TR.UTEMENT SANS MERCURE
Le traitement sans mercure fut une sorte de révolution dans l'histoire de la syphilis, et à ce point de vue il mérite de fixer notre attention. C'était l'époque oîi les idées de Balfour, Hunter, Adams, Carmichael, touchant la pluralité des virus, commençaient à prendre racine en Angleterre. La France était en guerre avec l'Espagne; le docteur Fergusson, chirurgien de l'armée anglaise en Portugal, ayant l'occasion d'observer dans les grands hôpitaux de ce pays, remarqua que le traitement mercuriel y était fort peu en usage chez les vénériens. Les ulcères primitifs n'étaient combattus que par des moyens locaux, et c'était seulement dans la pratique civile qu'on associait quelquefois aux topiques la décoction des racines ou autres moyens semblables. Les affections de la gorge n'étaient traitées qu'avec des gargarismes irritants, et souvent elles guérissaient aussi vite qu(3 les chancres. On n'avait enfin recours au mercure à l'intérieur que dans les affections des os; mais celles-ci étaient fort rares et la plupart du temps si légères qu'on les considérait comme rhumatismales et qu'on les guérissait par de légères doses de calomélas, de poudre de Dower de gayac, par les bains chauds, etc. La maladie, toutefois, montrait plus d'intensité chez les Anglais, ce à quoi paraissait surtout contribuer un état fébrile causé par la chaleur inaccoutumée du climat, la débauche
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et les excès de tous genres. La maladie, chez ces derniers, prenait presque toujours un .caractère pliagëdénique, elle débutait par une violente inflammation avec fièvre, et elle exigeait un traitement actif et principalement antiphlogislique. Ces diverses circonstances remarquées par Fergussou le conduisirent à supposer, ou que les végétaux ont des propriétés antisypliililiqucs plus prononcées dans les climats chauds que dans les climats froids, ou que la maladie s'est tellement adoucie en Portugal qu'elle peut s'épuiser d'elle-même après avoir accompli une certaine évolution. Du reste, il assurait avoir encore observé en Portugal la même bénignité relativement à la petite vérole. Bien que convaincu de la guérison de la syphilis sans mercure, Fergusson (1) ne pensa pas que ce qui se passait en Portugal pût être applicable à l'Angleterre; mais ses observations firent germer une idée (jui, déjà, avait de la tendance à se développer. Plusieurs chirurgiens se mirent à l'œuvre, et bientôt les recherches de Thomson(2),Rose(3), Guthrie (4), démontrèrent la possibilité de la réussite d'un traitement non mercuriel. Thomson traita tous les malades qui lui étaient confiés, tant à l'hôpital qu'en ville, à l'aide des anliphlogistiques et des topiques adoucissants, et il remarqua qu'un dixième seulement de ceux qui étaient soumis à sa méthode présentaient des accidents consécutifs.Rose n'observa de symplômes constitutionnels que sur un tiers de ses malades traités sans mercure. Il ne vil jamais survenir de caries, et jamais la maladie ne lui montra cette transition uniforme et non interrompue d'un symptôme à un autre, caractère de la syphilis à laquelle on n'a pas opposé de mercure. Les observations de Guthrie s'accordèrent, quant au fond, avec celles de Rose ; la proportion des symp-
(0 Fergiisson, Observ. on the venereal disease in Portugal {Medicochirurgicut Transactions, 1813, t. IV).
(2) Jean Thomson, Obs. on the treatment of Syphilis without mercury. Edinburgh, 1817, in-S».
(.3. Tliomas Hose, Obs. on liic treatment of Syphilis wilh an account of several cases of that disease in which a cure was effected with the use of mercury (Medico-cliirurgical Transactions, 1817, t. VIII).
(4) G. Gulhrie, Obs. on the treatment of the venereal diseases without mercury {Med.-ch. Transact., t. VIII). — Comparez : Jacques Barllet, Dùsert. med. inaug. de syphilidis tractatione sine tiydraryyro. Edimbourg, in-8». — J. Hennen, Principies of mililary Surgnry , comprising observations of the arrangement, police, and praclice of Ilospilals, and of the history, treatment and anomalies of Vario'a and Syphilis, 2d. cdit. lîdiiiburgli, 181'0, in-S".
tomes consécutifs lui parut encore moindre; mais il avoue n'avoir pu observer les malades longtemps après leur sortie.
D'un autre côté, sur 417 cas de syphilis traités sans mercure, Hennen observa 46 fois seulement des symptômes consécutifs. Un rapport médical sur l'armée anglaise par J. Mac-Gregor et W. Franklin, est encore plus décisif; il nous apprend que^ du mois de décembre 1816 au mois de décembre 1818, 1940 individus furent traités pour des ulcérations primitives du pénis. Dans ce nombre étaient compris nonseulement les ulcérations simples, mais aussi les chancres syphilitiques deHunter. Or, sur ces 1940 malades, 96 seulement eurent des symptômes secondaires, et encore, sur ce chiffre de 96; 12 malades avaient pris du mercure pour des motifs particuliers consignés dans le rapport. Parmi ces 1940 individus atteints d'ulcérations primitives, 65 furent soumis à un traitement mercuriel. Par conséquent, si l'on retranche du total les nombres 63 et 12^ il reste 1863 cas dans lesquels il y eut guérison complète sans mercure. La durée moyenne du traitement fut de 21 jours pour les malades qui n'avaient pas de bubons, et de 43 jours^'pour ceux qui en avaient. Pendant les deux mêmes années, 2827 malades atteints d'ulcères de la verge furent traités avec le mercure ; la moyenne du temps qu'ils mirent à guérir fut de 33 jours quand il n'y avait pas de bubons^ et de 50 jours lorsqu'il y en avait: 51 d'entre eux furent atteints d'accidents secondaires.
Tandis qu'en Angleterre s'opérait cette révolution , en Amérique Harris,Stevens et d'autres répétaient lesmêmes expériences et arrivaient aux mêmes résultats. En France oîi la doctrine physiologique commençait à s'établir, l'idée de traiter la syphilis sans mercure fut nécessairement bien accueillie. Jourdan, Broussais, Richond des Brus, Dubled, Bobillier, Desruelles et Devergie aîné s'en montrèrent les principaux défenseurs. Les publications en faveur du traitement simple furent nombreuses; mais les statistiques qui y sont consignées sont en général moins complètes que celles des médecins anglais. Comme en Angleterre, le traitement se résumait en ceci : repos, applications émollientes, soins de propreté, boissons délayantes et régime plutôt débilitant que tonique. En Allemagne, le traitement non mercuriel, d'abord appliqué par Brunninghausen de Wurzbonrg, fut plus tard employé sur une plus grande échelle par le docteur Fricke de Hambourg. Après avoir successivement fait usage des deux mctho-
696 THÉUAPliUTlQUE.
des, ce médecin déclara que les symptômes étaient plus graves et la durée du traitement plus longue avec le traitement par le mercure.
De môme que les médecins anglais, le docteur Pricke tenait ses malades au lit; chacun d'eux recevait tous les jours 64 grammes de pain , 1420 grammes d'eau de gruau et six cuillerées de végétaux cuits (I). Chez les femmes ce régime était continué pendant toute la durée de la maladie; chez les hommes , au bout de quinze jours ou trois semaines, on augmentait un peu les aliments, à mesure que les symptômes diminuaient d'intensité. Rarement une saignée générale était prescrite, mais on administrait tous les jours trois cuillerées à bouche d'une solution de 16 grammes de magnésie dans 192 grammes d'eau de fenouil. Ce traitement était opposé aux accidents primitifs et secondaires par le docteur Fricke, qiii, loin de répudier complètement le mercure, le considérait, au contraire, comme un bon et puissant remède. Toutefois, il prescrivait aussi, dans la syphilis secondaire, la décoction des bois sudoriflques et l'acide nitrique.
Ilandschuh et plusieurs autres médecins allemands expérimentèrent aussi le traitement sans mercure et arriv-trent à des résultats analogues. Ces essais furent imités en Italie, en Danemark, en Suède, et partout on prétendit quel'emploi de la nouvelle méthode rendait les affections syphilitiques plus bénignes et moins nombreuses. Ajoutons pourtant qu'on ne méconnut jamais complètement l'utilité du mercure administré à petites doses et joint à un régime léger et adoucissant. ^
De toutes ces statistiques, qui ne furent peut-être pas toujours faites avec un désintéressement complet et qui n'ont pas tenu suffisamment compte de la nature de l'accident primitif, il résulte néanmoins une révolution utile et fructueuse dans la thérapeutique de la syphilis. Jusque-là, en effet, il y avait abus des préparations mercurielles dans tous les accidents primitifs et môme dans la blennorrhagie, que Ton regardait omme un de ces accidents. Souvent, au lieu de guérir, on exaspérait le mal : c'est qu'on croyait trop volontiers que ces symptômes étaient toujours suivis de syphilis constitutionnelle. La méthode accréditée par les médecins anglais a prouvé qu'en l'absence d'un traitement mercuriel les chancres syphilitiques eux-raômes sont moins
(I) Voyez Graves, Leçons de clin, médic, trad. franç. du docteur Jaccoud, 2« éd., t. II, p. 572.
souvent compliqués de phagédénisme, sans êire pour cela suivis plus souvent d'accidents consécutifs (1). Cette méthode nous laissa de plus ce précieux enseignement, qu'un grand nombre de lésions syphilitiques, parmi les manifestations secondaires surtout, peuvent céder au simple régime, et qu'ainsi le mercure n'est en aiicune façon un spécifique, mais un simple adjuvant qui, dans des conditions données, favorise le retour à la santé. Effectivement, Bennett, tenant compte de tout ce qui avait été publié à cet égard, put écrire : « Le nombre des expériences s'élève aujourd'hui à plus de 80000 qui ont eu pour résultat d'établir d'une manière incontestable que la syphilis est guérie plus vite et expose moins aux accidents secondaires lorsqu'on la traite par une médication simple, que lorsqu'on a recours aux préparations mercurielles(2). » Tout récemment le docteur Drysdale a publié sur la guérison de la syphilis sans mercure un livre auquel nous renvoyons le lecteur (3).
Peu à peu cependant on se remit à traiter la syphilis à l'aide des préparations mercurielles; la syphilisation, nouvelle méthode thérapeutique qui prit naissance il y a quelques années, continua seule le traitement non mercuriel. Mais les attaques livrées à la médication par le mercure ne devaient pas cesser si tôt. Les paradoxes soutenus par l'école de Broussais, complètement délaissés en France, ont été ressuscilés il y a peu de temps en Allemagne, oij Jos. Herraann (4), Lorinser (S) et quelques autres médecins soutinrent qu'il n'y a point de syphilis secondaire, et que toutes les formes morbides qu'on décrit habituellement sous ce nom sont des conséquences plus ou moins éloignées du traitement mercuriel. Mon intention n'est pas d'entrer dans les nombreuses discussions soulevées par celte nouvelle guerre contre le mercure ; qu'il me suffise de dire que grâce aux travaux de
(1) Voyez Gauthier, Examen historique et critique des nouvelles doctrines médicales sur le traitement de la syphilis. Discours prononcé devant l'administration de l'hospice de l'Antiquaille, etc. Lyon, 1843.
(2) Clinical Lectures on the Principles and Practice of Medicine, Edinburgh, 1859, p. 59.
(3) Drysdale, Traitement de la syphilis sans mercure, trad. fr. Paris, 1864.
(4) Medicinische Siudien, Wien, 1855. — Die Behandlung der Syphilis ohne Mercur. Wien, 1856-1857. — Siudien iiber Krankheitsformcn in Idria (Wiener med. Wochenschrift, 1859, nos jg^ 20, 2i).
(5) Mercur und Syphilis (Wiener meâic. Wochenschrift, 1859, n"» 14, l5, 18,20, 26). — Comparez : J. Relier, Uetjer die Erkrankungen in den Spiegelfabriken zu Sophienlmtte Friedrichstheal etc. [Wien. med. Wockenschr., 1800, n» 38).
698 TnÉRAPEIJTIQDE.
Singer (1), de Waller (2), d'Overbeck (3) et de A. KusmauU (4), le mercui e cette fois encore fut reconnu innocent des crimes qu'on lui imputait (S). Toutefois, de celte discussion résulta une connaissance plus approfondie de la façon dont cet agent se comporte dans l'économie et de son élimination.
TRAITEMENT PAR' l' ARGENT, LE PLATINE ET l' AIRAIN.
Fracastor et quelques médecins de son temps font mention de l'or comme d'un moyen de combattre la syphilis. A. Lecoq, Gervais, Uçay, Pitcairn, et d'autres auteurs, ont proposé ou employé contre la syphilis les préparations d'or. C'est néanmoins au docteur Chreslien, de Montpellier, qu'il appartient d'avoir fait connaître et en même temps popularisé l'emploi de cet agent dans le traitement de la vérole. L'or divisé, l'oxyde d'or, le pourpre de Gassius, le perchlorure d'or et de sodium; telles sont les préparations qui ont été expérimentées parce médecin. Nulle saison, nul tempérament ne s'opposent à l'emploi de ces remèdes, et rarement la médication, jointe à la sobriété du régime, demande à être continuée pendant plus de deux mois. Disons que des essais tentés en France et à l'étranger ne sont pas venus confirmer l'opinion avantageuse que Percy avait exprimée à l'égard de cette méthode dans un rapport à l'Académie des sciences.
Le docteur Legrand, d'Amiens (6), n'en a pas moins écrit un volume en faveur de l'or et de ses préparations. Le mercure , dit-il, ne guérit pas les maladies vénériennes, mais l'or les guérit ; donc l'or est le spécifique de la syphilis. C'est évidemment exagérer les effets et fausser le mode d'action du médicament. Quoi qu'il en soit, on trouve dans ce livre quelques histoires de malades qui sembleraient témoigner de l'utilité des préparations auriques dans les accidents
(1) Wochenhlait der Zeitschrift der Wiener Aerzfe, 11.
(2) Beitrdge zur UUung einiger Streilfragen in der Si/philidologie, {Prager Vierteljahrschr., t. XVI, I8G0).
(3) Mercur und Sf/philis, Berlin, 1861.
(4) Vnlersuchungen ûber den const. Mercurialismus vnd sein Verhaliniss z. constit. Syphilis. NVûrzburg, 1861.
(f}) Voyez Foliin, Mercurinliime et Syphilis, analyse critique dans Archiv. de médecine, octobre 18C1.
(C) Legrand, De l'or, de son emploi dans le traitement de la syphilis. Paris, 1836
MÉTHODES DE TRAITEMENT. b J J
primitifs on même secondaires, si en réalité ces accidents ne guérissaient souvent d'eux-mêmes. II y a bien lieu de croire cependant que l'or, comme tous les moyens periurbateurs, n'est pas dépourvu d'utilité dans le traitement de la syphilis.
L'exemple une foivS donné, on voulut bientôt essayer tous les métaux précieux. Serres, de Montpellier, préconisa les sels d'argent et l'argent pur dont il prétendit avoir obtenu de bons résultats (1). En 1840, le docteur F. Hoefer (2) vanta contre la syphilis le roi des métaux, le platine, qui ne lui donna que des résultats douteux. Outre l'incertitude de leur action, les différents métaux dont nous venons de parler, sont d'un prix trop élevé pour que l'on puisse songer à les employer sur une grande échelle en thérapeutique.
TRAITEMENT PAR I,' ARSENIC, l'iODE ET l'iODURE DE POTASSIUM.
Nous avons dit que l'arsenic servait autrefois dans le traitement de la syphihs, où il était associé aux préparations mercurielles employées soit en lavages, soit en fumigations. Plater (3), comme on sait, ne se contentait même pas de dissoudre du sublimé corrosif dans une trèspetite quantité d'eau, il y ajoutait encore de l'arsenic. Cependant cet agent ne cessa pas d'être regardé comme un poison et, comme tel, il ne fut jamais méthodiquement introduit dans la thérapeutique de la syphilis. Tout récemment il a été vanté dans des cas particuliers. Plus tard nous reviendrons sur ce point.
L'iode et ses composés étaient entrés depuis peu de temps dans le * domaine thérapeutique lorsqu'ils furent appliqués à la curation de la syphilis. Inspiré par la pratique de Girtanner qui donnait l'éponge brûlée dans les ulcères vénériens de la gorge, Martini, de Lubeck (4), conçut, en 1821, l'idée de substituer l'iode à l'éponge, et il en obtint de bons effets. Il cite plusieurs malades affectés d'ulcères vénériens à la gorge, et qui, après avoir été soumis sans succès à plusieurs traitements, guérirent rapidement de leurs ulcères et de la cachexie
(1) Mémoire sur Vemploi des préparations d'argent dans le traitement des maladies vénériennes. Paris, I83fl.
(2) Hoefer, Gaz. méd. de Paris, 25 novembre 1840.
(3) Voyez le tome III de sa Pratique, liv. l'r, chap. xiv.— Astruc^ loc. cil. , t. Il .
(4) Hufeland's Journal, avril 1833. — Coindet avait déjà proposé (1820) l'Iodure de mercure pour combattre les affeclions vénériennes compliquées de scrofules.
■700 TOÈRAPEUTIQUE.
concomitante. Dans le cours do la même année, Bielt, à l'hôpital Saint- Louis, employait avec succès contre les sypliilidcs l'iode uni au mercure. En iS^i, Richond des Brus se servaii, après Brera et Formey, de la teinture d'iode à l'inicricur, à la dose de 20 à 40 gouttes, en frictions, à la dose de 4 à 8 grammes, contre la blennorrhagie et les bubons. En 1831, Lugol publiait des observations d'accidents tertiaires guéris par les préparations iodurées seules. Ainsi se préparait l'avénementd'un nouvel agent antisyphilitique.
Wallace, de Dublin, a le mérile d'avoir le premier employé l'iodure de potassiiim, d'en avoir 6xé les doses, spécifié les indications , et par cela même d'avoir définitivement introduit l'iode dans la thérapeutique de la syphilis, en plaçant ce médicament presqiie sur le même niveau que le mercure. Il commença ses expériences en 1832, et il en donna les résultats sous forme de leçons quatre ans plus tard (1). Cent trente-neuf malades furent observés, dont six affectés d'iritis, six d'affections du testicule, dix de maladies diverses des os et des articulations, quatre-vingt-dix-sept de syphilides cutanées, vingt de lésions de la membrane muqueuse de la bouche, du nez, de la gorge ; enfin trois femmes enceintes furent également soumises au même traitement dans le but de préserver le fœtus de l'infection syphilitique. La préparation employée, mixtura hydriodafis polassœ , contenait 8 grammes d'iodure de potassium pour 250 grammes d'eau distillée. Les adultes prenaient de cette mixture une cuillerée à bouche quatre fois par jour, soit 60 grammes, c'est-à-dire 2 grammes d'iodure de potassium.
Les succès obtenus par Wallace ne tardèrent pas à éveiller l'attention des médecins. En Angleterre, Judd (2), A. Saville (3),Winslow(4), Bullock (5), R. Williams (6); en France, Trousseau (7), Ricord (8),
(1) Voyez The Laneei, mars 183G. On trouve la première de ces leçons dans le Journal des connaissances médico-nhirurg . , l. IV, p. 157.
(2) Judd, A practical Trealiseon Urethriles and Syphilis, 1830, in-8».
(3) A. Saville, London med. Gazette, août 1835.
(1) Winslow, London med. Gazette^ décembre 1835.
(5) Bullock, The Edinburgh med. and surg. Journal, janv. 1837.
(6) Williams, ù&m S'jphilidologie de Behrend, t. Il, p. 3l6, 331.
(7) Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique et de matière médicale, t. I, p. 2C7, 5" édit., Paris.
(8) Ricord, Bull, génér. de thérapeutique, t. XII, 1837, p. 241, et Gaz. des hôpitaux, 1830.
Payan (1), Gauthier (2), Boys de Loury et Costilhes (3) ; en Italie, Brera, Sperino, Riberi et Gasca (4), Pellizzari (5); en Allemagne, Gusman (6), essayèrent l'emploi del'iodure de potassium et en constatèrent les bons effets. Ricord reconnut que les accidents tertiaires étaient plus heureusement influencés par cet agent que les accidents secondaires. Les accidents profonds de la peau et des membranes muqueuses, les tumeurs gommeuses du tissu cellulaire, les lésions osseuses ; telles sont les manifestations qui lui parurent céder le plus, facilement à l'emploi de l'iodure de potassium. Ce fait accepté par Trousseau, Sperino, Payan, Gauthier et plusieurs autres expérimentateurs, est enseigné par Bazin ; nous avons été conduit à l'admettre nous-même. Il fut en outre reconnu qu'il était possible d'administrer, en les graduant, des doses plus élevées que celles dont Wallace faisait d'abord usage. Peu à peu on administra de 1 à 4 et même 6 grammes de ce médicament par jour ; on éleva encore la dose, mais sans augmentation proportionnelle de son influence théraf)eulique.
Malgré des attaques déterminées le plus souvent par des changements de doctrine, une expérience de trois siècles a consacré, ainsi que nous le savons, l'utilité du mercure dans la thérapeutique de la syphilis, quand la plupart des autres méthodes employées pour combattre cette maladie sont tour à tour tombées dans un oubli presquë complet. L'iodure de potassium, dont l'emploi date d'hier, n'a pas eu à subir les mêmes vicissitudes; ses heureux effets sont si généralement reconnus, qu'on ne peut aujourd'hui lui refuser, dans le traitemeni de la syphilis, une place à côté du mercure. Ainsi deux substances,
(1) Essai thérapeutique sur /'iode, ou Application de la me'dec. iodée ou iodurée, Bruxelles, 1850, et De l'emploi de l'iodure de potassium, etc., Paris, 1847.
(2) Observai, pratiques sur le traitement des maladies sypMlit. par l'iodure de potassium. Lyon, 1845.
(3) Des différents agents thérapeut. employés à Saint-Lazare contre les malad. syphilit. et de leur appréciation {Gaz, méd. de Paris, 1847, p. 418).
(4) Voy. Giornale délie scienze mediche, 1847.
(5) Gazetta toscana délie scienze medico-fisiche, 1845.
(6) Medicin. Jahrb. des Œsierr. Staates, 1843. — Comparez : Ebers (de Breslau), Medicinische Zeitung, 1836. — Ilanck et Kluge, journ. l'Expérience, juillet 1844. — Oct. Hocken, De la valeur comparative de3 préparations de mercure et d'iode dans le traitement de la syphilis {Ann, des malad. de la peau, t. I, p. 344, et Gaz. méd. de Paris, 27 juillet 1844). — Esparbès, De l'emploi de l'iodure de potassium contre la syphilis. Thèse de Strasbourg, 1859. — Evraln, De l'iodure de potassium dans tous les âges de la syphilis. Thèse de Paris, 18C1.
l'iode et le mercure, sont incontestablement les principaux agents qu'il nous soit donné d'opposer aujourd'hui aux ravages de la syphilis.
Il serait superflu d'insister plus longtemps sur les méthodes de traitement employées jusqu'ici dans le but de combattre la syphilis ; ce que nous en avons dit est plus que suffisant, ce me semble, pour donner un aperçu de la multiplicité des médications et des phases diverses qu'a traversées la thérapeutique syphilitique. Je ferai remarquer, en terminant, que l'esprit de système a toujours eu la plus fâcheuse influence sur la manière de traiter la syphilis, et qu'aujourd'hui il importe de reconnaître que celte maladie, de même que toutes celles qui attaquent l'espèce humaine, réclame expectation ou action, suivant les indications qui se présentent. Il nous reste maintenant à rechercher ces indications dans la syphilis accidentelle et dans la syphilis héréditaire.
§ 2. — Traitement de la sypliilis accidentelle.
La syphilis est curable, puisqu'elle cède à un traitement bien dirigé ; mais en outre elle est susceptible de guérir seule, sponte sua, c'est-à-dire sans médication et par le secours de la simple hygiène. Dans les conditions où nous observons, il est assez rare de rencontrer des cas de guérison spontanée de la syphilis, car si nos malades ne se traitent pas eux-mêmes, ils demandent à être traités, et nous autres médecins, nous ne voulons pas prendre sur nous la responsabilité d'abandonner à elle-même une maladie qui, en somme, n'est pas sans danger. Mais il est des contrées où les choses se passent autrement, et pour bien connaître la marche naturelle de la syphilis, le mieux est de l'étudier chez les peuples non civilisés. En efi"et, l'auteur de l'histoire générale des Pirates (1725), Johnson, écrit au sujet des Brésiliens : « La plupart des individus (hommes et femmes), sont atteints d'affections vénériennes ; mais ils n'ont recours à aucun médecin pour pallier ces accidents. Le seul homme qui s'occupe de les soigner est un prêtre irlandais qui n'a d'autres médicaments que deux ou trois simples. C'est avec ces plantes, dont l'action est secondée par la salubrité de l'air et par une diète légère, que les habitants triomphent de la maladie, et s'il en est peu qui échappent aux ennuis d'un écoulement ou d'une éruption, il n'en est pas un, du moins, qui soit précipité dans cet abîme de maux dans lequel le mercure a déjà
plongé tant de victimes (1). » Livingsione, comme nous l'avons dit (2), nous apprend que, dans le centre de l'Afrique méridionale, la syphilis guérit d'elle-même. Lesson rapporte que la syphilis ne fait point de ravages dans les îles de la Société et notamment à Taïti. Le régime essentiellement doux des habitants, qui ne vivent que de fruits et ne boivent que des émulsions de coco; la fréquence des bains, la température élevée du climat, l'indolence qui, chez eux, s'oppose à la faligue, la racine d'ava qui les enivre et les fait suer abondamment, en sont, dit ce voyageur, la médication la plus active et la plus efficace. En Egypte, la syphilis guérit aussi très-facilement sous l'influence d'un régime un peu sévère (3), ou par des remèdes fort simples, comme l'affirment Sonnini et Bruce. Cela se pratiquait ainsi jadis en Numidie, au rapport de Léon l'Africain. Inutile d'insister sur ce genre de preuves; il en est un autre non moins important que donne l'historique même des méthodes thérapeutiques employées à combattre la syphilis. Les nombreux malades traités par les bois sudorifiques, par l'opium, etc., et qui ont guéri, doivent évidemment leur guérison autant aux efforts de la nature qu'à l'influence du traitement, qui a tout au plus joué le rôle d'adjuvant ; et, bien qu'il y ait lieu de croire que la plupart des cures attribuées par les médecins anglais au traitement non mercuriel aient été relatives à des chancres mous plutôt qu'à des chancres durs et à la syphilis constitutionnelle, il est du moins fort admissible que la syphilis vraie n'a pas été étrangère à tous ces cas. Ainsi, la marche naturelle de la syphilis dans certaines contrées, les méthodes thérapeutiques antérieurement employées, l'observation journalière (4), montrent que la syphilis est susceptible de guérison spontanée, de sorte qu'un organisme modifié par le virus syphilitique peut, avec le temps, revenir à son type primitif et normal, sans qu'il soit toujours nécessaire de faire intervenir une médication active et des agents particuliers. La syphihs, à ce point de vue, ne diffère ni de la variole, ni de la fièvre typhoïde, ni du rhumatisme,
(1) Clinique médicale de Graves, trad. franç. de Jaccoud, t. II.
(2) Voyez p. 50 de ce livre.
(3) Voyez p. 51 de ce livre, et Gais médic. de Paris, année 1839, p. 394 Sui' le traitement de la syphilis en Égypte, par Clot-Bey.
(4) Diday, Histoire naturelle de la syphilis, 1863, p, 15C, compte dix-huit syphilitiques guéris sans mercure et dont la guérison remonte à trois ans et demi et au delà.
.704 TDÉRAPEUTIQUE.
ni d'aucune maladie, et le rôle du médecin appelé à la traiter consiste uniquement à venir en aide aux efforts de la nature et à favoriser la tendance à la guérison. Dans ces conditions, il est clair que la thérapeutique générale de la syphilis doit être expectative : c'est dire que le médecin ne peut agir en vue d'idées théoriques , mais seulement lorsqu'il existe- des indications formelles. Gomment arriver à ce but, tel est le point qu'il nous reste à examiner. Pour cela, suivons la syphilis dans ses différentes phases et dans ses différents sièges; c'est le seul moyen de répondre à toutes les indications que présente cette maladie si longue et si variée.
PÉRIODE d'incubation ET d'ÉRUPTION LOCALE.
Le médecinr, on le conçoit, est rarement appelé à traiter la syphilis à la période d'incubation; mais cependant on peut se demander si déjà à ce moment il n'y aurait pas, en cas de doute, quelque chose à faire. Le virus syphilitique étant considéré comme un poison, quelques auteurs ont cru à la possibilité de le combattre directement dans le sang. Pour moi, dit Swediaur(l), il est vraisemblable que les remèdes mercuriels entrent dans la masse des humeurs, se mêlent avec le virus, et exercent sur lui une action chimique directe, par laquelle sa nature et ses effets sont détruits. Cette théorie, pendant longtemps acceptée, régnait encore naguère (2), et même aujourd'hui elle compte des partisans. Partout on entend répéter que le mercure neutralise le virus syphilitique, on en est à chercher le contre-poison de la syphilis comme celui du choléra et bien d'autres. C'est là, disonsle, le résultat d'une fausse éducation médicale. Je pense avecGraves (3) que la syphilis et le mercure ne sont point, comme un acide et un alcali, deux forces opposées dont l'existence simultanée est impossible. Évidemment, on ne peut cont' ster qu'une substance toxique, quelle qu'elle soit, ne puisse être neutralisée surplace; mais une fois qu'elle est absorbée , il n'est pas moins contestable qu'il n'y a plus qu'un moyen de combattre ses effets ou de s'opposer à leur manifestation, c'est de produire des effets physiologiques capables de rétablir
(1) Traité compl. des malad. vénér., Paris, 1001, p. 79.
(2) Consultez : Journ. de la section de méd. de la Société académique de la Loire- Inférieure, et Gaz. méd., 1836, p. 87.
(3) Cliniq. méd., trad. fr. do Jaccoud, 2» édit., t. 11, p. C34.
la fonction primitivement troublée. Or, dans l'espèce, le mercure, regardé comme un agent spécifique par-les partisans de la neutralisation des poisons, est aussi incapable de modifier ou d'annihiler le virus syphilitique pendant la période d'incubation, qu'il sera plus tard incapable de prévenir les accidenis secondaires ou tertiaires (Ij. Donc, pas d'hésitation, abstention complète de toute médication pendant le cours de l'incubation syphilitique, conséquemment pas de traitement général préventif. L'accident primitif a paru, la syphilis existe à n'en plus douter (2); doit-on dès lors commencer un traitement général? Faut-il différer ce traitement jusqu'à l'apparition des accidents constitutionnels? Pour moi, répond Ricord (3), une induration bien nettement formulée me suffit pour prescrire le traitement général, et, du premier jour où je puis la constater, j'attaque de front la diathèse. Contre le chancre induré, le chancre huntérien, écrit Diday (4), donnez le mercure (de préférence le proto-iodure) ; contre l'érosion chancriformc, pas de traitement intei"ne. Baerensprung (5), au contraire, repousse formellement les préparations mercurielles, il recommande contre le chancre induré les dérivatifs et les sudorifiques, particulièrement les bains russes. Dans ces conditions, la guérison des chancres se fait attendre plus longtemps, et les rechutes sont plus fréquentes ; mais elles n'ont lieu que dans les premiers mois qui suivent l'infection, au plus tard au quatrième mois, et elles se bornent à quelques syphilides superficielles de la peau et des muqueuses. Jamais le syphilographe de Berlin n'a observé de syphilis tertiaire chez des malades traités par lui et qui s'étaient abstenus de l'usage des mercuriaux.
Ces autorités nous suffisent ; mais en présence de cette divergence d'opinions, que faire? Et tout d'abord, que peut-on attendre du traitement mercuriel à cette période? Va-t-il prévenir les accidents secon-
(1) Crousillard (thèse de Strasbourg, 1863) cite, d'après plusieurs auteurs, des faits de syphilis secondaire survenue malgré l'emploi des moyens thérapeutiques dits spécifiques.
(2) Dans le cas où un diagnostic ne peut être sûrement porté, il est clair que tout médecin consciencieux doit s'abstenir d'un traitement général. Si le moindre doute reste dans votre esprit, dit Ricord, je vous adjure de dilTérer toute médication "spécifique et de savoir attendre.
(3) Leçons sur le chancre, par A. Fournier, 2* édit., p. 298.
(4) Histoire naturelle de la syphilis, Paris, 1863, p. 189.
(5) Exposé de la doctrine de M. le professeur V. Baerensprung {de Berlin) relativement à l'origine et au traitement de la syphilis, par J,-F. Van der Donckt {Archiv. médic. belges, analyse dans Gaz. médic , de Paris 1865 p. 587).
LANCEnEAUX, 45
706 TIIÉRArEUTIQUE.
claires? En aucune façon. Marlins, Bassereau, Leudet, H. Lee,- Bazin, Gibert, s'accordent tous à admettre, d'après une observation rigoureuse, que les mercuriaux employés dans la curation des symptômes primitifs ne préservent pas des manifestations secondaires, et qu'ils servent au plus à en retarder l'apparition. Des faits nombreux, consignés par Diday dans son dernier ouvrage, témoignent, d'autre part, de l'impuissance du mercure en tant que préventif des accidents généraux. Donc, un premier point peut être établi : le mercure ne s'oppose en rien à la manifestation des accidents secondaires, conséquemment il n'attaque pas la diathèse comme le prétend Ricord, et, à ce point de vue, il est inutile, sinon nuisible. Mais relativement à l'accident primitif, quelle est son action? Baerensprung observe que la durée du chancre est plus longue lorsqu'on n'a pas recours aux préparations mercurielles ; les faits sur lesquels il base son opinion, tout en démontrant que le mercure abrège la durée du chancre, tendent à faire supposer qu'il favorise la résorption de l'induration. Gonséquemment, le traitement mercuriel convient peu à la période d'éruption locale, et il n'est indiqué qu'autant qu'un chancre fortement induré tarde à se résoudre : le mercure alors peut jouer le rôle d'un adjuvant utile et d'autant plus nécessaire, que le système ganglionnaire lymphatique est plus profondément atteint. A part ces conditions, les soins de propreté suffisent le plus souvent à la thérapeutique du chancre infectant. Ainsi l'ulcération sera lavée avec le vin ^'omatique ou l'alcool mêlé d'une quantité variable d'eau, ou encore avec l'alcoolé de Guaco (1), et pansée ensuite avec une pommade au calomel (2), ou simplement avec de la charpie sèche.
Ricord , on le sait, pratique toujours la cautérisation au début du chancre; mais dès l'instant oii il est prouvé que cet accident est la première expression phénoménale de la modification de l'organisme, il devient clair que la méthode abortive n'a plus aucune valeur. Si cette méthode a pu enregistrer quelques succès, c'est, comme le fait judicieusement remarquer Follin, qu'elle a été employée indifférem-
(1) Voyez Pascal, Du guaco et de ses effets curatifs dans diverses formes du mal vénérien. Paris, 1860.
(2) En pareil cas, Ricord prescrit la pommade suivante :
Cérat opiacé 30 grammes.
Poudre de calomel 1 —
Mêlez. — Trois pansements par jour.
SYPniLlS ACCIDENTELLE. 707
ment contre le chancre mou et le cbancre infectant à une époque où la distinction de ces deux espèces n'était pas encore connue.
L'expérience a du reste parlé sur ce point. J.-L. Petit, qui dès le début de sa pratique se mit à exciser les chancres indurés préputiaux, finit par renoncer plus lard à cette opération qu'il jugea inutile. Plus récemment, Diday (d) ne réussit pas à empêcher l'infection constitutionnelle, malgré la destruction, à l'aide des pâtes carbo-sulfurique ou de chlorure de zinc, de chancres qui avaient moins de trois jours de durée ou seulement vingt-quatre heures. A cet égard, pas de doute; la méthode abortive dirigée contre l'accident syphilitique primitif est tout au moins inutile.
Les ferrugineux, les toniques, et même l'hydrothérapie, sont des moyens que réclame le plus souvent l'état général du malade, et que rendent indispensables certaines complications, telles que le phagédénisme, qui est l'indice d'une tendance fâcheuse du mal que les anciens désignaient par le mot mahgnité. Ici, toutefois, un traitement local devient nécessaire; la cautérisation, voilà la barrière la plus sûre à opposer au phagédénisme. A cet effet, Ricord donne la préférence à la pâte sulfo-carbonique, et dans les cas de chancres très-vastes il conseille d'avoir recours au chloroforme pour amoindrir les douleurs de l'opération. Rollet se sert plutôt du fer rougi à blanc ou de la pâte au chlorure de zinc, avec les précautions que nous indiquerons plus loin.
Dans certains cas pourtant, de simples pansemen-ts avec une solution de lartrate ferrico-potassique (2) et le fer pris à l'intérieur sont des moyens qui parviennent à triompher du mal.
En cas de complication inflammatoire, le repos, les bains, les cataplasmes émolhents trouveront leur application. Ces moyens serviront encore à combattre le phimosis et le paraphimosis; mais si le prépuce ou une portion du gland menaçaient de tomber en sphacèle, on comprend qu'il ne faudrait pas hésiter à pratiquer une opération qui n'a pas ici, comme dans le chancre mou, l'inconvéniSit de réinoculer
(1) Voyez Gaz. médic. de Lyon et Gaz. méd. de Paris, 18C0, p. 333,
(2) Ricord prescrit la liqueur ci-dessous :
'if Eau distillée 250 grammes.
Tarirate ferrico-potassique. .. . 30 — Prendre chaque jour trois cuillerées à bouche. Panser trois fois par jour avec la charpie imbibée de ce liquid».
708 TUÉBAPEUTIQUE.
l'accident vénérien. Rien n'est plus simple, en effet, que d'enlever l'extrémité du prépuce et le chancre qui s'y est fixé.
Le chancre mou ou chancre simple (fausse syphilis), dont l'action est toute locale, n'exige qu'un traitement local; mais ce traitement est de la plus grande importance en raison des complications fréquentes de cet accident et de sa fâcheuse disposition à s'étendre et à se multiplier. Hunter a saisi nettement à cet égard l'indication à remplir : ((La méthode la plus simple de traiter un chancre (1), dit-il, consiste à le détruire ou à l'exlirper. De cette manière , on le réduit à l'état d'ulcère ou de plaie simple, et il se cicatrise comme tout ulcère ou plaie de cette nature. » Réduire l'ulcération spécifique à l'état d'un ulcère simple, transforjmer une plaie possédant la cause spéciale d'entretien en une plaie qui n'a plus sa raison d'être, tel est, en d'autres termes, pour Ricord, le but auquel doit tendre le traitement. La cautérisation, pourvu qu'elle soit suffisamment profonde , atteint merveilleusement ce but ; elle se pratique avec différentes substances, la potasse, l'acide nitrique, et de préférence avec le caustique carbosulfurique (Ricord) ou la pâte au chlorure de zinc (RoUet, Diday) (2). Après avoir abstergé les parties malades, Rollet applique à leur surface des rondelles de caustique, de façon à les recouvrir exactement sans les dépasser. Ces rondelles sont assujetties avec de la charpie, des bandelettes de diachylon ou des bandes, suivant les régions; elles restent en place pendant une ou plusieurs heures, selon la profondeur de la lésion et les effets que l'on veut obtenir. L'eschare se détache presque toujours le troisième jour, la plaie qui lui succède est d'ordinaire recouverte d'un enduit pseudo-membraneux pouvant faire croire qu'elle est encore virulente, si un examen attentif ne venait montrer que les bords sont de niveau avec le fond et que toute la surface s'élève et se répare au lieu de se creuser par l'ulcération. Les avantages du caustique au chlorure de zinc sont de ne déterminer que des douleurs de peu d'intensité et de ne pas exposer aux hémorrhagies.
Tandis qu'un traitement général suffît pour combattre les adénopa-
(1) Hunter ne fait ici aucune distinction entre le chancre mou et le chancre syphilitique.
(2) Consultez : Rollet, Gaz. méd. de Lyon, 15 décembre 1857. — Diday, même journal, 1858, n°» 2 et 4. — Dron, De la Méthode destructive des chancres {Annales de la syphilis, 1858). — Debauge, Thèse de Paris, 1858.
tliies du chancre syphilitique, dont la suppuration est exceptionnelle, un traitement local est presque toujours nécessaire contre les bubons du chancre mou. Ce traitement varie toutefois suivant la période d'évolution de ces accidents. Au début, tant qu'il n'existe aucune suppuration, repos, cataplasmes émollients, bains, ponctions résolutives à l'aide de pommades raercurielles ou iodurées, tels sont les moyens indiqués. Les badigeonnages avec la teinture d'iode ont l'inconvénient d'exciter une vive douleur. Les vésicatoires, employés comme moyens abortifs, ont quelquefois réussi ; les sangsues, prescrites dans le même but, ont le grave inconvénient, quand le bubon suppuré vient à s'ouvrir, de pouvoir servir à son inoculation , si les piqûres qu'elles ont produites ne sont pas encore cicatrisées. Les incisions prématurées, conseillées dans le but d'éviter des décollements de la peau, sont en général intempestives ; mais lorsque la suppuration a lieu et que le bubon menace de s'ouvrir, il ne faut pas hésiter à donner issue au pus. Une seule incision pratiquée à l'aide du bistouri est préférable au caustique. L'emploi du séton filiforme, tel que le re commande Bonnafont, n'est pas à repousser. Remarquons que ces méthodes de traitement ont l'avantage de convenir au bubon virulent comme au bubon sympathique, dont le diagnostic, ainsi que nous l'avons dit, est toujours entouré des plus grandes difficultés.
Après l'incision, le bubon ulcéré et transformé en plaie virulente réclame les mêmes soins que le chancre mou (I).
PÉRIODE d'ÉRDPTION GÉNÉRALE 00 DES ACCIDENTS SECONDAIRES.
Le principal agent thérapeutique à opposer aux manifestations de cette période est le mercure. Mais les déterminations locales, bien qu'imminentes, n'ont pas encore paru; le malade n'en est qu'aux prodromes, accablé par une céphalée violente, il éprouve une lassitude générale, des douleurs vagues et un abattement moral qui indi-
(1) Consultez : Bonnafont, Mém. de méd. et de chir. milit., 1854, 2* série, f. XIII, p. 337. — Reboul, Des adénites vénériennes. Thèse de Paris, 1857. — Eiber, Behandlung eilernder Buhonen nach Lebert (Wien med. Wochenschrift, n» 38, 1860). — SchmidCs Jahrb., t. CXIV, p. 199. — Weisfiog, Ueber die Broca'sche Behundlung Méthode der eiternden Bubonen (Schweiz Monatsc/ir., n° 12, 18G0). — A. Guérin et P. Picard, Sur le traitement des bubons (Bullet. génér. de thérapeutique, t. LY, juin 1801).
quent l'irruption prochaine du mal. Doit-on commencer la médication mercurielle? Nullement, répond Diday,dont nous partageons, sur ce point, la manière de voir. Suspendez plutôt tout traitement mercuriel déjà prescrit, et, ne tenant que médiocrement compte de l'état spécifique, demandez vos médications aux principaux symptômes.
Administrez un purgatif doux, si l'état saburral prédomine , et plus tard donnez des ferrugineux dans le cas de chloro-anémie manifeste. Joints à la tranquillité, au repos, à l'usage de quelques bains et à de petites doses d'opium, ces moyens parviendront le plus souvent à atténuer, sinon à combattre le mal. Autrement, il resterait à recourir, suivant le conseil donné par Diday, à l'iodure de potassium ou de sodium que l'on administrerait à la dose quotidienne de 1 à 2 g;'ammes par jour.
Une première poussée éruplive fait invasion, le malade prend du mercure, je continue cet agent, écrit encore Diday. Le malade est exempt de toute médication ; la réponse n'est pas moins précise que
la question, ajoute le même auteur. A roséole... expectation A sy-
philide vésiculeuse, squameuse, pustuleuse... mercure Asyphilide
papuleuse... expectation ; mais surveillance. Pour nous, partisan
de Texpectation en fait de syphilis, cette manière d'agir est très-séduisante. Cependant, comme il n'est pas sûrement prouvé que lessyphilides rubéolique et papuleuse soient toujours l'indice d'une forme réellement bénigne, et comme, d'ailleurs, en l'absence d'un traitement spécifique, ces manifestations peuvent avoir une durée fort longue, nous sommes porté à admettre que tout exanthème nettement syphilitique réclame l'emploi du mercure, fie même, les éruptions enanlhématiques, les affections secondaires des yeux, des articulations, etc., demandent à être combattues par les préparations mercurielies. Gonséquemment, la présence d'une lésion secondaire indiquerait l'emploi du mercure, sauf certains cas exceptionnels dont il sera parlé plus loin.
En l'absence de ces lésions, pas d'indication, pas de traitement, la médication mercuriolle ne pouvant, ainsi que nous le savons, préserver des accidents ultérieurs. Mais l'indication reconnue, quelle méthode doit être préférée ? le mercure scra-t-il employé à l'extérieur ou à l'intérieur ?
Médication externe. — Plus haut, nous avons fait connaître la méthode des lotions et celle des fumi'gations mercuricUes. Aujourd'hui,
justement tombées en désuétude, ces méthodes ne peuvent nous arrêter. Il n'en est pas de même de la méthode des frictions, qui u'a pas cessé d'être en vogue en Allemagne, et qui mériie incontestablement la préférence quand à la syphilis s'ajoutent des désordres des voies gastriques rendant impossible l'usage interne des mercuriaux.
Déjà différente par la formule et la quantité d'onguent employé, la méthode des frictions est encore susceptible de varier suivant la région où se trouve appliqué, l'agent médicamenteux. Peyrilhe faisait pratiquer les frictions à la surface du gland, et Cirillo à la plante des pieds. Clare frictionnait, plusieurs fois par jour, la face interne des joues, aux environs du canal de Slénon, avec 0,02 à 0,05 grammes de calomel. Baerensprung (1) et Sigmund, les deux principaux syphilcgraphes allemands qui accordent aux onctions mercurielles la prééminence sur toute autre médication par le mercure, usent d'un procédé peu différent.
Appliquée par Sigmund (2), cette méthode comprend trois temps : la préparation des malades, les frictions et le traitement après les frictions. La préparation des malades dure de six à dix jours. On cherche à régulariser le régime, à écarter ou à modifier diverses affections, comme les fièvres, les diarrhées et surtout les affections des gencives. On rend la peau plus souple par l'emploi de bains dont la température varie de 24 à 27° Réaumur. Les frictions sont faites sur les deux jambes, les deux cuisses, les faces antérieures de la poitrine et du ventre, sur le dos et sur les bras. Chaque friction dure au moins vingt minutes. Elle doit être pratiquée le soir avant le coucher, et l'on enveloppe ensi-ite les parties frictionnées dans des draps de toile ou de coton. Le changement de linge après chaque friction est nécessaire. La dose d'onguent mercuriel employé dépas.se 1 gramme par jour. Le nombre des frictions varie de vingt à trente. Les malades doivent garder le lit pendant dix-huit heures et pou manger; mais dans l'alimenlalion il faut toujours tenir compte des complications anémiques qui contre-indiquent la diète. En même temps on devra prescrire des gargarismes au sublimé, à l'alun , à la teinture d'iode, suivant qu'il y a ou non ulcération de la muqueuse buccale ou pharyngée.- On suspend les frictions pendant la période menstruelle ; il
(1) Annalen dei Charite-Krankmhnuse.i, 1858, vol. VII, p. ?.
(2j Die Einrcibimgscur mit gramr Salie iei Syphilis formen^ Wien, 1859.
n'en est pas de même pendant la grossesse, et Sigraund pense qu'appliquées de bonne heure, elles peuvent prévenir l'infection du foetus. Chez les femmes en couche on attend pendant deux ou trois semaines avant de commencer les frictions, jusqu'à ce que l'anémie qui suit en général l'accouchement ait disparu. Les frictions faites chez des nourrices ne paraissent pas avoir d'influence sur la syphilis des enfants qu'elles allaitent ; aussi sonl- elles en même temps employées chez ces enfants. La cicatrisation des blessés. et des opérés n'est pas retardée par ce mode de traitement. En même temps qu'on prescrit les frictions, on peut donner des médicaments internes : les décoctions de Zittmann, dePollini, les diurétiques, les narcotiques, diverses préparations iodées, ferrugineuses, les amers, l'huile de foie de morue. La saison la plus favorable pour l'emploi de cette médication est le printemps et la première moitié de l'été.
Après la dernière friction , les malades prennent un bain de savon (25 à 27° R.) d'une demi-heure. On les fait encore rester pendant plusieurs jours au lit et on cherche à provoquer la transpiration. L'alimentation est peu à peu augmentée. Ce traitement n'est pas exempt de tout accident: on observe des inflammations cutanées et des eczémas rarement assezintenses pour obligera le suspendre. La salivation est un accident plus sérieux que l'on ne doit en aucune façon chercher à obtenir ainsi qu'on le faisait autrefois. Peu souvent, du reste, celte salivation est assez abondante pour que l'on doive cesser l'emploi des frictions. Sigmund a été plusieurs fois dans la nécessité de suspendre la médication à cause de l'existence de sueurs abondantes, de diarrhées rebelles, de congestions cérébrales ou pulmonaires, d'hémorrhagies par les fosses nasales, par l'anus, par l'utérus, d'attaques épileptiques, d'insomnies opiniâtre?.
Les bains qui contiennent du mercure en dissolution constituent une méthode toujours très-infidèle à cause de la difficulté oîi on est de savoir, même approximativement, la dose du médicament absorbée. En tant que méthode générale , les bains mercuriels doivent être rejetés ; mais on peut y avoir recours lorsqu'il s'agit de produire un effet local, ainsi qu'il arrive dans les syphilides rebelles. Le bichlorure de mercure est le sel qui mérite la préférence ; il s'emploie à la dose de 10 à 50 grammes, préalablement dissous dans l'alcool ou dans l'élher. Dans ces mêmes conditions, les fumigations, dont il a été parlé, peuvent également produire de bons effets; c'est le cinabre
qui est habituellement employé à la dose de 8 à 12 grammes par fumigation. La température est graduellement élevée, mais elle ne doit jamais être portée au delà de 40 ou 45 degrés. La fumigation doit être continuée pendant 15 ou 20 minutes et répétée tous les jours. Tels sont les moyens externes usités de nos jours (1); ces moyens, -il ne faut pas l'oublier, ont des indicalions et des contre-indications qu'il faut nécessairement connaître. En général ils conviennent dans les syphilis rebelles que ne parvient point à modifier la médication interne.
Médication interne. — Cette médication est celle que l'on préfère et que l'on emploie généralement en France, à moins des circonstances particulières ci-dessus signalées. Des préparations nombreuses sont mises en usage ; nous nous bornerons à faire connaître les principales d'entre elles.
Malgré son ancienne vogue, le mercure métallique est aujourd'hui délaissé. Les pilules de Belloste (2) et les pilules bleues (3) , après avoir joui d'une grande célébrité , sont à peu près complètement oubliées. Les pilules de Sédillot (4) sont plus ordinairement conseillées : j'ai plusieurs fois constaté leurs bons effets entre les mains de mon maître M. Rayer, et j'ai souvent eu l'occasion de les employer avec succès.
(1) Le calomel employé en injections sous-cutanées, d'après la méthode de M. Scarenzio (Annali vniversali di mediciîia, 1864), aurait donné de bons résultats au docteur Ambrosoli (voy. Giornale italiano délie malattie veneree,
(2) Pilules de Belloste :
^ Mercure métallique \ „
Aïoès : j
Rhubarbe.
Scammoné
Poivre noir 0,01
Scammonée ' '^'^'^
Pour une pilule.
(3) Pilules bleues :
^ Mercure métalliquR 0,05
Conseive de roses | ^
Poudre de réglisse j '
Pour une pilule.
(4) Pilules de Sédillot :
"if Onguent mercuriel double 0,10
Savon médicinal
Poudre de guimauve....
Pour une pilule.
aa I 0,10
"l-i ' TUÉRAPEUTIQUE.
Le mercure métallique demande, pour réussir, à être administré à des doses relativement élevées. Afin d'éviter ce léger inconvénient, on a depuis longtemps eu l'idée de recourir à ses composés. Celui de ces composés qui a joui de lu plus grande réputation, tant à cause des bons effets qu'il a produits que de la grande autorité qui l'a en quelque sorte imposé à toute une génération médicale, est le bichlorure de mercure ou sublimé corrosif. Préconisé dans le traitement de la syphilis par E. Blancard, Melch. Friccius, Hoffmann, Boerhaave, ce médicament fui définitivement accepté par les médecins comme un antisypliililique puissant depuis Van Swieten (I), qui sut en régler le mode d'emploi d'après une formule que lui avait envoyée de Russie le célèbre Sanchez. La formule prescrite par le médecin viennois a élé modifiée dans le but d'empêcher l'action quelquefois pénible du sublimé sur l'estomac (2).
Mialhe (3) associe l'albumine au sublimé, et celte manière de faire a élé imitée par Baerensprung et Michaëlis. Mais ce n'est pas seulement en solution que l'on administre le sublimé , on le donne encore sous la forme pilulaire afin d'éviter le goût désagréable qu'il détermine, et de faciliter le secret dans le traitement. C'est ainsi qu'il sert de base aux pilules de Gullerier (4) et de Dupuytren (3).
(1) Liqueur de Van Swieten :
2£ Deutoclilorure de mercure.... 80 centigrammes.
Eau-de-vie de grains 1000 grammes.
Une cuillerée à bouclie, c'esl-à-dire 15 grammes, matin et soir.
(2) Voici la formule du dernier codex :
2i Deutoclilorure de mercure. . . 1 partie.
Eau pure 900 —
Alcool recliQé 100 —
(3) Mialhe a donné la formule suivante :
'if Sublimé 1 gramme.
Chlorhydrate d'ammoniaque. 5 —
Blànc d'œuf n» 2
Eau q. s.
Pour 1000 gramm- s de liquide, de une à trois cuillerces par jour. Chaque cuillerée contient 0»f,0l5<Je sublimé.
(4) Pilules de Gullerier :
^ Dcutochlorure de mercure. . . 1 gramme.
Farine de froment 15 —
Gomme pulvérisée 2 —
Eau distillée q. s.
Faites des pilules de 0",I5 matin et soir.
(5) Pilules de Uupuylren :
Le prolochlorure de mercure ou calomel, très-usilé autrefois , est aujourd'hui d'un usage beaucoup plus restreint en fait d'affections sypiiililiques. Les doses élevées dont il faut user pour obtenir des effets curalifs ayant l'inconvénient de provoquer la salivation ou d'irriter l'intesiin, il n'est plus guère employé que comme purgatif. Introduits dans l'c thérapeutique par Biett, les iodures de mercure n'ont pas tardé à acquérir un rang élevé dans le traitement de la syphilis. Après avoir essayé le biiodure , Biett finit par adopter de préférence le proloicdure. Plus tard , Puche (1) et Gibert (2) revinrent au biiodure qu'ils associèrent à l'iodure de potassium dans le traitement des syphilides profondes.
Cazenave (3), Ricord (4) , Bazin et un grand nombre de médecins
25 à 30 centigrammes.
y Sublimé corrosif 0,012
Extrait d'opium 0,015
Extrait de gayac 0,050
Pour une pilule, à prendre 2 par jour.
Aux enfants, chez lesquels les préparations sirupeuses sont plus faciles à administrer, on pourra donner le sirop de Larrey :
^ Sirop de Cuisinier 500 grammes.
Chlorhydrate d'ammoniaque.
Bichlorure de mercure aa
Extrait thébaïque
Prendre 1, 3 à 6 cuillerées par jour.
(1) Puche combine le biiodure de mercure avec l'iodure de potassium comme il suit :
lodhydrargyrate de potassium 1 gramme.
Iode 1 —
lodure de potassium 20 —
Sirop de coquelicot 473 —
Dose de 25 à 100 grammes par jour, dans une tisane appropriée. Ce sirop convient très-bien aux individus à constitution lymphatique arrivés à la fin de la période secondaire.
(2) Gibert recommande le sirop de deutoiodure ioduré de mercure (Boutigny), lequel contient par 25 grammes :
Biiodure de mercure. .. . 01 centigramme.
lodure de potassium 60 —
(.3) Cazenave donne, dans les vingt-quatre heures, 5, 10, 15 et 20 centigrammes de protoiodure de mercure, ou 2 à 4 des pilules suivantes :
y Protoiodure de mercure 50 centigrammes.
Thridace 1 50 —
Pour vingt pilules.
i'i) Ricord préfère la formule que voici :
^ Protoiodure d'hydrargyre 1
Thridace ""^ 1 3 grammes.
font choix du proloiodure de mercure lorsqu'il s'agit de traiter les syphilides superficielles et les accidents qui leur sont contemporains. Le cyanure de mercure, précouisé par Biett et Parent -Duchâtelet, est en général fort peu usiié malgré l'avantage que lui attribuait ce dernier de ne pas déterminer des douleurs épigastriques comme le deutochlorure.
• Telles sont les méthodes diverses et les préparations généralement employées dans la syphilis secondaire. Au résumé, l'emploi du mercure à l'intérieur constitue une méthode simple et non dangereuse. Le bichlorure et le protochlorure mercuriels sont les deux composés qu'il convient de choisir ; mais le bichlorure est sans aucun doute celui qui mérite la préférence, s'il est vrai que toutes les préparations mercurielles, une fois absorbées, sont tout d'abord transformées en bichlorure de mercure.
Quoi qu'il en soit , l'expérience a appris qu'il était parfois nécessaire , pour obtenir une guérison plus rapide, de varier les préparations. J'ai vu, dit Bazin (4), des syphilides , d'abord modifiées heureusement par le protoiodure, devenil" tout à coup slationnaires, quoique le traitement fût continué exactement, et ne présenter une nouvelle tendance à la résolution que lorsqu'on substituait au protoiodure un autre composé mercuriel , tel que la liqueur de Van Swieten ou les pilules de Dupuytren. Ce même auteur, commence le traitement des syphilides par une pilule de protoiodure de 25 milligrammes, et il prétend qu'il est inutile de donner plus de 5 centigrammes, attendu qu'on n'obtient pas davantage avec des doses plus élevées.
Une question importante, et diversement résolue, est celle de savoir pendant combien de temps on doit continuer l'usage interne du mercure. Hunter donnait une quantité de mercure proportionnée au nombre des surfaces ulcérées et à la violence de la maladie. Dupuytren faisait continuer le traitement jusqu'à extinction complète des accidents, plus un temps égal à celui qu'avait nécessité la guérison. « Six mois de traitement mercuriel , puis trois mois d'un traitement ioduré, destiné à prévenir les accidents éloignés de la dialhèse, telle est, dit Ricord, la médication qui donne les cures les plus soutenues, qui
Extrait thébaïque
Conserve de roses
Pour CO pilules de 1 à 2 et 3 par jour. (1) Leçons sur les syphilides. Paris, 1859.
1 gramme
réussit dans l'énorme majorité des cas, à neutraliser véritablement le virus toxique, je dirais volontiers à guérir la vérole, au moins dans la généralité de ses manifestations. » Celte méthode pourtant n'est pas celle de tous les praticiens, et elle n'est celle ni de Diday, ni de Bazin, Pour le médecin de l'hôpilal Saint-Louis, lorsqu'une syphilide résolutive a complètement disparu, il iaiporle de suspendre l'emploi des préparations mercurielles, sauf à y revenir s'il survient une nouvelleéruption.
Aucune raison sérieuse ne venant légitimer la continuation du traitement mercuriel après la cessation de la détermination locale, je donne pour mon compte la préférence à la manière d'agir de Bazin, Effectivement, c'est à l'hygiène bien plus qu'à la thérapeutique qu'il importe de recourir pour prévenir les récidives, déraciner la maladie et rendre à l'organisme ses qualités premières. Remède spécial à la syphilis secondaire, le mercure ne convient pas pour cela à tous les cas. Le mauvais état des voies , la débilité de l'organisme, un certain degré de chloro-anémie,. sont autant de contre-indications qui doivent entrer en ligne de compte. Chez les personnes d'une constitution délicate, atteintes de scrofules, disposées à la phthisie et à d'autres maladies de la même classe , on ne doit administrer le mercure, dit Sir Benj. Brodie (i), qu'après s'être assuré qu'il est indispensable. Toutefois, ajoute le même observateur, je crois que les sujets scrofuleux qui ont une affection syphilitique bien constatée sont traités avec plus d'avantage à l'aide de ce médicament, car si le mercure leur est nuisible, la syphilis l'est encore plus. Les individus qui ont toute l'apparence d'une santé vigoureuse, ne sont pas toujours ceux qui supportent le mieux les préparations mercurielles. Ceux qui ont l'habitude de boire beaucoup de vin et qui mènent une vie irrégulière placent leur constitution dans une condition peu favorable à l'emploi de ces préparations ; chez eux il vaut mieux différer l'usage du mercure jusqu'à ce que la constit;ition ait été améliorée, si on ne veut avoir à combattre plus tard des accidents mercuriels et syphilitiques. Quelquefois, pour des raisons que l'on ne peut prévoir, le mercure agit comme un poison ; c'est là une raison pour observer avec soin tous ceux auxquels on administre cet agent, s'ils n'en ont pas encore fait usage. Enfla, loin d'exercer une action favorable et d'amener
(1) Voyez Ann, desmalacl. delà peau et de la syphilis, t. II, p. 90.
la guérison des accidents secondaires, le mercure jette le trouble dans la santé générale et aggrave d'autant plus les manifestations de la syphilis qu'on le donne en plus grande quantité. Dans ces conditions, il importe d'en suspendre l'emploi. Le malade se rétablira bientôt, et plus tard il sera souvent possible d'avoir recours de nouveau à ce médicament, cette fois avec plus de fruit. De même, le mercure ne doit pas être continué quand, après le temps nécessaire à son action, il ne manifeste aucun effet thérapeutique. Une hygiène convenable, jointe aux toniques et aux reconstituants, devient alors chose utile, comme aussi l'usage de certaines eaux minérales et l'hydrothérapie.
Si des phénomènes de chloro-anémie viennent s'ajouter à la syphilis, les ferrugineux, l'exercice au grand air, une atmosphère maritime, des bains salés, sont autant de moyens d'une utilité incontestable. Bien certainement, l'abus des spiritueux, une alimentation par trop excitante, les grandes fatigues, doivent être soigneusement évités. Mettre l'organisme dans des conditions hygiéniques convenables, c'est le meilleur mode de préparation à instituer pour favoriser le succès des agents médicamenteux. Dans le cas d'un état saburral des voies digestives, les malades se trouvent fort bien de l'emploi d'un vomitif qui leur permet de mieux supporter les préparations mercurielles. Parmi les applications locales susceptibles de venir en aide à la médication générale, se trouvent les bains alcalins, les bains sulfureux et les bains de sublimé; les lotions astringentes, toniques, antiseptiques, et les cautérisations, s'il existe des ulcères plus ou moins profonds. Les plaques muqueuses, dont les récidives sont si fréquentes, cèdent facilement à de légères cautérisations avec le nitrate d'argent, à quelques lotions chlorurées, ou encore à des applications de poudre de calomel.
Signalons encore l'emploi de boissons bien connues, auxquelles il faut toutefois se garder d'attacher une trop grande importance ; telles sont : les tisanes de Vigarous , de Zittraann, de Poliini, de Feltz (1). Cette dernière, que recommande Rayer, est mieux indi-
(1) Ces diverses tisanes sont des décoctions de bois sudorifiques et de salsepareille. Les tisanes de Vigarous et de Poliini conlicnnenl du sulfure d'antimoihe, celle de Ziltmann renferme du caloincl. Quant à la tisane de Feltz, voici sa formule :
quée, à mon sens, dans la période tertiaire, en raison de la petite quantité d'arsenic qu'elle renferme.