‹ Traite iconographique d ophthalmoscopieChapitre 83 sur 177 · DÉCHIRURES DE LA CHOROÏDE · texte numérisé non relu

DÉCHIRURES DE LA CHOROÏDE

circulaire bien régulière, comme Tavait observé le docteur Caillet (1) ; dans d'aulres cas, ces taches sont élargies dans certains endroits, et notamment dans la région de la macula, comme on peut s'en assurer par la figure 1 de la planche XXIV. La bande blanche très mince qui forme la courbe presque concentrique au bord de la papille, s'élargit du côté de la macula et y constitue une tache blanche irrégulière, recouverte en parlie, par des amas pigmentaires, et entourée en outre d*épanchements sanguins.

Quelquefois la déchirure n'est limitée qu'à la région de la macula seule, comme je l'ai observé chez un jeune homme qui avait reçu un coup directement sur l'œil avec une balle en caoutchouc (voyez fig. 3, planche XXIV).

Le caractère dominant de ces lésions est presque toujours le même : la tache parait d'une teinte blanche, nacrée, presque luisante, et elle est constituée par la sclérotique dénudée ; çà et là ses contours sont limités par des dépôts pigmentaires. Presque toujours ces taches se terminent, à leurs extrémités, par des lignes très minces et effilées. Dans d'autres cas deux ou trois lignes concentriques se réunissent vers le centre et se bifurquent aux deux exirémités, comme cela avait lieu chez un de nos malades dont nous reproduisons l'image du fond de l'œil dans la figure 5 de la planche XXIV.

Ces déchirures sont produites par le contre-coup de l'ébranlement que subit la choroïde dans une forte secousse éprouvée par le globe de l'œil contusionné. Habituellement, au momeut de l'accident, on trouve des taches hémorrhagiques, soit à côté de la déchirure, soit dans le corps vitré ; quelquefois même le nombre des flocons est tellement considérable , qu'on ne peut point éclairer le fond de l'œil, et ce n'est que bien plus tard, lorsque tout le sang est résorbé, qu'on découvre la lésion principale.

Si la déchirue a atteint la choroïde et la rétine en même temps, on verra alors une partie des vaisseaux rétiniens disparaître et la rétine s'atrophier dans la partie correspondante à la déchirure, comme cela est arrivé dans un cas dont nous rapportons l'histoire (voyez fig. 5, planche XXIV).

(i) Gaillet, Be^ ruptures Uolées de la choroidef Strasbourg, 1869.

Il pst bon de dire, poiiriant, que les cas de r,e genre ne consliluenl qu'une exception ; habituellement la rétine conserve ses vaisseaux, ses fonctions, et il n'y a que les déchirures de la macula qui amfenent des désordres analogues et simullanés dans les deux membranes.

Knapp (1) croit avec Sa;misch que la rétine se trouve dans ces cas le plus souvent intacte ; je pense, pour mon comple, que celte opinion n'est pas exacte, et toutes les fois que la déchirure passe par la région de la macula, ta rétine se trouve ellemême déchirée et désorganisée, ce qui atteint définilivement l'acuité visuelle de l'œil blessé.

Dans les déchirures de la sclérotique par un grain de plomb qui aura pénétré dans l'œil, la tache atrophique qui s'ensuit est accompagnée, le plus souveni, de larges plaques exsudatives qui recouvrent le tissu choroïdien blessé et atrophié.

En général, il faut dire que les déchirures de la choroïde, de quelque nature qu'elles soient, ou de simples blessures, sont suivies d'un écartemenl du tissu choroïdien sur une étendue plus ou moins grande. Les bords de ces déchirures se cicatrisent en prenant des adhérences avec la sclérotique et la réline, mais ils ne se réunissent jamais entre eux.

§ B. — DicoIIcmenl d« I« cboroVdc.

La choroïde est attaché à la sclérotique par les vaisseaux et les nerfs ciliaires qui traversent cette dernière en plusieurs endroits. Il existe en outre, entre ces deux membranes, une couche très mince du tissu cellulaire appelée memhrana fusca. qui unit davantage l'une à l'autre. Ces attaches physiologiques sont suffisantes pour maintenir sur place la choroïde, et on comprendra facilement qu'un décollement d'unemembraneattachée aussi solidement, ne peut se faire que d'une manière accidentelle et dans des conditions tout à fait exceptionnelles. En effet, le décollement de la choroïde constitue une affeclion tout à fait rare. Graefe, Arlt et Knapp n'ont rapporté que des faits isolés, mais qui ne peuvent pas être mis en doute. Pour mon

(1) Knnpp, Archiv fur Augen und Ohi-enheilh., 1. I, p. 6.

DÉCOLLEMENT DE LA CHOROÏDE. 207

compte, j'en ai vu deux cas, l'un et l'autre consécutifs aux coups reçus sur l'œil.

SymptoBatoioi^ie. — Les sigues qui caractérisent le décollement de la choroïde ressemblent beaucoup à ceux du décollement rétinien, mais la première est accompagnée de symptômes inflammatoires intenses du côté de l'iris et du cercle ciliaire, ainsi que d'un ramollissement notable du globe de l'œil. La vue se perd habituellement d'une manière très rapide, le deuxième ou le troisième jour après le coup ; lorsque le décollement se déclare spontanément, la cécité survient plus lentement.

L'œil devient rouge, et l'injection occupe surtout le pourtour de la cornée et de la région ciliaire; cette injection est en efîet due à une inflammation des membranes vasculaires. On constate des synéchies postérieures, sans que pour cela la pupille soit très fortement rétrécie. Quelquefois la chambre antérieure parait plus profonde que dans Tœil sain, ce qui tient à une diminution de la masse du corps vitré et aux adhérences de l'iris à la capsule.

L'œil est habituellement mou> flasque et ne présente aucune résistance, ce qui tient à l'absorption du corps vitré et à l'atrophie du globe oculaire.

Par un simple éclairage du miroir, on aperçoit au fond de l'œil un reflet blanc jaunâtre, pouvant simuler une tumeur.

Mais si on fait ensuite l'exploration à l'image renversée, on constate qu'il existe une membrane blanchâtre à demi flottante à côté de la tumeur, qui est elle-même légèrement mobile et n'a pas de contours bien limités.

Cette tumeur diffère essentiellement des tumeurs sarcomateuses; néanmoins l'erreur est possible, si on ne prend pas en considération l'ensemble des symptômes qui caractérisent la maladie. C'est ainsi qu'on s'explique pourquoi quelques auteurs (Wecker) ont confondu les tumeurs intra-oculaires avec le décollement choroldien (1).

(1) Dans les additions de T Atlas de Jœger, M. Wecker cite un fait qu'il a observé et qui lui semble èlre un décollement de la cboroîde ; d'après tous les signes qu'il décrit, ce fait doit être incontestablement rapporté à la classe des tumeurs de la tboroîde.

Quelquefois l'éclairage du fond de l'œil est impossibli^ lorsque le corps vitré esl rempli du sang.

g 9. — Tubercalca de la choroïde.

La production tuberculeuse a été découverte depuis longtemps dans la choroïde. Déjà, en 1837, Noël Guéneau de Mussy a recueilli l'observation d'une jeune fille succombée à la Salpêtriëre d'une phthisie généralisée, et dans la choroïde de laquelle il a trouvé des granulations nombreuses tuberculeuses disséminées. Plus tard, Ed. Jœger (1) avait reconnu la même reproduction avec l'ophthalmoscope. Mais ce n'est que Manz (2J qui a donné des détails précis sur l'histologie des tubercules choroïdiens, et puis peu de temps après Cohnheim (3).

A ces faits, il faut ajouter tes recherches et observations publiées par Liouville (4), Bouchut (5), Péris (6) et moi (7).

Toutes ces recherches ont démontré que la tuberculisation du côté de la choroïde ne manque presque jamais quand la tuberculose miliaire a une marche aiguë et que les méninges en sont atteintes. Mais il n'en est pas moins vrai que les dépôts tuberculeux peuvent se former du côté de la choroïde, chez des malades atteints de la pblhisie à marche chronique, comme on peut le juger par les faits observés par Guéneau de Mussy, Jaeger et Manz.

Les symptômes opthalmoscopiques ne sont pas difficiles à connaître. On constate d'ahord, au voisinage de la papille, un ou plusieurs boutons ou taches blanchâtres, blanc jaunâtre, h contours diffus, et faisant saillie à la surface du fond de l'œil. Elles apparaissent le plus souvent vers le segment postérieur de l'œil ; leur nombre peut varier, et, dans ce cas que j'ai observé et dont je reproduis l'histoire et le dessin (fig. 2, plan-

(1) Jœger, Oeslr. Zeilsckr. f. praif. Heilk., ISIij, n" 2.

(2) Haaz, kxthiv (. Ophth., Baad IV, Ablh. II. p. 120, ISaS.

(3) Cohnheim, Ârchiv f. pathol. Anatom. Bd XXXVl, p. «8.

(4) Liouville, SodilÉ de biologie. Paris, 1869 et 1S70.

(5) Bouchut, Gatctte des hùpitaux. Paris, 1868 et Atlas d'ophthalmoscopie médicale. Paris, 1876.

(6) Péris, Archiv f. Ophthaltn., Bd XIX, Ablb. I, p. 22). (1) Galeiowski, Archives gén. de médecine. Pnrjs, I8G7.

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