ATROPHIE DES PAPILLES
Les névrites avec atrophie progressive se rencontrent très rarement, Allbut les avait décrites comme une forme à part. Pour notre compte, nous ne les avons observées que dans les affections cérébrales syphilitiques. C'est ainsi que nous avons eu l'occasion d'observer, dans le service de M. Charcot à la Salpêtrière, une malade atteinte de celte névrite atrophique qui était due à une production de gomme syphilitique sur toute l'étendue des bandelettes optiques, du cerveau et de la moelle, ainsi que le put constater M. Charcot à l'autopsie. La figure 1, planche XIV, représente la papille du nerf optique aux derniers jours de la vie de cette malade.
Nous avons eu aussi l'occasion de voir, en consultation avec MM. Al. Fournier, Libermann et Baldy, un malade atteint de névrite optique atrophique. La maladie, qui avait d'abord envahi l'œil gauche, avait passé ensuite à l'œil droit et avait débuté par une périnévrite peu accentuée, mais qui, au bout de trois mois, s'était terminée par une atrophie complète de la papille gauche. Six mois plus tard, la même issue fatale se préparait dans son œil droit, dont le malade pouvait à peine compter les doigts.
La névrite, ici, n'amène pas d'étranglement, mais c'est le processus atrophique progressif concomitant qui amène la cécité. Diairiiostie différentiel. — Lcs atropliies papillairos par névrite se reconnaissent toujours très facilement, même après plusieurs années. Elles conservent presque toujours deux signes caractéristiques qui les font distinguer des atrophies progressives : ce sont d'abord les contours opaques, blanchâtres, consécutifs à l'infiltration qui ont existé pendant la période aiguë, et ont laissé pour toujours l'opacité des fibres nerveuses dans tout le pourtour de la papille. Un second symptôme non moins caractéristique, c'est la sinuosité des vaisseaux centraux, surtout à leur passage au bord de la papille, ce qui n'existe pas dans l'atrophie simple. La figure 4 delà planche XIII représente cet état. Il nous est arrivé de voir, avec M. le professeur Sée, une malade âgée de 22 ans, aveugle depuis deux ans, que l'on avait soignée à l'étranger pour une atrophie ataxique, alors qu'elle était atteinte d'une atrophie par névrite dont la cause était la méningite basilaire. Par un traitement dérivatif et iodo-mer-
iU EXPLORATION DES DIFFÉRENTES MEMBRANES DE L'ŒIL.
curiel, nous sommes parvenus à enrayer le mal cérébral ; malheureusement ratrophiè papillaire était absolue, et Ton ne pouvait plus rien contre elle.
III. Atropkie de la papille par embolie oa par tbrofltbose de l*artère
eratraie. — L'oblitération de Tartère centrale du nerf optique amène une cécité instantanée, et il se déclare ensuite dans le nerf optique une atrophie de la papille, qui ressemble, sous beaucoup de rapports, à une atrophie progressive ou tabétique.
D'après quelques signes pourtant, on peut la distinguer aussi bien au début qu'à une période ultérieure de la maladie.
D'abord le début brusque, instantané de la maladie dans un seul œil avec cécité absolue, est propre à une embolie ; ensuite, l'artère centrale est réduite à un filament imperceptible, et il faut ajouter à cela des traces d'une infiltration papillaire qui peut persister pendant des années et quelques taches exsudatives dans la macula (Voy. fig. 3, 4 et 5 de la pi. XIV). Cette affection est toujours monoculaire et laisse l'autre œil indemne pour toute la vie, et si nous n'avons pas de ressources contre l'accident, nous avons au moins cette satisfaction que la maladie n'est pas progressive et qu'elle n'attaque pas l'autre œil.
Le plus souvent c'est une maladie du cœur ; dans des cas particuliers il s'agit d'une thrombose goutteuse syphilitique ou autre.
A l'appui de cette assertion, je puis rapporter deux faits des plus intéressants démontrant l'état stationnaire de l'atrophie de la papille embolique.
En 1869, nous fûmes appelé par le docteur N. Guéneau de Mussy auprès du comte de N..., qui avait perdu la vue d'un œil depuis cinq ans ; nous pûmes constater une atrophie de la papille embolique, ce qui s'expliquait du reste très bien par une afTection mitrale pour laquelle M. N. Guéneau de Mussy lui donnait des soins. Pendant ces six ans, l'autre œil n'avait éprouvé aucun accident.
L'autre fait est encore plus concluant.
M. B..., âgé de 70 ans, est venu me consulter en 1874. Il déclarait avoir subitement perdu la vue de l'œil droit en 1847, époque à laquelle il avait suivi le traitement du docteur Sichel père. Cet œil a conservé une très légère lumière dans le champ