‹ Traité méthodique de science occulteChapitre 314 sur 454 · Ragon, Orthodoxie maçonnique, p · texte numérisé non relu

Ragon, Orthodoxie maçonnique, p

forêts sauvages, la Nature était sa seule directrice; il en pénétrait les plus profonds mystères par la seule force de sa merveilleuse intuition.

Dès son arrivée, Hiram partagea les ouvriers en trois grandes classes; à sa droite se rangèrent ceux qui travaillaient le bois, à sa gauche ceux qui s’occupaient des métaux; enfin au milieu se trouvaient les travailleurs de la pierre.

Quand la division par classes, suivant la profession, fut accomplie, Hiram divisa chacune des classes en trois parties d’après le savoir de ceux qui les composaient.

Les moins instruits constituèrent dans chaque classe les apprentis ; ceux qui étaient habiles dans les travaux qu’ils exécutaient furent les compagnons ; enfin ceux qui dirigeaient les autres furent les maîtres.

Afin d’empêcher toute confusion entre ces ordres, chacun des membres reçut une parole mystérieuse indiquant sa place dans la hiérarchie ; les apprentis se reconnaissaient en prononçant la parole Jakin, les compagnons en disant Bohaz; les maîtres en épelant la mystérieuse tétrade des initiés : HliT .

Tel est l’ordre admirable suivant lequel le sage Hiram établit sa hiérarchie.

Le savoir seul permettait aux ouvriers de s’élever d’un rang et cette sage mesure fut cependant la cause du meurtre d’Hiram.

Trois méchants compagnons voulurent arracher de force au grand architecte du Temple la parole mystérieuse des maîtres et ourdirent à cet effet le plus infâme complot. Les maîtres se réunissaient chaque jour dans une chambre située au milieu du temple et la porte située à l’Orient leur était réservée. Le sage Hiram sortait le dernier de tous après s’être assuré par lui-même de la bonne exécution de ses ordres.

Connaissant cette particularité, les trois compagnons s’embusquèrent chacun à l’une des trois uniques portes et attendirent la sortie du grand architecte.

Hiram, les travaux de la journée accomplis, se dirige vers la porte du Sud où il trouve Jubelas qui lui demande la parole des maîtres. Avec sa douceur habituelle, Hiram fait remarquer au compagnon que le savoir seul permet la connaissance de la mystérieuse formule ; furieux, le compagnon veut frapper Hiram à la tête avec la pesante règle de fer de 24 pouces dont il s’est armé ; le maître détourne le coup et n’est atteint qu’à la gorge.

Hiram se rend alors à la porte de l’Occident qui servait d’entrée commune à tous les ouvriers. Là se trouvait Jubelos qui, sur le

refus du maître de livrer son secret, le frappe au cœur avec sa pesante équerre.

Tout étourdi, Hiram se traîne jusqu’à la porte de l’Orient où Jubelum , rendu plus furieux encore que ses complices par le refus de l’architecte, l’achève d’un coup de maillet sur le front.

Les trois scélérats s’interrogèrent mutuellement et, voyant que leur plan avait échoué, n’eurent plus qu'un désir: faire disparaître les traces de leur forfait.

Ils cachèrent le cadavre dans les décombres, et le lendemain au petit jour, le portèrent dans une forêt voisine où ils l’ensevelirent. Une branche d’acacia indiqua seule le tombeau du plus grand des hommes.

Cependant Salomon, ne voyant pas revenir son architecte et pressentant un malheur, envoya d’abord trois maîtres à sa recherche. Ceux-ci n’ayant rien trouvé, le roi envoya de nouveau neuf maîtres qui, au bout de sept jours de recherches, découvrirent, par la branche d’acacia, le tombeau d’Hiram qui ressuscite grâce à eux dans chaque vrai franc-maçon.

Les coupables, qui s’étaient échappés, ne tardèrent pas à être pris. Leur retraite fut trahie par un inconnu et l’un des quinze maîtres envoyés pour les punir tua le plus coupable d’entre eux, l’assassin d’Hiram, Abibala, dans une caverne auprès d’une source où il s’était réfugié. Un chien indiqua le lieu de retraite du scélérat. Les autres assassins se tuèrent en se précipitant du haut des carrières dans lesquelles ils s’étaient réfugiés. Les têtes des trois compagnons furent portées à Salomon.

Telle est, dans ses principales lignes, la légende d’Hiram. Avant d’entreprendre l’étude des divers sens dans lesquels on peut la considérer, je dois faire quelques remarques importantes.

Tout d’abord, il m’a semblé inutile de compliquer ce récit par l’introduction des enjolivements dont l’a décoré l’imagination des fabricants de rituels. Ainsi, quelques auteurs mêlent à cette légende le récit des amours d’Hiram avec Balkis, reine de Saba, et font entrer Salomon comme complice dans le meurtre d’Hiram.

Une autre remarque assez curieuse c’est le changement des noms des trois scélérats dans les divers grades ; ainsi le lecteur a sans doute vu avec étonnement Jubelum devenu Abibala un peu avant la mort.

Voici ce que dit le Thuileur général à ce sujet :

« Les noms des trois meurtriers d’Hiram varient beaucoup dans les différents grades, et suivant les diverses applications que l’on a faites de la Maçonnerie.

« Ce sont :

Abircim, Romvel, Gravelot, ou Hobbhen, Sckterke, Austersfuth, ou Giblon , Giblas, Giblos ou Jubela , Jubelo, Jubelum,

« Le Templier y voit Squin de Florian, No ffodeï, et Y Inconnu sur les dépositions desquels Philippe le Bel accusa l’ordre devant le Pape, ou bien encore les trois abominables, Philippe le Bel, Clément Y et Noffodeï.

« Le Maçon couronné, le Rose-Croix de France leur substituent Judas, Caïphe et Pilate, les trois auteurs de la mort de Jésus.

« Dans le Rose-Croix de Kulwining les trois assassins de la Beauté sont : Caïn, Hakan, Béni. »

Disons enfin que la mort des trois scélérats est racontée différemment dans les divers rites. La forme, du reste, importe peu, le fond seul du récit doit nous intéresser dans les développements qui vont suivre.

Comme toutes les histoires symboliques, la légende d’Hiram renferme plusieurs sens qui peuvent être classés en trois groupes : sens naturel, sens moral, sens psychique.

1° Sens naturel. — Au sens naturel ou physique, la légende peut être considérée sous deux aspects principaux: comme sociale, s’appliquant aux lois de la société, et comme astronomique, développant un mythe solaire.

Considérons quelque peu la façon dont Hiram divise ses ouvriers, et nous verrons apparaître une des plus belles idées sociales qu’on puisse développer. Quelle protestation contre ces sociétés où l'intrigue seule mène à tout ! 11 ne faut pas de paresseux dans l’œuvre entreprise par Hiram : tous sont ouvriers. Comprenant toutefois que la liberté de l’homme doit être respectée avant tout, Hiram laisse chacun prendre dans la Société le travail qu’il peut mener à bonne fin et proclame, dès la base de son organisation, le principe : A chacun selon ses aptitudes.

Les classes une fois établies, au nombre de trois, la hiérarchie sociale fait son apparition. Partout et toujours il se trouvera des dirigeants et des dirigés ; c'est une loi naturelle que des planètes gravitent autour d’un soleil, et cette loi s’observe analogiquement aussi bien dans la marche d’une famille que dans celle de l’Univers. Ici les satellites obéissent à l’impulsion solaire; là les enfants doivent se courber sous l’impulsion paternelle..

Quel est donc le moyen établi par Hiram pour devenir membre de la classe dirigeante?

Est-ce l’hérédité des titres et des charges féodales ? Non.

Est-ce l’hérédité de la fortune soumettant les pauvres au despotisme d’un être immoral et abâtardi? Non.

Est-ce l’intrigue donnant les places au plus protégé ? Non, mille fois non.

Rien n’empêche celui qui veut le faire d’arriver au premier rang, dans la Société d’Hiram. Il suffît d’en être digne.

Tout au mérite et non à l’hérédité, tout au savoir et non à la fortune, tout au concours et non à l’intrigue, telle est l’expression de la seconde formule sociale d’Hiram.

A tous ceux qui prétendent que la Franc-Maçonnerie ne se rattache à aucune filiation, montrez la légende du Maître. S’ils nient l’existence possible d’une société idéale dans laquelle ne dirigent que ceux qui savent, racontez-leur avec Fabre d’Olivet et Saint- Yves d’Alveydre l’histoire de Ram et de son empire universel ; si le passé ne les intéresse plus, transportez-les au cœur des institutions de la Chine vénérable et cherchez avec eux l’emploi qui n’est pas gagné au concours 1 !

Nous pourrions montrer encore d’autres développements sociaux dans cette légende ; mais la place nous manque. Qu’il nous suffise d’indiquer et de comprendre les deux premières formules sociales d’Hiram ;

A chacun selon ses aptitudes d’abord :

A chacun selon son mérite ensuite 2.

Le sens astronomique a été traité avec assez d’autorité par tous les auteurs maçonniques pour que je croie inutile d’y rien ajouter. C’est comme mythe solaire que les affiliés considèrent presque exclusivement la légende d'Hiram, témoin les extraits suivants:

« Le soleil, au solstice d'été, provoque, chez tout ce qui respire, les chants de la reconnaissance; alors Hiram qui le représente, peut donner, à qui de droit, la parole sacrée, c’est-à-dire la vie. Quand le soleil descend dans les signes inférieurs, le muétisme de la nature commence ; Hiram ne peut donc plus donner la parole sacrée aux compagnons qui représentent les trois derniers mois inertes de l’année.

1. Voy. Fabre d’Olivet, de l'Etat social de l'Homme; Saint-Yves d’Alveydre, Mission des Juifs ; Simon, la Cité chinoise.

2. Une belle dissertation sur fa légende d’Hiram, au point de vue des trois assassins, se trouve dans Elipbas Levi, Histoire de la Magie, p. 399 et suivantes.

«Le premier compagnon est censé frapper faiblement Hiram d’une règle de 24 pouces, image des vingt-quatre heures que dure chaque révolution diurne : première distribution du temps qui, après l’exaltation du grand astre, attente faiblement à son existence, en lui portant le premier coup.

« Le second le frappe d’une équerre de fer , symbole de la dernière saison, figurée dans les intercessions de deux lignes droites qui diviseraient, en quatre parties égales, le cercle zodiacal, dont le centre symbolise le cœur d’Hiram, où aboutit la pointe des quatre équerres figurant les quatre saisons : deuxième distribution du temps qui, à cette époque, porte un plus grand coup à l’existence solaire.

« Le troisième compagnon le frappe mortellement au front d’un fort coup de maillet, dont la forme cylindrique symbolise l’année qui veut dire cercle, anneau: troisième distribution du temps, dont l’accomplissement porte le dernier coup à l’existence du soleil expirant.

« De cette interprétation, on a conclu qu Hiram, fondeur de métaux, devenu le héros de la nouvelle légende avec le titre d’architecte, est VOsiris (le Soleil) de l’initiation moderne ; qu’/sis, sa veuve, est la Loge , emblème de la terre (en sanscrit loga, le monde) et qu 'Horus, fils d’Osiris (ou de la lumipre) et fds de la veuve est le franc-maçon, c’est-à-dire Y initié qui habite la loge terrestre [enfant de la veuve et de la lumière) b »

« Ainsi les trois compagnons perfides trahissent leur maître comme fit Typhon à l’égard d’Osiris, et l’on dit dans la narration : Hiram se présente à la porte de l’occident pour sortir du temple : c’est précisément ce que fait le soleil; car, si je suppose cet astre prenant son domicile dans le signe du bélier, le premier jour du printemps, le dernier jour de son triomphe au solstice d’été, ou la veille de sa mort, qui a lieu dans la balance, il descend à l’horizon par la porte de l’occident ; et si alors j’examine la position que le bélier prend à l’orient, je verrai près de lui le grand Orion, le bras levé, tenant une massue, dans l’attitude de le frapper. Au nord, je verrai Persée, une arme à la main et dans l’attitude d’un homme prêt à faire un mauvais coup. Je le répète, l’assassinat d’Hiram, pris dans le style figuré ou allégorique, est comme la passion d’Osiris, comme celle d’Adonis, d’Atys et de Mythra, un fait de l’imagination de prêtres astronomes, qui avaient pour but la peinture de l’absence du soleil sur la terre.

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