‹ Traité historique et pratique de la syphilis [electronic resource]Chapitre 91 sur 107 · TRAITEMENT PAR LE MERCURE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT PAR LE MERCURE

Considéré comme un poison et tout d'abord proscrit de la thérapeutique le mercure était en usage parmi les arabistes et la plupart des médecins du moyen âge. Employé dans le traitement des affections cutanées, c'est" avons-nous dit, vers l'année 1497 (1) qu'il fut appliqué à la curation de la syphilis. Plus tard, lorsqu'il fut discrédité, il ne fut pas pour cela entièrement abandonné, puisque J. Beihencourl traita à l'aide de cet agent l'épidémie vérolique de Rouen, et que du reste Thierry de Héry, Nicolas Massa et plusieurs contemporains continuèrent de le prescrire. En 1538, Alp. Ferri (2) assurait qu'il fallait en venir aux frictions mercurielles, après avoir essayé inutilement le bois saint. Fallope (3) raconte qu'un jeune homme dont la syphilis avait résisté à toûs les remèdes étrangers avait enfin été guéri par un empirique, et il ajoute : Je me sers du mercure dans les véroles rebelles et désespérées, surtout lorsque j'ai essayé les autres moyens.

Ainsi on arriva à reconnaître les avantages du mercure sur les préparations végétales. Cet agent était, dans le principe, uniquement employé à l'extérieur. Il y avait, dit Astruc, quatre manièresde s'en servir, savoir : en emplâtre ou cérat, en lavage ou onguent ou liniraent (méthode des frictions), en parfums (méthode des fumigations). Dans la matière de l'emplâtre ou cérat mercuriel, il entrait du mercure éteint à la dose d'un sixième ou d'un huitième, des graisses et de la cire.

Proposés par Angélus Bologninus, les emplâtres fort vantés de J. de A'igo, dont le nom est resté à l'un des plus fameux, tombèrent rapidement en désuétude à cause de l'irritation cutanée

(1) Dans un poëmc satirique composé par Georges Summaripa , praticien de Vérone, il est question de l'emploi du mercure en 1496.

(2) Alp. Ferri, De ligno sancto liber Aphrodis. , t. I, p. 404.

(3) Fallope, Lib, de morbo Gallico, cap. C7.

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qui était la conséquence obligée de leur emploi. Les lavages mercuriels se composaient, d'après Augier Perrier, l'un des premiers qui en firent mention, de drogues dessiccatives et de sublimé corrosif dissous dans l'eau distillée : 2 onces par 5 ou 6 livres d'eau distillée (Astruc). Le sublimé servait aussi à laver et à frotter dans un lieu chaud toutes les parties du corps, excepté la poitrine, la tête, l'estomac et les aisselles, et cela pendant dix jours, une, deux ou trois fois le jour, suivant les forces du malade et autres circonstances. De même que les emplâtres, les lavages ne tardèrent pas à être regardés comme dangereux, et ils furent bannis, de la thérapeutique. Le mercure éteint à la dose d'un sixième ou d'un huitième constituait la base de l'onguent, auquel on mêlait des graisses, des huiles de camomille, de rue, etc., du styrax, de la lilharge, du soufre vif, etc. L'onguent une fois préparé, on en frottait les jointures, les membres jusqu'aux aisselles ou aux aines, et même le tronc, à l'exception toutefois du venti'e et de la poitrine ; on réitérait les frictions jusqu'à la salivation, qui trop souvent prenait de grandes proportions et causait des ravages considérables.

Les fumigations, employées à la même époque, produisaient des accidents du même genre entre les mains malhabiles; mais il faut dire qu'elles avaient l'approbation de Massa, de Rondelet, etc. Elles étaient de deux sortes (Astruc), les unes bénignes, les autres malignes,^ suivant là qualité des drogues dont on les composait. Les premières contenaient des matières grasses et résineuses, des baumes. Les autres étaient faites avec les mêmes substances, auxquelles on ajoutait de l'arsenic ou des préparations mercurielles, telles que le cinabre, le précipité rouge, le turbith minéral ou même le sublimé corrosif. Ces drogues pilées séparément et réduites en poudre très-fine étaient employées de deux façons, en forme de poudre dont on répandait quelques pincées sur des charbons, et en forme de pastilles ou de trochisques dont on usait de la même manière. Le malade qui devait être soumis à la méthode des fumigations était d'abord saigné et purgé, puis on le plaçait nu dans une espèce de pavillon bien chauffé et nommé communément l'archet. On mettait à ses pieds un réchaud plein de braise, et par un trou fait exprès on y jetait à diverses reprises quelques trochisques ou tablettes de parfums, en sorte que le malade demeurait exposé depuis les pieds jusqu'à la tête à la fumée qui s'en exhalait, jusqu'à ce qu'il suât abondamment. Si par hasard on voyait

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que le malade fût près de se trouver mal, on lâchait de prévenir la défaillance dont il était menacé, en lui faisant mettre la bouche à un trou pratiqué à cette intention, ou respirer uii air pur et frais par un tuyau dont le bout sortait au dehors. On tenait le malade plus ou moins longtemps sous l'archet, suivant le degré du mal, la violence des symptômes et l'état des forces. La fumigation durait une heure, une demi-heure ou trois quarts d'heure, selon que le malade pouvait la souffrir. Celui-ci n'était pas plus tôt tiré de Téluve qu'on le mettait dans un lit bassiné, et on le couvrait bien pour le faire suer abondamment, pendant une heure ou deux; après quoi, l'ayant essuyé, on lui donnait un verre de vin à boire, et au bout de deux heures on lui servait à manger. On pratiquait d'ordinaire ceS sortes de fumigations tous les jours, ou seulement de trois en trois ou de quatre en quatre jours, eu égard à la violence de la maladie et à l'état des forces; on les réitérait six, sept, huit ou neuf fois, jusqu'à ce que la salivation ou le flux de ventre parût, ou que les symptômes de la maladie disparussent entièrement.

Vers l'année 1535 seulement, Pierre-André Matthiole osa le premier donner le mercureàrintérieur;il l'administrait sous formede précipité rouge, précipité per se, oxyde rouge, deutoxyde de mercure. Bientôt cet agent fut employé sous forme de mercure cru et devint la base des fameuses pilules de Barberousse dont François I", dit-on, se servit l'un des premiers en France (1540); puis, avec les découvertes chimiques, on vit surgir successivement le mercure dùVi-}L{aquilaalba, calomelas , protochlorure de mercure) , Vœthiops minéral, sulfure noir de mercure), le précipité blanc (nitrate de mercure), etc., etc. — Cette ibis encore, médecins et empiriques surtout se livrèrent à des' excès regrettables; convaincus que la salivation était chose nécessaire, le prix du salut, la seule voie d'élimination du virus, ils cherchaient avant tout à la produire.

Ce ne fut qu'en 1718, ditYvaren (1), c'est-à-dire deux cent quatrevingt-quatre ans après l'apparition de la syphilis, que Chicoyneau, chancelier de l'Université de Montpellier, s'efforça de démontrer l'inutilité de la salivation et de lui substituer, dans la cure complète de la maladie, la méthode dite par extinction. Cette salutaire réforme ne

(1) La Syphilis Ae Jérôme Fracastor, trad. fr. Paris, 1847. Voyez, concernant l'historique de l'emploi du mercure contre la syphilis, Virchow. Znr Geschichtc der Queclcsilàer Behandlmg in der Syphilis {Archiv. t. XIX, p. 238).

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triompha à Paris que lougteraps après, et il s'est à peine écoulé soixante ans depuis qu'elle est devenue la règle commune. Cependant, malgré l'emploi de doses plus modérées, le traitement mercuriel ne fut point encore cette fuis à l'abri de toute réaction. Les mercurialistes Vigo, Fracastor, Brassavolo, Massa, Botal, Rondelet, etc., et les antimercurialistesTorclla, Monlanus, Fernel, Fallope, Tomitanus, etc., reparaissent sous des noms différents. Les incertitudes thérapeutiques du seizième siècle se représentent au dix-neuvième siècle comme pour attester notre ignorance et nos faibles progrès.

Les observations intéressantes de quelques médecins anglais, les attaques passionnées de Broussais contre la spécificité morbide de la syphilis, les craintes un peu exagérées des préparations mercurielles vinrent tout à coup, au commencement de ce siècle, remettre sur le tapis la question du traitement de la syphilis sans mercure et nier les bons effets de l'emploi des mercuriaux.

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