RÉTINITE ALBUMINURIQUE. 1S
6. Le trouble de la vue n'est pas toujours en proportion des lésions rétiniennes, et, comme nous Tavons dit plus haut, il arrive assez souvent que le malade n'accuse point de trouble visuel, malgré les lésions très marquées de la rétine. C'est pourquoi nous conseillons de soumettre tous les albuminuriques à Texamen ophthalmoscopique, même lorsqu'ils ne se plaignent d'aucun trouble visuel, car l'on découvre ainsi, quelquefois, des altérations qui resteraient ignorées sans cette précaution.
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•nt-eiies iiM f — Dans l'état actuel de nos connaissances, il est difficile de dire d'une manière positive si la lésion rétinienne se produit pendant la période congestive, ou si elle apparaît plus tard, pendant les phases régressive et atrophique que subit le rein.
Mais, dans l'une comme dans l'autre période de la maladie, les altérations sont différentes. D'après Cornil et Lecorché, les lésions rétiniennes sont très fréquentes dans lapremière période, dite congestive ou inflammatoire du rein ; on voit alors apparaître des épanchements sanguins qui suivent les vaisseaux sans dépasser la gaine lymphatique. Les vaisseaux, les veines surtout, présentent alors dans leur trajet des engorgements ou dilatations marqués, et par places, on aperçoit, comme dans la figure 4, planche IV, des épanchements fusiformes. Dans cette même période de la maladie, les hémorrhagies sont accompagnées d'exsudations plastiques ou albumineuses, qui ne présentent cependant pas encore de traces de dégénérescence graisseuse. Les lésions de cette première période ont un aspect tout particulier : on voit le sang, altéré et fluide, filtrer à travers les parois vasculaires. Tout au contraire, dans la période atrophique, ces mêmes parois vasculaires qui ont laissé transsuder le sang deviennent malades elles-mêmes, et subissent une dégénérescence graisseuse dans tout l'organisme ainsi que dans la rétine. De là, la dégénérescence graisseuse de la rétine avec toutes ses conséquences.
Dans la grossesse ou dans toute autre forme aîguô d'albuminurie, l'affection de la rétine n'est donc que purement inflammatoire et, par conséquent, plus facilement guérissable, k condition qu'on fasse un accouchement artificiel et qu'on arrête ainsi
les progrès de Talbuminurie. Lorsqu'au contraire la maladie a amené de très graves désordres, que le nerf optique a subi un étranglement de ses fibres, et qu'il s'est produit dans la rétine une dégénérescence graisseuse, la guérison s'obtient plus difficilement, et souvent même cette altération est suivie d'une atrophie des fibres rétiniennes.
Il résulte de ce qui précède, que la rétinite albuminurique, de même que l'albuminurie elle-même, lorsqu'elle se présente sous une forme aiguë et accidentelle, peut guérir. Les figures 1, 2 et 3 de la planche IV se rapportent justement à des cas de rétinite albuminurique qui ont pu être complètement guéris. La première figure représente le cas d'une malade de l'Hôlel-Dieu, qui, atteinte d'albuminurie pendant la grossesse, fut complètement guérie après un accouchement artificiel pratiqué par le professeur Pajot; la figure 2 fut faite trois semaines avant la guérison complète. La figure 3 représente l'œil d'une malade du docteur Guéneau de Mussy; elle a été atteinte d'une albuminurie avec rétinite à la suite de suppression des règles par refroidissement, et qui guérit aussi complètement.
§ 4. — Rétinite iplycosiirifiiie.
L'existence de cette forme de rétinite ne peut être mise en doute. Desmarres père est le premier qui en ait rapporté des observations.
De Noyés et plusieurs autres ont cité des faits analogues. Jaeger (1) a publié le cas d'une rétinite qui s'était déclarée chez une malade dont les urines contenaient en même temps de l'albumine et du sucre, ce qui avait fait croire à tort à l'auteur que Tallération rétinienne était la conséquence de l'albuminurie et non de la glycosurie.
Nous avons rencontré et publié (2) quelques cas semblables à ce dernier, mais nous avons acquis la conviction que la rétinite elle-même change de caractère, c'est-à-dire qu'elle devient albuminurique ou glycosurique selon la prédominance dans les urines de l'albumine ou du sucre.
{{) Jaogor, Atlas.
[2) Galezowski, Annales (Toculhtiquej 1862.
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Dans un tableau statistique q\\e nous avons publié, avec le concours de mon excellent confrère et ami le docteur Brachet (1), nous avons rencontré vingt-sept fois la rétinite glycosurique, et sur ce nombre, Talbumine et le sucre ne se sont trouvés ensemble que trois fois, ce qui nous permet de conclure que ces sortes de rétinite ne sont pas albuminuriques dans la majorité des cas.
Les symptômes particuliers qui caractérisent la maladie sont différents de ceux de la rétinite albuminurique.
Ces signes sont les suivants :
1* La rétinite glycosurique est caractérisée plus particulièrement par des hémorrhagies rétiniennes plus ou moins nombreuses, qui occupent, soit un œil, soit les deux yeux.
La forme de ces hémorrhagies varie beaucoup; tantôt ce sont des taches arrondies, tantôt elles forment des masses irrégulières répandues sur toute la surface de la rétine, et plus particulièrement sur le trajet des gros vaisseaux. Quelquefois on trouve ces taches hémorrhagiques dans la région de la macula, ainsi que l'a observé le docteur Cusco.
2* A côté des taches hémorrhagiques, on distingue des plaques blanches, exsudatives, de très petite dimension, arrondies, et qui se trouvent répandues, de même que les premières, sur toute l'étendue de la rétine. Contrairement à ce qui s'observe dans l'albuminurie, ces plaques blanches peuvent manquer complètement, et la rétinite glycosurique ne sera alors caractérisée que par des hémorrhagies (voy. planche V, fig. 5).
3* La papille n'est jamais infiltrée, mais elle conserve pendant longtemps son aspect physiologique. Si la maladie devient progressive, on voit le nerf optique s'atrophier. Dans le cas de de Noyés, le nerf optique était au contraire très fortement congestionné.
4* Le trouble de la vue est ici très prononcé, et il arrive, comme chez un malade de notre clinique que nous avons soigné en 1879 avec le docteur Kohn, qu'une petite hémorrhagie éloignée de la macula est accompagnée d'un affaiblissement très sensible de la vue. Il faut croire que, dans ce cas, l'am-
(1) Galezowski, Conférences de clinique oculaire : Le diabêUt rédigées par le docteur Brachel. Paris, 1883.
blyopie n'est point occasionnée par Thémorrhagie, mais par une affection cérébrale, ce qui est d'autant plus facile à admettre que chez ce malade les deux yeux étaient troubles au même degré, tandis que Thémorrhagie n'existait que dans un seul œil.
Dian^BoiUe diiTéreiiiiei. — La différence entre la rétinite albuminurique et la rétinite glycosurique n'est pas toujours assez grande pour qu'on puisse faire le diagnostic à l'aide de l'ophthalmoscope seul, surtout lorsque la maladie ne se présente pas sous sa forme typique, c'est pourquoi on ne devra pas se prononcer définitivement avant d'avoir examiné les urines.
En général, la glycosurie amène beaucoup plus de trouble dans la vue que l'albuminurie. La rétinite glycosurique apparaît quelquefois dans un seul œil, et pourrait être confondue soit avec la rétinite syphilitique, soit avec la rétinite cardiaque. Quant à la première, elle est toujours accompagnée de l'infiltration de papille, et quelquefois aussi, d'iritis et de choroïdite. L'examen du cœur facilitera le diagnostic de la seconde.
ProBosiie. — La rétinite glycosurique est certainement une maladie sérieuse, comme la glycosurie elle-même; mais sa gravité ne dépend pas des lésions de la rétine, mais bien plus du centre visuel, qui se trouve souvent atteint en même temps que l'œil. C'est ainsi que nous avons soigné, avec le docteur Larcher fils, un homme âgé de 60 ans, qui avait été pris subitement d'un trouble notable de la vue, d'accidents cérébraux graves, d'une grande faiblesse dans les bras et dans les jambes, de la perte de la mémoire, de vertiges, etc.
Le pronostic grave, que nous avons formulé chez ce malade, n'est pas en proportion de la lésion oculaire, mais il est complètement subordonné à la maladie cérébrale qui l'accompagne. Les apoplexies et les exsudations glycosuriques de la rétine se résorbent généralement, et la vue se rétablit entièrement, excepté, bien entendu, dans les cas oii la macula est attaquée. La vue ne revient dans ce dernier cas que très imparfaitement lorsque les apoplexies rétiniennes sont accompagnées d'un scotome central ou d'hémiopie, car il y a alors une lésion du cerveau qui disparaît difficilement.
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