CHAPITRE PREMIER
Le diagnostic des maladies profondes de Tœil ne peut pas être établi d'une manière complète par un examen ophthalmoscopique seul, mais il est tout aussi important de s'assurer de Tétai de la vision et des phénomènes soit subjectifs, soit objectifs, que les malades accusent.
L'examen fonctionnel de Tœil devra comprendre plusieurs conditions : r acuité visuelle centrale ; 2"" étendue périphérique du champ visuel avec scotomc ; SMaltonisme ou cécité des couleurs; V chrupsies; 5"" photopsies et phosphènes; &" sensibilité de Tœil aux différents degrés d'éclairage (héméralopie et nyctaiopie, et photophobie).
ARTICLE PREMIER
DE l'acuité VISUELLE ET DE l'ÉCHELLE TYPOGRAPHIQUE.
Dans la faculté de vision et de perception des objets, il y a en réalité deux éléments bien distincts, l'un qui donne au sens de la vue toute la finesse de perception, et l'autre qui permet de voir simultanément, quoique d'une manière moins distincte, les objets qui entourent le point fixé.
La finesse de la vue et la netteté de perception dépendent
surtout de l'état de la macula lu(ea, tandis que la vision périphérique a son siège dans tout le reste de la rétine.
Dans la macula, il n'y a qu'une très petite partie de la rétine, qui soit capable de percevoir les objets ténus, avec toute la neltelé désirable. Celte par lie, c'est le centre qui se présente à l'ophthalmoscopesous un diamètre de 0"",005 ; lesautres parties de la macula sont moins sensibles. C'est ce point central qui nous fait voir les plus fins détails des objets, et qui permet au graveur de distinguer les lignes les plus fines de sa gravure.
L'acuité de la vision n'est pas égale chez tous les individus, et cette différente finesse de perception dépend tantôt de la disposition anormale individuelle des membranes oculaires, tantôt de la santé générale.
Smith a calculé d'après l'angle d'incidence des rayons, que le plus pelit point sensible de la rétine avait 1/8000 de pouce. Selon Volkmann, le diamètre de la plus petite image projetée sur la rétine est de 0,000060 de ligne, ce qui correspond à peu près au diamètre des bâtonnets et des cônes.
On peut aujourd'hui mesurer avec une grande précision l'acuité visuelle au moyen des échelles typographiques.
Ed. von Jaeger, de Vienne (1), a eu le premier l'idée de faire établir une échelle graduée des caractères d'imprimerie, mais les vingt types des caractères qu'il avait choisis étaient pris au hasard et n'avaient aucune base scientifique.
Giraud-Teulon (2) à Paris et Snellen (3) à Utrecht ont composé et publié simultanément des Échelles dans lesquelles la grandeur de chaque caractère est proportionnée à la distance à laquelle il doit être distingué. Green (4), de Saint-Louis, modifia l'échelle de Snellen en établissant une graduation géométriquement progressive. Monoyer, le premier, a établi une échelle d'après les distances métriques.
(t) Ed. von Jaeger, Schrift-Scalen, S'» aufl. Wien, 1860.
(2) Giraïui-Teulon, Instruction pour l'emploi de l'échelle régulièrement progressive, Paris, p. 4. * •
(3) Snellen, Test-Types. Fourlh édition, London, 18C8.
(4) Green (de Saint-Louis), Tesl-lettcrs in geometrical irogrcssion {Report of the fourth inttrnalional opiith, congres. London, 1873, p. 153),
Les deux échelles que j'ai établies ont aussi pour base les distances métriques (1).
Pour arriver à l'unité visuelle, les auteurs se sont servis de la formule acceptée par Donders, d'après laquelle le degré d'acuité de la vision^S s'exprime par le rapport de la distance d à laquelle la lettre est distinguée, comparée à la dislance à laquelle elle se montre sous un angle de cinq minutes iV, ce qui constitue la formule :
Dans rEcholle de Giraud-Teulon, la partie pleine de tous les numéros est, liorizonlalement, d'une dimension sensiblement égale à celle des parties claires. La progression a pour unité l'intervalle 0°"",10, qui, à 33 centimètres (1 pied) de distance, sous-tend un arc rétinien de 1' ou de 0""",005.
L'Échelle de Snellen est fondée sur les mômes principes; les numéros, placés au-dessus de chaque type, expriment en pieds la distance à laquelle ils peuvent être vus. Les dimensions des lettres, ainsi que celles des inlerslices qui les séparent, sont indiquées dans un tableau spécial en lignes de Paris.
Tandis que Giraud-Teulon a gradué ces numéros des caractères en ajoutant successivement 0,10 centimètres, Snellen a pris au contraire pour unité de l'acuité visuelle 0,209 de ligne de Paris. Pour oblenir tous les numéros successifs, qui représentent les distances en pieds, il a multiplié le 0,209 par le nombre qui exprime en pieds la distance à laquelle il doit être vu.
Cette dernière méthode m'a paru très rationnelle et je l'ai adoptée pour mon échelle. J'ai mis au-dessus de chaque type les chiffres en centimètres ou en mètres, qui indiquent la dislance à laquelle ils doivent être vus.
UcBBiiration de la Tue aa moyen de l'éehelle. — Pour défîuir le
degré de l'acuité visuelle, on commence par considérer comme
(1) Galezowski, tchelle optométrique ci chromatique pour mesurer Vacuité de la viniony les limites du champ visvel et la faculté chromatique, accompagnées de tables impliques pour le choix des lunettes, Paris, 1883, gr. in-8 avec 34 pi. noires et col. — Échelles portatives des caractères et dc^ couleurs pour mesurer Vacuité viêutlké Paris, f880, i vol. in-i8.
vue normale un œil, qui à un mètre de distance lit le numéro 1 de Téchelle. Celui, au contraire, qui ne peut lire à cette même distance que les caractères deux ou trois fois plus gros, a évidemment la vue deux ou trois fois plus faible.
D'après la formule de Donders, rapportée plus haut, si
D=l pied, et iV=3 , nous aurons 8=-; si Z)=5, iV=20,
5 1 on aura S=^;r='.
Dans la définition de Tacuilé visuelle il faut toujours faire abstraction du défaut de réfraction, que Ton doit préalablement corriger à Taide des lunettes convenables.
Un œil physiologique, et bien constitué, dont les membranes internes sont complètement saines, doit avoir une acuité visuelle égale à 1, et il doit lire facilement les caractères n"" 1 à 1 mètre, n"" 0,50 à 50 centimètres de distance et ainsi de suite. Le moindre écart constitue une maladie et indique une diminution pathologique de Tacuilé visuelle.
ARTICLE II