LÉSIONS DES PAUPIÈRES
Les paupières sont diversement affectées par la syphilis. CuUerier, Mackensie (1), Ricord (2), ont vu des chancres des paupières produits par des baisers ou par les doigts d'une personne infectée ; un fait du même genre a été mis à notre connaissance par le docteur Alph. Desmarres. Le chancre des paupières est généralement induré et accompagné, comme dans le cas observé par Ricord, d'adénopathies préauriculaires et sous-maxillaires, ce qui constitue un signe précieux pour un diagnostic exact. L'importance de ce diagnostic est grande, car on conçoit combien fâcheuse serait une erreur qui conduirait à enlever ce chancre dans l'idée qu'il s'agit d'un épithélioraa.
Dans la période secondaire, les lésions syphilitiques de la conjonctive sont constituées par de petites taches circonscrites, saillantes, non vasculaires, les unes d'un gris rougeâtre, les autres jaunâtres ou cuivrées. Ces taches, comme nous l'avons dit plus haut, ne diffèrent pas des taches éruptivcs de la peau, avec lesquelles elles peuvent coexister.
Dans la période tertiaire, la surface externe des paupières est quelquefois le siège d'une syphilide ulcéreuse ou même serpigincuse, qui, par la rétraction cicatricielle (ju'elle détermine, est susceptible
(1) Traité des maladies de l'œil, trad. franç. de Wariomont et Testelin, t. I, p. 1:4. Paris, 1856,
(2) Lettres sur la syphilis, 2« édlt.
d'amener un ectropion. Cet accident, on le conçoit, peut encore survenir à la suite des tumeurs gorameuses.
Lawrence dit avoir vu, dans la syphilis, les paupières tendues et douloureuses, couvertes d'ulcérations arrondies grisâtres dont le point de départ avait été un tubercule cutané. 11 importe de ne pas confondre ces ulcérations avec les ulcères cancéreux.
Les lésions tertiaires, occupent le plus souvent une partie plus ou moins considérable de l'épaisseur des paupières, rarement elles se limitent à la conjonctive. Une altération gommeuse de la conjonctive a été rapportée par le professeur Magni de Bologne (1); mais néanmoins, malgré l'autorité justement acquise de cet opluhalmologiste, cette observation que voici, ne paraît pas à l'abri de toute contestation. Il s'agit d'une jeune fille de 18 ans, qui, à la suite d'une blennorrhagie et d'ulcères, eut une éruption cutanée et une iritis. Six mois plus tard, œdème des paupières, larmoiement, douleurs étendues aux deux yeux, continues, avec exacerbation nocturne; pholophobie, qui n'est pas coustante, mais qui augmente d'intensité par moments. Plusieurs tumeurs du volume d'une tête d'épingle et d'une lentille, de forme hémisphérique, sont situées sous la conjonctive et participent à ses mouvements, à l'exception de l'une d'elles qui repose sur le périmètre de la cornée. Ces petites tumeurs sont d'une couleur blanchâtre à leur pointe et rouge à leur base. Dans les espaces libres de la conjonctive, il existe une injection des vaisseaux radiés qui forment des groupes ayant chacun pour centre une de ces tumeurs, et le tout ressemble beaucoup aux exsudats qu'on observe dans la conjonctivite scrofuleuse. Ces tumeurs augmentant avec une grande rapidité, le professeur Magni se décida à faire l'excision de l'une d'elles, et il constata à l'examen microscopique une quantité de jeunes cellules au mi- Heu d'une masse granuleuse. Un traitement spécifique parvint à faire disparaître au bout de plusieurs mois seulement ces nouvelles productions.
La lenteur de la guérison et l'absence des lésions gommeuses, voilà pour nous les points litigieux qui nous engagent à attendre d'autres faits avant de nous prononcer définitivement sur la nature de cette lésion.
(I) Keralo-conjimclivitis, In Giornale d'oflalmologia ilaliuno, 1863 et Annales d'oculistique, t. I, p. 118, 1864. — Voy. J. Windsor, liritùh riied. Journ., 3 juin
LÉSIONS DE LA CORNÉE f KÉRATITE INTERSTITIELLE CHRONIQUE).
L'ulcère syphililique des paupières, quand il se prolonge jusqu'à la cornée, peut allérer cette membrane; mais, en dehors de ce cas, la cornée subit parfois les atteintes plus directes de la syphilis. Hutchinson a montré qu'une variété de kératite chronique, propre à l'enfance, se lie incontestablement à la syphilis et non pas à la scrofule, ainsi qu'on avait pu le supposer. Rare dans les cas de syphilis acquise, cette affection est, au contraire, une manifestation fréquente de la syphilis héréditaire, et, pour ce motif, nous nous proposons d'en donner la description plus loin.
Avec l'irilis tardive coexiste quelquefois une variété de kératite caractérisée par la présence de petits points blanchâtres, circonscrits à la face postérieure de la cornée (kératite pointillée profonde) ; mais cette altération ne peut nous arrêter, pas plus que les affections de la choroïde, qui ont été étudiées ailleurs (voyez p. 193).