CHAPITRE PREMIER
CAUSE EFFICIENTE. — LE VIRUS SYPHILITIQUE; SON ACTION, SES MODES DE TRANSMISSION.
Des opinions diverses ont été émises touchant la cause efficiente de la syphilis. Les premiers médecins qui firent connaître cette maladie, soumis aux idées astrologiques de leur temps, ne manquèrent pas de faire intervenir dans sa genèse l'influence des astres. C'est ainsi que P. Pinctor (i), Grunbeck (2), P. Maynard , etc., se demandent à quelle influence slellaire ou à quelles conjonctions planétaires on doit l'apparition de ce fléau. Leonicenus l'attribue aux inondations de 1493. D'autres auteurs, imbus des théories humorales ou galéniques, admettent avec N. Massa (3), que ce mal a sa source dans une disposition particulière du foie, une sorte de métastase de matière bilieuse sur les parties génitales. Peu à peu, et à mesure que l'on reconnut l'influence des rapprochements sexuels dans la propagation de la maladie, ces premières idées furent abandonnées. L'un des contemporains de l'épidémie de Naples, Al. Benedetti, indiqua comme principe de la contagion syphilitique une cause spéciale, une teinture vénérienne, dont il plaça l'origine dans l'altération des humeurs exhalées par les organes génitaux de la femme. Paracelse , qui, l'un des premiers, adopta la dénomination de lues venerea donnée par Béthencourt, devina presque la véritable nature de la syphilis,
(1) Pinctor, Traclalus de morbo fœdo et occulio, his temporibus affligenie, 1499, cap. IV.
(2) Grunbeck, Trudalus de peslileniiali Scorra sive niala de Frqnzos, 1603, cap. IV.
(3) N. Massa, De morbo gallico liber, ca'p. iv.
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en signalant le miasme vénérien qu'il regardait comme le principe constitutif de cette maladie. Une fois introduit dans l'économie, ce miasme se combine avec toutes les autres maladies, les modifie et leur donne une forme nouvelle; mais là, ne s'arrêtent pas ses effets. Paracelse, poussantson système jusqu'à ses dernières limites, admet que ce miasme peut produire une foule d'affections, telles que la phthisie, l'hydropisie, la diarrhée, les exanthèmes, les lupus, le cancer, etc.
Qu'il y ail ou non éclair de génie dans les vues de Paracelse, on ne peut lui refuser d'avoir soupçonné tout à la fois et le virus syphilitique et la plupart de ses nombreux effets, y compris les lésions viscérales. Fernel(l), indique d'une façon plus précisela véritable cause de la syphilis. La cause de la maladie vénérienne, nous dit-il, est une qualité occulte et vénéneuse contractée par contagion, inhérente à une matière quelconque, humeur ou autre, qui lui sert de véhicule et la porte dans l'économie (2). Ainsi, selon ce grand médecin, l'air et l'haleine ne peuvent pas communiquer ce mal, et le contact d'une matière quelconque qui contient le virus et lui sert de véhicule est chose nécessaire (3). Dans ces conditions, la syphilis se range dans la classe des maladies contagieuses. Aussi Fernel ne manque-t-il pas de la rapprocher de l'hydrophobie et de l'empoisonnement par la piqûre des animaux ; de cette façon il fait justice de toutes les opinions bizarres qui régnaient avant lui sur ce mal nouveau. Après Fernel, la doctrine du virus n'est cependant pas encore adoptée. Varendal , reprenant les idées de Massa et de Fallope, fait à nouveau du foie le point de départ des accidents syphiUtiques. Pour Is'icolas de Blégny, la cause génératrice ou matérielle des maladies vénériennes, est due à des acides. Bien d'autres opinions ont été émises à ce sujet; mais la seule indication en serait fastidieuse.
Des médecins d'un haut mérite, Astruc, Boerhaave, Yan Swieten et plusieurs autres, se déclarent partisans de la théorie du virus, qui, plus lard, fut définitivement établie par les expériences de Hunier. JVlise de côté par Broussais et son école, celte théorie a été reprise par Ricord, et aujourd'hui peu de personnes songent à la contester. Cependant les auteurs qui admettent l'existence d'un virus syphi-
(1) Fernel, De luis venereœ curniione perfeclissima liber, cap. iv.
(2) Luis venereœ virus, non inspiratu, sed humore in quamvis partem cutis nudam deilxo, sensim prorepit in omne corpus.
(3) Loc. cit., cap. i.