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PÉRIODE DES PRODUCTIONS GOMMEOSES OU DES ACCIDENTS TERTIAIRES

Tandis que les manifestations syphilitiques secondaires n'exigent guère qu'une médication générale, les lésions tertiaires, plus profondes et plus durables, demandent en outre l'intervention habituelle d'un traitement local. La main du chirurgien peut être appelée à les combattre ou du moins à remédier aux désordres fonctionnels qu'elles engendrent ou qu'elles laissent à leur suite. Nous aurons à tenir compte de ces diverses circonstances.

L'iode est ici la base thérapeutique fondamentale, comme tout à l'heure le mercure dans la syphihs secondaire. Administrée tout d'abord par Martini de Lubeck et par Lugol, la teinture d'iode a été récemment préconisée de nouveau par le docteur J. Guillemin (1), qui lui reconnaît, entre autres avantages, celui d'être d'un prix peu élevé, d'une falsification à peu près impossible et d'un emploi peu ou pas dangereux. Les doses en sont très-faibles, comparativement aux doses habituelles des composés iodiques ; celle dont fait usage le docteur Guillemin, est la suivante :

Teinture d'iode au dixième 5 grammes.

Eau commune r 1000 —

Deux ou trois cuillerées de cette solution avant chacun des deux principaux repas suffisent en général, au dire de cet auteur, pour combattre non-seulement les accidents tertiaires, mais même les accidents secondaires. * L'iode, néanmoins, est rarement employé en nature ; le plus sou-

Réduisez à un litre à prendre dans la journée par verrces.

(1) Des avantages de la substitution de l'iode à Fiodure de potassium dans le traitement des maladies syphilitiques, Gaz. hebdomad. de médecine et de chirurgie, Paris, 1865, p. 134 et suivantes.

^ Salsepareille

Colle de poisson

Sulfure d'antimoine lavé, Eau

2 litres.

CO grammes.

720 TBÉRAPEUTIQUE.

vent c'est à l'un de ses sels que l'on a recours, et alors on accorde la préférence aux iodures de potassium et de sodium.

Les doses auxquelles on administre l'iodure de potassium (1), varient depuis 50 centigrammes et 1 gramme jusqu'à 3, A, 5 et 6 grammes dans les vingt-quatre heures. Quelques auteurs portent ces doses à 10, 12 et IS grammes, ou même au delà, mais sans avantage pour les malades, car il en est de l'iodure de potassium comme de tous les agents médicamenteux, dont l'organisme n'utilise jamais qu'une quantité déterminée. L'expérience a du reste montré que, dans ces conditions, l'influence thérapeutique du médicament n'est jamais proportionnée aux doses ingérées, et que les effets pathogéniqiies seuls sont augmentés. Le but auquel doit tendre le médecin en pareille circonstance, est donc d'arriver graduellement à une dose qui produise des elTets thérapeutiques sans déterminer d'effets pathogéniques incommodes pour le malade. On fait prendre ce sol en solution, en sirop, très-rarement en pilules, à cause de sa déliquescence. Le meilleur mode d'emploi consiste à l'incorporer, une fois dissous, avec des sirops toniques ou dépuratifs, tels que les sirops de gentiane, de saponaire, de quassia amara, de Cuisinier, de salsepareille, de furaeterre, ou même les sirops de gomme, de thridace , etc. Ricord (2) formule ce médicament de la façon suivante :

¥ Sirop de gentiane (3) 500 grammes.

lodure de potassium 30 —

A prendre chaque jour 3 cuillerées à bouche.

(1) L'iodure de potassium, tel que le livre le commerce, contient en général du carbonate de potasse et de l'iode en excès. Si on se rappelle que l'iodure de potassium pur, en solution saturée dans un vase diaphane clos, reste très-longtemps incolore à la lumière diffuse, et plus de deux heures au soleil, et que la fécule gonflée à froid par IC à 25 fois son volume de cette solution reste incolore dans ces deux circonstances, on reconnaîtra la solution d'iodure de potassium ioduré légèrement alcaline, lorsque, dans les mêmes conditions, celte solution sera colorée en jaune et que son empois translucide sera teint en violet. (Voyez Payen, Sur l'iodure de potassium, Gaz. médicale, 1805, p. 581.)

(2) Leçons sur le chancre, 2^ édit.

(3) Au lieu de sirop, on peut se servir d'eau distillée et prescrire la solution que voici :

Eau distillée 250 grammes.

lodure de potassium 15 —

A prendre l, 2 à 3 cuillerées par jour, en trois fois, chaque fois une cuillerée dans une tasse de macération de gentiane ou d'infusion de houblon.

Melch. Robert substitue au sirop de gentiane le sirop de salsepareille, et donne une, deux, et enfln trois et quatre cuillerées du mélange. Des doses plus élevées d'iodure de potassium trouvent leur indication dans les lésions avancées et profondes, telles que les altérations des os, les localisations viscérales qui peuvent mettre la vie du malade en danger. Mais si l'affection ne s'étend pas au delà du tégument externe ou interne, et si surtout le malade se trouve dans cette phase de la maladie à laquelle certains auteurs ont donné le nom de période de transition, le traitement mixte, tel que l'ont institué Gibert et Bazin (1), est le meilleur moyen de faire cesser les accidents. Le biiodure de mercure associé à l'iodure de potassium, ou sirop de deutoiodure ioduré de mercure (Boutigny, Gibert), est la préparation qui combat le plus avantageusement les syphilides profondes tuberculoulcéreuses et puro-vésiculeuses, affections la plupart du temps trèsrebelles. De même que le mercure, l'iodure de potassium détruit la manifestation, mais il n'empêche pas les récidives, et par conséquent il ne peut rien contre la diathèse. L'espace de temps pendant lequel il convient de continuer l'usage de ce médicament est pour quelques auteurs de deux à trois mois; mais ces auteurs oublient trop facilement qu'il ne peut y avoir de règle absolue sur ce point, et que la constitution du malade, son état de santé générale, la ténacité plus ou moins grande de la manifestation, sont alors les seuls guides. Évidemment, lorsque la détermination morbide locale cède facilement, il n'est pas nécessaire de prolonger beaucoup l'emploi du médicament; en cas contraire, il importe d'en continuer l'usage jusqu'au rétablissement de la santé générale, principalement lorsque la lésion est profondément située, circonstance qui rend difficilement saisissable le moment exact de sa complète disparition.

L'iodure de fer en pilules, ou mieux en sirop, sera avantageusement substitué, chez les personnes débiles, à l'iodure de potassium ; nous y reviendrons plus loin à propos du traitement de la syphilis héréditaite. De même que les préparations mercurielles, les prépa-

(1) Nous avons fait connaître plus haut la formule adoptée par Gibert. Voici celle à laquelle E. Bazin donne la préférence :

'if Ciiodure de mercure 0,20 centigrammes.

• loiJure de potassium 10 grammes.

Sirop de saponaire 500 —

On commence par deux cuillerées de ce sirop et on arrive ensuite à quatre par jour.

LANCEnEADX. 4 6

râlions d'iode ont besoin d'être aidées dans leur action, toutes les fois que les malades présentent un certain degré de cachexie ou de simple anémie. Les boissons amères, les macérations de quinquina, le vin de Bordeaux, les jus de viande, les rôtis et même les ferrugineux (1), deviennent, dans ces conditions, plus ou moins nécessaires.

Les fonctioris digestives troublées demandent quelquefois à être traitées à part ; mais il importe de savoir que l'un des principaux moyens à opposer au dérangement intestinal, si surtout il est sous la dépendance d'une lésion malériélle des glandes hémopoiétiques, c'est la médication iodurée. En somme, les contre-indications à cette médication sont relativement rares.

S'il arrivait que l'état cachectique fût entretenu par des dégénérescences amyloïdes de viscères tels que le foie et la rate, on pourrait, ainsi que l'a conseillé le docteur Budd (2), faire usage d'une limonade nitrique. Administré pendant un certain temps, l'acide nitrique possède, suivant ce médecin, une tendance remarquable à faire résorber le dépôt morbide auquel est dû l'accroissement des organes, à rétablir leur texture normale et à produire une amélioration de l'état général. Lorsqu'il est bien supporté, ce médicament, auquel il nous est arrivé de recourir plusieurs fois, est administré pendant des mois entiers, à la dose de quelques grammes pour un litre d'eau, sans incommoder l'estomac et sans produire une acidité excessive de l'urine.

Les indications locales, relativement fréquentes dans le cours de la période tertiaire, varient avec le siège et le degré d'intensité des accidents. Elles se présentent lorsque des ulcérations plus ou moins profondes succèdent aux néoplasmes syphilitiques, et laissent à leur suite des pertes de substance, des rétrécissements de canaux, ou d'autres désordres susceptibles d'entraver des fonctions importantes. Les ulcères de mauvais aspect, rebelles à la cicatrisation, développés

(1) Les ferrugineux n'ont pas seulement été considérés comme des adjuvants. Henri Behrend (de Liverpool) a conseillé d'employer à l'intérieur le lartrate de potasse et de fer (Lancet, 15 et 20 décembre 185G), dont il prétend avoù obtenu un plein succès. A côté des médecins qui traitent par les ferrugineux, il s'en rencontre d'autres, comme Marsden, qui se contentent d'administrer des remèdes stomachiques et toniques et un régime fortifiant {The Lancet, 27 juillet 1857, p. C50). Hien d'étonnant qu'une semblable médication réussisse dans maintes circonstances, après ce que nous savons de la guérison spontanée deS manifestations syphilitiques. C'est faute, en général, de connaître la marche naturelle des maladies, qu'on attribue à certains moyens des propriétés qu'ils n'ont pas en réalité.

(2) Voyez Dublin médical Press, 16 septembre 18G3.

à la surface de la peau ou des muqueuses, sont favorablement influencés par des pansements avec la glycérine, l'alcool ou. la teinture d'iode; lorsque ces accidents revêlent la forme serpigineùse, les moyens dont il s'agit ne sont pas toujours sufBsants, et il devient nécessaire de recourir à des cautérisations à l'aide du nitrate d'argent ou du perchlorure de fer, plus rarement avec le nitrate acide de mercure ou avec le sublimé.

Gauthier recommande de toucher les ulcères de là gorge avec un pinceau de charpie imbibée du mélange suivant :

2i lodure de potassium 0,60 centigrammes.

Teinture d'iode 2 grammes.

Eau distillée 140 —

Introduit dans les fosses nasales en cas d'ozène, ce mélange combat aussi bien que le chlorure d'oxyde de sodium la fétidité dont ces cavités sont le siège.

Il est bien évident que toute espèce de complication inflammatoire survenant dans ces conditions exigera l'emploi des sédatifs et des émollients. Un traitement local n'est pas moins iitile dans les affections syphilitiques de l'appareil de la locomotion. J'ai pu, dans plusieurs occasions, vérifier les bons effets des vésicatoires contre les arthropathies syphilitiques, les douleurs ostéocopes, l'ostéopériostite. En cas d'exostoses rebelles, Melch. Robert conseille de panser les vésicatoires avec la teinture d'iode ou l'onguent mercuriel double, et de recouvrir de cataplasmes émollients. Ces moyens peuvent être opposés à la contracture musculaire. Les gommes ulcérées des muscles réclament les mêmes soins que les ulcères cutanés profonds. Les onctions mercurielles, l'emplâtre de Vigo, aident à la résolution des lésions syphilitiques tertiaires superficiellement situées.

Certaines lésions peuvent obliger à recourir à une opération chirurgicale, ce sont principalement celles qui portent sur le voile palatin, le pharynx et les voies aériennes. Lorsque les perforations de la voûte palatine ou du voile du palais ne viennent pas à se cicatriser, la staphyloraphie doit être tentée, si elle est applicable; sinon il est encore possible de remédier à ces accidents à l'aide d'obturateurs bien faits (1). Une autre circonstance propre à légitimer une opéra-

(1) Déjà Gabriel Fallope cherche à remédier, à l'aide d'un instrument de ce genre, à la perforation syphilitique de la voûte palatine. (Voyez Apitroclisiacus, p. 82'J.)

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tion chirurgicale, c'est quand des adhérences se sont établies à la suite d'ulcérations entre la face postérieure du voile du palais et la portion supérieure du pharynx. On sait que ces adhérences ont le plus souvent une origine syphilitique (1), ce qu'explique ce fait que les ulcérations syphilitiques sont les plus fréquentes de toutes celles que l'on observe dans ces régions.

Les lésions des voies aériennes causent, dans quelques cas, des troubles de la respiration tellement considérables, qu'il devient nécessaire de pratiquer la trachéotomie (2). Utile lorsque le larynx seul est affecté, cette opération est souvent sans résultat dans les lésions trachéales, dont le siège habituel, avons-nous dit, est la partie inférieure de la trachée.

§ 3. — Traitement de la syphilis héréditaire.

Avant de traiter la syphilis héréditaire, il importe de la prévenir, au moins dans la mesure de son pouvoir. C'est pourquoi le médecin honorable ne doit jamais consentir au mariage de quiconque est porteur d'accidents syphilitiques. Mais si ces accidents n'existent plus, alors permettez le mariage, dit Vidal de Cassis, quand le traitement a été complet et que six mois se sont écoulés sans aucune manifestation. Je n'oserais, pour mon compte, me montrer aussi facile; je demanderais au moins à mon malade d'aller, auparavant, passer une saison dans l'un des établissements thermaux dont il sera question plus loin, et après cette épreuve seulement j'aviserais. Le mariage accompli, le médecin qui constate l'existence d'affections syphilitiques chez l'un ou l'autre des conjoints n'a autre chose à faire que d'interdire momentanément les rapports conjugaux, mesure qui sera d'autant moins rigoureuse que les manifestations appartiendront à une période plus avancée du mal.

Héréditairement transmise, la syphilis demande à être traitée chez le fœtus, chez l'enfant nouveau -né et à un âge plus avancé de la vie.

1" Chez le fœtus, la syphilis est, nous le savons, l'une des plus fréquentes causes d'avorteraent. Mais, pour combattre la maladie du

(1) On trouve ceUe origine 26 fois sur 30 cas dans le mémoire du docteur Paul de Breslau, dont le docteur Verneuil vient de nous donner la traduction. (Voyez Archives de médecine, octobre 1865, p. 422.)

(2) Voye» Demarquay, Union médicale, 1864.

fœtus, il devient nécessaire d'agir sur la mère. La question de savoir si la syphilis doit être traitée dans le cours de la grossesse a été diversement résolue. La majorité des médecins d'autrefois était d'avis de s'abstenir, et cet avis, partagé par Doublet, a été adopté, il y a quelques années, par le docteur îluguier, qui croit qu'un traitement mercuriel administré dans le cours d'une grossesse prédispose la femme à des suites de couches plus graves que celles que l'on observe après un traitement simple. Quelques médecins, allant plus loin dans cette voie, ont accusé le mercure de produire l'avortement. Cette opinion, que les observations de Goulson, relatives au mode d'action du mercure sur les fonctions de l'utérus n'ont pas peu contribué à accréditer, est évidemment exagérée. Ni la durée du traitement ni les doses du médicament ne paraissent capables de produire un semblable résultat; l'observation, du reste, n'est nullement favorable à celte manière de voir.

Parmi les nombreux médecins qui recommandent le traitement spécifique chez les femmes grosses, il faut citer N. Massa, Garnier, de Blégny, Astruc, Petit, Fabre, Levret, Rosen, Underwood, Swediaur, Bell, Bertin, S. Gooper, Lagneau, Vannoni (1), Gibert, Gazenave, Gullerier, Ricord, Devilliers, etc. Or, selon tous ces médecins, le mer cure convenablement administré s'oppose presque toujours à l'avortement, tandis que cet accident est commun en l'absence de tout traitement. Pick (2), auteur de recherches nombreuses sur ce sujet, est arrivé à des résultats peu différents. Ainsi, il faut reconnaître l'utilité de l'intervention d'un traitement spécifique chez les femmes grosses syphilitiques, et ne pas hésiter à avoir recours à ce traitement, la mère même fût-elle exempte de toute manifestation, lorsque la santé du père et des avortements antérieurs font pi'ésumer l'infection du fœtus. Dans une discussion académique restée célèbre, le professeur Moreau a cité l'exemple d'une femme qui, après plusieurs grossesses successives toutes suivies d'accouchement avant terme et de la mort du fœtus, fut soumise, en désespoir de cause, à un traitement anlisyphilitique, et dont les nouvelles grossesses furent conduites heureusement à terme (3). Le mercure, médicament auquel la plupart des mé-

(1) // Raccofjlitore med., août 1842. Consultez E. Bertin, Gazette hebdonu, 1858, p. 8G2.

(2) Voyez Schmidt's Jahrb., t. CXX, p. 194.

(3) Cazeaux, Maisonneuve et Montanier prétendent qu'il ne faut pas traiter, lors-

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decins autorisés s'accordent à donner la préférence , peut être administré à l'intérieur, mais à la condition que les fonctions digestives, prédisposées à se déranger par le fait de la grossesse, ne soient pas notablement troublées. Le dérangement de ces fonctions conduit à recourir à la méthode des frictions, et à se servir, comme chez l'adulte, de l'onguent mercuriel double, à la dose de 4 à 40 grammes par jour.

2° Chez le nouveau-né syphilitique, Guyon-Dolois et Gardanne croyaient nécessaire d'attendre un certain temps après la naissance, avant de commencer à traiter. Mais, si l'on réfléchit à la gravité de la syphilis héréditaire et au danger que courent les jeunes enfants qui en sont atteints , on ne peut suivre cette pratique qui ne repose sur aucune donnée. A notre avis, le traitement doit intervenir dès l'instant où la syphilis se manifeste ; en l'absence de tout accident il faut s'en abstenir. Cette opinion, différente de celle que professe Diday de Lyon, qui veut que l'on traite tout enfant dont les deux parents sont reconnus syphilitiques, me paraît légitimée par ce fait que le mercure n'empêche pas plus l'apparition des manifestations de la syphilis héréditaire que celle des manifestations de la syphilis accidentelle. 11 est d'ailleurs prouvé, dit Vidal de Cassis, que des parents infectés ont mis au monde des enfants très-viables qui n'ont jamais olFert le moindre symptôme syphilitique. Ainsi, il faut traiter toutes les fois qu'il existe des manifestations, à moins que des complications surajoutées à la syphilis ne viennent contre-indiquer la médication spécifique.

Le mercure et l'iodure de fer sont les deux principaux agents sur lesqaels se fonde la thérapeutique de la syphilis héréditaire, et, suivant que ces agents sont administrés à l'enfant ou à la nourrice, le traitement est dit direct ou indirect. Le traitement direct fut d'abord appliqué. N. Massa (1536), Paré (1553), Botal (1363), Aiigier-Ferrier, Guyon-Dolois, deBlégny, Astruc, en étaient partisans; ils employaient les frictions ou les fumigations , c'est-à-dire un traitement direct externe. Rivière, Vercellonni, Brunner, Sanchez, Underwood, Nisbett, Bell, conseillaient le mercure à l'intérieur, c'est-à-dire le traitement direct interne.

que les parents sont en apparence sains; mais Dubois, Depaul, Moreau, Vidal (de Cassis), l'ulégnatdc Lunéville, sont de l'avis contraire, si les parents ont eu des enfants véroles.

L'idée de traiter un enfant malade en faisant prendre des médicaments à la mère existe déjà dans Hippocrate (1). Pierre Garnier de Lyon, en 1699, proposa d'administrer à l'enfant le mercure par le lait de la mère. Levret, Burton (1775), Rosen de Rosenstein, Colombier, Doublet (1766), Faguer, Swediaur, etc., adoptèrent bientôt ce mode de traitement. On se servait, dans le même but, du lait d'une chèvre ou d'une ânesse préalablement soumise à des frictions mercurielles. D'abord il y eut des succès, mais qui ne furent pas justifiés par l'observation ultérieure. Depuis lors, Bertin^Lagneau, Philippe Boyer, S.' Cooper , Gibert, Cazenave, ont eu recours à un traitement mixte, et plus récemment, Gullerier, Bassereau, Natalis Guillot, Putégnat, Vidal de Cassis, sont revenus au traitement direct. Ce traitement est effectivement le seul efficace, car les doutes émis tout d'abord sur l'insuffisance du traitement indirect sont devenus des certitudes, depuis que des analyses chimiques rigoureuses ont montré que le mercure passait peu ou pas dans le lait des nourrices.

Péligot (2) ne put retrouver de mercure dans le lait d'une ânesse qui prenait chaque jour S grains de sublimé, non plus que dans le lait d'une chèvre qui en prenait jusqu'à 12 grains. Gullerier, Réveil, Lutz, ne furent pas plus heureux dans les analyses qu'ils firent du lait de femmes soumises aux préparations mercurielles. Cependant Personne, opérant d'une autre façon, parvint à constater la présence du mercure en très-faible quantité, dans le lait d'une femme qui prenait, depuis deux mois, S centigrammes de protoiodure par jour (3). Ainsi s'expliquent les insuccès du traitement indirect et la nécessité qu'il y a de recourir au traitement direct, soit externe, soit interne.

Le traitement direct externe consiste dans l'emploi des frictions et des bains. Les frictions sont faites avec le calomélas ou l'onguent mercuriel. Cazenave conseille les frictions sur les gencives avec un centième de calomélas incorporé dans du miel. Massa, Botal, Doublet, Berlin, faisaient usage des frictions avec l'onguent mercuriel. Lagneau et Putégnat de Lunéville les emploient aujourd'hui, etCuUerier en faisait la base du traitement à l'hôpital de Lourcine. «Après avoir baigné l'enfant à l'eau de son plusieurs fois afin de calmer l'inflammation qui

(1) Lactanlium cura posita est tola in medicatione nutricum. Epist., liv. III.

(2) Journ. des connaiss. medico-chirurr/., nnv. I83G.

(.3) Voyez Gullerier, BuUelin de ihérapeutic/ue, n» d'octobre 1852. — Comparez : Ch. Ravin, Du traitement de la syp/iitis congénitale. Thèse de Paris, 1857.

peut exister et afin aussi de prédisposer la peau à une absorption plus facile, je fais faire, dit cet observateur, sur les parois latérales de la poitrine, en remontant vers l'aisselle, une friction avec 1 gramme d'onguent napolitain, un jour d'un côté, le lendemain du côté opposé. Ces frictions doivent être faites doucement afin de ne pas irriter la peau; elles doivent être prolongées pendant plusieurs minutes. Deux fois par semaine je fais suspendre les frictions, et ce jour-là je donne à l'enfant un bain d'eau tiède dans lequel je fais ajouter de 2 à 4 grammes de sublimé ; pour les enfants de plus d'un an on peut augmenter la dose (2 grammes d'onguent, 6 grammes de sublimé). Ces frictions amènent très-rarement des accidents locaux d'érythème et d'éruptions vésiculeuses. Lorsque les parties génitales et l'anus sont le siège de plaques muqueuses ou d'ulcérations à sécrétion abondante,- je les touche quelquefois avec une solution de nitrate d'argent (4, 6, 8 grammes pour 30 d'eau); mais, si la sécrétion est modérée ou qu'il n'y ait que des tubercules secs, je me contente de lotions d'eau de son, de guimauve, de sureau; mais je fais toujours saupoudrer les surfaces avec de l'amidon, de la farine, ou du lycopode, et, autant que possible, je les isole les unes des autres avec du linge sec ou de la charpie. Quand c'est la peau du visage qui est prise, et chez les tous jeunes enfants elle l'est souvent, on emploiera les mêmes lotions; mais, de plus, les parties malades étant ici exposées à l'air et la dessiccation s'en faisant très-facilement, ce qui détermine des déchirures, des fissures très-douloureuses pendantles cris ou l'action de téter, on devra, le plus souvent possible, les recouvrir d'un corps gras quelconque, pommade de concombre, cérat ordinaire, opiacé, au calomel. » Pour mon compte, je souscris volontiers à cette méthode de traitement, car plusieurs fois j'ai eu l'occasion de constater ses bons efTets. Elle est, à mon avis, celle que l'on doit préférer.

Le traitement direct interne, plus communément employé en Angleterre (I), exige certaines précautions, en raison de la facile irritabilité des intestins chez les jeunes enfants. Le deuto-chlorure de mercure (sublimé-corrosif), recommandé par Bertin et Lamauve, est la préparation généralement choisie ; on l'administre à la dose de quelques milligrammes par jour, dans un looch, dans du lait, du miel, du bouil-

(1) S. Cooper, Traitéélém. depath. chirurg. Paris, 1841 .

SYPHILIS nÉRÉDlTAlRE. "29

Ion, de l'eau sucrée, du sirop, etc. Les sirops à base mercurielle peuvent être utilisés en pareil cas. Le calomel pur, tel que l'administraient Rivière, Vercellonni et Brunner (0, 03 centig.), ou associé au carbonate de chaux, ainsi qu'on le fait en Angleterre , est toujours moins bien supporté en raison de ses propriétés purgatives.

Les préparations sudorifiques, conseillées par Ferrier, Harris , Brunner, etc., sont des moyens la plupart du temps infidèles et qui méritent au plus d'être ajoutés au mercure. Le lait de la nourrice est le meilleur aliment que puisse prendre l'enfant syphilitique, dont les fonctions digestives demandent à ôtre surveillées avec soin.

Au résumé^ le traitement direct est seul véritablement efficace. Il consiste dans l'usage interne du mercure, et mieux dans des frictions avec l'onguent napolitain et des bains de sublimé (1). Le traitement mixte (direct et indirect tout à la fois) trouve son indication lorsqu'il y a infection de la nourrice et de l'enfant. Mais ces différents traitements ne sont pas toujours suffisants, et il convient souvent d'y joindre des moyens locaux. Les corps gras, pommade de concombre, axonge fraîche, etc., sont indiqués dans la plupart des éruptions cutanées. Gibert recommande une pommade au calomel ou au protoiodure contre les tubercules et les pustules. Nous savons que CuUerier fait usage d'une solution de nitrate d'argent, contre les plaques muqueuses et les ulcérations des parties génitales et de l'anus.

Tel est le traitement des manifestations les plus superficielles de la syphihs héréditaire. Lorsque ces manifestations intéressent des viscères importants, et quand surtout elles sont accompagnées de cachexie, les préparations iodurées méritent la préférence. Dans les affections du foie , Gubler conseille l'iodure de potassium à la dose de 1 décigramme par jour, Gullerier dit avoir obtenu de bons résultats de l'emploi du protoiodure de mercure. Bouchut rapporte plusieurs cas de coryza syphilitique guéris par l'iodure de potassium. Pour naon compte, je ne puis trop recommander l'iodure de fer chez les jeunes enfants. Maintes fois j'ai eu l'occasion de constater les bons effets de ce médicament, dans les lésions viscérales avec cachexie. On le donne, sous forme de sirop, à la dose d'une cuillerée

(1) Un médecin anglais, Dunn, prétend avoir obtenu de nombreux succès du traitement de la syphilis infantile par le chlorate de potasse. (Communication à la Royal médical and chirurgial Society.) Ces succès ont été contestés.

730 THÉnAPEUTIQUE.

par jour dans un demi-verre d'eau sucrée ou dans une lasse d'infusion de tilleul.

S" Le traitement de la syphilis héréditaire tardive ne diffère pas notablement du traitement de la syphiHs accidentelle : les préparations iodurées lui conviennent encore; puis, enfin, c'est à l'hygiène et aux agents reconstituants (huile de foie de morue, etc.) qu'il importe de recourir plus encore peut-être qu'aux agents thérapeutiques.

§ 4 . — Effets phj'siologiques et pathogéniques du mercure et de l'iodure de

potassium.

Lorsque l'expérience a constaté les bons effets du mercure et de l'iodure de potassium dans le traitement de la syphilis, il n'est pas sans intérêt de demander à la théorie le mode d'action de ces substances et de chercher dans l'observation clinique les effets pathogéniques auxquels sont exposés les malades qui font usage de ces agents thérapeutiques.

Nos connaissances relativement à l'action physiologique du mercure sont jusqu'ici très-incomplètes. Employé à l'extérieur ou à l'intérieur, !e mercure est absorbé ; puis, suivant plusieurs auteurs (Mialhe, Voit, etc.), il est transformé en bichlorure (1), vraisemblablement aux dépens du chlorure de sodium contenu dans le sang; d'où la préférence de quelques médecins pour le sublimé. Ainsi Michaëlis n'accorde d'importance qu'à l'onguent gris et au sublimé ; au premier, parce qu'il ne fatigue pas l'estomac, au second, parce qu'il est, d'après la théorie de Voit, le composé de transformation de toutes les préparations mercurielles.

Cette transformation acceptée, on ne tarda pas à s'en servir pour expliquer le mode d'action physiologique et thérapeutique du mercure. On attribua à la combinaison du sublimé avec l'albumine et les exsudais albumineux la propriété d'engendrer des produits aptes à être résorbés, mais non à passer à l'état de tissus permanents. Celte explication, qu'Overbeck (2) cherche à faire prévaloir en ce qui concerne le mode d'action du mercure dans l'inflammation, serait aussi applicable à la syphilis par suite de la même combinaison. Par celte com-

(1) ïlunter pensait que toutes les préparations mercurielles devaient subir un changement qui les transformait en un même composé, puisqu'elles ne produisent qu'un si'ul et même effet sur la constitution.

(2) H. Overbcck, Mcrcur md Syphilis, p. 2C3, Berlin, 1861.

EFFETS DES PRÉPABATIONS MERCURIELLES ET lODURÉES. 7 31

binaison , les produits morbides syphilitiques modifiés ne peuvent s^organiser, ils sont rendus inoiTensifs, puis éliminés. Il est vrai que cette théorie a le tort de reposer trop exclusivement sur des données chimiques- analogues à celles que Ton obtient dans les laboratoires; mais il faut pourtant reconnaître que les préparations mercurielles agissent sur le sang et la plupart des fonctions de l'économie. Sous leur influence, le Contenu aqueux du sang augmente en même temps que l'iiématine (Ayrès), tandis que les globules et l'albumine diminuent de quantité; l'urine, trouble, alcaline, plus abondante (Buchkeim) , renferme parfois de l'albumine et du mercure qu'ont éliminés les reins. Plus copieuses dans certains cas, les évacuations alvines contiennent de la bile et des épithéliums. La peau devient plus humide, l'œil perd son éclat, la langue se charge, les bronches sécrètent avec plus d'abondance. Fife (1) et plus tard Prout (2) ont constaté que l'usage prolongé d'un traitement mercuriel déterminait une diminution dans la proportion d'acide carbonique exhalé. D'une façon générale , l'action du mercure sur l'économie s'oppose à l'accroissement et au développement des tissus nouveaux; la preuve, c'est que les animaux et les hommes soumis à cet agent pendant h. période de croissance augmentent à peine en poids, et que, dans l'âge adulte, ils peuvent perdre de leur masse.

Je n'insiste pas sur ces effets physiologiques; les effets pathogéniques sont peu différents. Si l'altération du sang se prononce un peu, les lèvres pâlissent, les yeux s'excavent, l'amaigrissement progresse, les fonctions nerveuses et musculaires s'affaiblissent, les tissus sont lâches, la respiration est difficile, et parfois des hémori'hagies se manifestent en différents points du corps, mais particulièrement sur les gencives et dans la bouche. Cet état, auquel on a donné le nom de cachexie mercurielle, est toutefois assez rarement observé, aujourd'hui, du moins, chez les individus traités de la syphilis; mais il est d'autres accidents qu'on a plus souvent l'occasion de rencontrer. La fièvre mercurielle, que caractérisent un malaise notable, une accélération du pouls facilement appréciable, la dépression plutôt que

(1) A. Fife jun., Dissertatio chimico-physiolorj. inaurjuralis de copia acidi carbonici e pulmonibus ad respirandum evoluli. Édinbui'gi, 1814.

(2) Prout, Further Oùserv. on the quantity of carboimacid (jas einitied from t/ie Lunrjsduring respiration [Annals of Philosop/ujc. London, 181'/, vol. IV, p. 335).

l'exaltation des forces, est le plus souvent liée à un mauvais état des voies digestives et à la salivation. Les sueurs, l'érythème et l'eczéma, accidents signalés par Pearson, en 1783, ont été plus tard soigneusement étudiés par AUey (i). L'érythème, qui n'est pas sans analogie avec la roséole, est assez rare ; l'éruption vésiculeuse est plus fréquente, elle est constituée par une quantité de petites vésicules acuminées reposant sur un fond rouge. Les ulcères de la bouche et du pharynx, déjà bien décrits par Bell (2), ont aussi des caractères particuliers sur lesquels nous avons insisté plus haut [voyez p. 1C4). Un accident beaucoup plus fréquent est la stomatite mercurielle; les gencives, gonflées, douloureuses, sont couvertes de pellicules blanchâtres; l'haleine est fétide et le malade se plaint d'une saveur métallique ; chargée d'un enduit muqueux, la langue est plus épaisse; la salive donne lieu,à un écoulement très-abondant et très-incommode. C'est dans le but de prévenir ce dernier accident que l'on a, dans ces derniers temps, après beaucoup d'autres moyens, préconisé le chlorate de potasse, mais sans succès constant. Ce médicament toutefois peut être utilement employé contre les lésions buccales développées sous l'influence du mercure. Velpeau recommande de faire trois ou quatre fois par jour des frictions sur les gencives avec de l'alun pulvérisé, que le malade prend sur son doigt. Grand nombre d'autres moyens ont été indiqués depuis Matthiole ; mais aucun d'eux, au rapport d'Aslruc et de Swediaur, n'empêche en rien la salivation. La dyspepsie est un autre danger des préparations mercurielles ; l'appétit diminue, les digestions sont laborieuses, troublées, une sensation de barre ou de poids se fait sentir au creux épigastrique. Dans ces conditions, le malade parfois maigrit, devient irascible et emporté. Ces divers accidents, auxquels il n'est pas toujours facile de remédier, demandent tout au moins la suspension du traitement mercuriel.

Quelques dérangements des fonctions nerveuses paraissent encore dépendre de l'usage des préparations mercurielles. Des faits rapportés par Colson (3) et Diday démontrent que le tremblement peut être un des effets de la médication mercurielle, et il n'est pas impossible

(1) Observations on (he Hydrarr/yriaor that vesiculous Diseuse arising from the exhibition of Mercury. London, 1810.

(2) Loc. cit., t. II, p. 147.

(3) Colson, Essai sur le tremblement observé à la suite du traitement mercuriel. Archiv. géiiér.de médec., 1827, 1" série, t. XV, p. 338.

EFFETS DES PRÉPARATIONS MERCORIELLES ET lODURÉES. 733

que certaines formes de folie (hypochondrie, idiotisme) reconnaissent aussi la même origine.

L'iodure de potassium, (1) est d'une absorption facile. Les premiers effets de son action physiologique, selon le professeur Kuss (2), de Strasbourg, se montrent du côté du tube digestif, où, en solution un peu concentrée, il agit par contact avant d'agir par absorption. Une sensation de sécheresse et d'ardeur se manifeste dans le pharynx, qui, si les doses sont un peu fortes, devient rouge et se tuméfie en môme temps que les amygdales, sans grande gêne de la déglutition. Un afflux muqueux ou ptyalisme iodique succède à cet état. La salive est visqueuse sans que les gencives ni les dents présentent d'altérations pathologiques. Après quelque temps d'usage à doses progressives, la langue se recouvre d'un enduit grisâtre, uniforme, facile à reconnaître quand on l'a vu une fois. Cet enduit, qui précède d'ordinaire l'éruption iodique, est l'indice du maximum d'effet thérapeutique, son absence ou sa présence peut être ainsi une source d'indications précieuses pour l'augmentation des doses.

Du côté de l'appareil respiratoire, on constate fréquemment l'enchifrènement des fosses nasales, l'exagération de la sécrétion de la membrane pituitaire, un véritable coryza, en un mot. Les bronches participent à ce mouvement. Toux sèche, peu prononcée, avec expectoration spumeuse, jamais grasse ni purulente.

Du côté delà circulation, il y a tout d'abord accélération, ampleur et plénitude des pulsations ; puis, au bout d'un temps variable suivant les sujets, le pouls se déprime et reprend ensuite ses qualités premières. De là, suivant le professeur cité, l'explication des contradictions des expérimentateurs. De là aussi cette conclusion, que les personnes dont le pouls est fréquent sont moins rapidement impressionnées que celles dont le pouls est plus modéré. Le sel iodique se retrouve en totalité dans le sang avec toutes ses qualités chimiques,

(1) L'iodure de potassium, selon Mosler, (Virchow's Archiv, t. XIII), est rapidement éliminé par la bile tandis que le calomel passe difficilement dans ce produit de sécrétion, et ainsi le premier de ces agents semblerait mériter la préférence dans le traitement des affections syphilitiques du foie.

(2) Gazette médicale de Strasbourg, nov. 1865. — Sur les effets de l'iodure de potassium et de l'iodure de sodium, consultez Trousseau et Pidoux, Élém. de thérapeutique, p. 245, 5e édit. — Titon, Thèse de Paris, 185G. — Lomet, Actionde l'iodure de potassium sur les différents appareils, Thèse de Strasbourg, 18G3. — Gamberini, Ballet, délie Scienze mediche. Bologna, avril 1852.

734 THÉHAPEUTIQUE.

son action par conséquent est toute catalytique, il ne modifie les globules sanguins ni dans leur ' forme ni dans leur nombre. Son influence pathogénique est à peu près nulle quand on sait en graduer les doses et le diluer dans une quantité suffisante de liquide. Wallace néanmoins signale comme suite de l'emploi de ce médicament, des mouvements péristal tiques de l'intestin, la constipation, une transpiration exagérée, plus rarement de la salivation. Son action spéciale sur la peau se traduit par l'acné iodique, dont les pustules plus ou moins discrètes ont tout d'abord pour siège de prédilection, suivant Kûss, les régions les plus voisines de l'accident syphilitique. On peut à coup sûr prédire l'apparition de cette éruption quand se manifeste l'enduit grisâtre de la langue, annonçant la saturation de l'économie. Le professeur de Strasbourg mentionne en outre une infiltration limitée du tissu connectif sous-cutané de toutes les régions du corps, affectant de préférence le voisinage des parties lésées. Céphalalgie , tremblements, vertiges, névralgies : tels sont les troubles qui peuvent résulter encore de l'emploi de l'iodure potassique.

Cet agent, toutefois, posséderait selon Overbeek, la propriété d'agir sur l'albumine du sang, car chez les individus intoxiqués par le plomb, ou chez ceux qui ont fait usage des préparations mercurielles, on le voitdéterminer parfois le passage de l'albumine et d'une plus grande quantité de plomb ou de mercure dans les urines. Comme le mercure, l'iode exercerait ainsi une action modificatrice dissolvante sur l'albumine, et à cette action seraient dus, suivant cet observateur, les effets thérapeutiques des préparations iodurées dans la syphilis. Mais c'est là une manière de voir qui, à mon sens, est entièrement hypothétique. Néanmoins je me garderai d'édifier moi-même une théorie qui serait aussi incertaine que toutes celles qui ont été émises à ce sujet (1). Je me contenterai de faire remarquer que, dans l'espèce, le mercure et l'iode n'exercent d'action véritable que sur la détermination anatomique, et qu'ils restent sans effet tant que cette détermination n'existe pas. Il est de fait que ces agents ne

(1) Il serait évidemment fastidieux d'examiner ici les diverses théories qui, depuis Fracastor, ont été émises sur le mode d'action du mercure dans la guérison de la syphilis. Disons que ces théories, dont on trouvera une analyse succincte dans la traduction française du poëme de Fracastor, par Yvaren (Paris, 1847, p. 287), ont nécessairement varié avec les doctrines médicales et qu'il n'en est aucune qui puisse aujourd'hui nous paraître raisonnable.

EFFETS DES PRÉPARATIONS MERCURIELLES ET lODURÉES. 735

modifient en rien le désordre nutritif qui préside à la formation du produit syphilitique, puisqu'ils ne peuvent prévenir son apparition. Leur action porte uniquement sur ce produit ou plutôt sur les éléments qui le constituent ; elle consiste, en somme, à favoriser la métamorphose régressive ou graisseuse de ces éléments et leur résorption. S'il en est ainsi, on ne peut dire que ces médicaments soient des spécifiques à ce point de vue qu'ils neutralisent la cause ou virus syphilitique (1); on ne doit les considérer comme tels que parce qu'ils exercent une action spéciale, élective eu quelque sorte, sur l'élément connectif.et tout particulièrement sur les déterminations locales d'origine syphilitique. Ces préparations, comme on sait, restent sans effet contre des lésions telles que le tubercule pulmonaire , dont la ressemblance avec la tumeur gommeuse est des plus frappantes.

En résumé, ce n'est pas à l'essence même de la syphilis que s'attaquent le mercure et l'iodure de potassium , mais bien à ses manifestations. Gomme toute maladie, la diathèse syphilitique guérit non par les efforts de la thérapeutique, mais par les seules forces de l'organisme. C'est là un principe qu'un médecin ne peut ignorer. Donc, deux indications : combattre les lésions matérielles capables de compromettre l'existence, placer le malade dans les conditions les plus favorables pour lui permettre de triompher de son mal. Là est tout le secret de la thérapeutique syphilitique, ce secret se résume en deux mots : s'il y a lésion, action; s'il n'y a pas lésion, expectation.

Un fait digne de remarque, c'est que, loin d'arrêter les accidents syphilitiques , le mercure et l'iodure de potassium leur impriment parfois un certain degré d'acuïté (2). Il ne serait même pas impossible qu'ils contribuassent à faire naître des accidents nouveaux. Bazin (3) observe que, sous leur influence, les groupes tuberculeux disparaissent quelquefois d'une région pour reparaître sur une autre, et qu'il n'est pas rare de voir le traitement mercuriel déterminer de nouvelles

(1) Cullerier combat la spécificité thérapeutique du mercure dans la syphilis. Voyez Recherches pratiques sur la thérapeutique de la syphilis, etc., par le docteur Lucas Championnière {Gaz, méd,, 1836, p. 623).

(2) La propriété de rendre plus aigus certains accidents syphilitiques n'appartient pas seulement au mercure et à l'iodure de potassium. Il arrive, disent Trousseau et Pidoux (t. 1 p. 337), que, sous l'influence des préparations d'or, tous les accidents syphilitiques locaux prennent un surcroit d'intensité, que même il en apparaisse de nouveaux.

(3) Leçons sur les sijphilides,^. IVi.

736 ÏQÉRAPEUTIQUE.

poussées alors que l'afiTection élait déjà depuis longtemps stationnaire(l). Hutchinson a noté des faits semblables, car il dit avoir vu l'iritis syphilitique se déclarer avec une grande intensité ou même envahir l'œil du côté opposé après l'emploi d'un traitement mercuriel, lors môme que ce traitement avait donné heu à la saUvation. J'ai fait la même observation pour les lésions syphilitiques des viscères, et, parmi les cas rapportés dans cet ouvrage il en est quelques-uns où des accidents plus sérieux et plus intenses se montrèrent peu de jours après l'usage d'un traitement spécifique. Dans un fait rapporté par Faurès, un traitement par l'iodure de potassium venait d'être commencé, quand survinrent des convulsions suivies d'hémiplégie. Chez un malade de Legroux, j'ai vu une hémichorée succéder à une hémiplégie peu de jours après l'emploi du calomel (2). J'ai également pu observer dans les mêmes conditions la diminution d'une hémiplégie en même temps qu'une paralysie apparaissait du côté opposé. Eu ce moment même, j'ai sous les yeux une jeune personne de vingt-deux ans qui, après trois jours de l'usage de l'iodure de potassium pour une ostéo-périostite de la branche montante du maxillaire inférieur, vit apparaître une exostose sur le front. De semblables faits ne peuvent inspirer des craintes sérieuses et faire suspendre la médication ; cependant ils obligent à une plus grande surveillance du traitement institué.

§ 0. — Eaux minérales. — Hydrothérapie. — Diététique.

Les moyens thérapeutiques dont nous allons parler suffisent en général pour la curation de la syphilis bénigne, et, en cas de syphilis grave, ils sont de puissants auxiliaires du mercure et de l'iodure de potassium par leur tendance à ramener l'organisme malade à son véritable type.

EAUX MINÉRALES

Th. BoRDEU, Recherches sur les maladies chroniques, 1775, p. 294. — Pâtissier, Manuel des eaux minérales de la France. Paris 1818. — Gibert, Traité des maladies de la peau et Manuel des maladies vénériennes, Paris,

(1) Medic. Times and Gaz., M juillet 1860, et Gaz. hebd., p. 620, même année.

(2) Pour les observations de Faurès et de Legroux, voy. L. Gros et Lancereaux, A/feclions nerveuses stjphUiliques,]). l'J'J.

EAUX MINÉRALES

1840. — Anglada, Traité des eaux minérales, 1833. — Dupasquier, Eaux d'Allevard, etc. — C. Despine, Manuel de l'étranger aux bains d'Aix en Savoie, 1850. — Fontan, Bulletin de l'Académie de médecine, 1843, et Recherches sur les eaux minér. des Pyrénées, etc. Paris, 1853, p. 380. — Constantin James, Guide pratique, etc. Paris, 1854. — Vidal, Essai sur les eaux d'Aix en Savoie, 1851. — Engelmann, Sur l'usage des eaux de Kreuznach dans le traitement des affections syphilitiques. Francfort, 1849. — Dassier, De l'emploi des eaux sulfureuses, etc. Journal de médecine de Toulouse, année 1851. — Marc Pégot, Essai clinique sur l'action des eaux thermales sulfureuses de Bagnères-de-Luchon dans le traitement de la syphilis. Paris et Toulouse, 1854. — Helfft, Handbuch der Balneotherapie. — Wetzlar, Traité pratique des propriétés curatives des eaux sulfureuses d'Aix-la-Chapelle, 1856. — Baizeau, Mémoire sur l'influence des eaux minérales sulfureuses sur la syphilis. Gazette médic. de Paris, année 1856. — Lambron, Annales de la Société d'hydrologie médicale de Paris, t. III, p. 168. — Durand-Fardel, Traité thérapeutique des eaux minérales. Paris, 1857. — Petrequin et Socquet, Traité général pratique des eaux minérales, etc. Lyon, 1859. — Reumont, Neue Beobachtungen und Erfahrungen ûber die Wirkung der Aachener Scheweferthermen bei Syphilis. Deutsche Klinik, 1862. — LxjDwiG-DiEMER, Die Aachener Scheweferthermen in constitulionneller Syphilis und Quecksilber Krankheiten. Aachen, 1862. — Pidoux, Sur le traitement par les eaux minérales. Voir Union médicale, année 1863 p. 387. — Martin Lauzer, Des eaux thermales de Luxeuil contre le virus syphilitique, etc. Revue de thérapeutique et Gaz. hebdomad., 1863, p. 341.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que les eaux minérales interviennent dans letraitementde la syphilis. Fracastor (1) fait, dans son fameux poëme, allusion aux propriétés des eaux sulfureuses. Néanmoins les eaux thermales étaient peu employées par les premiers syphilographes, qui, pour la plupart, les regardaient comme nuisibles, sans doute à cause de la propriété qu'elles ont de développer des manifestations jusque-là restées latentes (2). L'un des premiers^ Bordeu pressentit tout le parti qu'il y avait à tirer de l'influence des eaux thermales sulfureuses dans le traitement des maladies syphilitiques, et de nombreuses observations ont montré toute la justesse d'appréciation de ce savant médecin. Les eaux minérales prenant chaque jour une importance plus grande en thérapeutique , on n'a pas manqué d'étudier leur action sur la syphilis, comme sur la plupart des auti'es ma-

(1) 111a ego, quœ venas per montis hiantes Callirhoe, haud ignota tuœ, fumanlia mitto Sulfura.

(2) Voy. Benedictus Victorius, Demorbo gallico, dans Aphrodisiacus, p. 038.

LaNCEREACX. f7

738 TnÉRAPEUTIQUE.

ladies. Relativement au sujet qui nous occupe, Durand-Fardel a résumé l'état des connaissances dans un excellent ouvrage auquel nous ferons de nombreux emprunts.

Un fait acquis, c'est que les eaux thermales ne constituent point une médication spécifique de la syphilis. Ricord (1), Sigmund (2) et bien d'autres observateurs ont vu reparaître des accidents syphilitiques après leur emploi. Si dans quelques cas leur usage a été suivi de la cessation définitive des manifestations syphilitiques, cet effet, dit Lambron, s'est produit chez des sujets qui, antérieurement au traitement thermal, avaient pris pendant longtemps , avec une certaine régularité, des préparations mercurielles en quantité notable. Marc Pégot(3) croit également que les guérisons qu'il est possible d'attribuer aux eaux sulfureuses se sont produites chez des individus saturés de préparations mercurielles. Alors, suivant une hypothèse de Lambron, les effets curatifs n'ont lieu que parce que les eaux thermales rendent aux composés albumino-hydrargyriques arrêtés dans la trame des organes la fluidité qui leur manquait pour achever la guérison. G. James rapporte, d'après Pagès, deux exemples de salivation et de stomatite d'apparence mercurielle survenues, sous l'influence des eaux de Baréges, chez des individus qui n'avaient pas pris de mercure depuis 14 et 18 mois. Mais, en tout cas, la théorie mise de côté, il importe de savoir que les eaux minérales exercent sur les accidents secondaires et tertiaires les plus opiniâtres une action favorable à l'emploi de la médication spécifiqjie. Ainsi c'est dans des conditions données, et principalement dans les cas de syphilis rebelle avec cachexie, que la médication thermale trouve ses indications.

Les nombreuses observations rapportées par Dassier, Pégot, Despine et d'autres encore, mettent hors de doute les heureux effets des eaux minérales combinées avec les préparations mercurielles ou iodurées. Non-seulement la médication thermale combat utilement les accidents syphilitiques en rendant au mercure et à l'iode des propriétés qu'ils n'avaient plus, mais elle stimule encore l'organisme, elle rétabUt les fonctions languissantes, celles de la nutrition surtout, et elle est l'un des principaux remèdes à opposer à la cachexie syphili-

(1) Cité par Durand-Fardel.

(2) Cité par Helfft, p. 507.

(3) Loc. cit., p. 170.

EAUX MINÉRALES. 739

tique (1). Uû autre effet de la médication par les eaux minérales, c^est l'absence presque constante de salivation , malgré des doses élevées de mercure (2), ou encore, ainsi que l'a notéLambron, la cessation rapide de cet accident, si déjà il s'est montré.

Les eaux thermales ayant, comme la plupart des agents excitants, la propriété de faire apparaître les manifestations restées latentes, trouvent leur indication et leur utilité toutes les fois qu'il s'agit de savoir si un individu qui a été atteint de la syphilis est encore ou non sous le coup de cette maladie. Sous ce rapport, M. Pégot, G. James et Lambron regardent les eaux minérales sulfureuses comme la pierre de touche de la syphilis. Mais l'infaillibilité de ce moyen de vérification est loin d'être reconnue par tous les auteurs. Ricord, Gerdy, Helfft, Durand-Fardel, ne peuvent se résoudre à admettre l'action des eaux sulfureuses comme un critérium absolu du diagnostic de la syphilis dans tous les cas obscurs ou douteux. D'ailleurs ce ne sont pas seulement les eaux sulfureuses qui auraient la propriété de dévoiler les effets cachés de la syphilis : Durand-Fardel a vu les eaux de Plombières et celles de A'^ichy agir dans ce sens, et, suivant Fleckles, les bains de Carlsbad auraient plusieurs fois rappelé d'anciens accidents syphilitiques.

Cependant les eaux thermales sulfureuses l'emportent sur toutes les autres classes d'eaux minérales, lorsqu'il s'agit d'aider à la curation de la syphilis ou d'en rappeler les manifestations. Les eaux sulfurées sodiques thermales de Bagnères-de-Luchon, de Baréges, d'Amélieles-Bains, de Gauterels, d'Aix en Savoie, celles d'AUevard, d'Aixla-Chapelle, de Weilbach, de Schinznach, d'Acqui, de Viterbe, etc., sont préférablement indiquées. En Allemagne principalement, on a recours aussi aux eaux chlorurées sodiques. Ainsi le docteur Peez vante les eaux de Wiesbaden comme utiles dans les cas de syphilides, et Rotureau nous apprend que les eaux de Nauheim peuvent être un adjuvant très-puissant pour combattre les manifestations secondaires et surtout les manifestations tertiaires (3). De même, Engelmann prescrit avec avantage les eaux de Kreuznach, toutes les fois que la syphilis se trouve combinée avec la scrofulose, circonstance dans laquelle elle est généralement rebelle.

(1) Voir Pégot, /oc. cil.,]). G4.

(2) C. Despine, loc. ci7.,p. 217.

(3) Études sur les eaux de Nauheim, 1856, p. 120.

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