LA SCIENCE OCCULTE ET LA SCIENCE CONTEMPORAINE
Nous voici parvenus au but que nous nous étions désigné. Quelques textes bien authentiques d’auteurs anciens nous ont révélé une science presque aussi riche que la nôtre expérimentalement et surtout théoriquement ; curieux de pénétrer plus avant, nous avons suivi cette science jusque dans les sanctuaires de l’initiation égyptienne; nous avons retrouvé le grand secret qu’on y renfermait : l’existence et la mise en œuvre d’un agent universel, unique dans son essence, triple dans ses manifestations.
Connaissant les éléments de la théorie, nous avons voulu savoir comment elle était mise en pratique.
C’est alors que la Science antique nous est apparue
complète, munie de ses méthodes spéciales, basées sur l’emploi de l’analogie, et de ses divers moyens de diffusion. Le prêtre égyptien nous a révélé avec quel art l’histoire symbolique transmettait aux générations les grands secrets de l’Hermétisme; les tableaux des correspondances nous ont livré les clefs de la Magie théorique ; enfin les pantacles et leur explication ont fait tomber devant nous le troisième voile derrière lequel pouvaient se cacher les secrets du sanctuaire.
Les deux premières parties nous ont fait connaître la théorie ; la dernière nous livre l’adaptation ; enfin l’alliance totale nous montrera la Réalisation possible de la Science antique dans l’absolu.
Nous croyons avoir assez montré les raisons qui nous conduisaient à proclamer l’existence d’une science réelle hors du domaine des Sciences contemporaines ; là ne doit pas cependant se borner notre étude.
Voyons la situation que ces deux Sciences occupent l’une par rapport à l’autre.
Nous savons déjà que ces deux Sciences ne forment en réalité que les aspects opposés d’une seule et même Science ; l’une d’elles, la Science occulte, s’occupant surtout du général et de la synthèse, l’autre, la Science contemporaine, s’occupant principalement du particulier et de l’analyse. Ces considérations suffisent à elles seules pour montrer clairement la position respective de ces deux aspects de la Vérité.
Chaque fois que la Science expérimentale a voulu par ses méthodes établir une synthèse, elle n’a abouti qu’à des résultats vraiment dérisoires eu égard au travail employé. C’est alors qu’elle a abandonné l’étude du général aux rêveurs de toute école, se contentant de la connaissance du monde sensible. Toutefois l’absence de lien
entre toutes les branches du savoir se fait chaque jour sentir davantage; la suggestion à distance, les manifestations d’une force encore inconnue chez les Spirites, étudiées par les savants les plus éminents de tous les pays, ont amené de force la science de la Matière dans le domaine de l’Esprit. Les derniers sceptiques, craignant d’être convaincus de force, ne veulent plus voir les phénomènes inexpliqués et croient par là empêcher la Vérité de se produire. Ils invoquent à tout propos l’opinion du fondateur officiel de la méthode expérimentale, de Bacon, qui leur a pourtant dit justement les illusions auxquelles les conduirait l’emploi trop irréfléchi des Mathématiques :
« Au lieu d’exposer les raisons des phénomènes célestes, on ne s’occupe que d’observations et de démonstrations mathématiques ; or, ces observations et ces démonstrations peuvent bien fournir quelque hypothèse ingénieuse pour arranger tout cela dans sa tête, et se faire une idée de cet assemblage, mais non pour savoir au juste comment et pourquoi tout cela est réellement dans la nature : elles indiquent tout au plus les mouvements apparents, l’assemblage artificiel, la combinaison arbitraire de tous ces phénomènes, mais non les causes véritables et la réalité des choses ; et quant à ce sujet, c’est avec fort peu de jugement que l’astronomie est rangée parmi les sciencesmathématiques; cette classification déroge à sa dignité. » (Bacon, De Dign. et Increm. Scienc., 1. Ill, c. iv.)
Tous les grands hommes disent que l’étude du visible ne suffit pas, que l’invisible seul renferme les vérités les plus utiles à connaître ; qu’importe. Tout cela n’avait pas échappé à la merveilleuse sagacité des initiateurs antiques qui savaient montrer avec tant d’art, à l’aspirant, la différence entre le monde sensible et le monde intelligible.
« Avant l’ouverture des Mystères d’Isis, on donnait au récipiendaire une petite boite en pierre dure figurant, au dehors, un pauvre animal symbolique, un petit insecte, un scarabée.
« Pouah! aurait dit un sceptique moderne. Mais en ouvrant ce modeste hiéroglyphe, on trouvait en dedans un œuf d’or pur, renfermant, sculptés dans des pierres précieuses, les Cabires, les Dieux révélateurs et leurs douze Maisons sacrées.
« Telle était l’exquise méthode suivant laquelle l’antique Sagesse renfermait pieusement dans la Parole et dans le Cœur la connaissance de la Vérité; et cette symbolique voilée, cet hermétisme à triple sceau devenait de plus en plus savant, à mesure que le degré de la Science se rapprochait davantage du divin mystère de la Vie universelle1. »
De tous côtés les sciences se butent au monde des causes premières et, faute de vouloir l’étudier scientifiquement, paralysent les progrès.
Ceci apparaît surtout clairement dans une des sciences les plus utiles à l’humauité,. science qu’on est contraint d’appeler encore un art : la Médecine.
La Médecine doit étudier de si près le monde invisible, les causes premières, que tôt ou tard elle atteint leur domaine.
Dans ces derniers temps elle s’est lancée tête baissée dans le Matérialisme, protestant avec juste raison contre les rêveries de la Métaphysique dans laquelle elle gravitait. L’anatomie pathologique a victorieusement répondu à l’appel des audacieux novateurs et, entassant découverte sur découverte, a fermé la bouche aux retardataires
d. Saint-Yves d’Alveydre, ]>. 07 (Mission des Juifs).
partisans d’un animisme incompris ou d’un vitalisme sans portée pratique.
La topographie des centres nerveux découverte, l’alliance étroite de la clinique et des démonstrations physiologiques enfin opérée, la Médecine matérialiste pouvait être lière de son oeuvre et allait proclamer sa victoire quand ce monde de l’invisible qu’on avait relégué pour toujours fit de nouveau son apparition.
La suggestion à distance, indiscutable- malgré l’opposition systématique des retardataires, l’existence de plus en plus probable du fluide niée d’abord avec tant d’acharnement, les phénomènes produits par les spirites, étudiés et reconnus réels par les savants officiels 1 de tous pays, forcent, comme je l’ai déjà dit, les investigateurs impartiaux à aborder le domaine de l'immatériel et à augmenter par là les éléments de la future synthèse qui réunira le phénomène au noumène.
Or, je ne crains pas d’affirmer que, quels que soient les efforts entrepris pour édifier de nouvelles investigations, quels que soient les noms dont on décore les découvertes, on rentrera forcément dans le domaine de l’antique Science occulte.
Que peut-il résulter de tout cela? Une réaction contre le matérialisme plus grande encore qu’on n’en a jamais vu et, comme il est difficile d’atteindre un juste milieu, une réaction vers le Mysticisme.
C’est pourquoi je voudrais montrer que la Vérité ne sortira pas plus d’un extrême que de l’autre et faire comprendre à tous l’idée élevée contenue dans la phrase de Louis Lucas qui sert d’épigraphe à ce traité :
« Concilier la profondeur clés vues théoriques anciennes
1. En Angleterre, Crookes; en Allemagne, Zœlner; en France le L)1' Gibier. (Voy. l'Occult. contemp .)
avec la rectitude et la puissance de l' expérimentation moderne. Tout est là.
Quand je pose ainsi les deux domaines dans lesquels doivent graviter la Médecine, l’Idéalisme et le Matérialisme, qu’on ne croie pas que ce sont là rêveries tirées de mon imagination. Tous les maîtres ont seiiti cette distinction, et ceux qui affirment que l’hypothèse n’a rien à voir en science méconnaissent cette belle remarque de Trousseau :
« Dès que vous avez un fait, un seul fait, appliquez-y tout ce que vous possédez d’intelligence, clierchez-y les côtés saillants, voyez ce qui est en lumière, laissez-vous aller aux hypothèses, courez au-devant s’il le faut1. »
Le professeur Trousseau avait bien compris l’inutilité des études médicales pour la plupart de ceux qui s’y livrent avec les méthodes contemporaines et ce sont des pages entières qu’il me faudrait citer, si je voulais montrer à quel point il s’en irrite :
« Comment se fait-il donc que l’intelligence devienne plus paresseuse à mesure que les notions scientifiques se multiplient, contente de recevoir etde jouir, peu soucieuse d’élaborer et d’enfanter2? »
« Vous, autour de qui les moyens abondent, gâtés, énervés, rassasiés par ce qui vous est si abondamment offert, vous ne savez que recevoir et qu’engloutir et votre intelligence paresseuse étouffe d’obésité et meurt improductive.
« De grâce, un peu moins de science et un peu plus d’art, messieurs3. »
Voilà comment ce grand maître avait senti ces deux domaines dont je parlais tout à l’heure et il les avait dési-