‹ Traité historique et pratique de la syphilis [electronic resource]Chapitre 73 sur 107 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

cher. Ea effet, le plus ou moins d'intensité des prodromes n'accuse guère que le plus ou moins de force de résistance dont la constitution du sujet est douée Seule la syphilide, grâce à la forme très^

variable et très-accusée sous laquelle elle se manifeste, arrive à donner une juste idée de ce que sera la syphilis dont elle marque le début. Avec une roséole pure et simple, restant telle pendant toute sa durée, n'affectant en aucun point la tendance à papuler, s'effaçant en dix ou quinze jours, vous avez beaucoup à espérer ; la cure spontanée est presque certaine. Mais le contraire n'est pas moins vrai, et, au temps de mes premiers essais, je me rappelle avoir été deux fois sur le point de regretter d'avoir voulu ne lutter que par des médications non spécifiques contre une vérole dont la première poussée à la peau avait été papuleuse et squameuse. Lessyphilides vésiculeuse et pustuleuse comportent, elles aussi, bien entendu, un pronostic grave.» . Évidemment nous ne pouvions passer sous silence ces intéressantes remarques de l'un des syphilographes les plus estimés de notre époque, et si nous ne leurdonnons pas tout notre assentiment, dans l'idée que de nouvelles recherches sont encore nécessaires sur un point si délicat, nous ne félicitons pas moins notre confrère lyonnais d^être entré l'un des premiers dans une voie tout à fait pratique et qui, certes, promet d'ôire utile.

Une question plusieurs fois agitée trouve sa place ici, celle de savoir si, depuis la fin du quinzième siècle jusqu'à nos jours, la syphilis est en décroissance et tend à disparaître. Pour la résoudre, établissons d'abord la gravité primitive de cette maladie. Or, voici la description qu'en donnait Catanée en ioOo : « Monslruosus morbus fœtiditate magna, innumeris puslulis, ulceribus per totam faciem universumque corpus, magna etiam ssevitia dolorum noctu praesertim humanura genus affligens laceransque nodositaiibus instar lapidum, plerosque debiles et mancos effecit, et laliter in humanum genus grassatus est ut quodcumque genus mortis potius eligendura sit. » Vigo, parlant des douleurs qui survenaient aux syphilitiques, écrivait : « Doloribus clamosis laborant. v Nous connaissons la relation de Fracastor, nous savons qu'avec la plupart des auteurs du seizième siècle, il admet déjà de son temps une diminution dans l'intensité du mal (1). A. Paré se range à celte opinion. «La vérole du temps présent, dit-il, est beau*

(1) Voir l'Historique, p. 2i de ce livre.

coup moins cruelle et plus aisée à guérir qu'elle n'était du temps passé de son premier commencement ; car elle s'adoucit de jour en jour évidemment (1). Astruc n'hésite pas à partager ce sentiment; et alors, pourquoi ne pas nous en rapporter à ces auteurs dignes, à tous égards, de notre confiance, et comment ne pas reconnaître avec eux qu'il y a eu décroissance dans l'intensité de la syphilis, quand surtout certains syphilografjhes, au nombre desquels se trouve Diday, admettent la diminution de force du virus qu'ils attribuent au fait de sa migration successive d'individu à individu ? C'est là, à notre sens, un point difficile à juger, car si la syphilis de nos jours n'est pas comparable à celle de l'épidémie de Naples, la raison tient peut-être simplement aux différences des conditions hygiéniques. La gravité des endémoépidémies syphilitiques qui ont sévi depuis la fin du quinzième siècle est tout au moins un fait qu'il est possible d'invoquer à l'appui de cette manière de voir. Si dans ces épidémies la syphilis est plus intense et plus maligne, c'est en vertu de certaines causes accessoires qui ont présidé à son extension, et ainsi il n'est pas prouvé et il ne peut être admis sûrement que la syphilis soit moins grave aujourd'hui qu'elle ne l'était au plus beau moment de son existence. L'induction tirée de l'affaiblissement du vaccin est sans valeur, puisque cet affaiblissement peut tenir, non pas à la répétition des transmissions, mais au transport du virus d'une espèce à une autre espèce. Au demeurant, sans vouloir soutenir avec la même rigueur que Rollet la proposition que la syphilis ne s'est nullement affaiblie depuis son origine, nous pensons que si elle a diminué dans son intensité, ce n'est pas de façon à faire concevoir, ainsi qu'il est arrivé à quelques auteurs, le doux espoir de voir un jour cette maladie s'éteindre d'elle-même. Aussi, à ce sujet, sommes-nous de l'avis de Fernel, qui écrivait : « Nisi Deus opt. max. sua clementia ipse exstinguat, aut elfrenem hominum libidinem temperet, nunquam extinctum iri , sed fore humano generi comitem et imraortalem crediderim (2). »

(1) Paré, Œuvres, t. II, p. 533, édition Malgaigne. Paris, 1840, et éd. Lyon, 1G52.

(2) Fei nei, De luis venercce curatione perfeclissima liber c&p. ii. Voyez Aphrodisiacus de Gruner, p. 143.

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