TROUBLES VISUELS DANS L'APHASIE
conséquence blanches, atrophiées, ainsi qu'il nous a été permis de Tobserver avec le docteur Barthez, chez deux malades de son service, à l'hôpital Sainte-Eugénie.
§ 5. -. Troables ^lnaels dans l'aphasie.
Le professeur Broca a, le premier, démontré que l'aphasie est le résultat d'une lésion de la troisième circonvolution du lobe frontal gauche.
On sait que le sillon de Rolando, qui part de la scissure médiane interhémisphérique, sépare le lobe frontal du lobe pariétal, et suit ensuite un trajet oblique de haut en bas dans toute la surface externe de l'hémisphère cérébral, pour aboutir à la scissure de Sylvius. La portion inférieure du lobe frontal est formée par les circonvolutions orbitaires, tandis que ses portions supérieures et latérales constituent les circonvolutions frontales, qui sont au nombre de trois : la première ou supérieure ; la seconde ou moyenne, et la troisième ou inférieure. C'est dans cette troisième circonvolution du lobe frontal que la parole se trouve localisée, et une chose étonnante, c'est que, d'après l'opinion de Broca, opinion vérifiée depuis par d'autres auteurs, il n'y a que le lobe cérébral gauche qui possède cette faculté I En effet, dans le plus grand nombre des cas, l'aphasie a été accompagnée de la paralysie du côté droit. D'après Trousseau, sur 167 cas observés par les auteurs, il y a eu 139 fois paralysie à droite, tandis que 28 fois la lésion aphasique siégeait dans l'hémisphère droit. L'exception, par conséquent, n'existe qu'une fois sur six, et il est diftîcile de savoir quelle peut être la raison de cette prédominance d'altérations dans le lobe frontal gauche, et que l'organe de la parole soit plus particulièrement lié à l'hémisphère gauche.
L*aphasie prédispose à des troubles visuels de deux sortes, ou à une atrophie des papilles, ou à une amblyopie aphasique sans aucune lésion dans l'intérieur des yeux.
I. Atrophie d'un nerf optique. — L'altératiou principale de la troisième circonvolution est le ramollissement qui est dû à l'oblitération de l'artère cérébrale moyenne ou de l'artère sylvienne; quelquefois, au contraire| cette altération est le
il6 RAPPORTS RNTRE LES LÉSIONS OCLILAIRES.
résulfat d'une hémorrhagie ou d'une Ihrombose d'un des vaisseaux indiqués.
Lorsque Tarière sylvienne est oblitérée, les organes centraux de la vision ne sont nullement affectés ; c'est pourquoi on ne trouve généralement aucune altération du côté de la papille du nerf optique, et la vision n'est nullement troublée. Mais, si l'embolie ou la tbrombose se déclare dans l'artère méningée moyenne, elle peut entraîner un processus atrophîque dans le nerf optique correspondant au côlé paralysé.
Nous avons vu, avec le professeur Charcol, h la Salpêtrîère, une jeune fille âgée de 18 ans atteinte d'une hémiplégie incomplète droite avec aphasie et d'une atrophie de la papille gauche.
II. Ambljople kphBiiqne Bana léalen on c^it^ dca mot*. — Nous
rencontrons un 1res grand nombre de malades qui ne peuvent ni lire ni écrire, non pas par suite d'une lésion quelconque de l'organe de la vue, mais par l'effet de la perle de la faculté de parler et de coordonner les mots. Trousseau (1) rapporte plusieurs faits d'aphasie passagère guérie, et oii les malades ont pu rendre compte des sensations qu'ils éprouvaient pendant la maladie. Il résulte de ces observations que ce n'est pas la vue qui leur manquait, mais rintelligencc.
Ainsi, une femme qui voulait savoir si son mari, atteint d'aphasie, pouvait lire, lui mit unjournal sous les yeux, mais il ne put lire, bien que sa vue fût parfaitement nette. Lorsque Trousseau l'interrogea plus fard, il lui dit qu'il voyait les lettres et les mots, mais qu'il n'en comprenait pas bien le sens ou la valeur. Une malade de la salle Saint-Bernard à l'Hôtel-Dieu, âgée de 50 ans, fut atteinte d'aphasie; elle ne pouvait ni dire ni écrire le nom des objels les plus vulgaires, et néanmoins elle lisait une grande partie de la journée. « Nous étions tous dupes, dit Trousseau, de cette apparence d'intelligence; mais quelque temps après, quand elle fut guérie, elle avoua qu'elle lisait avec les yeux, mais qu'elle ne comprenait pas ce qu'elle lisait. »
11 y a, comme on le voit, des aphasies qui se produisent sans
Clinique médicale de l'Hàlel-Dieu de Paris, l. Il, p. 672, 4' édi-