la muqueuse nasale voisine de l'orifice antérieur, de petites pustules arrondies, entourées d'un cercle rosé, et plus lard par des ulcérations sanieuses différentes de celles qu'engendre la syphilis. Les lésions spéciales à la scrofulose, lentes dans leur évolution comme les accidents syphilitiques, sont plus difficiles à distinguer de ces dernières manifestations. Les commémoratifs et ce fait que les ulcérations scrofuleuses des fosses nasales succèdent le plus souvent au ramollissement de dépôts tuberculeux, sont des circonstances qui viendront en aide au diagnostic. Déjà, par les douleurs qu'elle détermine, la céphalée qui l'accompagne ordinairement (2) et l'odeur infecte qu'exhalent
(1) Nouv. Bibliothèque mdd., févr. 1823.
(2) Fréd. HolTmann. t. IH, p. 442 et p. 198. — B. Bell, t. II, p. 146. — Lagneau, Gaz. hcbd., p. 441, 18G3.
les fosses nasales, la rhinonécrosie syplnliliqiie ne peut ôtre confondue avec la rhinonécrosie typhique dont elle diffère du reste par sa marche et par la nature des manifestations antécédentes ou concomitantes. Ces manifestations constituent à peu près la seule donnée qui puisse servir à reconnaître l'anosraie syphilitique provenant d'une altération des nerfs olHictifs.
Si les affections nasales syphilitiques ne sont pas par elles-mêmes extrêmement graves, il faut savoir néanmoins que, lorsqu'elles sont profondes et qu'elles attaquent les os, elles peuvent être suivies d'une résorption putride ou purulente, ou tout au moins d'une déformation du nez et d'une gêne des fonctions de la respiration.
§ 2. — Appareil de la vision,