Fabre d’Olivet, Lang. héb. rest., Dissertation, introd
3. Saint-Martin, les Signes et les Idées (dans le Crocodile).
prouverai qu’il n’en est pas un seul qu’on ne puisse, au moyen d’une analyse grammaticale bien faite, ramener à des éléments fixes, d’une nature immuable pour le fond, quoique variable à l’infini pour la forme.
« Ces éléments, tels que nous pouvons les examiner ici, constituent cette partie du discours à laquelle j’ai donné le nom de Signe. Ils comprennent, je l’ai dit, la voix, le geste et les caractères tracés1.
« Remontons encore plus haut et nous allons voir l’origine de ces Signes :
« J’ai désigné comme éléments de la Parole la voix, le geste et les caractères tracés ; comme moyens, le son, le mouvement et la lumière ; mais ces éléments et ces moyens existeraient vainement, s’il n’existait pas en même temps une puissance créatrice, indépendante d’eux, qui se trouve intéressée à s’en emparer et capable de les mettre en œuvre. Cette puissance, c’est la Volonté.
« Je m’abstiens de nommer son principe ; car outre qu'il serait difficilement conçu, ce n’est pas ici le lieu d’en parler. Mais l’existence de la Volonté ne saurait être niée, même parle sceptique le plus déterminé, puisqu’il ne pourrait la révoquer en doute sans le vouloir, et par conséquent sans la reconnaître.
« Or, la voix articulée, et le geste affirmatif ou négatif, ne sont et ne peuvent être que l’expression de la Volonté. C’est elle, c’est la Volonté, qui, s’emparant du son et du mouvement, les force à devenir ses interprètes, et à réfléchir au dehors ses affections intérieures.
« Cependant si la Volonté est une, toutes ses affections, quoique diverses, doivent être identiques, c’est-à-dire être respectivement les mêmes pour tous les individus qui les
'. Fabre d’OIivet, la Lang. hèb. restituée.
éprouvent. Ainsi, un homme voulant, et affirmant sa volonté parle geste, ou par l’inflexion vocale, n’éprouve pas une autre affection que tout homme qui veut et affirme 1a même chose. Le geste et le son de voix qui accompagnent l'affirmation ne sont point ceux destinés à peindre la négation ; et il n’est pas un seul homme sur la terre auquel on ne puisse faire entendre par le geste, ou par l’inflexion de la voix, qu’on l’aime ou qu’on le liait, qu’on veut ou qu’on ne veut pas une chose qu’il présente. Il ne saurait là y avoir de convention. C’est une puissance identique, qui se manifeste spontanément, et qui, rayonnant d’un foyer volitif, va se réfléchir sur l’autre.
« Je voudrais qu’il fût aussi facile de démontrer que c’est également sans convention, et par la seule force de la Volonté, que le geste ou l’inflexion vocale, affectés à l’affirmation ou à la négation, se transforment en des mots divers ; et comment il arrive, par exemple, que les mots oui et non1, ayant le même sens et entraînant la même inflexion et le même geste, n’ont pourtant pas le même son ; mais si cela était aussi facile, comment l’origine de la Parole serait-elle restée jusqu’à présent inconnue?
« Comment tant de savants, armés tour à tour de la synthèse et de l’analyse, n’auraient-ils pas résolu une question aussi importante pour l’homme? 11 n’y a rien de conventionnel dans la Parole, j’espère le faire sentir à ceux de mes lecteurs qui voudront me suivre avec attention ; mais je ne promets pas de leur prouver une vérité de celte nature à la manière des géomètres; sa possession est d’une trop haute importance pour qu’on doive la renfermer dans une équation algébrique.
« Revenons. Le son et le mouvement mis à la disposi-