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LES ORIGINES DU CHRISTIANISME

Rien de plus difficile que de déterminer exactement l’état de la tradition de la Science occulte au moment de la naissance du Christianisme.

Nous allons cependant nous efforcer d’établir de notre mieux cet état en gardant la plus grande impartialité possible.

La plupart de ceux qui se sont occupés de cette question n’ont abordé cette étude qu’avec une idée préconçue.

Les auteurs chrétiens ne voient partout qu’influence divine ou révolte de Satan vaincu, ce qui ne peut nous satisfaire.

Les philosophes indépendants (pii ont étudié le Gnosticisme ou l’Ecole d’Alexandrie ignorent, pour la plupart, l’unité des doctrines religieuses de l’antiquité, et la fraternité universelle des initiés sortis des grands sanctuaires. De là certaines lacunes impossibles à éviter dans l’histoire de cette évolution toute spéciale.

Nous allons établir notre travail d’après le plan suivant :

1° Nous énumérerons de notre mieux les éléments. d’ac tion existant à cette époque au point de vue de la transmission de l’initiation ;

2° Nous ferons nos efforts pour étudier la création des diverses religions sorties des centres d’initiation et pour chercher l’analogie possible avec la création du christianisme ;

3° Ceci nous amènera à étudier plusieurs des philosophies de cette époque et surtout le Gnosticisme.

Résumons ce que nous avons dit précédemment au sujet de l’origine du Seplier.

Les prêtres initiés d’Egypte conservaient la tradition d’une science profonde qui n’était livrée aux profanes qu’après de terribles épreuves, et qui ne pouvait être écrite qu’en caractères de la langue sacrée.

Moïse, surnom d’un des initiés, prêtre d'Osiris, sélecte un peuple à qui il donne à garder, pour le transmettre de génération en génération, un livre écrit en caractères sacrés : le Seplier. Ce livre renfermait la plus grande partie de la science traditionnelle.

Le sens véritable de ce livre est bientôt perdu pour le peuple juif, malgré les versions et les traductions qu’on en fait.

Une seule seele juive conserve encore, a l’époque qui nous occupe (c’est-à-dire vers la naissance du christianisme), la clef secrète du Sepher ou Kabbale. Cette secte est celle des Esse nions.

Les deux autres sectes, les Pharisiens et les Saducéens, ne comprennent plus rien à l’œuvre de Moïse et font de la politique plus qu’autre chose.

Jésus est juif. Il sortira des Esséniens .Mais n’anticipons pas et notons bien ce premier point: les Esséniens sont, en ce moment, les seuls dépositaires de la tradition ésotérique.

Mais ces Esséniens ne sont en somme que les descendants intellectuels d’un prêtre Égyptien, Moïse.

L’initiation donnée dans les mystères d’Osiris ou d’isis ne s’est pas arrêtée à Moïse. Elle a continué depuis; Orphée a répandu les enseignements reçus en Egypte dans toute la Grèce. Successivement Pythagore, Platon et tous les grands philosophes ou législateurs de l’Occident sont venus se retremper à la source originelle. Delà l’existence, parallèlement à la tradition juive et au Sepher (conservés dans une petite contrée, par un seul peuple), d’une tradition aussi profonde, quoique plus imagée : celle du Polythéisme grec.

L’Egypte et ses mystères dominent encore, au moment de la naissance du christianisme, toute l’intellectualité de l’Occident.

Les initiés, se reconnaissant à certains signes secrets, circulent à travers le monde, allant porter le mot d’ordre dansles temples de tous les dieux où enseignent les prêtres savants, représentants régionaux de l’Université d’Égypte désignée mystiquement sous le nom collectif d' Hermès Tri smegiste' .

I. C’est-à-dire Hermès (centre scientifique) possédant les trois ordres de Sciences (Université), science des faits, science des lois et science des principes, tandis que les facultés régionales ne possédaient qu’un ou deux de ces ordres de sciences (voy. chap. ier).

Apulée, vers 140 après Jésus-Christ, pourra encore se faire initier aux mystères d’Osiris, preuve de leur existence à cette époque encore.

Si les Esséniens dérivés par Moïse de la souche primitive, possèdent encore la tradition, le centre primitif luimême, l’Université d’Egypte possède aussi cette tradition qu’elle a diffusée de son mieux en Occident, grâce à Orphée et à ses disciples.

Tels sont les deux éléments en présence au moment où les Esséniens vont s’efforcer de sauver leur dépôt sacré par la création du christianisme.

Ceci nous amène à dire quelques mots de la création d’une religion telle qu’on peut la concevoir d’après les données de la Science occulte.

A propos de la méthode de transmission de la tradition, nous avons montré que tout enseignement complet se composait de trois parties :

1° Une partie exotérique en général mythologique ;

2° Une partie ésotérique ;

3° Un culte formant le lien entre ces deux parties.

Une source immédiate d’erreurs irréparables, c’est la confusion de ces trois parties. Pour le polythéisme, cette erreur n’est pas à craindre jusqu’à présent, puisqu’on ignore encore l’existence d’un ésotérisme et que le culte est à peine étudié ; l’exotérisme ou la partie mythologique est donc seule connue.

Or, l’origine de cette mythologie c’est, nous l’avons vu la matérialisation des principes qu’on habille en bonshommes pour les besoins de la légende.

Les anciens écrivaient souvent l’histoire d’après une méthode analogue. Ne faisant aucun cas des individus, ils racontaient l’évolution sociale des principes incarnés par ces individus, écrivant l’histoire du despotisme et l’origine

d’un peuple sans s’occuper du nombre successif de despotes qui avaient incarné ce principe, et le reste à I1 avenant.

11 suf(it de considérer attentivement l’origine de presque toutes les religions pour y trouver l’application de la même méthode.

Un créateur, homme véritablement divinisé par le génie qu’il déploie dans les réalisations de son idée, pose les bases d’un nouveau culte qui doit avoir un triple but, scientifique, social et religieux.

L’histoire de cet homme ne saurait être contée au jour le jour comme nous le faisons à notre époque. Tout étant réglé par la loi de l’analogie, c’est le principe ésotérique plus ou moins élevé, révélé par l' initiation , qui est décrit dans son évolution.

Voilà pourquoi le début et la tin de l'histoire de Moïse sont purement mythiques.

Il en est de même pour l’histoire d'Orphée.

Il en est aussi de même, quoi qu’on semble prétendre, pour l’histoire de Jésus.

On n’a pas voulu voir la partie exotérique , mythologique, du christianisme, et on a voulu faire admettre l’existence d’une étoile mystérieuse guidant trois mages, un rouge, un noir et un blanc, vers un petit enfant qui vient de naître et qui parle déjà. 11 est né d’une vierge le 25 décembre.

C'est alors que les critiques et les savants, peu enclins au mysticisme de leur nature, sont venus, textes en mains, montrer que Jésus et Jcison sont bien synonymes, que Mit liras est aussi né le 25 décembre, d’une vierge pure en compagnie d’un bœuf, que Dionysios est aussi né le 25 décembre et que le jeune dieu, obligé de fuir, est bientôt emporté sur un âne en Egypte , par le vieux Silène;

enfin qu’avant l’existence de Jésus, un certain Chrishna avait eu exactement les mêmes aventures dans l’Inde, date pour date, astronomiquement parlant.

Découvrant l’histoire d’un même principe au fond de tous ces mythes, la critique contemporaine en conclut qu’il n’y a jamais eu d’individu plus dans une religion que dans l’autre, et que le nommé Jésus a beaucoup de chances pour être né dans la cervelle de quelques philosophes en quête d’un nouveau culte.

Contre ces critiques les théologiens, privés de leur meilleur moyen de persuasion, te bûcher, veulent ergoter sur l'authenticité des textes et en arrivent à nier toute la mythologie, pour établir, comme fait historique, la légende du petit enfant qui parle philosophie et de l’étoile qui descend sur la terre, exprès pour guider des mages vers le lits d’une vierge.

L’astronome proteste alors en compagnie du physiologiste, et le théologien en arrive à ressembler à un jeune enfant qui veut soutenir mordicus à ses parents qu’il est né dans un chou, au grand amusement de ceux-ci.

Cet entêtement de l’Église à soutenir des impossibilités scientifiques conduit la Science à nier toute valeur aux religions et à considérer celles-ci comme créées par quelques fourbes, pour exploiter la bêtise humaine.

Tous les livres sacrés sont considérés comme apocryphes, et l’homme indépendant, plaisantant l’ignorance du théologien et la négation du savant, se brûle la cervelle dès qu’il se sent mal sur terre afin, sans doute, d’aller puiser ses informations aux meilleures sources.

Un peu d’expérience suffit pourtant pour faire comprendre que la fourberie bâtit rarement des œuvres durables et douées d’une résistance aussi puissante que celle d’une religion.

Si l’on a compris ce qui précède, on verra que derrière la légende mythique, il y a un individu qui a manifesté le principe dont on raconte l’évolution et que faute de distinguer l’exotérisme de l’ésotérisme, on risque de ne plus rien comprendre à toutes ces origines.

Il est facile de nier Moïse, de dire que Pylhagore n’a jamais existé et que Jésus est un mythe. Quelques rabbins inoccupés ont composé le Seplier, deux ou trois professeurs sans emploi, à l’époque, se sont cotisés pour inventer la philosophie grecque, quelques initiés ont créé le Christ entre deux danses bachiques, je veux bien; mais Israël est toujours debout, la Grèce illumine l’intellectualité occidentale de ses enseignements, et le Christianisme a pris un bel essor, pour une fourberie du temps1.

Réfléchissons un peu et nous sentirons qu’il y a une tète unique dominant chacun de ces mouvements, comme il n’y en a qu’une pour tous les membres de l’homme. Le jour où il y aura des hommes sans tête, j’admettrai qu’une collectivité ait écrit l’Odyssée ou le Seplier, mais, jusque-là, non.

Étudiez sérieusement la Vie de l’initié qui vint manifester en Occident le Principe de Christos, qu’y trouverezvous?

1° Une charpente mythique, énonçant une série de lois ésotériques , correspondant à la marche du Soleil si vous voulez ;

1 . Les études artistiques du célèbre peintre James Tissot sont plus probantes en faveur de l’existence du Christ que tous les travaux réunis des critiques contemporains.

2° Une série de faits précis, arrivés en des endroits déterminés géographiquement et faciles à contrôler;

3° L’existence d’un personnage tantôt entièrement* divin, tantôt purement humain, évoluant entre cette mythologie et ces faits.

Le divin apparaît avec la mythologie, l’humain avec les faits.

Laissez de côté la naissance et la résurrection toutes symboliques de ce Jésus et vous trouverez un envoyé de ces Esséniens , dépositaires de la tradition kabbalislique, dans ce révélateur qui parle au peuple par paraboles (1 " sens exotériquc), qui initie ses apôtres futurs au sens véritable de ces paraboles (2° sens-intelligible. -Lois) et qui révèle la totalité de sa doctrine à son disciple favori saint Jean (3e sens).

M. Édouard Schuré a écrit en maître une admirable vie de Jésus 1 , essayant de concilier la mythologie et les faits, sans pouvoir toujours y parvenir.

L’Apocalypse et le début de l’Évangile de saint Jean sont là pour prouver l'origine toute kabbalislique de cet initié parvenu à la force de manifestation de l’Eternel Christos2.

Les évangélistes écrivent la Vie du Maître en la composant d’après les lois, toujours suivies à l’époque, de l’ésotérisme.

Saint Jean seul écrit Y histoire du Principe manifesté de son origine à ses fins mystiques.

Les 24 vieillards, les anges et leurs fonctions, le chiffre de la bête, c’est de la kabbale appliquée, c’est la preuve de la possession intégrale de l’ésotérisme moïsiaque.

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