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I. - LA SCIENCE DE L’ANTIQUITÉ

De tous dos livres modernes de philosophie, de tous nos traités scientifiques se dégage une idée capitale qui influe malgré tout sur l’intellectualité du xixc siècle : c’est l’idée du Progrès.

Notre siècle est en progrès sur les précédents, nos découvertes surpassent en puissance toutes celles de l’antiquité et cela non seulement dans le domaine industriel, mais encore dans le domaine philosophique, scientifique et social.

Nos dictionnaires sont construits sur ce plan, nos livres

classiques aussi; si bien qu’on en arrive peu à peu à passer rapidement sur l’histoire de l’antiquité et que bientôt quelques vieux professeurs d’humanités et quelques archéologues se livreront seuls à ce genre d’études considérées comme inutiles aux générations futures.

Or, si l’on examine froidement la question, si l’on se donne la peine de réfléchir un peu, quelques remarques significatives ne tardent pas à faire naître en nous tout au moins de grandes réserves sur la généralisation donnée à ce terme de Progrès.

Ainsi Pvthagore, Platon et Aristote, quoique bien « classiques », feraient encore assez bonne figure devant MM. X, Y et Z, professeurs actuels de philosophie. Mais la Philosophie appartient à cette variété d’occupations réservées comme l’étude des hiéroglyphes à certains hommes qu’on croit inutiles à la société. Il est vrai que Newton n’a pas encore trouvé son remplaçant malgré le Progrès, alors qu’il s’agit cette fois de questions très scientifiques, et .que les architectes de Notre-Dame de Paris passeraient un bon quart d’heure à constater les « progrès » accomplis dans l’art des constructions (art éminemment utile) par les constructeurs de l’église du Sacré-Cœur ou du palais du Trocadéro, sans parler des autres réalisations « monumentales » de l’art contemporain.

Les utilitaires à tous crins ne peuvent non plus nier, je pense, l’utilité sociale de l’amour et cependant (je suis peutêtre fort ignorant en celte matière) comment raconter à nos gentes lectrices les progrès accomplis en cette branche spéciale depuis les mythologiques travaux d’Hercule? La parole est aux évolutionnistes ; à moins qu’un médecin ne la demande avant eux.

L’existence de la Loi de Progrès ne saurait toutefois être mise un instant en doute. Il faut savoir la portée exacte

de cette loi et la courbe réelle décrite par sa marche. Le Progrès ne suit pas une ligne droite, ainsi qu’on se le figure généralement, fait qui amènerait les générations suivantes à toujours progresser sur les précédentes et M. Prud’homme à écraser Homère de tout le poids de sa supériorité, ce qui est faux intellectuellement et physiquement. La Nature nous montre que, si l’homme physique progresse de la naissance à l’àge viril, il déprogresse (pardon du néologisme) de l’àge viril à la vieillesse ; il en est de même pour les familles, les cités, les états et aussi les planètes et les mondes. La Naissance et la Mort marquent les deux termes d’une évolution circulaire formée d’une période d’ascension ou de Progrès et d’une période de descente ou de Décadence.

Il résulte de cette considération que l’Humanité peut avoir parcouru plusieurs fois ce cercle et que notre croyance au progrès fatal dérive tout simplement de notre ignorance touchant les connaissances antérieures à notre période historique. Nous verrons tout à l’heure quelques détails à ce sujet.

Pour l’instant restons dans le domaine scientifique.

On a peut-être aujourd’hui trop de tendances à confondre la Science avec les Sciences. Autant l’une est immuable dans ses principes, autant les autres varient suivant le caprice des hommes ; ce qui était scientifique il y a un siècle, en physique par exemple, est bien près de passer maintenant dans le domaine de la fable1, car ces connaissances sur des sujets particuliers constituent le domaine des sciences, domaine dans lequel, je le répète, les seigneurs changent à chaque instant.

Nul n’ignore que ces sujets particuliers sont justement • ceux sur qui s’est portée l’étude des savants modernes, si

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