LES ANIMAUX
Les animaux qui intéressent l'agriculture sont : 1° le bétail ; 2^ les animaux de basse cour.
Le bétail, (i)
Sans bétail, pas d'agriculture, » car pas de fumier pour les terres, pas d'animaux pour leur exploitation. Dans tout pays agricole, le bétail est donc de première nécessité, car il augmente les produits du sol qu'il occupe et diminue le prix de revient de la culture. Cette nécessité se fait encore plus vivement sentir dans les pays tropicaux incultes. En effet, non seulement le défrichement et les multiples transports secondaires ne peuvent se faire sans lui, mais encore la conversion en pâturages, des terres défrichées ou de la brousse est la meilleure préparation à leur mise en valeur.
A côté de ce résultat immédiat, il en est un autre au moins aussi important : celui de la production de lait et de viande de boucherie, si nécessaire aux Européens sous ces climats tropicaux.
Espèce Bovine. — Races, — Il existe au Congo, 3 races bien distinctes; la race angolaise^ originaire sans doute de l'Afrique australe, est répandue dans le Bas-Congo, le Kwango et le Lunda. Elle est de taille assez élevée et a la tète généralement forte, armée de cornes effilées ;
(ï* Rédigé principalement d'après 1 étude de M. Mculemans. L Elevage des animaux domestiques au Congo. BuUetitt de laSociJté (TEtudis Coloniales,
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la race orientale, répandue dans le Manyéma et le Ruanda, est plus grande que la première et possède aussi de grandes cornes ;
la race soudanaise, arrivée récemment du nord dans TUbangi et l'Uelié, se rapproche du type angolais.
Il existe d'autres races de moindre importance, telles que les bœufszébus (bœufs à bosse graisseuse) des environs des lacs Albert, Albert- Edouard et Tanganika, les bœufs à cornes courtes du Banguelo et ceux sans cornes du Katanga.
Toutes ces races sont douées d'une grande puissance vitale et sont très rustiques. Mais comme toutes celles vivant en liberté, elles sont assez mauvaises laitières et donnent à peine 5o ®/o de viande. Par contre elles conviennent fort bien pour le bât et même fournissent de bons animaux de selle (à Lusambo et Luluabourg).
Elles pourront sans doute s'améliorer par le croisement avec d'autres rares, celle des Canaries par exemple.
Le bétail.
Pâturages, — Les graminées qui forment la savane ont toutes les qualités requises pour faire d'excellents pâturages. Seules, les proportions qu'elles prennent diminuent leur valeur, en les rendant généralement
coriaces, au point de ne plus offrir que leurs feuilles comme nourriture aux animaux.
Mais le bétail lui-même, en modifie heureusement la nature. En les tondant lorsqu'elles sont encore jeunes, en les foulant, il les empêche de grandir, les rend plus touftues, plus tendres et plus nutritives. De plus, l'introduction de quelques légumineuses européennes et même africaines, pourra facilement améliorer encore la valeur des pâturages.
Les endroits qui conviennent le mieux, sont ceux formés de bonnes terres situées autant que possible dans les vallons permettant une irrigation facile.
Les régions signalées comme particulièrement favorables au grand élevage sont celles du Bas-Congo, du Bas-Kassaï, du Manyéma, du Ruanda et du Katanga. (i)
Centres d'élevage, — Le gros bétail n'existe à Tétat naturel que chez les Ruanda qui en possèdent de nombreuses tètes, chez quelques tribus voisines du lac Albert, chez les Manyéma et moins souve.it dans le Katanga, le Kassaï et le Kwango.
Le centre d'élevage le plus important et le seul au point de vue industriel est celui de l'île de Mateba où une compagnie exploite fructueusement un troupeau de plus de 3ooo tètes, presque toutes de race angolaise, qui servent à approvisionner de viande de boucherie les villes du Bas-Congo.
Le bétail a été introduit sur tous les points de l'Etat. Actuellement, presque toutes les stations importantes sont pourvues au moins de quelques tètes.
Parmi les troupeaux les plus nombreux et les plus beaux, citons ceux de Luluabourg, Lusambo, Nyangwé (5o), Zambi (47) et des postes de l'Ubangi.
Rapport. — La « Compa^j^nie des produits du Con^o »> dont l'exploitation dansTilede Mateba possédait plusieurs milliers de tètes de bétail, a réalisé eu 1896, un bénéfice net de 48.000 francs et cela malgré d'importants achats faits pour augmenter le troupeau.
Avenir delà race bovine. — Quelque favorables que soient les résultats obtenus par l'établissement de Mateba, le grand élevage ne semble pas, provisoirement du moins, devoir être Tobjct de spéculations commerciales. Les circonstances ne psrmettraient pas l'exportation, la plus importante source de revenus de ces exploitations.
Ce n'est i)as ainsi que la propagation du bétail doit être envisagée en ce moment. Elle doit plutôt être considéré comme un modificateur de la vie de l'Européen, comme un auxiliaire indispensable de l'exploitation agricole du pays, et, à ce point de vue, elle doit être encouragée par tous les moyens. Le premier sera Tamélioration de la race, qui s'obtiendra facilement par des croisements ayant pour but de donner aux bêtes, plus de chair et plus de lait. Le second sera l'élevage dans
(i) La mouche isctsé n'y a pas encore été rencontrée jusqu'ici.
chaque station, d'un troupeau d'une cinquantaine de tètes environ, en attendant que les indigènes suivent cet exemple. Ainsi compris l'élevage s'étendra progressivement, préparant le terrain à des entreprises plus étendues, qui, profitant de Texpérience acquise, amèneront peut-être dans la suite^ la création de vastes centres d'élevage semblables à ceux de l'Amérique du Sud.
Race chevaline. — Le cheval n'existait pas au Congo à Tarrivée des blancs. Il y a été importé depuis une douzaine d'années, d'abord par le bas-fleuve où se trouvent quelques chevaux cnropJcns ou canariens, ensuite par l'Ubangi où vivent et se reproduisent une trentaine de chevaux du Darfotir^ répartis dans les diverses stations.
Avenir. — Les chevaux vivent parfaitement au Congo, mais leur nécessité est loin d'être aussi démontrée que celle des autres animaux domestiques, dont ils n'ont ni la rusticité, ni l'utilité. D'autre part, le sol inégal du pays ne permet pas d'employer leur vitesse; il est donc probable que d'ici longtemps, leur élevage ne prendra pas une grande extension.
L'Ane leur est de beaucoup supérieur comme résistance et comme services rendus.
Deux races y existent en assez grand nombre déjà, toutes deux fort bonnes :
Vâne de Mascate dans l'est, grand, bien bâti, aux jambes sèches et nerveuses, d'une résistance sans égale ;
tâfie des Canaries^ réparti largement dans les stations du centre et de la côte, plus petit, moins rapide que le précédent, mais parfaitement acclimaté et d'une grande utilité.
Avenir — Ne se vendant guère, mais coûtant peu à nourrir et à entretenir, lane est une espèce dont la propagation s'impose dans le pays, où toutes ses qualités de simplicité et de robustesse peuvent trouver leur emploi comme monture et bête de bât.
Le mulet qui, ainsi que Tàne, résiste aux plus dures privations et aux plus lourds travaux, a sur lui l'avantage d'une plus grande valeur commerciale. Il est déjà assez répandu au Congo, où il s'est très bien acclimaté et se contente de pâturages ordinaires.
Les meilleurs reproducteurs semblent être dans le pays, le baudet des Canaries ou celui de Mascate et la jument mulassière arabe ou tarbe.
Jouissant de qualités vraiment remarquables, pouvant non seulement fournir de bonnes bêtes de bât, mais parfois d'excellents coursiers, le mulet paraît appelé à prendre peut-être la première place parmi les bêtes de somme du Congo. Il sera l'auxiliaire indispensable de tous les transports par voie de terre, aussi bien des produits agricoles provenant des régions éloignées des cours d'eau navigables, que des courriers postaux.
Cette utilité assurera à la production un débouché lucratif dans l'Etat
même et dans les provinces voisines, et permettra à l'élevage de lutter avantageusement contre l'exportation.
Espèce ovine. — Le mouton, répandu chez les indigènes de tout le bassin du Congo, appartient senible-t-il à une variété de la race soudanaise, caractérisée par une toison de poils au lieu de laine. Le Manyéma et le Haut-Nil possèdent le mouton à queue grasse.
Très rustique, très prolifique, se contentant de la nourriture qu'il trouve en toutes saisons, il est d'un grand secours, d'autant plus que la chair et le lait qu'il produit sont bons et sont susceptibles d'être améliorés en soignant l'animal.
L'élevage du mouton a une importance capitale au Congo, tant au point de vue de l'alimentation, qu'à celui de l'amélioration des cultures. Il est même possible que l'introduction de races étrangères, celle du mérinos d'Algérie par exemple, amène dans l'avenir l'exploitation de la laine.
Espèce caprine. — La chèvre du Congo, est comme le mouton et plus que lui-même, très répandue dans tout l'Etat, sauf dans quelques rares districts du Nord, chez les Asandés par exemple. C'est la chèvre commune, plus petite que celle d'Europe, mais comme elle, très sobre et donnant, quand elle est jeune, une bonne viande. Les Mangbettus en ont une race spéciale à poils longs.
La chèvre semble devoir être abandonnée aux indigènes, l'élevage du mouton paraissant plus digne d'attention.
Espèce porcine. — Le porc est de race ibérique. Quoique répandu dans tout le bassin, il ne s'y rencontre pas d'une façon continue. Il complète avec les deux espèces précédentes, le bétail indigène.
Fournissant une chair moins fine que celui d'Europe, souvent ladrée, il constitue cependant, pris modérément et après un examen minutieux, un excellent appoint à la consommation.
Animaux de basse-cour. — La poule commune, très répandue au Congo, est le seul oiseau de basse-cour élevé par les indigènes. Elle est médiocre pondeuse el généralement maigre. • -
La poule, le canard et le pigeon européens, se sont très bien acclimatés au Congo et s'y répandent rapidement.
CONCLUSIONS
La courte étude que nous venons de faire, laisse assez voir quel avenir de prospérité l'agriculture prépare à l'Etat du Congo. Le territoire est partagé entre la forêt et la savane qui toutes deux conviennent à des cultures de rapport. A côté de l'ivoire et du caoutchouc, produits
d'une exploitation immédiate, nous voyons les plantations de café, de cacao et de tabac prendre un vigoureux essor.
Si jusqu'ici TEtat en est le principal propriétaire, c'est que, comprenant ses devoirs, il a du créer de toutes pièces ces centres agricoles auxquels l'initiative privée n'eut pu assurer ni un capital suffisant ni une main d'œuvre régulière. Dans la suite, lorsque l'organisation du travail sera faite, lorsque les agriculteurs seront instruits, les planteurs pourront venir à leur tour avec des chances certaines de succès. Concentrant leur activité sur quelques produits d'une culture facile, d'une valeur économique connue et d'un écoulement assuré, ils pourront accessoirement s'occuper de plantations d'essai, qu'ils étendront si l'exploitation leur en est avantageuse. Il serait en effet imprudent de se borner à la mise en valeur d'un nombre d'espèces trop restreint. Quelque rémunérateur qu'elles puissent être, elles pourraient lors d'une mauvaise récolte, toujours possible, prov^oquer une crise intense dont les effets seraient désastreux pour toute la colonie. C'est en progressant dans ce sens, que les immenses richesses de ce fertile bassin, qui dépasse parfois en beauté les plus belles parties de Java, deviendront comme le Brésil et les îles de la Sonde, un des plus vastes producteurs des produits tropicaux du monde.