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Delaage, Lu Science du Vrai, Paris 1884, in

3. Jamblichus, De Mysteriis Ægyptiorum, Cbaldeorum, Àssyriorum. — Lugduni 1652, in-12 (Bibliothèque nationale, O3 A-491).

Initiation aux mystères de l'antique Orient.

Savoir, pouvoir, oser, se taire.

ZoROASTRE.

Le fait de l'initiation est d élever l’homme à Dieu.

Sallustb.

L'initiation sert à retirer l’âme de la vie matérielle en y répandant la lumière.

Proclus.

Moïse, ayant été instruit dans toute la sagesse des Egyptiens, était puissant en œuvres et en paroles. ( Actes des apôtres , ch. VII, v. 22.)

En Égypte, depuis quarante siècles, les pyramides révèlent par leur forme, aux générations qui passent, le dogme éternellement immuable de la Trinité sainte. Ancien temple d’initiation, elles ont été traversées par tous les grands génies des temps antiques, elles ont donné des législateurs et des civilisateurs à tous les peuples; immobiles comme la tradition qui y était pieusement déposée, elles ont vu sans frémir les convulsions et les bouleversements des empires; elles sont restées debout dans la majestueuse attitude de l’éternelle vérité. Aussi les âmes qui souffrent du scepticisme de ce siècle, se reportent avec bonheur au temps de foi ardente où les fondateurs de religion venaient y puiser l’eau vive de la vérité et la connaissance des destinées immortelles de l’homme; car suivant la remarque de saint Augustin, Moïse était versé dans toutes les sciences de l’initiation des Égyptiens. Nous allons considérer ces mystères à leur véritable point de vue : la régénération de l’âme. Aussi nous croyons du plus haut intérêt, pour tous les esprits sérieux, d’étudier de quelle manière l’homme y était mis en état d’entrer en communication immédiate avec son Dieu.

On nous reprochera peut-être de venir ruiner l’intluence du clergé, en datant plus haut que lui, quine remonte que jusqu’à Moïse, tandis que nous, nous prenons ces sciences

quatre cents ans avant son initiation. Pour répondre, nous affirmons que si un adversaire de la publicité qüe nous donnons aujourd’hui peut, comme les mages, supprimer l’imprimerie, quand elle leur a été offerte par des Phéniciens, nous livrons ce livre au feu.

Lorsqu’un homme sentait en son âme une soif ardente de la vérité, en son cœur le courage nécessaire pour braver les terribles épreuves de l’initiation, il gravissait jusqu’à la seizième assise de la grande pyramide de Memphis, où se trouvait une fenêtre taillée dans le granit qui jour et nuit restait ouverte. Cette ouverture, seule entrée du temple d’initiation, d’environ trois pieds carrés, était située au nord ; côté du froid, des ténèbres, de l’ignorance; là, s’ouvrait devant l’aspirant une galerie froide, humide, basse et voûtée comme un caveau funéraire, où, une lampe àja main, il s’avançait en rampant péniblement ; après de longs détours, il atteignait enfin un puits à large orifice, enduit partout d’un asphalte très sombre et poli comme une glace. L’ouverture de ce gouffre d’où sortait une fumée noire et épaisse, semblait un des soupiraux de l’enfer; aussi en présence de cet abîme béant, souvent le cœur défaillait à l’aspirant, qui, se glissant de nouveau sur le ventre, retournait sur ses pas, renonçant à su périlleuse entreprise. L’homme, au contraire, qui avait le courage de persévérer, voyait alors l’initié qui l’accompagnait mettre sur sa tête la lampe, puis disparaître dans ce ténébreux précipice à l’aide d’un escalier intérieur dont l’obscurité profonde dissimulait les échelons de fer ; le candidat l’y suivait en silence. Après avoir descendu environ soixante degrés, il rencontrait une ouverture qui servait d’entrée à un chemin taillé dans le roc, et descendait en spirale pendant un espace d’environ quarante mètres ; à l’extrémité se trouvait une porte d’airain à deux battants,

qui s’ouvrait devant lui sans effort et sans bruit, mais qui, se refermant d’ elle-même, produisait un son éclatant qui, répercuté par les échos de ces profonds souterrains, allait avertir les prêtres qu’un profane venait de s’engager dans la galerie qui menait aux épreuves.

En cet instant, l’initié, qui accompagnait l’aspirant, lui déclarait qu’il ne pouvait l’accompagner plus loin, lui faisait écrire son testament en lui faisant pressentir ia mort comme probable dans les épreuves périlleuses qu’il allait entreprendre, en sorte qu’il fallait une grande audace de cœur pour oser persévérer. Les aspirants, qui continuaient leur route, suivaient de nouveau la galerie. Des deux côtés, s’ouvraient des niches creusées; dans ces parois, dans ces caveaux, étaient placées des statues de basalte disposées de manière que, projetant à la lueur vacillante de la lampe de l’aspirant leurs images fantastiques, il se crût environné des ombres des trépassés, accourus pour contempler la vue étrange d’un homme descendu vivant aux enfers. Enfin, il arrivait à une porte gardée par trois hommes armés d’épées et coiffés de casques en forme de tête de chacal. Ces gardiens, dont la Fable a fait Cerbère, s’avançaient vivement sur lui ; un d’eux, le prenant à la gorge, lui disait : Passe, si tu l’oses, mais garde-toi de reculer, car nous veillons jour et nuit à cette porte, pour nous opposer à la retraite de ceux qui l’ont franchie et pour les retenir à jamais renfermés dans ces lieux souterrains. Si ces paroles n’ébranlaient pas la résolution de l’aspirant, les gardes s’écartaient pour lui livrer passage. Il n’avait pas fait cinquante pas, qu'il apercevait devant lui une lumière très vive. Bientôt il se trou- * vait dans une salle voûtée, qui avait plus de cent mètres de long et de large. A droite et à gauche s’élevaient deux bûchers formés de branches de baumes arabiques, d’épine

d’Égypte et de tamarin, trois sortes de bois très souples, très odoriférants, très inflammables. Il fallait que l’aspirant traversât cette fournaise, dont la flamme se réunissait en berceau au-dessus de sa tête. A peine sorti de ce brasier ardent, il se trouvait en présence d’un torrent alimenté par le Nil, qui lui barrait le passage. Alors, se dépouillant de ses vêtements, il les roulait, les attachait sur sa tête, en ayant soin de fixer au-dessus sa lampe dont la clarté, dissipant les ténèbres qui l’enveloppaient, devait indiquer à sa vue la rive opposée. A peine avait-il abordé au rivage, qu’il trouvait devant lui une arcade élevée, conduisant à un palier de six pieds carrés, dont le plancher dérobait à sa vue le mécanisme sur lequel il reposait. Une porte d’ivoire, garnie de deux filets d’or qui indiquaient qu’elle s’ouvrait en dedans, lui barrait de nouveau le passage. Vainement essayait-il de se frayer un chemin en forçant cette porte; elle résistait à tous ses efforts. Tout à coup, deux anneaux très brillants s’offraient à ses regards, mais, à peine y avait-il porté la main, que le plancher se dérobait sous ses pieds, le laissant suspendu aux anneaux au-dessus d’un abîme, d’où s’échappait un vent furieux qui éteignait sa lampe. Assourdi par le bruit, glacé par le froid, ballotté par le vent, il restait dans cette cruelle suspension plus d’une minute. Peu à peu, cependant, ces anneaux descendaient, et le récipiendaire sentait de nouveau le plancher sous ses pieds. La porte s’ouvrait, il se trouvait dans un temple étincelant de lumière.

Ces épreuves n’avaient pas seulement pour but de s’assurer du courage de l’aspirant, mais, par un symbolisme effrayant, de lui enseigner que l’homme qui, dès cette vie, aspire à posséder la vie éternelle, doit commencer par mourir au monde, descendre vivant dans le tombeau, séjourner assez longtemps dans le sein de la terre

pour s’y dépouiller de son corps mortel et n’en ressortir que converti et régénéré, pour renaître à une vie nouvelle après avoir triomphé des quatre éléments de la nature, dont, par le péché originel, il était devenu l’esclave. L'idée que les peuples de l’antiquité se faisaient de l'initiation était si haute, que nous voyons les poètes épiques faire descendre leurs héros aux enfers, qui n’étaient que la révélation de l’initiation aux mystères d’Isis. Nous avons montré l’aspirant victorieux dans sa lutte avec la nature ; nous allons assister à un duel éperdu outre son âme et son corps, afin que, enfant de ténèbre, il soit fait enfant de lumière et demi-dieu. Les héros de l’antiquité étaient des initiés, comme l’indique la racine étymologique du mot qui, en grec, veut dire amour , ils avaient l’âme embrasée, non de l’amour borné d’une femme, mais de l’amour infini de la divinité et de l’humanité qui crée ici-bas les héros et les saints. La porte par laquelle l’aspirant entrait dans le sanctuaire, était pratiquée dans le piédestal de la triple statue d’Isis, d’Osiris et d’Orus, trinité auguste, image des trois manifestations du Dieu créateur de l’univers. Là, le néophyte était reçu parles prêtres rangés sur deux lignes, parés de riches ornements, sur lesquels il distinguait un triangle rayonnant de lumière, au milieu duquel brillait un œil en diamant, pour indiquer qu’ils étaient prêtres d’Osiris, dont le nom signifie œil de Dieu. A leur tête était le porteflambeau, tenant dans ses mains un vase d’or en forme de vaisseau nommé Baris, d’où jaillissait une clarté éblouissante, symbole de la lumière incréée. Un second portait le van mystique ; tous avaient à la main des symboles d’épuration, de force et de puissance. Le hiérophante l'embrassait trois fois, le faisait mettre à genoux devant la triple statue, et l’engageait à s’unir de cœur à cette prière qu’il prononçait à haute voix : « 0 grande déesse Isis,

éclaire de les lumières ce mortel, qui a surmonté tant de périls, accompli tant de travaux, et fais-le triompher encore dans les épreuves de l’âme afin qu’il soit tout à fait digne d’être initié à tes mystères. » Quand tous les assistants avaient répété ces paroles en se frappant la poitrine, le grand prêtre lui tendait la main pour le relever, puis le conduisait à une porte, qui s’ouvrait au fond de ce premier temple. Lcà, il invitait l’aspirant à frapper trois fois; alors, une voix sévère, sortant de l’intérieur, demandait au profane ce qu’il voulait. D’après les conseils des prêtres, celui-ci répondait qu’il était un pénitent descendu vivant dans le sein de la terre pour y confesser ses fautes, les expier et obtenir la lumière. Alors il entendait un bruit terrible de chaînes, et, la porte glissant sur ses gonds, il se trouvait dans un lieu faiblement éclairé, en présence d’un tribunal composé de trois prêtres ; leur robe blanche d’initié était couverte d’une large tunique d’un rouge de sang. Celui du milieu avait la tête couverte d’une mitre sur laquelle était gravé en pierreries un œil rayonnant, image de l’œil de Dieu qui voit tout. Une chaîne d’or ornait son cou et laissait pendre sur sa poitrine un saphir, sur lequel se voyait une femme nue se contemplant dans un miroir : cette femme, c’est l’âme prenant connaissance d’elle-même dans le miroir de la Vérité ; c’est la conscience. Ces trois prêtres, dont la Fable a fait les trois juges des enfers, Minos, Éaque et Rhadamante, ordonnaient à l’aspirant de confesser les fautes de sa vie. L’aspirant devait déclarer, non seulement les actions coupables qu’il avait commises, mais les circonstances dans lesquelles il les avait commises, enfin, terminer par un exposé exact de ses bonnes ou mauvaises inclinations. Quand il avait terminé sa confession, les prêtres le faisaient conduire dans une salle d’attente et examinaient si ses aveux coïncidaient

avec les renseignements recueillis à l’avance et confirmés par la configuration phrénologique de son crâne, l’air de son visage, le jeu de sa physionomie. Quand les juges, dont l’œil sondait les replis les plus intimes de sa conscience, avaient reconnu sa franchise, ils l'admettaient au bienfait de leur initiation ; mais, avant de le faire passer par ses formidables épreuves, on lui présentait une coupe contenant le breuvage de l'oubli, dont les poètes ont fait le fleuve Létlié. Après qu’il avait bu cette première coupe, on lui en présentait une seconde, contenant le breuvage delà mémoire, pour lui apprendre qu’il fallait oublier les erreurs de co monde et ne se souvenir que des vérités auxquelles il allait être initié. Les bords de la coupe d’oubli étaient frottés de miel, mais le \in qu'elle contenait avait l’amertume du fiel, tandis que les bords de la coupe de mémoire étaient enduits de fiel, mais contenait un nectar exquis, symbole profond et éternellement vrai. Aujourd’hui encore, le monde nous présente à notre entrée la coupe des voluptés au fond de laquelle sont les maladies et la mort. La religion nous présente le calice d’amertume du Dieu martyr, au fond duquel se trouvent la force, la santé, le bonheur. L’ expiation contenait deux parties : la contrition du corps et l’ascension de l’àme. Avant de conduire l’aspirant dans la salle des tortures, les prêtres le prévenaient qu’il lui était permis de poursuivre sa route vers la lumière, mais qu’avant d’y parvenir, il lui restait de terribles souffrances à endurer. Les supplices de l’expiation consistaient à remplir des tonneaux percés, à rouler un cylindre de pierre au haut d’une espèce de colline placée en t ravers, à l’extrémité orientale du lieu des tourments, surnommé Champ des larmes. Ces tortures, qui étaient aussi pénibles que stériles, lui enseignaient qu’il ne faut jamais déshonorer la majesté d’un travail utile,

en l'infligeant comme punition. Suivant la tradition, le péché avait été la révolte de la raison orgueilleuse contre Dieu; on la combattait par l’humilité , en la soumettant à un travail aussi déraisonnable, en apparence, qu’inutile en réalité. Sa raison terrassée, restait le corps à broyer, en mortifiant la chair par un long jeûne et une héroïque chasteté. La sagesse des hiérophantes, pour souffler en ses veines la flamme phosphorescente de l’amour, le livrait sans vêtements à des femmes armées de verges, qui, en flagellant sa chair, faisaient rapidement circuler son sang bouillonnant de tous les feux de la plus ardente passion. Car, pour arriver à l’héroïsme, il faut avoir surmonté les terribles tentations de la chair révoltée, qui se débattait avec des rugissements farouches sous la main qui les châtiait avec une cruelle furie. Les poètes ont donné à ces femmes furieuses, qui mettaient le corps de l’aspirant en sang, le nom d’Euménides , mot qui veut tlire bienveillantes . Les pédants de collège n’y voient qu’une antithèse, nous y voyons une appellation d’une profonde justesse, car, dans ce châtiment infâme, qui faisait, pour ainsi dire, voltiger la chair en lambeaux sanglants, nous apercevons la renaissance de l’âme et sa souveraineté sur les sens surexcités, mais matés. Plusieurs ordres ont emprunté aux mystères d’Isis la flagellation. De nos jours, elle est restée en usage chez les Pères de saint Dominique, appelés plus ordinairement Frères prêcheurs, et l’on cite plusieurs d’entre eux, qui se font donner la discipline sanglante au moins une fois chaque semaine.

La renaissance spirituelle de l’aspirant commençait par le chant d’hymnes religieux et le son d’instruments à cordes qui, en vertu de la loi de l’harmonie, communiquaient sympathiquement leur vibration à la lyre intérieure de son cœur. A cet appel mélodieux, l’âme endormie se

réveillait et, pour la première fois, se sentait vivante. Après l’enchantement spirituel de l’aspirant, venait son édification, dont l’étymologie latine veut dire : faire un temple ; et qui avait pour but de concentrer en famé, par un recueillement intérieur, l’esprit de lumière et de vie qui surabondait en lui, par suite du régime de mortification que lui imposaient les hiérophantes. L’aspirant, de la sorte, au lieu de verser sa vie dans la jouissance enivrante d’une volupté bestiale, l'arrachait courageusement de sa chair et la portait en son âme, pour en faire un sanctuaire digne d’être le tabernacle de l’esprit de Dieu. Le troisième terme de l’ascension de l’àme était la fixation, pour que l’esprit de Dieu, qui souffle où il veut, daignât résider en lui et y rester; de même que le feu sacré était confié à des vierges romaines, du nom de Vestales, chargées, sous peine de mort, de l’entretenir éternellement, ce feu vivant était entretenu par trois Vertus : la Foi, l’Espérance et la Charité, qui lui faisaient trouver Dieu dans tous les membres de l’humanité souffrante. Jour et nuit, la prière, en élevant l’àme vers la divinité, la faisait converser avec elle et la mettait en état d’être ici-bas l’intermédiaire entre Dieu et sa créature.

Quand le corps de l’aspirant avait été mortifié par une contrition expiatoire et son âme vivifiée par l’esprit saint, des prêtres le conduisaient dans un lieu de délices appelé Elysée; c’était un jardin de quatre lieues de longueur, sur deux de large ; on entrait par des chemins plantés d’arbustes odoriférants ; là, régnait un air tiède et parfumé qui mêlait aux fleurs du printemps les fruits de l’automne; suides gazons fins étoilés de fleurs, paraissaient des génisses blanches, destinées aux sacrifices ; des jeunes filles et des jeunes garçons s’y exerçaient dans une lutte pleine de grâce, propre à déployer leurs membres charmants dans

d’attrayantes proportions ; ce qui achevait dechangerce lieu en un paradis de séduisante volupté, c’étaient des corbeilles artistement arrangées, qui présentaient d’elles-mêmes à l’aspirant mourant de faim leurs fruits savoureux; des coupes d’or, qui, remplies d’un vin exquis, tentaient sa soif: enfin, des bosquets retirés, où des femmes vêtues d’une gaze légère, à demi couchées sur des lits de pourpre, l’appelaient près d’elles, par leur regard amoureux, leur doux sourire et la pose alanguie de leur corps voluptueusement modelé; la tentation, comme un serpent de feu, s’insinuait dans tous ses sens, et s’efforçait en ce moment dernier de remporter la victoire, car, s’il succombait, le fruit de tous ses travaux antérieurs était perdu ; il restait pour jamais enfermé dans les pyramides, où il pouvait devenir un officier de second ordre; si au contraire il sortait victorieux de cette dernière épreuve dont la fable a fait le supplice de Tantale, on proclamait dans foute la ville qu’un initié était sorti triomphant des épreuves de l’initiation. Entré par la fenêtre du nord, il en sortait le jour de sa manifestation triomphale, par la grande porte du midi, précédé d’une longue procession de prêtres revêtus d'ornements magnifiques, et portant en leur main différents symboles figuratifs de la religion égyptienne. Le grand prêtre, habillé en soleil, donnait la main à l’initié vêtu de blanc, le front ceint d’une couronne de myrte, et portant à la main la palme de la victoire; il était suivi d’un char de triomphe dans lequel il ne montait jamais, pour montrer qu’il dédaignait les honneurs de ce monde. C’était une fête pour la ville de Memphis; de toutes les fenêtres, on l’accablait de fleurs, on répétait son nom avec acclamation; le roi venait sur son balcon, accompagné de sa cour, pour le complimenter; de retour dans le temple, il faisait ses adieux aux prêtres qui l’avaient initié, et sou-

vent dès le lendemain, il retournait dans son pays. Nous avons vu l’initié descendre dans le puits de la pyramide pour y chercher la vérité. Après l’avoir reçue, il la revoilait par des mythes et des symboles; de là le nom de révélateur qu’on lui donnait, dont la racine étymologique veut dire voiler à nouveau.

Il était fort rare que l’initié d’Osiris, avant de retourner en son pays, n 'allât pas en Perse et dans l’Inde, pour étudier la haute sagesse des brahmanes et des mages. Son titre d’initié le dispensait des épreuves physiques et des pratiques de contrition expiatoire; faisons comme lui, entrons d’abord dans le temple de Mithra.

Après avoir triomphé des épreuves physiques, l’aspirant aux mystères de Mithra avait sept grades ou degrés à franchir pour être mage ; les épreuves terminées, on le conduisait dans un antre qui représentait le monde; le plafond était arrondi en dôme peint en couleur azur, pour simuler la voûte du firmament; les astres étaient figurés par des étoiles ciselées en or; là, on le plongeait dans feau pour l’y purifier, puis un prêtre lui soufflait sur le front comme pour lui inspirer l’esprit de lumière en prononçant ces mots : « Que l’esprit de Dieu soit avec vous, et qu’il y réside comme dans un temple. » On lui plaçait sur le cœur la pointe d’une épée nue et une couronne était déposée sur sa tête, il devait la rejeter en disant: « C’est Mithra qui est ma couronne. » Cette cérémonie est d’un très profond enseignement en nous montrant que tout homme qui aspirera à posséder la lumière de la vérité ne doit pas craindre la mort et rejeter les richesses et les honneurs de ce monde, comme sur la montagne, le Christ les rejeta quand Satan les lui offrit.

L’aspirant était alors déclaré soldat de Mithra, premier grade des mystères; le second était celui de lion, le troi-

sième celui de prêtre, le quatrième de Perse, le cinquième celui de Brominos, le sixième d’Élios, le septième celui de mage. C’étaient donc des initiés du septième grade, que ces hommes experts dans la connaissance du divin qui quittèrent leur sanctuaire, pour venir se prosterner devant un petit enfant couché dans une crèche, parce qu’ils avaient vu son astre et avaient reconnu que c’était l’astre du fils de Dieu. Cette démarche démontre à tout esprit supérieur que Dieu a voulu qu’au berceau de son fils, se rencontrassent les deux manières de connaître l’avenir, les bergers par les anges et l’esprit de lumière par les mages.

Comme Melchisédech, les mages offraient à Dieu, en sacrifice, le pain et le vin, le priant de l’avoir pour agréable et de le bénir. Puis après, se passant de lèvres en lèvres cette coupe remplie de vin, ils disaient ces sublimes paroles : « Buvez et donnez à boire à ceux qui ont soif », puis ils se passaient ensuite le pain en disant : « Mangez et donnez à manger à ceux qui ont faim ». Nous trouvons dans les musées d’antiquité orientale un bas-relief intitulé torobole. On y voit un jeune guerrier sortant d’une grotte, le front coiffé d’un bonnet phrygien qui, les traits inspirés d’un sublime courage, terrasse un taureau et plonge un couteau en son cœur saignant. Devant lui se trouve un homme portant une torche ardente élevée. Voilà le sens sacré de cette sculpture magique; il représente par le jeune homme au bonnet phrygien, l’initié, quittant le monde des ténèbres, symbolisé par la grotte, tuant en lui, par la mortification, la chair, figurée par le taureau, pour arriver à la lumière supra intelligente, qui est tenue devant lui sous la forme d’une torche allumée.

L’initié d’Osiris, après avoir étudié cette haute sagesse des mages, que nous avons été heureux de faire connaître

à nos lecteurs, se rendait chez les brahmanes de l’Inde, pour y assister à leurs prodiges, .qui ont une grande analogie avec les phénomènes du somnambulisme et les merveilles du médianimisme moderne. Accompagnons chez eux Apollonius de Tyane. Philostrate, qui a écrit la vie d’Apollonius, rapporte que lorsqu’il se présenta chez les brahmanes, larchas, leur chef, dès qu'il vit Apollonius, lui demanda la lettre du roi de l’Inde. Comme Apollonius s’étonnait de la prescience d’Iarchas, celui-ci ajouta: « Il y a dans cette lettre une omission qui a échappé au roi, il y manque un D », et cela se trouva vrai. Aujourd’hui, ce genre de vue à travers les corps opaques se nomme lucidité.

Puis il vit. ces hommes prodigieux s’élever dans l’air à la hauteur de deux coudées et y planer.

Cette élévation de terre, très habituelle à certains médiums, se nomme aujourd’hui lévitation.

Enfin, il vil des tables et des sièges marcher tout seuls.

Mais ce qui l’émerveilla davantage, fut un démon chassé par larchas, un boiteux, un aveugle et un sourd-muet, guéris rien que par l’attouchement de ce brahmane, qui possédait non seulement la science du vrai , comme nous l’avons constaté par ses opinions philosophiques, mais, de plus, avait le don d’opérer des guérisons miraculeuses ; car cette science, comme nous le prouverons, non seulement vous soustrait à la maladie, mais vous donne le pouvoir de guérir les autres.

Antiquité des mystères.

Quelle était donc l’antiquité de ces mystères?

Quelle était leur origine?

On les retrouve à la base de toutes les grandes civilisations antiques, à quelque race qu’elles appartiennent. Pour

l’Egypte seule, dont l’initiation a formé les plus grands hommes hébreux, grecs et romains, nous pouvons remonter à plus de dix mille ans, ce qui montre assez combien sont fausses les chronologies classiques.

Voici les preuves de cette assertion :

« S’agit-il de l’Egypte1 ?

« Platon, initié à ses mystères, a beau nous dire que dix mille ans avant Mènes a existé une civilisation complète, dont il a eu les preuves sous les yeux ;

« Hérodote a beau nous affirmer le même fait tout en ajoutant, lorsqu'il s’agit d’Osiris (Dieu de l’ancienne Synthèse et de l'ancienne Alliance Universelle), que des serments scellent ses lèvres et qu’il tremble de dire mot ;

« Diodore a beau nous certifier qu’il tient des prêtres d’Égypte que, bien avant Ménès, ils ont les preuves d’un étal social complet, ayant duré jusqu’à Horus dix-huit mille ans.

« Manéthon, prêtre égyptien, a beau nous tracer, rien qu’à partir du seul Ménès, une chronologie consciencieuse nous reportant six mille huit cent quatre-vingt-trois ans en arrière de la présente année ;

« Il a beau nous prévenir qu’avant ce souverain vice-roi indien plusieurs cycles immenses de civilisation s’étaient succédé sur la terre et en Égypte même ;

a Tous ces augustes témoignages, auxquels on peut ajouter ceux de Bérose et de toutes les bibliothèques de l’Inde, du Thibet et de la Chine, sont nuis et non avenus pour le déplorable esprit de sectarisme et d’obscurantisme qui prend le masque de la Théologie. »

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