Le phlogistique, par exemple
bien qu’on applique à la Science les progrès réels accomplis dans une foule de branches spéciales. Le défaut de cette conception apparaît cependant quand il s’agit de tout rattacher, de constituer réellement la Science dans une synthèse, expression totale de l’éternelle Vérité.
Cette idée d’une synthèse embrassant dans quelques lois immuables la masse énorme des connaissances de détail accumulées depuis deux siècles, paraît aux chercheurs de notre époque se perdre dans un avenir tellement éloigné que chacun souhaite à ses descendants d’en voir poindre le lever à l’horizon des connaissances humaines.
Nous allons paraître bien audacieux en affirmant que cette synthèse a existé, que ses lois sont tellement vraies qu’elles s’appliquent exactement aux découvertes modernes, théoriquement parlant, et que les Égyptiens initiés, contemporains de Moïse etd’Orphée, la possédaient dans son entier.
Dire que la Science a existé dans l’antiquité, c’est passer auprès de la plupart des esprits sérieux pour un sophiste ou un naïf, et cependant je vais tâcher de prouver ma paradoxale prétention et je prie mes contradicteurs de me prêter encore quelque attention.
Tout d’abord, me demandera-t-on, où pouvons-nous trouver quelque trace de cette prétendue science antique ? Quelles connaissances embrassait-elle? Quelles découvertes pratiques a-t-elle produites? Comment apprenait-on cette fameuse synthèse dont vous parlez?
Tout bien considéré, ce ne sont pas les matériaux qui nous font défaut pour reconstituer cette antique science. Les débris de vieux monuments, les symboles, les hiéroglyphes, les rites des initiations diverses, les manuscrits se pressent en foule pour aider nos recherches.
Mais les uns sont indéchiffrables sans une clef qu’on se
soucie fort peu de posséder, l’antiquité des autres (rites et manuscrits) est loin d’être admise par les savants contemporains qui les font remonter tout au plus à l’Ecole d’Alexandrie. '
Il nous faut donc chercher des bases plus solides et nous allons les trouver dans les œuvres des écrivains antérieurs de beaucoup à l’École d’Alexandrie, Pythagore, Platon, Aristote, Pline, Tite-Live, etc., etc. Celte fois il n’y aura plus à chicaner sur l’antiquité des textes.
Ce n’était certes pas une chose facile que de rechercher cette science antique pièce cà pièce dans les auteurs anciens, et nous devons toute notre reconnaissance à ceux qui ont entrepris et mené à bonne fin cette œuvre colossale.
Trois écrivains surtout ont eu le courage de passer la plus grande partie de leur vie di collationner l’antiquité dans les textes latins, grecs, hébreux, arabes ou sanscrits; ce sont Dutens, Fabre d’Olivet, Saint-Yves d’Alveydre.
Nous allons examiner séparément l’œuvre de chacun d’eux et la méthode employée afin de bien montrer la valeur .certaine et l’autorité des nombreuses citations que nous serons amené à faire par la suite.
Dutens.
Dutens est né à Tours en 1730 (mort en 1812). De bonne heure il quitta la France et adopta l’Angleterre pour patrie. Celui de ses ouvrages qui nous intéresse le plus est ainsi intitulé :
Origine des Découvertes attribuées aux Modernes , par M. L. Dutens;
Historiographe du roi de la Grande-Bretagne; recteur d’Elsdon en Northumberland ; de la Société Royale de
Londres ; de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de Paris, et de l’Académie Royale des Sciences de Turin.
(Seconde édition, considérablement augmentée.)
Londres, 1796, in-4° (Bibliothèque nationale, Z, 4.986).
Voici le plan de ce travail considérable :
1° Au commencement une table de tous les auteurs cités avec l’édition exacte de chacun des ouvrages consultés.
2° Dans le corps du volume une série de chapitres détaillant quatre grandes parties :
La première traite de la Philosophie ;
La seconde de la Physique générale et de T Astronomie;
La troisième des Sciences particulières, Médecine, Anatomie, Botanique, Mathématiques, Optique et Mécanique;
La quatrième enfin de Théodicée et de Métaphysique.
3° A la fin de cette troisième édition l’auteur a ajouté une table alphabétique des découvertes attribuées aux modernes et connues des anciens avec renvois aux citations.
Chaque fois que Dutens affirme qu’une découverte considérée généralement comme moderne était enseignée dans l’antiquité, il ne se contente pas de renvoyer simplement à l’auteur ancien. Il publie en note le texte tout entier dans la langue de l’auteur et si ce texte est grec ou hébreu, il en donne la traduction latine en regard, la traduction française se trouvant généralement dans le cours du chapitre.
Plusieurs critiques et des plus sérieux m’ayant prié d’insister sur la valeur des textes que j’appelle à mon aide1, je citerai désormais les auteurs originaux, prévenant
1. Voy. surtout l’excellente étude d’Anatole France dans le numéro du 15 février 1890 de la Revue Illustrée (Baschet, éditeur).
que ces citations sont tirées en partie du travail de Dutens.
Telle est en résumé l’œuvre capitale d’un des auteurs à qui nous devons le plus pour la réhabilitation de la Science antique. Voyons les autres.
Fabre d’Olivet.
Fabre d’Olivet est né à Ganges (Hérault) en 1767. Obligé par des considérations politiques de vivre dans une retraite presque absolue, il consacra tout son temps à l’étude de l’antiquité. C’est à lui que nous devons la reconstitution presque entière des sciences enseignées dans les sanctuaires de l'Inde et de l’Égypte où les plus grands des penseurs de l’antiquité allèrent puiser leurs connaissances.
Fabre d’Olivet connaissait presque toutes les langues parlées en Europe. En outre ses études approfondies sur la comparaison de l’hébreu avec le samaritain, le chaldaïque, le syriaque, l’arabe, le grec et le chinois sont restées sans rivales jusqu’aujourd’hui.
Voici les titres de ses principales œuvres :
LA LANGUE HÉBRAÏQUE RESTITUÉE. — 2 vol. in-4“, 1815-
La langue hébraïque restituée, et le véritable sens des mots hébreux, rétabli et prouvé par leur analyse radicale.
Ouvrage dans lequel on trouve réunies :
1° Une Dissertation introductive sur l'origine de la Parole , l’étude des langues qui peuvent y conduire et le but que l’auteur s’est proposé.
2° Une grammaire hébraïque fondée sur de nouveaux principes et rendue utile à l’étude des langues en général.
3° Une série de Racines hébraïques, envisagées sous des rapports nouveaux et destinées à faciliter l’intelligence du langage et celle de la science étymologique.
4° Une dissertation préliminaire .
5° Une traduction en français des dix premiers chapitres du Sepher, contenant la Cosmogonie de Moïse.
Cette traduction, destinée à servir de preuve aux principes posés dans la Grammaire et clans le Dictionnaire, est précédée d’une Version littérale en français et en anglais, faite sur le texte hébreu présenté en original avec une transcription en caractères modernes et accompagnée de notes grammaticales et critiques, où l’interprétation donnée à chaque mot est prouvée par son analyse radicale, et sa confrontation avéc le mot analogue samaritain, chaldaïqne, syriaque, arabe ou grec.
HISTOIRE PHILOSOPHIQUE DU GENRE HUMAIN. — Paris, 2 vol. in-8°, 1822.
LES VERS DORÉS DE PYTHAGORE (Un des monuments d'érudition les plus considéi'ables du xixc siècle ), 1813, in-8°.
CAIN, 1823, in-8°.
Saint-Yves d’Alveydre.
Le marquis de Saint-Yves d’Alveydre a aujourd’hui conquis une place des plus importantes parmi les savants en appliquant les lois universelles à la solution des problèmes politiques et sociaux.
Parmi les œuvres remarquables et nombreuses de cet auteur1 nous signalerons principalement la Mission des Juifs dans le chapitre iv de laquelle se trouve une étude sur la Science de V Antiquité , fruit de longues recherches personnelles de l’auteur au British Muséum. Nous aurons aussi à citer quelques-unes de ses conclusions,
On voit par ces quelques détails préliminaires que si nous affirmons que la Science a existé dans l’antiquité il
I . Mission des souverains ; Mission des Juifs ; Mission des Français: Jeanne d' Arc victorieuse.
ne s’agit pas uniquement de baser notre dire sur des considérations sentimentales ou sur des déductions philosophiques. Nous ferons nos efforts pour prouver au mieux chacune de nos affirmations afin de convaincre tout lecteur impartial de l’importance de la Science Occulte.
Nous allons donc chercher à savoir :
1° Si les anciens possédaient quelques-unes de nos plus importantes découvertes contemporaines en énumérant les principales ;
2° Comment on apprenait la Science dans l’antiquité;
3° Quel était le caractère primordial de cette Science.
Tout ceci nous conduira à la définition de la Science Occulte.
Découvertes scientifiques de l’antiquité.
Qu'il soit tout d’abord bien entendu qu’il faudrait être fou pour prétendre que les anciens aient jamais possédé la plupart des instruments perfectionnés que nous connaissons aujourd’hui. Le Phonographe Edison non plus que les Tramways électriques n’étaient pas, à notre avis, connus des anciens. Ce que nous allons essayer de démontrer c’est qu’aucune des découvertes générales touchant l’Astronomie, la Physique ou la Chimie dans leurs principales applications expérimentales ne leur était étrangère. Pour cela nous examinerons les prétendues découvertes modernes touchant nos sciences et nous chercherons leur rapport avec les connaissances antiques.
Technique.
§ 2. — DÉCOUVERTES DES MODERNES CONNUES DES ANCIENS. — SCIENCE DES CHINOIS