‹ Traité historique et pratique de la syphilis [electronic resource]Chapitre 58 sur 107 · LÉSIO^'S DES VOIES LACRYMALES · texte numérisé non relu

LÉSIO^'S DES VOIES LACRYMALES

G. Lagnead, Malad. syphil. des voies lacrymales, Archives 'de médec, t. 1, 1853.— BoDRGEOis, Presse médicale belge, 5, 1863, in Schraidt's JaArô. , p. 233, n° 8, août 1864. — Zeissl, Ueber syphilitische Erkrankung. d. Thranenwege. Wien. Wochenblatt, XVII, 11, 12, 1861, et Conslitutionn. Syphilis. Erlangen, 1864.

Les lésions syphilitiques des glandes conglomérées ne sont pas communes ; cependant nous avons vu plus haut que la glande sousmaxillaire pouvait être touchée par la syphilis. Le docteur Châlons (1) a rapporté un cas d'altération de la glande lacrymale survenue sous l'influence de cette même cause.

Un individu qui avait contracté un chancre eut successivement un gonflement des ganglions lymphatiques, une iritis, un coryza ulcéreux et un gonflement des deux glandes lacrymales. Ce gonflement était devenu peu à peu si considérable, qu'il formait sur le côté externe du globe de l'œil une saillie surprenante et bizarre, bien plus considérable encore à droite qu'à gauche. La paupière supérieure pendait comme un sac devant l'œil et présentait une coloration légèrement rouge, surtout dans sa moitié externe. Son mouvement d'élévation était néanmoins peu entravé. Lorsqu'on explorait la tuméfaction avec le doigt, on sentait le bord de la glande lacrymale tuméfiée

(I) Ctiâlons de Luxembourg, Adenitis lacrymalis syphilitica (Pi:euss vereins Zeitung, n» 42, 1R59).

proéminer le long de la fosse lacrymale. Le gonflement n'était pas douloureux et n'occasionnait d'autre incommodité qu'un léger degré de pression et de tension. On ne pouvait observer aucun trouble dans les fondions de la glande lacrymale. Des frictions avec l'onguent gris furent prescrites. Le coryza, l'angine, le gonflement de la glande lacrymale se modérèrent vers le troisième ou le quatrième jour, et même celte dernière diminua de volume d'une manière si sensible, qu'on ne put douter d'une action spécifique exercée par l'onction mercurielle. Le malade, après l'usage d'une once d'onguent mercuriei, fut complètement guéri.

Les voies lacrymales et le canal nasal en particulier sont généralement moins épargnés, en raison sans doute de leur structure fibroosseuse. Boerhaave, Saint- Yves, Astruc, Fabre, Gardanne, Hunier, Plenck, Swediaur, Wenzel, Demours, Boyer, Chélius, Walter, Cloquet, Lagneau pere, Velpeau, Tavignot, Yvaren ont signalé l'existence d'affections syphilitiques de ces parties qu'ils ont presque tous rattachées à une lésion osseuse. B. Bell, Petit-Radel et Jourdan parlent de fistules lacrymales d'origine syphilitique. Tout récemment, Lagneau fils a publié sur la matière un excellent mémoire (1), auquel j'empruntei'ai une partie des détails qui vont suivre, et, depuis lors, Zeissl, Bourgeois, ont ajouté quelques nouveaux faits à ceux déjà connus.

Les désordres sypliililiques des voies lacrymales ont pour point de départ, ou bien l'inflammation de la conjonctive, ou bien une lésion osseuse, et cette différence d'origine implique une diff'érence dans l'époque de leur apparition et dans les moyens locaux de traitement. Celles de ces affeclions qui résultent d'une modification de la membrane muqueuse du sac ou des conduits lacrymaux apparaissent d'ordinaire dans la période exanthématique de la maladie, en même temps que l'érythème des muqueuses nasale et oculaire; mais on les voit encore venir plus tardivement, à la période tertiaire. A cette période se rapportent les lésions osseuses.

Un boursouflement plus ou moins considérable constitue le principal phénomène qui se lie à l'altération de la membrane muqueuse; plus tard, cette membrane finit par s'ulcérer, et de là des brides et un rétrécissement plus ou moins considérable dans un des points des voies lacrymales; souvent même épipliora consécutif. Si elle a pour

(1) Arch. de méd., t. I, p. 53G, 1857. Ce mémoire contient dix observations dont deux sont personnelles à l'auteur.

siège le canal nasal, cette altération peut amener à sa suite une tumeur susceptible de se terminer par une fistule. Les lésions osseuses, (périostose, exoslose, carie ou nécrose) affectent l'os unguis ou l'apophyse montante des os maxillaires supérieurs, quelquefois l'apopliyse angulaire du coronal, et alors, à la partie interne ou inférieure du bord de l'orbite, on constate, à l'aide du doigt ou au moyen du calhélérisme du canal nasal, un gonflement dur, résistant, osseux, qui met le plus souvent sur la voie du diagnostic.

La possibilité de guérir à l'aide d'un traitement spécifique les affections syphilitiques des voies lacrymales rend leur pronostic moins grave que celui des lésions analogues qui n'ont pas la même cause. Dans le cas d'oblitération consécutive à une cicatrice de la muqueuse, il est évident qu'il convient d'ajouter un traitement local au traitement général.

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